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Lettre autographe de Vimpèratrice Catherine II, au baron de Breteiiil.
Monsieur, j'ai répondu avec empressement aux marques cramilié du roi, voire maître, en vous indifjuant votre audience, le lendemain de votre arrivée; vous y avez trouvé des difficultés 5 j'y ai fait répondre; et je crois avec vérité, que mon litre est attaché à mon empire et (jue, par conséquent il est inutile de répéter ce qui a été une fois arrangé. J'ai toujours beaucoup d'estime pour vous, et n'ai mis aucune difliculté, comme de raison, à vous voir.
Voici la réponse à la lettre que vous m'avez envoyée. Faites-la passer sûrement, mais bien incognito. Vouz devez être assuré que je répondrai toujours avec plaisir à l'amitié du roi,
Catherine.
Louis XV désirant toutefois voir terminée cette discussion, le duc de Choiseul donna de nouvelles instructions au baron de Breteuil par la lettre suivante.
N°- VII
Lettre du duc de Choiseul ministre des affaires étran^ gères de Louis XV ^ adressée au baron de Breteuil, ministre du roi à Saint-Pétersbourg ; du 12 Octobre 1762. -^
M. le prince Galh'tzin, qui est ici chargé des affaires de Russie, depuis que M. de Czernicheff a pris ses
audiences de congé, m'est venu trouver il y a Luit jours, et m'avait déjà fait part de cet incident; mais avec celte différence, qu'il m'avait dit que le chancelier, après avoir essayé de vous faire sentir tout le prix du procédé de l'impératrice, cpii consentait à vous voir dès le lendemain de votr€ arrivée, et, aj)rès vous avoir représenté la difficulté qu'il aurait à parler à cette princesse dans un si court intervalle, avait fini par vous offrir la promesse formelle de vous délivrer la réversale, après votre audience.
Je vous avoue, que sur cette exj)osition de M. de Gallitzin, j'avais quelque regret que vous n'eussiez pas eu une complaisance que la circonstance pouvait autoriser, et je voyais avec beaucoup de peine une tracasserie sérieuse, occasionnée par ce refus de votre part; mais le détail que vous me faites à ce sujet, a rectifié mes idées. Je vois avec plaisir que vous avez accepté le tempérament que M. de Woronzoif vous a proposé. Le métier de négociateur exige une sorte de souplesse dans la manière de traiter Içs affaires. J^e grand art consiste à se rendre agréable, sans se relâclier en rien sur les intérêts et la dignité de sa cour. Il ne faut pas être si scrupuleusement attaché à la lettre de ses instructions, qu'on ne sache s^eii écarter, et en étendre l'esprit, lorsque par une conduite intelligente, on peut éviter de tomber dans une discussion sérieuse sur un objet de peu d'importance, ou se faire un mérite de ses facilités. L'intention du roi n'est certainement pas de fléchir vis-à-vis d'aucune puissance, et moins encore vis-à-vis de la Russie, à laquelle nous ne tenons que par des intérêts indirects, ou par des spéculations trèséloignées. Nous savons cependant employer des nuances différentes dans le ton c[ue nous mettons aux affaires, et distinguer la noble fermeté qui s'attire la considération d'avec la hauteur impérieuse qui ne fait que révolter. Nous n'imitçrous pas enfin la déférence servile de
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quelques autres cours envers celle de Pétersbourg; et jamais elle ne nous verra nous aasujéiir aveuglement à ses caprices, mais, après lui avoir suffisamment fait connaître nos maximes à cet égard, nous profilerons volonli(;rs i\cs moyens qui se présenteront naturellement, pour concilier la dignité du roi, avec son amour pour le maintien de la bonne intelligence etc.
Le duc de Choiseul proposa deux expédiens , et s'exprimait ainsi à ce sujet:
La réversale donnée par Pierre III, vaudrait encore pour Catherine II, attendu que la France lui avait accordé, du vivant de son époux, le titre d'impératrice; mais que l'exemple de Catherine II ne pourrait tirer à conséquence, et que leurs successeurs seraient tenus à donner une réversale.
Le second expédient serait de conclure une convention perj^étuelle, qui assurât le titre Impérial aux souverains russes, en réservant en faveur de la France, les avantages du cérémonial portés dans la réversale. Par -là, les empereurs de Russie seraient débarrassés à jamais de la répétition importune de cette formalité. Sur ce. Monsieur, il sera bon que vous fassiez observer à M. de Woron7vofF, que si ce point de cérémonial entre les deux cours était réglé par l'effet d^une convention régulière ou la stipulation d'un traité, nous le regarderions comme im engagement de l'état et de la couronne de Russie ; mais qu'une simple réversale, telle que nous l'avons eue de l'impératrice Elisabeth et de l'empereur son neveu, n'est qu'un accord personnel, qui meurt avec la partie contractante, et qm', par conséquent, a besoin d'être renouvelé par son successeur. Le dernier moyen serait le plus convenable pour étouffer à l'avenir tout germe de discussion sur l'article du cérémonial, et c'est celui que vous devez proposer d'abord. Mais vous ferez en même temps connaître que ce serait s'abuser, que de regarder ces ouvertures
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de notre part, comme Teiret d'une timidité ingénieuse, et qu'elles nous sont uniquement inspirées par l'éloignement que nous avons pour ces sortes de discussions, et par le désir que nous aurions de terminer amiablement une affaire sur laquelle la fermeté du roi et sa dignité ne sauraient jamais se relâcher, etc.
Nous désirons d'éviter une rupture, surtout pour une cause aussi minutieuse que celle-là ; mais en conservant la dignité du roi. Il faut tacher d'allier ces deux articles; et s'il se présentait quelqu'autre expédient qui ne me soit pas venu en tête, et qui vous conduise au même but, le roi vous autorise à l'accepter etc.
Aucun des arrangemens proposés par le duc de Choiaeul, n'ayant été goûté par Catherine II, l'impératrice, sur l'avis du comte Panin, adressa à tous les ministres étrangers , et à celui de France en particulier, la déclaration suivante, en date du 3 Décembre 1762.
N° Vin.
Déclai^aUon du ministère russe, adressée à tous les ambassadeurs et ministres étrangers résidant à SaiJit-Pé^ tershourg ; du 3 Décembre 1762.
Le titre à^ Impérial, quePierre-le-grand, de glorieuse mémoire, a pris ou plutôt renouvelle pour lui et ses successeurs , appartient tant aux souverains qu'à la couronne et à la monarchie de toutes les Russies, depuis bien du temps, S. M. Impériale trouve contraire à la stabilité de ce principe, tout renouvellement des réversales qu'on aurait données à chaque puissance , lorsqu'elle reconnut primitivement ce titre.
En conformité de ce sentiment, S. M. Impériale vient d'ordonner à son ministère, de faire une déclaration gé-