‹ Causes célèbres du droit des gensChapitre 13 sur 17 · N^ XXXI · texte numérisé non relu

N^ XXXI

Article de la gazette de la cour, touchant la négociation qui

précédait la convention d* armistice, conclu le 9 Avril, entre le

gouvernement danois et ViÊfiiral anglais Parker,

L'amiral sir Hyde-Parker (muni des pleins-pouvoirs nécessaires de son gouvernement) proposa d'abord une alliance défensive entre le Danemarck et la Grande-Bretagne, dans lequel cas, le gouveraenîent anglais s'engageait à soutenir le roi de Danemarck par une flotte de vingt vaisseaux de guerre au moins, pendant que le Danemarck à son tour, s'obligerait également à tenir dix vaisseaux de guerre dans la Baltique. Cette proposition fut d'abord refusée, comme incompatible avec la convention de neutralité des puissances septentrionales. Sur quoi l'amiral anglais déclara, qu'il était prêt à demander des instructions ultérieures à sa cour, s'il pouvait considérer dans l'intervalle Copenhague comme un port ami, et si le Danemarck voulait se départir de la coalition du Nord. Du côté du Danemarck le général de WaltersdorflT et l'adjudant général Lindholm furent nommés commissaires militaires, pour prendre des éclaircissements ultérieurs sur le premier point: quant au second, il fut absolument refusé. Après quelques conférences desdits commissaires avec l'amiral Parker, au

4) V. HecueU des traités, etc., par G. F. de Martens. T. VU; p. 238.

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sujet d'un armistico et des conditions y relatives, celui-ci donna un écrit, sous le nom de son ultimatum, qui tendait à l'alternative d'une alliance défensive, où le Danemarck entrerait avec la Grande-Bretagne, ou d'un désarmement ; sur quoi il demandait une réponse catégorique dans un délai de vingtquatre heures: mais on lui fit connaître, que ces deux demandes étaient peu convenables et ne sauraient être trouvées acceptables. Le lendemain, U offrit dans les conditions d'armistice ce changement, que le Danemarck cesserait d'armer; que les vaisseaux de guerre resteraient in statu quo ; qu'il observerait la neutralité la plus rigoureuse à l'égard de la Grande-Bretagne, et qu'il suspendrait l'effet des engagements, contractés avec les puissances septentrionales, jusqu'à ce que les différends actuels avec le roi de la Grande-Bretagne fussent arrangés, ou jusqu'à ce que l'amiral eût reçu de nouveaux ordres, ou de nouvelles instructions de sa cour. Enfin les commissaires s'accordèrent, de part et d'autre, sur les conditions , posées pour base de la convention d'armistice, déjà connue du public.

Quand cette convention fut signée, on venait d'apprendre la catastrophe qui avait mis fin aux jours de l'empereur Paul I de Russie, premier moteur de Valliance du Nord et de tous ces mouvements, qui, au moment même où dans le midi de l'Europe on vit paraître Faube d'une nouvelle paix, menaçaient le Nord d'un embrasement général.

Dès l'avénement d'Alexandre I au trône, le 27 Mars, qui fut marqué par des actes de sagesse et de modération, l'on pouvait espérer que le nouveau ministère anglais, annoncé officiellement dès le 1 7 Mars , pourrait conjurer l'orage qui venait d'éclater, et renouer les liens d'amitié avec les puissances du Nord, dont l'utilité réciproque s'était manifestée d'une manière si évidente. Cependant les choses étaient parvenues à un point, où même les sentiments les plus couciliatoires nécessitaient des égards, que la dignité des états semblait exiger ; il importait d'ailleurs à chacune des puissances

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d'en venir à un arrangement quelconque qui pût prévenir de nouvelles disputes semblables à celles pour lesquelles on avait pris les armes.

Le cabinet de Londres, après la signature de cette convention d'armistice avec le Danemarck, qui suspendit les effets des engagements de cette cour avec celles du Nord, jugea devoir suivre la môme marche pour détacher la Suède d'une alliance à laquelle le nouveau souverain de Russie, ni le roi de Suède n'avaient encore renoncé. A cette fin Famiral Parker, après s'être rendu, le 29 Avril, par ordre de son gouvernement, avec son escadre à la hauteur de Tentrce du port de Cariscrona envoya la sommation ci -après au viceamiral Cronstedt, commandant du port.

N'*. XXXII

Sommation envoyée par l'amiral anglais Parker^ ou vice-amiral Cronstedt, commandant du port de Cariscrona, à bord du vaisseau-amiral, la ville de Londres, étant à la voile,

le 48 AvrU 4804.

Comme la cour de Danemarck a été portée à conclure un armistice, qui a mis un terme aux malheureux différends entre les cours de Saint- James et de Copenhague; et, comme il m'est également ordonné d'obtenir une réponse positive sur la façon de penser de la cour de Suède, relativement à la renonciation aux projets hostiles, que, de concert avec la Russie, elle avait dirigés contre les droits et les intérêts de la Grande-Bretagne, j'ai l'honneur d'envoyer cette lettre à Y. £xc. dans la vue de recevoir, sur la résolution de la cour de Suède, relativement à cet important objet, une déclaration, telle que je puisse régler mes opérations futures d'après la réponse que j'attends de cette dépêche , dans le délai de quarante-huit heures. J'ai l'honneur, etc.

Hyde-Parker, Commandant en chef de la flotte britannique

dans la Baltique.

Martens, Causes célèbres. IV. 49

990 CAUSE Vm. 1800— 1801.

A cette sommation le vice^-amiral Cronstedt, d'après les ordres du roi, qui se trouvait alors à Malmoë, répondit provisoirement :

« Que , n'étant que militaire , il ne lui appartenait pas n d'entfer particulièrement dans la réponse à une demande, )» qui n'était point du ressort de ses fonctions ; mais que, S. M. » ayant annoncé, qu'elle se rendrait incessamment à Gariscrona, » eue ferait connaître alors sa résolution à M^ l'amiral, t*

Peu de jours après , le roi étant en effet arrivé , le viceamiral Cronstedt eut ordre de faire à Tamiral Parker la réponse officielle suivante :

N^ XXXffl.

Lettre du vice-amiral Cronstedt, adressée à P amiral

anglais Parker,

Monsieur l'amiral I

Le roi, mon maître, m'a ordonné de faire la réponse ofGcielle suivante à la lettre dont Y. £xc. m'a honoré en date du 48 de ce mois.

Convaincue , que V. £xc. connaît parfaitement la valeur et la sainteté d'engagements pris, S. M. est persuadée, que la déclaration solennelle qu'elle va faire, ne paraîtra certainement pas inattendue à Y. Exe. ; savoir, que le roi de Suède n'hésite pas un moment à remplir avec fidélité et loyauté les engagements, que S. M. a contractés avec ses alliés, et ce, sans avoir aucun égard aux conventions particulières de quelque autre puissance, sous quelque nom qu'elles puissent avoir été faites, dont les effets ne sauraient jamais s'étendre aux intérêts des puissances septentrionales, qui ont été neutres jusqu'à présent. Telle est la résolution ferme et invariable de S. M.: obligée, tant par inclination que par devoir, de considérer la cause de ses fidèles alliés comme la sienne propre , S. M. ne veut pas se refuser , en attendant , à écouter les propositions équitables, pour terminer les différends subsistants, qui pourraient être faites par des pléni-

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potentiaires, autorisés de la part de S. M. britannique, aux puissances eonfédérées du Nord.

Carlscrona, le SIS Avril 4804.

C. 0. Cronstedt, Adjudant général du roi pour le service de la flotte, et commandant en chef

à Carlscrona.

L'empereur Alexandre, qui immédiatement après la mort de Paul T, avait envoyé un courrier au roi d'Angleterre pour lui notifier son avènement au trône , animé de sentiments pacifiques et conciliatoires , vis-k*vis de la Grande-Bretagne, chargea le comte de Pahlen de faire remettre la déclaration suivante à l'amiral Parker.

N^ XXXIV

Déclaration du comte de Pahlen, ministre des- affaires étrangères

de Russie^ adressée à Vamiral anglais Parker, commandant en

chef de la flotte britannique dans la Baltique.

Par le décès de S. M. I. Paul I, de glorieuse mémoire, le sceptre de Fempire russe ^ par droit de naissance, a passé dans les mains de S. M. I. Alexandre. Une des premières démarches de ce monarque a été, d'accepter les propositions que la Grande-Bretagne avait faites à son prédécesseur, de terminer, par une convention heureuse, les différends qui avaient fait éclater la guerre dans le Nord de l'Europe. Fidèle néanmoins aux engagements contractés avec les cours de Stockholm, de Berlin, et de Copenhague, S. M. a fait connaître, qu'elle était fermement décidée à agir de concert avec ses alliés , en tout ce qui était relatif aux intérêts des puissances neutres. S. M. I. ne s'attendait point, que la Grande-Bretagne commencerait les hostilités contre le Danemarck, précisément au moment où FËnvoyé de cette puissance à la cour de Berlin était de nouveau autorisé à conférer avec le ministre russe, résidant en cette capitale. Les mesures prises par S. M. L, n'ont été qu'une suite de son désir pour maintenir la paix,

292 CAUSE Yin. 1800—1801.

afin de prévenir, pour le bien de rbumanité, une rupture funeste auxdites puissances. Les hostilités entreprises contre le Danemarcky eussent infailliblement mis obstacle à la paix, si les intentions pacifiques de S. M. I. eussent à cette époque été connues de la cour de Londres ; mais , comme la flotte anglaise est partie pour le Sund, avant que S. M. soit montée sur le trône, elle attendra, pour connaître les vraies dispositions du cabinet de Saint- James , que celui-ci ait reçu les propositions qu^ello lui a faites. Le soussigné, général de cavalerie et ministre des affaires étrangères , demande en conséquence , au nom de son souverain , que Famiral en chef de la flotte de S. M. britannique suspende toute hostilité contre le pavillon des trois puissances coalisées, jusqu'à ce que S. Ëxc. ait reçu des ordres ultérieurs de sa cour; et en attendant l'amiral sera personnellement responsable des suites qui résulteraient de la continuation de la guerre.

Quoique prête à repousser la force par la force, S. M.i. persistera dans ses intentions pacifiques, si la justice et la modération du cabinet de Londres lui permettaient de concilier l'humanité avec ce qu'elle doit à la dignité de sa couronne et aux intérêts de ses alliés.

DE Pahlen.

Cette note fut transmise h Tamiral Parker par M. de Lisakev^itsch , ministre de Russie à Copenhague , qui raccompagna d'une lettre en date du 20 Avril, à laquelle l'amiral fit la réponse suivante.

N^ XXXV

Réponse de F amiral anglais Parker, à la lettre de M. de Usake-

tvitsch, ministre de Russie à Copenhague, A bord du vaisseau

de ligne britannique, la ville de Londres, en mer,

le 22 Avril 4804.

Dans ce moment même j'ai eu l'honneur de recevoir la lettre de V. Exe, en date du 20 de ce mois, avec copie de la lettre de S. Ëxc. le comte de Pahlen. Je puis assurer à V. Exe. que l'une et l'autre m'ont procuré une satisfaction

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particulière, par Tespoir, que la Russie et la Grande-Bretagne vont être réunies de nouveau, comme ci-devant, parles liens de Tamilié et de Pharmonie. Je retourne incessamment au Kioge-Bucht, pour y attendre les ordres de ma cour. A la suite du même ordre, donné par S. M. L, je donnerai pareillement celui de s^abstenir de toutes espèces d'hostilités contre les sujets de la Russie, du Danemarck et de la Suède. J'ai Fhonneur d'être, etc.

Hydb-Pàrksr, Amiral et chef de la flotte de S. M. britannique

dans la Baltique.

C'est ainsi que se termina la guerre du Nord. Comme l'Angleterre toutefois exigea pour parvenir à la pacification générale, que les affaires du Nord de TAllemagne fussent remises sur le même pied où elles avaient été avant le commencement des hostilités, Tempereur Alexandre écrivit au roi de Prusse : « qu'étant très - satisfait des conditions modérées » et équitables proposées par l'Angleterre , il engageait S. M. » prussienne à évacuer le pays de Hanovre, les embouchures » de l'Elbe et du Wéser ; qu'il considérerait cette démarche )> comme une preuve d'amitié du roi, et que, désirant paci- » fier le Nord et rendre la paix au monde, il priait le roi de »ne point mettre d'empêchement à ce grand dessein, et de » l'aider au contraire de tout son pouvoir. » ^)

Le roi de Prusse s'adressa en conséquence à la cour de Copenhague , pour l'engager k évacuer la ville et le territoire de Hambourg, ainsi que les autres places qu'elle tenait occupées ; et ce fut avec le concours du ministre de S. M. prussienne, qu'un arrangement entre l'Angleterre et le Danemarck fut concerté, le 7 Mai l'SOI , au quartier général du prince de Hesse près de Hambourg, renfermé dans les déclarations suivantes en forme de lettres :

4) Ce passage est tiré des Nouvelles politiques de Leyde. 1801. N". il.

294 CAUSE YllI. 1800—1801.

N^ XXXVI

Lettre' de M. Crawford, ministre d'Angleterre, adressée à S, A. S. le prince Charles de Hesse,

Hambourg, le 7 Mai 4804.

Monseigneur !

Pour empêcher toute possibilité de méprise, il me parait à propos de soumettre par écrit à Y. A. S. les points, dont elle a bien voulu convenir avec moi ce matin, en présence du ministre de Prusse, qui nous assure l'agrément de sa cour. V, A. S. déclare :

4^ La neutralité de l'Elbe sera complètement rétablie dès ce jour: et par conséquent, tout vaisseau, quelque pavillon qu'il porte, pourra aller et venir librement; que même, dans le cas malheureux de la reprise des hostilités entre l'Angleterre et le Danemarck, le libre retour sera assuré à tous ceux qui se trouveront à cette époque dans l'Elbe, ou qui arriveront sur la foi de cette convention; et que dans aucun cas ils ne seront sujets à l'embargo, ni à quelque molestation que ce soit.

2^ Que toute marchandise ou propriété anglaise quelconque, qui arrivera dans l'Elbe dès ce jour, sera exempte de séquestre et de toutes recherches quelconques dans quelque cas que ce soit.

3*^ Que, si la cour de Copenhague voulait revenir sur cette convention, elle sera tenue d'en avertir six semaines d'avance: que cette convention restera en force jusqu'à l'expiration de ces six semaines.

D'un autre côté, je m'engage à donner les vaisseaux nécessaires aux vaisseaux danois, allant des ports de l'Elbe en Grœnland et en Norvège, pour qu'ils puissent poursuivre leur voyage, et retourner, sans être arrêtés ou molestés, de quelque manière que ce soit, par les vaisseaux de guerre ou par les corsaires britanniques. J'ai l'honneur d'être avec respect, etc.

James Grawford.

CAUSE vm. 1800—1801. S95

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