‹ Causes des maladies épidémiques, moyens d'y remédier et de les prévenir; avec quelques réflexions sur l'épidémie d'EspagneChapitre 3 sur 57 · XV · texte numérisé non relu

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cordons de troupes, ni par des vaisseaux en croisière ou coulés bas, ni par des séquestrations que l’on préviendra la propagation du mal ; c’est , au contraire , en laissant toute liberté, et en prenant les précautions que suggèrent aujourd’hui les connaissances acquises en physiologie , en chimie , etc. Si l’on n’est exposé à aucune cause évidente , on doit être parfaitement tranquille, on doit donner tous les secours nécessaires à chaque malade, en ayant soin , pour lui comme pour soi, d’entretenir la propreté la plus grande dans son habitation, et d’en renouveler souvent l’air.

Les précautions que je viens de recommander sont nécessaires, particulièrement dans le cas d’un grand rassemblement de malades. Quoique je ne doive indiquer que d’une manière très-générale les moyens propres àdissiper ou à prévenir les maladies épidémiques, je dirai encore qu’il serait très-important, surtout dans le cas d’encombrement , de tenir les malades couchés à la plus grande élévation possible au-dessus du sol. L’haleine, même celle de l’homme le plus sain, est délétère, et le principe dominant dans ce produit de la respiration, étant un gaz plus pesant que les autres fluides qui composent l’atmosphère, il n’en occupe que les couches les plus inférieures. Par le seul soin dont nous parlons, dans le cas de passage ou de séjour de troupes nombreuses, on aurait évité bien des épidémies meurtrières, que les anciens hâbitans du pays ont avec raison attribuées aux soldats, et que les soldats ont, avec le même fondement, attribuées aux anciens habitans, ayant néanmoins tort également, sous quelque rapport, les uns et les autres. Ils avaient raison, parce qu’en effet ils avaient tous contribué au mal ; mais i ri avaient'tort, parce qu’ils ne reconnaissaient pas cette réciprocité ; de là les idées de la contagion , de là ce langage

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des auteurs : «La contagion ou la peste a suivi rarraée. » Ainsi , le seul conseil d’éviter, autant que cela est •possible , de coucher sur le sol et en grand nombre dans une pièce servant d’habitation à une famille déjà trop entassée , mais de coucher dans d’autres endroits , comme granges, greniers, écuries, etc. ;ce conseil, disje , pourrait, dans bien des cas, diminuer beaucoup l’intensité des causes des épidémies meurtrières qui ravagent si souvent les pays occupés par les troupes. De telles attentions seraient infiniment plus efficaces que les moyens ordinairement employés, sans excepter les fumigations si vantées , et si chèrement achetées de Schmith ou de Guy ton-Morveau. D’autres moyens, également très- simples et qu’indique de même la saine doctrine, mais communément négligés et remplacés par des mesures désastreuses, pourraient aussi souvent arrêter et même prévenir le mal. On ne peut se dissimuler qu’l! s’en faut de beaucoup que dans le cas supposé on puisse toujours prendre les précautions convenables ; mais assez souvent on le peut du moins jusqu’à un certain point. Ne ferait-on que diminuer le mal, et ne le ferait-on que quelquefois, ce serait toujours un grand avantage.

Je placerai encore ici cette réflexion :

L’avantage qu’ont d’être préservés de l’épidémie les pays voisins des lieux atteints, et séparés de ces lieux par un cordon de troupes, suffirait seul, il me semble, pour décider la question de là contagion. En effet , ce cordon n’est établi qu’après que la maladie s’est déjà beaucoup étendue , lorsqu’elle a déjà attaqué un grand nombre de personnes, et lorsqu’un grand nombre d'autres, qui ont communiqué avec ces premières , se sont rendues dans des endroits plus ou moins éloignés, soit pour leurs affaires , soit par crainte de la maladie , soit par celle du

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cordon lui-même, dont les résultats sont ordinairement si déplorables.

Ce n’est pas dès le commencement d’une épidémie, que l’on admet la nécessité d’un expédient dont on ne peut se dissimuler les graves et nombreux inconvéniens. Alors le mal se borne à un très - petit nombre d’individus; le§ causes étant légères, leurs effets sont également peu prononcés. Dans cet état de choses , les médecins eux-mêmes sont dans le doute et l’hésitation. Sur ces doutes, les magistrats ne peuvent ni ne veulent mettre une ville attaquée en état de blocus. Il s’écoule un certain laps de temps avant que le mai n’ait pris le caractère attribué aux maladies pestilentielles , et lors même qu’il a pris ce caractère , on hésite encore. Les mesures dictées par le système de la contagion , paraissent-elles enfin nécessaires? Il faut de nouveaux délais , parce qu’il faut le concours des autorités supérieures , qui ne peuvent être instruites de ce qui se passe , ni donner leurs ordres qu’au bout de quelques jours. Ces choses sont loin de se faire sans bruit et sans causer de nouvelles alarmes. Dans celte circonstance , plus certaines personnes ont eu de communications avec les premiers malades, plus elles sont disposées à s’éloigner, quelques-unes même de celles qui sont déjà atteintes , s’éloignent également ; en un mot, tout s’arrange de façon qu’à l’époque où les communications sont interdites , les prétendus germes sont déjà portés si loin , qu’il est impossible de les atteindre. Celte mesure est donc illusoire. Ainsi , tandis qu’on semble croire tout perdu, si un seul individu parvient à trouver quelque passage; tandis qu’une partie de la population est étroitement renfermée, une autre partie circule et se répand de tous côtés. Quelquefois on va jusqu’à redouter la communication avec certains animaux , et d’autres a ai-

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maux aussi propres à la transmission des germes de contagion, violent impunément toutes les précautions.

Comme on voit , dans le cas où le mal pourrait, ainsi qu’on vient de le dire , se propager par l’importation, à la manière d’un incendie , cette propagation aurait lieu malgré les cordons et d’autres moyens analogues. Cependant, la maladie ne règne guère que pour les pauvres, les marchands et les artisans, exposés à des causes locales, aux horreurs d’un siège , privés de travail ou des secours qu’ils recevaient journellement de la part des riches que la peur a fait fuir , arrachés à toutes leurs habitudes comme à toutes leurs affections , abandonnés même de leurs proches, et poursuivis sans cesse par l’idée d’un danger de mort certain et imminent. Si des riches sont atteints , c’est qu'ils se trouvent également sous l’influence du système admis , et que l’or leur est devenu inutile ; ou ce sont des personnes de toutes les classes qui, quoique hors du cordon , ne laissent pas d’être en proie à des calamités analogues.

Si l’on examine attentivement le système que nous cherchons à combattre , on peut donc expliquer comment, sous son influence, il survient une épidémie trèsmeurtrière dans une ville où il n’y aurait eu que peu de malades, dont aucun n’aurait succombé.

De ce qui vient d’être dit , ne peut-on pas tirer cette double conséquence , que l’établissement des cordons est inutile, puisqu’il n’empêche pas les communications que l’on voudrait interrompre , et que d’ailleurs ces communications sont loin d’avoir le danger qu’on leur suppose.

Ce qui s’est déjà passé, et ce qui va se passer encore à l’égard de l’épidémie d’Espagne, justifiera ce que je viens de dire. Cette maladie m’a pu régner et n’a régné effeo-

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tiyement que sous l’influence de causes locales et sous celles des mesures adoptées ; elle cessera d’elle-même, dès que la température sera rafraîchie, partout où les effets de ces mesures ne l’alimenteront plus. Les cordons n’auront servi qu’à favoriser les progrès du mal, et à entretenir l’illusion, en passant pour l’avoir arrêté (i).

Des mesures semblables à celles qu’on a prises en Espagne auraient pu être mises en vigueur pour des maladies épidémiques que j’ai eues à traiter dans les prisons et dans l’hospice de Nemours, à Bautzenen Saxe, et à Josephstadt en Bohême. Ces mesures auraient pu être adoptées aussi pour d’autres affections qui se sont manifestées ailleurs avec des caractères appelés pestilentiels très-prononcés, si je ne m’en fusse tenu à l’idée d’un cause évidente, que j’ai combattue avec le plus grand succès.

Parmi les auteurs que je n’ai pas cités dans le corps démon ouvrage, et dont les écrits militent puissamment en faveur de l’opinion que je défends , je parlerai

(1) D’après l’état actuel des idées, quels que soient les inconvéniens du système de la contagion , le Gouvernement a dû nécessaire-*, ment le suivre poiîr le moment, sauf à examiner la question de la contagion , pour savoir à quoi s’en tenir dans une autre circonstance. Il est important de préparer , dès à présent , les esprits à reconnaître et à recevoir la vérité. Le système de la contagion répugne à l’état actuel de la science , comme il fait horreur à tous les amis de l’humanité; 11 y a du moins dans les opinions à son égard , une dissidence qu’on ne peut trop chercher à faire cesser. Il serait à désirer que le Gouvernement formât une commission spécialement chargée de l’examen dont je parle. Cette commission serait composée de médecins pris dans les deux systèmes, parmi ceux qui ont le plus médité sur ce point. Je rappellerai ici qu’il en est du côté de la non contagion, qui sont du plus grand poids, et qui n’ont pas encore voulu se déclarer hautement.

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ici des DD. Raikem, Bianchi et Legrand. Les deux premiers ont recueilli une suite d’observations sur une épidémie regardée comme contagieuse , qui a régné dans la Toscane , pendant 1816 et 1817, et qui a fini par être regardée comme contagieuse. On peut remarquer par leur langage combien en pareil cas 011 s’en laisse aisément imposer.

D’abord ces auteurs font voir un rapport parfait entre les causes évidentes et les affections qu’ils décrivent ; mais après avoir ainsi tracé avec exactitude l’histoire de la première année de l’épidémie , tout à coup ils se mettent à parler de contagion, comme si les causes évidentes eussent cessé ; tandis que , comme ils l’observent euxmêmes, ces causes avaient augmenté en nombre et en intensité, et que rien n’offrait même la moindre apparence de contagion.

Le docteur Legrand, dans un journal où il a consigné avec soin ce qu’il a pu observer dans les Échelles du Levant ( comme chirurgien - major de la frégate la G (datée ,qui , pendant les deux mêmes années, a croisé dans ces parages), indique des causes évidentes attachées au sol des lieux dont il parle, et d’autres attachées aux mœurs des' liabitans et à la tyrannie sous laquelle ils gémissent. Ces causes sont si nombreuses et si actives qu’elles semblent plus que suffisantes, sans l’intervention d’aucune autre cause occulte, pour produire toutes les maladies qui peuvent se manifester dans ces malheureuses contrées. Aussi, tout en admettant la contagion, ce docteur ne peut-il s’empêcher de dire que si l’on pouvait anéantir ces diverses causes, jamais la peste ne se développerait.

Tout étant ainsi subordonné à l’action de causes évidentes, on ne voit pas ce que font les germes, ou plutôt

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on ne voit pas ce qui peut autoriser à croire qu’ils existent» S’il n’y a pas d’effet sans cause, il n’y a pas non plus de cause sans effet ; or , si l’an ne reconnaît pas plus ces germes par leurs effets que par leurs qualités physiques, pourquoi admettre leur existence ?

Quoi qu’il en soit, les recherches des médecins que j’ai nommés supposent un grand talent pour l’observation, et un grand amour pour la vérité ; elles sont des plus propres à éclairer la question. J’ai fait sur elles des notes assez étendues que je voulais taire insérer en entier dans mon ouvrage; je voulais même les présenter en particulier à quelque société de médecine ; mais diverses circonstances, surtout mon éloignement de Paris , m’en ont empêché. Je répare cette omission autant que cela est possible, en plaçant du moins ici ce court extrait.

Je terminerai en disant que M. Devèze , médecin au château des Tuileries (à qui j’ai fait part, il y a trois ans , de mes recherches sur les causes des épidémies) , qui est au nombre des partisans de la non - contagion de la fièvre jaune , a publié de nouveau , l’année dernière , les observations qu’il a recueillies sur ce point à Saint-Domingue et dans les États-Unis. M. Devèze a cru devoir accompagner ses observations de réflexions analogues aux miennes , sur les inconvéniens du système de la contagion, et appliquer ces réflexions à toutes les affections appelées typhus ; tandis qu’à l’époque de notre première entrevue , il m’a semblé ne rejeter la contagion que dans la lièvre jaune. C’est déjà un grand pas de fait pour la solution de la question de la contagion , de reconnaître qu’elle n’existe pas dans la maladie dont il s’agit; car ce sont les mêmes apparences qui ont produit les mêmes erreurs dans toutes les affections appelées pestilentielles.

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L’épidémie d’Espagne fournit des faits qui pourraient servir beaucoup à éclairer sur les causes des affections fébriles épidémiques , ou d’une autre nature , sur les moyens de les combattre , et même de les prévenir dans bien des cas. Mais il règne sur ces divers points des erreurs d’autant plus difficiles à détruire , qu’elles empêchent elles-mêmes de remarquer les faits propres à les dissiper. Cet ouvrage a pour objet de détruire une partie de ces erreurs. Je viens d’en terminer un second , dans lequel je me suis proposé de combattre les autres ; serais-je assez heureuxpouryparvenir? Je n’ose m’en flatter, Si l’onsetrompe relativement aux causes, c’est surtout en ce que les uns accordent trop à la contagion, tandis que les autres ne lui accordent peut-être pas assez , s’en rapportant tous à de simples apparences ; et si l’on se trompe relativement à la nature des affections fébriles , qui constituent ordinairement les épidémies, c’est en établissant des distinctions sur des symptômes qui ne sont point essentiels ; c’est du moins ce que je crois avoir démontré dans ce nouvel ouvrage. Les deux points que j’ai traités sont extrêmement importans , puisque ce sont eux qui déterminent le genre de traitement.

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