CHAPITRE V
Inconvéniens du système de la contagion.
Fabularurriy mendaciorum , præjudiciorum copiam et idololatriam pedibus calcemus. Fautores contagii absolati lîcet opinionera meam periculosam , nec ne nominent. Nos verô impendentes veritati, eam
testifîcemur. Miseris consolationes ofFeramus .
non jam filii patres deserent, non sponsa virum sive liberos , non vir teneram uxorem, non san«* guinis officia negîecta manebunt. Æger in cubili
tristissimo jacens solatium admittet . Profitea-
mur animum timoris expertern , corpus sanum et à causis debilitantibus immune ; aerem inficiatum non timere , et contagium minimè reformidare.
Pouqüeville , De Peste orientait ,-p. 3o et3i-
Le système de la contagion , fruit de l’imagination et de la peur, a des inconvénients trèsgraves. Ces inconvénients peuvent se réduire à trois chefs, savoir :
i° L’ignorance des véritables ou du moins des principales causes de l’épidémie ;
a° La privation des secours nécessaires, et l’emploi de prétendus médicaments plus ou moins nuisibles;
3° La terreur et des mesures de police
6 o Mémoire sur les maladies
dont il suggère l’idée, qui, loin de faire cesser le mal ou de le prévenir, produisent des effets tout contraires.
§ Ier.
Ignorance des véritables ou du moins des principales causes de V épidémie.
Æstimatio causse sæpè morbum solvit.
' Hipp., lib. De arte*
Ordinairement l’idée de la contagion absorbe presque toute l’attention , et avec cette idée seule , on croit pouvoir se rendre raison d’un grand nombre de symptômes qui ne proviennent que de causes évidentes : on ne songe même pas à celles-ci , quoique très-faciles à reconnaître ; si quelquefois on les remarque , c’est pour ne les considérer que comme secondaires ; d’où il suit qu’on ne met pas dans leur examen , ni dans la recherche des moyens propres à les combattre , autant de zèle qu’il serait nécessaire. Aussi beaucoup d’auteurs se sont-ils plaints de l’obscurité, de l’ignorance absolue même qui ont toujours régné sur ce point, depuis la naissance du système de la contagion. Tel est le langage de Rondelet : « Multi de causis hujus
prétendues contagieuses. 61
J'ebris disputarunt ; sed pauci morhi essentiarn docuerunt (i), »
« On peut même avancer, dit Lieutaud, que cette cruelle maladie confondra toujours le raisonnement et même Inexpérience des médecins les plus éclairés (2). »
« Il n’est aucun point en médecine , observe le docteur Nacquart, qui l’emporte sur la contagion en obscurité , comme il n’en est aucun dont l’importance soit plus grande. Sur aucun non plus on 11’a avancé autant d’hypothèses aussi opposées les unes aux antres.... De cette ouïe d’opinions contradictoires est résultée l’incertitude que l’on trouve dans les écrits des auteurs et la versatilité que l’on remarque dans leur pratique relativement aux maladies contagieuses, » ou réputées telles (3).
Tous les partisans delà contagion conviennent qu’on est réduit à des probabilités sur la voie par laquelle la contagion des typhus se répand (4).
(1) De curandis febrib. , p. 733.
(2) Méd. prat., t. 1 , p. 83. — Voyez aussi l’ouvragé du docteur Pouqueviile, déjà cité, p. 5.
(3) Dictionnaire des sciences méd. ,, art. Contagion .
(4) Voyez, entre autres, Paré, liv. delà Peste, çh. ier; le Traité de la Peste, par Senac, p. iere et 76; Lieutaud , loco cit. , p. 82 et 83 ; Pugnot , loco cit. , p. 1 o3.
ü2 Mémoire sur les maladies
Il serait fastidieux de rappeler toutes les idées qu’on a émises sur les premières causes des maladies épidémiques réputées contagieuses, qui n’avaient d’autres sources que de longues guerres, la famine, des intempéries ordinaires, mais trop prolongées, enfin de grandes calamités évidentes quelconques ; nous nous bornerons à quelques-unes. On a parlé de l’influence des planètes, conjunctiones planetarüm in Saturno , de pluies de feu , de germes analogues à ceux des plantes et des animaux, d’une cordeg d’un manteau, d’une cravate , d’un chat , d’un chien , de mouches (i), de rampes d’escalier graissées avec des emplâtres imprégnés de la matière des bubons pestilentiels (2), etc., etc.
Les recherches sur la nature même des maladies réputées contagieuses n’ont pas produit monts de rêveries, ni. moins contribué à
(1) Pestalozzi, Avis de précaution , p. 26 et 27.
(2) Des malheureux furent brûlés à Toulouse , comme semeurs de peste par ce dernier moyen. — Voyez Arrêts notables du parlement de Toulouse , par Laroche Fiayin , liv. 3, lit. 7 ; Lafaille, Annales de Toulouse , sur l’année 1542. -—Un nommé Caddoz fût tenaillé, décapité et écartelé en i53o -, et Lentille mourut dans le tourment de la question en 1 5^5. Ces faits sont encore aujourd’hui d’un grand poids aux yeux des partisans de la contagion.
prétejidues contagieuses . 63
faire adopter pour la guérison de ces maladies des méthodes aussi meurtrières qu’absurdes.