VI. AFF. DU CAPITAINE ANGX. ASGILL
Effectivement, lorsqu'avec l'assistance des troupes françaises, le général Washington parvint à s'emparer de York-Town^ qui se rendit à lui par capitulation, il fît tirer au sort tous les officiers prisonniers de la garnison du rang de capitaine, pour faire pendre celui d'entre eux que le sort aurait marqué , par voie de représailles. Le sort tomba sur le capitaine Asgill, du régiment des gardes, à peine âgé de vingt ans et fils unique de Sir James Asgill, baronnet et l'un des premiers banquiers de Londres.
Quand la mère de cet infortuné jeune homme apprit cette triste nouvelle, elle prit la résolution de s'adresser au comte de Vergennes, ministre de Louis XVI, pour solliciter en faveur de son fils, son intercession auprès du général Washington.
Lettre de lady Asgill ^ adressée au comte de Vergennes, ministre des affaires étrangères de S. M. Très -Chrétienne; du 18 Juillet 1782.
Si la politesse de la cour de France permet qu'un étranger s'adresse à elle, il ne saurait y avoir de doute, qu'une j^rière capable d'intéresser tous les tendres sentimens d'un individu, éj)rouvera une réception favorable de la part d'un seigneur, dont le caractère fait honneur non seulement à sa propre jiatrie mais aussi à la nature humaine. Le sujet, monsieur, à l'égard duquel j'ose implorer votre secours, me perce trop profondément le coeur pour que j'y insiste, et très -probablement liis rapports pubhcs vous en ont déjà informé. La tâche pénible est
DANS liA GUERRE D'AMÉRIQUE ^ EN 1782- 177
donc peu nécessaire. Mon fils (un fils unique) aussi cher qu'il est brave, aussi aimé qu'il mérite de l'être, âgé seulement de dix -neuf ans, prisonnier en vertu des articles de la capitulation de York - Town , est actuellement confiné en Amérique, comme un objet de Représailles. L'innocent souffrira-t-il pour le coupable? représentez-vous, Monsieur, la situation d'une famille dans ces circonstances, environnée, comme je le suis, d'objets de détresse^ en proie à la crainte et à la douleur. Il n'est point de mots qui puissent exprimer tout ce que je sens, ni peindre l'horreur de la scène. Mon époux, abandonné par les médecins peu d'heures avant l'arrivée de la nouvelle, et hors d'état d'être instruit du malheur : ma fiJle, saisie d'une fièvre avec délire, jetant des cris de désespoir pour son frère et ne revenant à ses sens que durant le court intervalle nécessaire pour sentir toute l'angoisse de la douleur qui \qs lui ôte. Laissez, Monsieur, votre sensibilité vous suggérer tout ce que j'ai à dire ; laissez-la plaider en faveur de ma désolation inexprimable. Un mot de votre part, comme une voix du ciel, nous sauvera de l'horreur de la situation où nous sommes plongés. Je suis bien informée que le général Washington respecte votre caractère : dites lui seulement , que vous souhaitez que mon fils soit relâché : il le restituera à sa famille éplorée : il le rendra au bonheur. La vertu et la bravoure de mon ^\s justifieront l'action. Son honneur, Monsieur, l'a conduit en Amérique : il était né au milieu de l'abondance, de l'indépendance, des espérances les plus heureuses. Permettez que je suppHe de nouveau votre bonté : permettez que j'implore respectueusement votre puissante influence en faveur de l'innocence, dans la cause de la justice, de l'humanité : permettez que je vous prie. Monsieur, d'envoyer de France une lettre au général Washington, et de me faire la faveur de m'en communiquer une copie,
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