‹ Causes célèbres du droit des gensChapitre 11 sur 17 · N^ XX · texte numérisé non relu

N^ XX

Note du ba7'on d'Ehrenswàrdf ministre de Suède près la cour

de Londres, adressée à lord Hawkesbury j secrétaire d^État des

affaires étrangères d'Angleterre ; du 12 Février 1801.

Le soussigné ministre plénipotentiaire de S. M. suédoise a l'honneur de remettre à S. Exe. lord Hawkesbury, premier secrétaire d'État de S. M. britannique, une copie imprimée ci -jointe de la convention maritime, conclue en date du (4) 16 Décembre 1800, entre S. M. suédoise et S. M. l'empereur de toutes les Russies, comme aussi une copie imprimée du règlement maritime, que le roi vient de faire publier.

Le soussigné, qui, par ordre de sa cour, a l'honneur de faire au ministère de S. M. britannique cette communication, est en môme temps chargé de déclarer expressément, que S. M., en exposant dans la première, des droits que le roi croit lui appartenir comme puissance neutre, et en établissant dans l'autre les devoirs, que S. M. s'engage comme telle à faire observer à ses sujets, elle pensait, en tâchant de fortifier ses droits de neutralité par une convention, affermir la tranquillité de ses états, et ne croyait point provoquer des hostilités. Le respect dû au droit des gens et aux traités, la combinaison la plus scrupuleuse entre ses

intérêts et ceux des autres, l'amour enfin de la justice et de la paix, ayant seuls guidé S. M.; c'est avec d'autant plus de surprise, que S. M. vient d'apprendre, que la première nouvelle de la conclusion de cette convention , a motivé en Angleterre une mesure aussi violente que celle de l'embargo mis sur les vaisseaux suédois. Loin de vouloir faire aucune innovation dans les lois maritimes de l'Europe par les droits établis de la neutralité , S. M. savait , qu'il n'y a aucune puissance, qui ne les ait reconnus dans les traités antérieurement conclus. L'Angleterre a vu conclure ces traités ; elle en a eu communication officielle sans protester ; elle a vu de môme la convention de 1780 et de 1781 ; et le même ministère, qui a procédé aujourd'hui avec autant de violence, connaissait le renouvellement partiel de cette convention entre la Suède et le Danemarck en 1794, avec les armements, qui s'ensuivirent pendant trois ans consécutifs, toujours sans se plaindre d'hostilités : et néanmoins une pareille convention est à présent caractérisée de confédération hostile contre l'Angleterre. Cette différence ne dérive donc pas de quelques renforcements des principes et des prétentions des neutres ; elle paraît fondée uniquement sur un système maritime de l'Angleterre, étendu pendant celte guerre ; et que ce gouvernement, qui a tant de fois voulu convaincre l'Europe de ses dispositions pacifiques, veut maintenant commencer une guerre d'asservissement des mers, après s'être tant vanté de l'avoir faite pour la liberté de l'Europe.

Le ministre britannique, en voulant se rappeler la conduite de l'Angleterre vis-à-vis de la Suède et des neutres en général pendant cette guerre, trouvera le vrai motif, qui a engagé S. M. de croire, que l'adhésion formelle de plusieurs puissances aux mêmes principes, convaincrait mieux la cour de Londres de leur validité, que des réclamations séparées, jusqu'ici sans effet, sans supposer# jamais qu'un pareil accord dût être regardé comme une hostilité. Le ministre britannique se plaint, que la cour de Londres n'ait pas été prévenue des intentions des cours respectives de renouveler la convention de 1780; mais, avouant dans la même note, que l'Angleterre avait pris dans cette guerre des engagements avec ses alliés contre les neutres , cet

270 CAUSE Vin. 1800—1801.

aveu (lu ministre britanniqae sert de réponse à ses inculpations.

Si S. M. n'était pas aussi intimement convaincue de Finnocence de ses intentions, comme elle veut aussi ne point s'écarter de la modération qu'elle a constamment témoignée, elle^ pourrait, en récriminant sur la conduite de l'Angleterre, rappeler les offenses impunies des commandants des vaisseaux anglais dans les ports même de la Suède ; les interrogatoires inquisitoriaux , qu'ont subis les capitaines et les équipages des bâtiments, détenus tant dans les Indes-Occidentales qu'en Angleterre; la détention des convois dans l'année 1798, accompagnée de chicanes mensongères des tribunaux, équivalentes à un déni de justice absolu ; enfin la violation du pavillon suédois dans l'entreprise exécutée à Barcelone. — S. M. trouverait sans doute dans des offenses aussi graves, et dont les plaintes, portées à la cour britannique successivement par ses ministres, sont restées sans être redressées, une justification, dont la rectitude de sa conduite n'a pas besoin: Elle n'a point cherché une vengeance : S. M. a désiré d'assurer à son pavillon la sûreté à laquelle il a droit de prétendre. C'est en' conséquence de ces sentiments, que le soussigné est autorisé de déclarer, que, d'abord que la cour britannique aura égard aux droits de la Suède, en lui rendant justice sur les réclamations, touchant les convois arrêtés en 1798, comme aussi sur la violation du pavillon à Barcelone, et avant tout, en levant l'embargo, si injustement mis sur les bâtiments suédois, S. M, se verrait avec le plus grand plaisir en état de rouvrir ses ports au commerce anglais, et de rétablir les anciennes relations entre les deux nations. S. M. cependant, ayant égard à ce qu'elle croit devoir à la dignité de son empire, a fait ordonner, en conséquence de l'embargo mis sur les vaisseaux suédois, un égal embargo sur les bâtiments anglais dans les ports de la Suède.

Ayant démontré jusqu'à Févidence l'innocence de la convention présente, S. M. croit ne pas devoir entrer en discussion au sujet d'un événement accidentel, survenu entre son allié S. M. l'empereur de Russie et la cour de Londres. L'acte même de la convention montre qu'il n'y est question que des

droits de la neutralité, isolée par sa nature même de toule autre contestation.

Le soussigné ministre plénipotentiaire de S. M. suédoise, en portant le contenu de cette note à Tattention sérieuse du ministre de S. M. britannique, a Phonneur de prier S. Exe. lord Hawkesbury, de vouloir procurer au soussigné une réponse, qu*il désire qu'elle soit conforme aux vœux du roi, son maître. — S. M. ayant ordonné au soussigné de se rendre près de sa personne, la mission conciliatoire dont il a été chargé, ayant été infructueuse, elle a jugé que sa présence serait maintenant inutile à la cour de Londres.

Le soussigné a l'honneur d^assurer S. Exe. lord Hawkesbury de sa plus haute considération.

Londres, le 4 Mars 1801.

Le baron d'Ehrenswàrd.

N^ XXL

Réponse de lord Hawkesbury à la note précédente du baron

d' Ëhrensivàrd ; du 6 Mars 1801.

Le soussigné, premier secrétaire d'État de S. M: au département des affaires étrangères , a Thonneur d'accuser à M. le baron d'Ehrenswârd , ministre plénipotentiaire de S. M. suédoise, la réception de sa note du 4 de ce mois. S. M. britannique a déjà annoncé et répété la résolution ferme et inaltérable où elle est, de maintenir les principes reçus des droits des mers, droits établis par l'expérience des siècles, et parfaitement combinés pour procurer, tant aux puissances neutres qu'aux belligérantes, la sûreté de leurs droits et de leurs avantages respectifs.

Les éclaircissements que Ton cherche à donner aux articles de la convention actuelle, n'ont affaibli en aucune manière l'impression, qu'a dû faire sa^ première lecture, dans laquelle on voit clairement les motifs et les vues hostiles des puissances coalisées contre l'Angleterre : et cette impression devient d'autant plus forte, quand on considère, que les cours du Nord, en renouvelant les principes de la convention de 1780, qui n'étaient alors qu'une mesure générale, commune à toutes les puissances maritimes, convertissaient cette con-

«72 CAUSE vm. 1800—1801.

vention, aujourd'hui où la politique et la positioa des puissances sont totalement changées, en un instrument injurieux, uniquement dirigé contre la Grande-Bretagne.

En pareille circonstance, on ne peut considérer l'embargo mis sur les vaisseaux suédois, que comme une mesure juste et nécessaire, qui doit subsister tant que la cour de Stockholm fera partie d'une confédération, dont le but est de forcer S. M. britannique à adopter un nouveau système de droits maritimes, incompatible avec la dignité et Findépendance de sa couronne, et avec les droits et les intérêts de ses peuples.

Le soussigné présente à M. le baron d'Ëbrenswârd Tassurance de son estime.

Downing- Street, le 6 Mars 1804.

Hawkesburt.

Les plaintes que le Danemarck élevait au sujet de l'embargo, mis sur ses vaisseaux, et contre lequel on n*usa pas d'abord de représailles, furent accompagnées encore d'autres griefs élevés contre la conduite des vaisseaux de guerre et armateurs anglais, surtout sur les côtes de la Norvège. Elles donnèrent lieu k la correspondance officielle suivante entre le ministère anglais et le ministre de Danemarck à Londres :

N^ XXII

Note du comte Wedel-Jarlsberg , ministre de Danemarck à la

cour de Londres, adressée à lord Hawkesbury, secrétaire (fÉM

pour les affaires étrangères d'Angleterre ; du 4 Mars,

Milord, par ordre de ma cour j'ai l'honneur de mettre sous les yeux du gouvernement britannique le fait suivant, dont il appert, que le capitaine Hamstead commandant de la frégate anglaise, Squirrel, s'est rendu coupable d'une violence inouïe et atroce sous toutes les considérations possibles.

Ladite frégate est entrée le 5 Février dernier, dans le

ort d'Oster-RisOer en» Norvège, et a d'abord saisi* le navire

suédois, Freden, capitaine Marellius, qui en sortait, en enle-

vant le pilote norvégien, Rasmus Ânderson Narrestôe, et le mettant aux fers, pour avoir fait des représentations contre la capture. Arrivé à l'ancre dans le susdit port, le commandant Hamstead a, par des chaloupes armées, fait prendre possession des navires suédois suivants: Erbarheterij capitaine Berlen ; Télemak, capitaine Sundberg ; et Sex-Sôdskende, capitaine Bolin. Les représentations du sieur Tobiesen, premier magistrat de la ville , contre cet acte d'hostilité ouverte, furent en vain employées pour détourner TofOcier anglais de sa conduite violente; celui-ci insistant même qu'on lui fournit des pilotes, pour conduire ses prises en mer.

 la suite du juste refus qu'on lui fit à ce sujet, il expédia le lendemain un officier avec trois soldats et deux marins, armés de fusils et de sabres tirés, chez le chef des pilotes, pour le forcer de donner les pilotes demandés. Sur ces entrefaites, le susmentionné chef- magistrat, accompagné du vicoM^onsui anglais, se rendit à bord du Squirrel, représentant au commandant l'impossibilité d'acquiescer à sa demande: mais durant cet entretien, une chaloupe armée fut de nouveau envoyée à terre : plusiers pilotes furent enlevés de force et obligés de se rendre aux ordres du capitaine Hamstead, qui par ses moyens violents, ammena avec lui lesdits navires suédois.

Cette conduite révoltante et criminelle dans tous ses détails, ne pourra sans doute que provoquer l'indignation du gouvernement britannique, qui, quelque fâcheuses que soient les circonstances du moment , ne saurait certainement pas tolérer une atrocité de ce genre, qui, inouïe entre des nations policées, dégrade l'honneur de la marine anglaise, et n'admet plus ni sûreté ni tranquillité pour les nations en paix avec la Grande-Bretagne.

Dans cette conviction, je m'acquitte des ordres de ma cour, en réclamant les susdits navires suédois enlevés, en insistant sur leur restitution immédiate avec leurs équipages, en demandant une satisfaction proportionnée à l'énormité de l'attentat, dont les employés anglais se sont évidemment, de propos délibéré, rendus coupables.

Le roi mon maître s'attend avec confiance à la prompte réparation d'un délit, qui an*ecto la dignité de sa couronne, Martens, Causes célèbres. IV. AS

«74 CAUSE Vni. 1800-1801.

et la sûreté de ses royaumes. Je m'empresse d'y appeler, milord, votre plus sérieuse attention, et je me flatte, que V. Exe. voudra bien au plutôt me mettre à même de faire sur ce sujet un rapport satisfaisant à ma cour. J'ai Thonneur d'être, etc.

Londres, le 4 Mars 4804.

Wbdel - Jarlsbsrg.

N^ XXffl.

Seconde note du comte Wedel-Jarlsjberg, ministre de Danemarck près de la cour de Londres, adressée à lord Hawkesbury, secrétaire d'État pour les affaires étrangères d'Angleterre ;

du 48 Mars 4804.

La cour de Copenhague se trouve de nouveau affligée par les atrocités suivantes, commises de propos délibéré sur les oétes de Norvège par des sujets britanniques. Le 8 Février dernier, une chaloupe armée, expédiée par le cxAier AchiUes, commandée par un officier nommé Barnett, est entrée dans le port d'Ëgvaag près de Fahrsunden en Norvège, et y a de vive force enlevé une prise française. L'équipage dudit* cutter ne s'est point borné à cet acte de piraterie : il est descendu à Skioldneess, d'où il a tiré sur une barque, qui passait venant de Lyshavn, avec trois paisibles habitants de la côte, dont un, nommé Ëlling, fut tué; et ces barbares continuèrent leur feu dirigé contre ladite barque, aussi longtemps qu'ils purent l'atteindre.

Suivant ces faits constatés, il m'est enjoint de réclamer la restitution immédiate du susdit navire, enlevé de ses ancres dans un port sous la domination danoise. Pareilles violences ne sont autorisées entre puissances civilisées qu'après une déclaration de guerre formelle. Aussi longtemps que le gouvernement britannique ne caractérise les mesures adoptées contre le Danemarck, que sous le titre de provisoire et de précaution, S. M. danoise, dont la modération constante ne s'est point démentie , est bien éloignée de supposer , qu'il veuille tolérer, encore moins approuver, la conduite hostile et violente de ses officiers , contraire au droit des gens, comme aux stipulations des traités, et aussi déshonorante

CAUSE vni 1800—1801. i75

pour leur état, que pour le pavillon de leur nation: elle s'attend en conséquence h être, sans délai, rassurée contre des récidives de cette nature; et, quant à l'acte inhumain et atroce, dont des sujets britanniques se sont souillés, en tirant sur de paisibles et innocents navigateurs d'un bateau qui longeait la côte, et se rendant les meurtriers du sus -nommé Elling, le roi se flatte, qu'il n'a besoin que d'être mentionné au gouvernement anglais , pour e^^citer sa plus haute indignation, et pour l'engager à punir exemplairement les coupables, et à pourvoir à l'entretien de la famille qui pleure l'innocente victime des susdites atrocités.

En transmettant cette réclamation et ces représentations, par ordre de ma cour, entre les mains de Y. Ëxc, je me flatte , d'y appeler son attention sérieuse ; et j'ai Thonneur de la prier, de vouloir bien me mettre à même de faire mon rapport y relatif par le courrier prochain, de même que sur l'ot>jet de nature pareille, contenu dans ma note du 4 cou-* rant. Il me sera particulièrement satisfaisant d'avoir à annoncer au roi mon maître, le désaveu formel de la cour de Londres des actes susdits, et l'assurance d'une réparation immédiate.

C'est dans cette attente que j'ai l'honneur d'ajouW l'assurance de la considération respectueuse avec laquelle je suis, etc.

Londres, ce 18 Mars 1801.

Wedel - Jarlsberg.

N^ XXIV

Note de lord Hawkesbury, secrétaire d'État au département des affaires étrangères d'Angleterre, en réponse aux deux notes

précédentes; du i9 Mars 1801.^)

Le soussigné, principal secrétaire d'État de S. M. aux affaires étrangères, a l'honneur d'informer le comte de Wedel- Jarlsberg, Envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de S. M. danoise, en réponse à sa note d'hier, qu'il a fait les démarches convenables pour instituer des recherches rigou-

4) Traduit de l'Anglais.

rcuses au sujet de la conduite des personnes qu'on y accuse d'actes de violence et d'inhumanité. Le soussigné espère, que les faits auront été mal-représentés au comte de Wedel-Jarlsberg; mais, si, après un examen impartial, ils se trouvent tels qu'on les a exposés à M. le comte, le soussigné n'hésite point à déclarer, que la conduite des individus en question, rencontrera les plus fortes marques d^improbation de la part du gouvernement de S. M., attendu que c'est le vœu uniforme de S. M., que, même dans le cas d'hostilités ouvertes, toutes espèces de cruauté ou de sévérité non nécessitées soient scrupuleusement évitées par toutes les personnes employées au service do S. M.

A l'égard de la demande faite par le comte de Wedel- Jarlsberg, par ordre de sa cour, pour la restitution des différents bâtiments dont il est parlé dans la présente note et dans la précédente, le soussigné a l'honneur de lui observer, que dans les circonstances actuelles des deux pays, il est impossible à S. M. d'entrer dans aucune explication sur ces points. Mais, si la mésintelligence qui malheureusement subsiste aujourd'hui entre les deux cours, est amiablement ajustée, ainsi que S. M. le désire ardemment, «ces cas seront naturellement portés, sans perte de temps, devant les tribunaux réguliers et impartiaux, établis dans ce pays-ci pour décider de telles causes, conformément aux principes de justice et du droit des gens.

Le soussigné a l'honneur de renouveler au comte de Wedel- Jarlsberg les assurances de sa haute considération.

Downing- Street, le 19 Mars 4801.

Hawkesbury.

N^ XXV

Note du comte Wedel-Jarlsberg , ministre de Danemarck près de la cour de Londres, adressée à lord Hawkesbury, secrétaire d^État pour les affaires étrangères d'Angleterre;

du 20 Mai 1801.

Le soussigné. Envoyé extraordinaire de S. M, danoise, a reçu avec reconnaissance la prompte réponse que S. Exe. Jord Hawkesbury, principal secrétaire d'État pour les affaires

étraûgèrcs, lui a fait rhonncur de lui adresser en date d^hier. U en distingue avec satisfaction le désaveu des actes de violence et d'inhumanité commis par des sujets britanniques sur les c6tes de Norvège, et Tassurance d'une satisfaction proportionnée à Toffense et au crime, constatés par les rapports officiels faits à la cour de Copenhague.

Quant à Tarticle de la restitution des navires enlevés, demandée par le soussigné, il voit avec regret, que TexpUcatlon n'est pas aussi satisfaisante : mais quelle que soit l'opinion de S. Exe. à ce sujet, le soussigné s'empresse de déclarer, que S. M. danoise ne consentira jamais, que la violation ouverte de ses ports et de son territoire devienne, sous aucun prétexte quelconque, un objet soumis à la décision des tribunaux. Ses droits souverains et territoriaux sont assurés: elle ne s'en déparera pas; et, toutes les fois qu'ils sont enfreints par la conduite violente des employés britanniques, le roi n'hésitera pas à en appeler directement à la justice de S. M. britannique, dont il s'attend à recevoir immédiatement, cette satisfaction que les souverains ne se refusent guères, et qui en pareil cas serait promptement rendue h celui de la Grande-Bretagne.

Le soussigné a l'honneur de renouveler à S. Exe. lord Hawkesbury l'assurance de sa haute considération.

Londres, le 20 Mars 1804.

Wedel - Jarlsberg.

N^ XXVI

Réponse de lord Hawkesbury, secrétaire d'État au département des affaires étrangères d'Angleterre, à la note ci-dessus, *)

Le soussigné, principal secrétaire d'État de S. M. aux affaires étrangères, a reçu Ta note que le comte de Wedel- Jarlsberg, Envçyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de S. Bl. le roi de Dànemarck lui a fait l'honneur de lui adresser le 20 courant. La conduite attribuée à des sujets britanniques, qui ont eu part à l'affaire de l'enlèvement des bâtiments suédois en question d'un port de Norvège, ayant

i) Traduit de TAnglais.

278 CAUSE Vin. 1800—1801.

été déjà désavouée par le gouveruement de S. M., soas le double rapport de la violation de la juridiction territoriale de S. M. danoise et des actes de violence et d'inhumanité allégués comme ayant été commis par lesdits sujets en cette occasion; — il ne reste au soussigné qu'à faire au comte de WedeUJarlsberg la remarque, — que le gouvernement de S. M. n'a aucun pouvoir de contraindre à la restitution de ces bâtiments ceux qui s'en sont emparés, avant que les parties lésées n'aient porté l'affaire devant les tribunaux légitimes et impartiaux, établis depuis longtemps dâois ce pays, pour juger toutes les contestations en matière de prises ; ceci étant la manière convenable d'éclaircir les faits, et d'obtenir la restitution de la propriété saisie, ainsi que de contraindre les individus coupables à faire compensation pour les dommages encourus par leur mauvaise conduite. Jusqu'à ce qu'on ait eu recours à ces moyens, le gouvernement de S. M., ayant désavoué le fait, ne peut être responsable, suivant le droit des gens, des dommages mérités.

Le soussigné a l'honneur de renouveler au comte de Wedel- Jarlsberg les assurances de sa haute considération.

Downing- Street, le 23 Mars 4801.

Hawkesbubt.

N^ XXVU.

Note du comte Wedel-Jarlsberg, ministre de Danemarck près

de la cour de Londres, adressée au secrétaire d^État des affaires

étrangères d'Angleterre, lord Hawkesbury.

Le soussigné. Envoyé extraordinaire de S. M. danoise, a l'honneur d'accuser la réception de la note dont S. Exe. lord Hawkesbury, principal secrétaire d'État des affaires étrangères, l'a honoré en date du 23 courant.

Le désaveu sans réserve d'actes d'hostilités commis par les employés britanniques durant l'état de pak, qui existe heureusement encore entre le Danemarck et l'Angleterre, justifie la confiance illimitée, que S. M. danoise n'a jamais cessé de conserver dans les sentiments du roi de la Grande-Bretagne.

Le soussigné s'empressera de transmettre cette déclaration satisfaisante au roi son maître ; mais en attendant qu'il

CAUSE vm. 1800—1801. 279

puisse ^tre muni de ses ordres précis sur l'article de la restitution des navires enlevés dans les ports danois , le soussigné ne peut que se référer au contenu de sa note du 20 de ce mois, jugeant son opinion lappuyée par les principes les plus reconnus et les plus sacrés, par les usages constants établis entre les souverains, et par des exemples même de date très-récente, où le gouvernement britannique n'a pas seulement reconnu le droit de restitution immédiate, mais où il s'est empressé d'en prévenir la demande formelle par une prompte déclaration de réparation. «

Le soussigné prie S. Exe. lord Hawkesbury d'agréer l'hommage de son respect.

Londres, le U Mars 1804.

Wedel-Jarlsbbrg.

N^ xxvuL

Note de lord Hawkesbury, secrétaire d'État des affaires étrangères d'Angleterre, en réponse à la note ci-dessus, ^)

Le soussigné, principal secrétaire d'État de S. M. au département des affaires étrangères a l'honneur d'informer le comte de Wedel-Jarlsberg, Envoyé extraordinaire de S. M. le roi de Danemarck, qu'il parait par le résultat des recherches rigoureuses qui ont été faites au sujet de la conduite des officiers britanniques, accusés d'avoir violé la juridiction territoriale de S. M. danoise, que le fait, tel qu'il a été exposé pal* le comte de Wedel-Jarlsberg dans sa note du 48, est bien fondé, autant qu'il se rapporte à l'enlèvement de quelques bâtiments suédois des ports de la Norvège. Le gouvernement de S. M. signifiera donc sans délai à l'officier en question les plus fortes marques de Timprobation de S. M. au sujet de tout l'ensemble de ce procédé ; et c'est avec beaucoup de satisfaction, que le soussigné est actuellement à même d'ajouter, que les navires suédois, capturés dans le port de Norvège, ainsi que leurs équipages, seront immédiatement relâchés , attendu qu'il n'est pas besoin de recourir préalablement à des procédures juridiques, dans les circonstances

4) Traduit de TAnglais.

aso CAUSE VIII. 1800— lâDJ.

particulières du cas en question. Le soussigné se félicite de pouvoir profiler de cette occasion de renouveler au comte de Wedel-Jarisberg les assurances de sa haute considération. Downing- Street, ce 24 tfars 4804.

HAWKESBUUr.

N^ XXIX

Note du comte Wedel-Jarlsberg , ministre de Danemarck près la

cour de Londres, adressée au secrétaire d'État des affaires

étrangères cP Angleterre, lord Hawkesbury.

Le soussigné, Envoyé extraordinaire de S. M. danoise, s'empresse de témoigner à S. Exe. lord Hawkesbury, principal secrétaire d'État des affaires étrangères, sa reconnaissance, de la note obligeante qu'il vient de recevoir de sa part, relative à la restitution immédiate des navires suédois, enlevés dans un port de Norvège, objet de la note, datée du 4 de ce mois. Il ne tardera pas à en faire part à sa cour; et il va avec confiance au-devant de pareille justice dans le cas et les circonstances graves, mentionnées dans la note qu'il a eu l'honneur d'adresser à S. Exe. le 48 courant , ayant en attendant celui de renouveler à lord Hawkesbury l'assurance de sa respectueuse considération.

Londres, le 25 Mars 4804.

Wedsl-Jarlsberg.

Malgré ce grand empressement que mit la cour tie Londres à remédier aux griefs fondés du Danemarck, elle ne put cependant dissiper l'orage, que d'autre -part menaçait d'éclater à tout moment. Ce fut à cette époque que prit naissance le système de combattre les Anglais par une mesure qui, en détruisant leur commerce, entravait à la fois cette prépondérance de la marine anglaise que, malgré les efforts de la France, elle avait maintenue pendant toute la guerre. On imagina de fermer aux vaisseaux anglais les ports du Nord, vers lesquels se dirigeait surtout leur commerce depuis que la France lui avait fermé ceux dans la

CAUSE vm. 1800—1801. 284

Méditerranée et de la Hollande. En conséquence les cours de Berlin et de Copenhague ne tardèrent pas à se réunir, pour effectuer conjointement Foccupation des embouchures de l'Elbe et du Weser. Un corps de 12,000 Danois, qui sous le commandement du feldmaréchal prince Charles de Hesse s'était réuni à Itzehôe, se mit en marche pour Pinne* berg, d*où le prince annonça, le 28 Mars au sénat de Hambourg, par le manifeste ci-aprës, que le lendemain ses troupQS entreraient dans là ville. ^)

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