CZERNICHEFF
Pendant que cette discussion eut lieuj la cour de Russie délivra au ministre de France à Saint- Pétersbourg, M. de Breteuil, la réversale désirée, qui leva la difficulté élevée à l'égard des titres à donner au monarque russe.
Mais bientôt, de nouvelles discussions s'élevèrent lorsque Catherine II, après la fin tragique de Pierre III, montée sur le trône de Russie, le 9 Juillet 1762? refusa de donner audience à tout ministre étranger qui ne lui donnerait le titre à^ Impératrice.
M. de Breteuil, accrédité en qualité de ministre plénipotentiaire auprès la nouvelle impératrice, ayant
100 n. AFFAIRE DU CÉRÉMONIAL DIPLOM.
d'après les ordres du roi, demandé au chancelier comte de WoronzofF, qu^il lui fut remis une réversale semblable à celle donnée par l'impératrice Elisabeth, et par Pierre III, le chancelier après avoir essayé d'en montrer l'inutilité, en protestant que jamais les souverains de Russie ne formeraient des prétentions de cérémonial qui blessassent la plus parfaite égalité, finit par dire au ministre de Louis XV , qu'il craignait que l'impératrice offensée de cette démarche, ne refusât de le satisfaire. En même temps le comte de Woronzoff prévenait le baron de Breteuil, qu'il aurait le lendemain, 6 Septembre, une audience de l'impératrice, avec les ministres de Suède, de Danemark, de Hollande et de Prusse.
Mais M. de Breteuil, qui avait ordre d^exiger la réversale avant la remise de la lettre de créance, se rendit chez le chancelier, pour savoir à quoi s'en tenir sur ce point. Le comte de Woronzoff lui ayant dit qu'on traiterait cette affaire après les audiences, le baron de Breteuil lui fît connaître, qu'il ne pouvait profiter de la bonté que l'impératrice avait eue de lui assigner son audience pour le lendemain, si elle ne lui faisait remettre auparavant la réversale; et il exposa à M. de Woronzoff, les conséquences générales, et celles propres à l'impératrice, qui naîtraient de son refus de remplir envers le roi une formalité sans laquelle ce monarque ne pouvait la traiter que de czarine. M. de Woronzoff répondit à M. de Breteuil par la note ciaprès, du 26 Août. (v. st.)
ENTRE LA RUSSIE ET LA FRANCE j EN 1762- 101
Note du comte de Worojizoff^ chancelier de S. M, l'impératrice Catherine II, adressée au baro?i de Breteuit, ministre •plénipotentiaire de Louis XV ^ à Saint- Pétersbourg,
S. M. Impériale en montant au trône de ses ancêtres, pense devoir jouir de tous les avantages qui y sont attachés, et que le titre Impérial une fois accordé par toutes les puissances, a dû Fétre pour toujoui^. Il ne tient point au personnel du souverain, mais au pays ; et il serait inutile à cliaque succession de réitérer les réversales qui avaient été données, lorsqu'il fut reconnu pour la première fois; d'autant plus qu'on n'a point iijtention ici de s'en prévaloir pour rien cïianger au cérémonial. C'est pourquoi l'impératrice, quoique très sensible à l'amitié du roi , dont votre retour à sa cour lui est une marque, et disposée à y répondre en toutes occasions, ne peut point accorder l'effet d'une demanda qui paraîtrait affaiblir la certitude d'un droit attaché à sa couronne. Je dois ajouter. Monsieur, par ordre de S. M., qu'elle ne croit pas que cette formalité retarde que vous remplissiez l'objet de votre mission qui lui est agréable.
Le baron de Breteiiil, qui avait été chargé par le comte Poniatowski, à Varsovie, de d^eux; lettres pour Fimpératrice , profita de cette circonstance pour écrire directement à cette princesse, la priant „de ne point vouloir, pair le refus inat- „ tendu dune formalité usitée entre les deux cours, „ occasionner une tracasserie et des inquiétudes ca- „ pables d'altérer une union , qui pouvaient troubler „le bonheur des sujets respectifs et la gloire de fleurs sauverains."
102 II. AFFAIRE DU CÉRÉMONIAIi DIPLOM.
L'impératrice fit de sa propre main la réponse suivante.