‹ Causes des maladies épidémiques, moyens d'y remédier et de les prévenir; avec quelques réflexions sur l'épidémie d'EspagneChapitre 4 sur 57 · PRÉTENDUES CONTAGIEUSES · texte numérisé non relu

PRÉTENDUES CONTAGIEUSES

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Les Maladies appelées Typhus sontelles contagieuses ?

Les nouvelles découvertes nous ont mis en état d’expliquer , d’une manière simple et naturelle, une infinité de choses qui passaient jadis pour mystérieuses et surnaturelles. ( Traité des Fièvres , par Huxham, 1752, p. 325. )

D ans aucune science les préjugés et les faux raisonnements ne sont plus dangereux qu’en médecine ; dans aucune il n’est plus hasardeux de les combattre,- mais c’est un devoir.

La contagion des typhus est admise par un si grand nombre d’auteurs, que, jusqu’en .l’année i8i3, je n’avais eu aucun doute sur ce point; et même à cette époque, où j’étais en Allemagne , je l'ai encore admise dans ces maladies en général , quoique je 11e pusse la

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reconnaître parmi des milliers de malades que f avais alors sous les yeux, et chez lesquels on croyait l’apercevoir. Il me tardait de rentrer en France pour examiner quelles étaient précisément les maladies auxquelles on accordait généralement ce caractère. Après mon retour, je ne fus pas long-tempsà me convaincre que toutes étaient analogues à celles que j’avais vues en Allemagne , et que les unes n’étaient pas plus contagieuses que les autres.

Le mot contagion signifie la transmission d’un virus par le contact , sans le concours d’aucune autre cause. On l’a également employé pour désigner la transmission d’un virus par l’air.

Dans ce mémoire je ne parlerai point de la contagion admise dans la petite vérole , la rougeole, la syphilis et autres maladies où on ne l’a jamais contestée. J’ai seulement en vue ces maladies connues autrefois sous le nom de peste, ou de maladies pestilentielles, et que l’on désigne assez souvent aujourd’hui sous celui de typhus, lesquelles ordinairement sont épidémiques , accompagnées de stupeur , et se développent dans les hôpitaux , les lazarets , les prisons , les camps, les vaisseaux , les villes assiégées , sur les bords des canaux en Egypte, sur ceux des criques en Amérique , en un mot ,

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dans tous les lieux où s’élèvent des émanations méphytiques , et surtout dans ceux où les hommes sont réunis en trop grand nombre.

Si, quelquefois, ce que je dirai se rapporte à la maladie généralement encore appelée peste , ce sera parce que j’y serai entraîné par le sujet , et non avec l’intention de décider pour le moment , à l’égard de cette maladie , la question de la contagion. Cependant je ne m’interdirai pas , lorsque l’occasion s’en pré' sentera , de tirer des conséquences qui pourront paraître contraires au système admis.

J’ai pu d’autant mieux remarquer combien sont peu fondées les idées de contagion dans les typhus , qu’indépendamment du grand nombre de personnes attaquées de ces maladies que j’ai traitées, soit au -dedans du royaume, soit au-dehors, j’en ai été atteint moimême. J’ai remarqué également combien cette méprise est funeste, en ce qu’elle empêche de diriger toute son attention vers les véritables causes et vers les moyens de les combattre , et en ce qu’elle porte à des mesures plus propres à aggraver le mal qu’à le dissiper.

En i8i3 , à Bautzen , l’une des principales villes de la Saxe , la contagion servait de prétexte aux habitants pour demander que les hôpitaux fussent évacués , sans que l’on sût où

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Ton trouverait d’autres ressources. Dans la même année , à Dresde , les mêmes préventions produisirent également de grands maux. A Josephstadt, en Bohême , près d’un millier de Français , sur trois mille environ , moururent en peu de temps par la même cause. Cette mortalité , qu’il eût été facile de prévenir , cessa effectivement quand on eut pris des mesures que nous indiquâmes. La même opinion \

ayant régné en France, y aurait sans doute eu des suites également funestes , sans le retour de Tordre et de la paix. Déjà une instruction alarmante avait été publiée à ce sujet, et Ton avait adopté des mesures également propres à jeter la terreur dans tous les esprits.

Tout récemment , le médecin en chef d’un hôpital, qui, à diverses époques, avait prévenu ou dissipé des épidémies très -meurtrières , fut destitué pour n’avoir pas paru souscrire à de telles idées. . •

Enfin de temps en temps on apprend de différents points de l’Europe, que l’on a eu de vaines terreurs relativement à des maladies réputées contagieuses. Dans quelques endroits on a eu recours aux mesures les plus rigoureuses contre cette prétendue contagion.

Vers la fin de l’hiver de i8i5 à 1816, une commission établie à Bari , dans le royaume

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de Naples , fit fusiller trois malheureux , un citadin , un sergent et un soldat , pour avoir enfreint les lois relatives aux quarantaines.

La sévérité' de telles mesures , le peu de fruit qu’on en retire , les inconvénients graves qui souvent en résultent , enfin les idées fausses que suggère l’opinion de la contagion sur les causes des épidémies , sur leur nature et sur leurs traitements , que de motifs propres à fixer l’attention des médecins , des magistrats, en un mot, de tous les hommes éclairés , surtout de ceux qui sont le plus spécialement chargés de veiller à la prospérité des peuples !

Ce ne sera point sur des raisonnements seuls y ni sur ma propre expérience, que je m’appuierai * ce sera principalement sur les fcits les mieux constatés par les médecins les plus habiles de tous les temps , et par les historiens les plus dignes de foi : j’examinerai aussi l’état des lieux où les typhus • épidémiques ont régné , et l’état de ceux où ils régnent encore fréquemment , pour savoir quel degré d’influence cet état peut avoir sur la production de ces maladies. Il me semble que, par l’examen de ces lieux, et par l’exposé des faits que je présenterai , on se convaincra qu’il n’y a aucune épidémie à côté de laquelle on ne trouve des circonstances tellement pro-

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près à occasioner des affections graves , qu’il peut paraître inutile de lui chercher une autre origine.

Quoique j’aie cité beaucoup d’auteurs , j’aurais pu invoquer l’autorité d’un plus grand nombre encore. J’avais même fait un article particulier pour ceux dont je n’ai pas eu occasion de parler dans le corps de ce mémoire ; mais je crois inutile pour le moment d’en faire usage.

Cependant , quelque concluant que me paraisse le résultat de mes recherches , je ne me flatte pas de dissiper toutes les préventions. Un système quelconque, une fois établi, quoique faux , doit conserver long-temps des partisans , même parmi des hommes d’ailleurs très-instruits, sur-tout s’il tient à une foule de questions, qu’on ne peut éclaircir parfaitement , soit faute de temps , soit faute de patience.

Je me contenterai d’avoir pour moi tous ceux qui ont examiné, ou qui examineront ce point important avec une attention particulière i qui , ne s’attachant qu’à des faits incontestables, n’ont tenu ou ne tiendront que peu ou point de compte de simples apparences.

Je dois craindre de ne pas traiter 'convenablement un sujet hérissé de tant de difficul-

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lés, et qui m’expose à froisser tant d’opinions; mais j’ose espérer qu’on me saura du moins quelque gré de mes efforts., Le seul mérite que j’ambitionne, est d’avoir appelé de nouveau l’attention des médecins sur un point qui tient à toutes les parties de la médecine , et sur lequel fl serait nécessaire de fixer les idées.

On parlera peut-être de grands désastres à redouter de la part de la contagion , si on se relâche dans l’emploi des mesures regardées comme capables de la prévenir ou de la faire cesser. J’observerai qu’il ne s’agit pas de rejeter ces mesures sans examen. Mon but est d’engager à mieux peser qu’on n’a fait jusqu’à ce jour, les avantages et les inconvénients dont elles sont susceptibles. On ne peut révoquer en doute que , dans un grand nombre de cas , leur emploi n’ait eu les suites les plus funestes. En 172.0, Marseille et beaucoup d’autres lieux fournirent des exemples frappants à cet égard.

Pour les médecins les plus éclairés, les méprises sur la nature des épidémies peuvent ne pas avoir de grands inconvénients. Mais il en est qui , dépourvus de bons principes , emploient de prétendus antidotes avec d’autant plus de confiance et d’empressement, que les ravages de l’épidémie sont plus grands, et que le mal , plus compliqué , paraît s’écarter d’&~

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vantage du caractère et de la marche des maladies ordinaires. À des maux obscurs pour eux ; ils n’opposent que des moyens obscurs , moyens sur lesquels le vulgaire n’est que trop disposé à enchérir • tandis que cette idée simple, mais juste, que l’épidémie résulte au moins principalement des intempéries , ou de quelques autres calamités évidentes , conduit directement et sûrement à des indications claires et précises. Alors , dirigeant tout son zèle vers les moyens de remplir ces indications , on ne peut manquer d’en trouver la possibilité, du moins jusqu’à un certain point, et on s’abstient d’une infinité d’autres moyens qui , malgré le nom imposant que souvent on leur donne , ne peuvent rien contre le mal , et même contribuent quelquefois beaucoup à l’aggraver.

Nous renfermerons notre travail dans la discussion des propositions suivantes :

i° La contagion des typhus est-elle prouvée? Aucune des preuves qu’on en apporte ne paraît ni concluante , ni admissible.

20 Le système de la contagion est-il vraisemblable? Une multitude de faits en contrarient tous les développements.

3° Une opinion ne peut être reçue que quand elle prouve , ou qu’elle explique quelque

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chose. L’opinion de la contagion ne prouve rien , n’explique rien , ne rend raison de rien.

4° Les maladies appelées typhus sont toutà-fait analogues à d’autres maladies très-fréquentes , ou plutôt elles sont absolument les mêmes. Si quelquefois ces maladies sont terribles, du moins elles ne sont pas contagieuses, et l’on peut, sans danger , se livrer au soulagement des malades et aux mesures qui peuvent arrêter le fléau.

5° Le système de la contagion , fruit de l’imagination et de la peur , a des effets trèsdangereux. G’est la terreur qu’il inspire qui a fait imaginer toutes ces mesures de police , où le mal trouve plutôt de nouvelles sources qu’il n’y rencontre des obstacles.

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