CHAPITRE PREMIER
La contagion dans les typhus est-elle prouvée? Aucune des preuves qu! on en apporte n est ni concluante ni admissible,
Majorem fidem homines adhibent iis quæ non inlellîgunt. Pline.
Les temps de guerre et de désordre à travers lesquels nous venons de passer , présenteraient seuls des faits suffisants pour décider la question; et les temps antérieurs en fournissent une multitude tout-à-fait semblables. Dans ces temps de calamités, les fatigues, les intempéries, les mauvais chemins, les mauvaises chaussures, les mauvais aliments , la disette , les alternatives de privations et d’excès , Tinquiétude qui règne toujours en pareilles circonstances, et Tencombrement , toutes ces causes dûrent produire une infinité de maladies graves , sans que le concours de la contagion fut nécessaire. Cependant onabeaucoup parlé de cette cause. Des médecins, très-éclairés d’ailleurs , ont paru fortement persuadés de son existence.
prétendues con tapie us es .
L’épidémie qui régna , en i8i45 à Paris et dans plusieurs autres cantons où le fléau de la guerre s’est également fait sentir f n’a pas en une grande intensité ; mais si la guerre eut continué 5 si Paris eût supporté un long siège , les maladies se seraient beaucoup plus multipliées , surtout dans cette capitale. Alors on aurait vu se propager de plus en plus ces maladies qui , sous le nom de peste , firent souvent tant de ravages. Quoique leurs progrès n’eussent été dus qu’aux seules causes dont nous avons parlé , les idées de contagion n’auraient pas manqué d’acquérir encore plus de crédit.
Chez les anciens le nom de peste lui-même ne supposait rien de contagieux. On ne l’employait que pour désigner des épidémies trèsmeurtrières : Neque enim certi est morbi no men vulgare vel pestilens ) cœterum quicum que morbus uno in loco multos simul invaserit , vu-lgaris hic vocatur : qui simul si hoc habeat ut multos périmât , pestis fit (i). Pour les modernes il entraîne toujours l’idée de la contagion : de sorte que pour le vulgaire, les trois mots, peste , épidémie et maladie contagieuse,
(ï) Galien , op. omn., t. ni , p. 546, coin. 3, inhb. De morb. vuîg. Hipp.
i 2 Mémoire sur les maladies
sont devenus presque synonymes (i). Les anciens n’a valent même aucune idée exacte de la contagion : Non facile invenias , inquit Heurnius , nornen conta gii apud antiquos auctores physicos et medicos....- apud historicos et poctas invenias contagium , contagem , contagionem et contactum : nullus tamen veterum scripsit quid illud sic (2). Voyez aussi Primerose, Erreurs vulgaires de la médecine (3)- 1‘acio, Paradoxes sur la peste (4); Septalius (5); Papon, de la Peste (6); Hildembrand , du Typhus contagieux (y); et le Dictionnaire des sciences médicales (8). Facio, voulant rendre raison du silence d’Hippocrate et de Galien relativement à la contagion, dit : « Ils ne mé-
„ (1) Dictionnaire critique de la langue française, par Ferrand.
(2) J . 11 , lib. De peste , c. m , p.
(3) Liv. 11, ch. yii , p# ï57.
(4) Pag. i52 et i53.
(5) De peste , etc. , p. 88. Cet auteur observe que Aristote, Galien, Lucrèce, Virgile, Ovide, Tite-Live, Denis d’Haî jcarnasse , Diodore de Sicile et d’autres anciens historiens, n’ont connu que la contagion immédiate , ibid.
(6) T. i, p. 56, ioqet no.
(7) Traite du typhus contagieux 9 trad. du docteur Gasc , pag. 22.
(8) Art. Contagion.
prétendues contagieuses ; i3
xitent point d’être blâmés de n’avoir pas cru qu’après un million d’années une opinion si étrange dût entrer dans la cervelle des hommes.... » Loco ci t. , p. i5a et i53.
Dans les maladies appelées pestes , et sur-tout dans les plus meurtrières, les Grecs et les Romains, pour détourner ce fléau , célébraient une fête nommée le lectisterne, qui consistait principalement dans un repas et dans des jeux, où l’on se trouvait pêle-mêle et en grand contact, où les étrangers même étaient admis. Chez ces peuples , ainsi que chez les Egyptiens, les médecins ne prescrivaient d’ailleurs que des moyens de combattre les causes évidentes
qui pouvaient occasioner la maladie ; et ja-
mais on n’a remarqué que, faute de lazarets et de quarantaine, les épidémies aient duré plus long-temps que les calamités évidentes dont elles provenaient (1).
Hippocrate lui-même ne voyait d’autres maladies épidémiques pestilentielles , que celles qui résultent des causes de cette nature. Voici comment il explique la propagation de ces maladies : Commuais ergo febns ( pestes ) propiereà omnibus accidit , cjuocl eiimdem spiritual omnes adtrahunt , jitcjue ut simili cor -
(i) Voyez nos Notices historiques.
i4 Mémoire sur les maladies
pori similes spiritus similiter permixti , sirniles gignant febres (i).
Les partisans du système de la contagion s’appuient de l’opinion de Thucydide , d'Aristote, d’Ovide et même de Virgile. Ces auteurs , n’êtant pas médecins , ne peuveut être ici d’un grand poids. D’ailleurs , par la suite, nous aurons occasion de voir que Thucydide s’est récusé lui -même (2). Aristote a dit: P es te m non aliâ ratione asserit contagiosam 9 quant cjuod à causa commuai , aere videlicet , ortuni ducat (3). On peut remarquer que le langage de ce philosophe est le même que celui d’Hippocrate. Si Ovide et Virgile parient aussi de contagion, ils font en même temps mention d’intempéries qui suffisent pour rendre raison des épidémies dont ils font la description (4)»
Suivant Galien , lorsque les saisons sont bien réglées, il n’y a ni peste, ni épidémie d’une autre nature , si ce n’est celles qui dépendent du régime. Cet auteur assigne deux causes principales aux lièvres pestilentielles , savoir, de grandes chaleurs et l’état putride de
(1) De Flatibus , éd. van der Linden , § vin.
(2) Voyez nos Notices hist. , art. Peste d’ Athènes.
(3) Probl. , sect. 1 , § vu.
(4) Ovide?Métajnorpli. , lib. vu, f. x iv- Virgile , lib. ni. Georg.
prétendues contagieuses . ï5
Fair, occasioné par des substances animales en putréfaction 3 ou les exhalaisons des eaux corrompues (1).
Avicenne parle de causes ordinaires et évidentes; il ne dit absolument rien de la contagion. Aussi indique - t ~ il un traitement beaucoup plus approprié que celui qui est prescrit par la plupart des auteurs postérieurs au quatorzième siècle (2).
Les Grecs modernes ont encore sur la peste les mêmes idées qu’Hippocrate et les autres anciens (3).
Tous les anciens et beaucoup de modernes en donnent l’idée la plus exacte possible en la comparant aux fièvres malignes ordinaires 7 avec lesquelles ils ne lui trouvent d’autre différence que la gravité de ses symptômes (4)-
C’est au milieu des ténèbres de la barbarie que le système de la contagion a pris naissance. Alors les médecins lisaient peu. Les 3 umiè res des anciens étaient perdues pour eux. Chaque génération se trouvait réduite aux opinions vraies ou fausses de la génération
(1) Epit. Gai. de febr. difï. , lib. 1 3 cap. iv, p. 38o.
(2) De febr. pestil. fol. 4^4*
(3) Pouqueville , De Febre adeno-nervosa } p. 5.
(4) Voyez le chap. iv de ce Me'tu.
i6 Mémoire sur les maladies
précédente ; elle y ajoutait peu de vérités et beaucoup d’erreurs (i). Les médecins de ce temps n’avaient presque aucunes notions exactes d’anatomie ; ils n'étaient pas beaucoup plus avancés en chimie , ni en physiologie ; par conséquent ils étaient peu capables de bien apprécier Faction, sur notre organisme, des divers agents qui nous environnent ; rien ne les mettait en garde contre les systèmes les plus erronés'; toutes sortes d’idées absurdes , toutes sortes d’explications et de raisonnements analogues étaient mis à la place des faits les moins équivoques. Outre que les sciences dont nous venons de parler , conjointement avec les autres connaissances également nécessaires à un médecin, mettent, par elles-mêmes, dans le cas de reconnaître ce qui peut influer , en bien ou en mal , sur notre santé , comme sciences exactes , elles accoutument à ne prononcer que d’après les faits. Aujourd'hui qu’elles sont cultivées avec soin par un certain nombre de médecins, beaucoup de préventions doivent se dissiper.
Fracastor , médecin italien , qui vivait dans le quinzième siècle, est le premier qui ait
(i) Yoyez Papou , De ïa Peste , j tv.iy 120 ; et la Nosographie de M. le professeur Pinel , t. 1, p. ii4 de la ire éd.
prétendues contagieuses. 17
admis la contagion d’une manière positive. Du moins telle est la remarque de Heurnius déjà cité (1), et de plusieurs autres auteurs. Le lazaret de Venise, établi vers le milieu du même siècle paraît également avoir été le premier établissement de ce genre (2). L’auteur de l’article Quarantaine dans l’Encyclopédie observe , en effet , que cet usage est tout récent (3).
Gomme les idées de contagion dispensent de la recherche des véritables causes, recherche quelquefois difficile - comme ces idées jettent, pour ainsi dire , un voile sur l’ignorance de ces causes et des moyens qu’on doit leur opposer ; comme d’ailleurs elles se prêtent à l’envie si commune de tout expliquer, une fois qu’elles eurent été mises en avant, elles durent être saisies avec avidité.
Avec le temps , la nouvelle opinion a pris de la consistance et du crédit : ce qui lui donna naissance l’a maintenue.
(1) Voyez p. 7 de ce Mém. Voy. aussi Heurnius , ouvr. cité, t. 1, lib. De peste, c. 111. Voy. également Septalicus , De peste , p. 88. Senac , loco ci t. , part. ire, p. 171 et 175.
(2) Papon , ouy. cité , t. 1 , p. *27. Facio , qui écrivait en 1579, a remarqué qu’alors en France, on ne faisait que commencer à admettre le système de la contagion. Paradoxes sur la peste , p. 168.
(3) Voyez aussi Senac ? loco cit. , p. 171 6117-2.
î8 Mémoire sur les maladies
Quelque idée qu’on puisse se faire de l’envie d’expliquer des choses absolument imaginaires , cette idée sera toujours au-dessous de ce qu’on voit dans une multitude d’écrits sur les maladies réputées contagieuses. Nous avons lu de suite des centaines de traités sur la peste y sans trouver un seul passage raisonnable. La seule peste de Marseille , observe l’auteur d’un nouvel écrit sur cette maladie , a produit plus de deux cents volumes qui sont déjà tombés dans l’oubli. Et de tous les autres écrits sur cette maladie , à peine peut-on en compter une douzaine qui méritent d’être recherchés (i). Suivant le même auteur, jusqu’à Mertens, c’est-à-dire, jusqu’à l’année 1771 > la peste n’a point été connue (2) ; les relations antérieures sont remplies de préjugés et d’erreurs; on n’a publié que des fables absurdes et ridicules ; au lieu de parler d’après les faits , chacun n’a parlé que d’après son opinion et ses préventions. Il faudrait donc s’en rapportera Mertens. Néanmoins cet auteur ne dit rien de satisfaisant sur la nature de la peste (3).
(1) Observ. sur le système de l’infection et de la corruption de l’air , par le docteur Rouch , sept. 1810 , p„ g5. Encyclopédie , art. Peste , p. 007.
(2) Même auteur, même ouvr. , p. 5 et 107.
(3) Voyez son Traité de la Peste, particulièrement à la page 76,
prétendues contagieuses . 3 g
Quelques-uns des médecins les plus éclairés et les plus judicieux ont mis à cet objet une attention particulière et ont du moins entrevu 3a vérité. Plusieurs même ont cru devoir la défendre. Ils ont attaqué la contagion ; mais leur voix n’a point été entendue , quelquefois même on leur a opposé des injures.
Dès les premiers temps , Jean - Baptiste Montanus, Valériola , Facio, Thomas Erastus et Mathias Naldi , s’inscrivirent en faux contre la doctrine de Fracastor. Mathias Naldi , médecin d’Àîexândre VII, dit que ceux qui croient la peste contagieuse n’ont pas assez examiné ce qu’ils avancent. Il prétend que la communication avec les pestiférés n’est â craindre que lorsqu’elle est poussée à l'excès, comme découcher avec eux, de leur parler bouche à bouche. Montanus tenait le même langage (1). Facio voulant prouver l’inutilité des quarantaines déjà établies en Italie , observe que, quoiqu’elles ne le fussent pas au-delà des monts , la peste n’y faisait pas plus de ravages que dans cette contrée (2).
Gui-Patin , qui s’attachait beaucoup à relever les erreurs de son siècle , n’a pas Omis
(1) Senac , loco cit., part. iere , p. 177 et 178.
(2) Facio, ouvr. cité, p. 2/f4 et 24V Cet ouvrage est rempli de faits et de raisonnements très-concluants.
20 Mémoire sur les maladies
le système de la contagion. Il plaisante sur le bruit que firent, de son temps, sous le nom de peste, des maladies épidémiques qui régnaient à Bruxelles et à Rouen , quoique les ravages de ces maladies fussent peu considérables , et qu’elles n’eussent rien d’extraordinaire (i).
En 1720, on a vu les médecins de Montpellier , envoyés par la cour à Marseille , s’élever également contre les idées de la contagion , et fournir eux-mêmes des preuves en faveur de leur sentiment 7 par l’avantage qu’ils eurent de rester sains et saufs an milieu des
malades auxquels ils prodiguèrent leurs soins. Ces médecins ne prirent , en effet , pendant l’épidémie qui régnait alors dans Marseille d’autres précautions que de vivre avec sobriété et d’écarter toute idée de crainte (2).
Nous citerons encore Barthold - Florian Gentmann qui a fait aussi un traité particulier sur cette matière (3)l, le célèbre Stoll dont l’opinion est d’un si grand poids , et dont les réflexions nous semblent péremptoires ( 4 ) ?
(1) Voyez ses Lettres , t. 11 , p. 288.
(2) Pouqueville, ouvr. cité, p. 18. Voyez aussi le Traité de la Peste , par Senac.
(3) L’ouvrage de Gentmann est intitulé : Tiimulus "pestis , etc. Francofurti , 1704.
(4) Méd. prat. , trad. par P. A. O. Malion, t. 11, ehap. ix.
prétendues contagieuses . il
enfin nous invoquerons aussi les observations nombreuses recueillies par les médecins qui , dans ces derniers temps , ont été en Orient , et qui ont mis à profit l’avantage de se trouver sur le théâtre où la peste déploie le plus communément ses fureurs.
Nous avons remarqué qu’avant le i5e siècle aucun auteur n’a admis bien clairement la contagion , et que la plupart n’en parlent même nullement; nous avons vu également que si, depuis cette époque, ce système s’est établi , plusieurs auteurs d’un grand poids se sont efforcés de le renverser; avantage qu’ils auraient, sans doute, obtenu, s’ils eussent employé tous les moyens de conviction dont ils pouvaient faire usage. Examinons maintenant les faits sur lesquels les partisans de la contagion appuient leur opinion. Voyons si effectivement ils sont bien propres à la justifier. Ces faits sont principalement ;
1° Le caractère contagieux de plusieurs autres maladies;
i° La prétendue contagion entre les animaux, dans des maladies de même nature que celles des hommes ;
3° Le résultat attribué aux séquestrations;
4° Le prétendu germe de la contagion conservé dans quelques corps inanimés peu-
M dm o ire sur les îhaluçii es .
dant de longues ajinéeS' et* regardé comme . susceptible "de se, jdéy-çloppèï. ensuite ;
5° Le prétendu .germe Me ,1a 'contagion conservé dans l’homme sain , et regardé cependant comme susceptible de; se développer au bout d’un temps plus ou moins long y 6° Les progrès de l’épidémie , sur-tout parmi les’ personnes qui ont entre j elles le plus de relations; • « , Jy ( . :ac * ci : :
- 7#° La gravité des symptômes. Discutons chacun de ccs points.
Pfesque par-tout là nature est enveloppée de mystères que nous devons tâcher de pénétrer ; mais nous devons également lesrespecter, quand; apr ès de vaines reclierches; nous sommes réduits à reconnaître les bornes étroites de notre intelligence. Aussi 7 pour croire à la contagion; ne demandons-nous pas qu’on nous en fasse voir le germe. Nous nous en rapportons aiix faits qui la démontrent là où elie existe véritablement. Mais qu’elle se trouve dans certaiiles maladies ? comme la petite-vérole ; la rougeole; la syphilis^ etc., ce n’est point une raison pour l’admettre dans les maladies épidémiques appelées typhus. Si son existence dans les unes autorisait à l’admettre dans les autres; on pourrait prétendre que la fièvre quarte.
prétend uês contagieuse^ *3 3
la pleurésie sont également contagieuses. Mais les typhus, dira-t-on, étant des maladies bien plus graves que celles-là , ce n’est point trop leur accorder que de les croire contagieux. Raisonnement vicieux par lequel on prouverait que la péripneumonie et la gangrène sont contagieuses , parce qü’elles sont plus graves que la gale. Que penser, dit Fauteur d’un des mémoires insérés dans le Traité de la Peste, par Senac, de tels raisonnements et de telles .conclusions (i)?
On dit que la contagion des typhus qui attaquent les hommes est prouvée par celle des typhus qui sont propres à diverses espèces d’animaux : mais c’est encore s’étayer d’un fait qui, lui-même , est contesté (ca). Pour ne parler que des épizooties qui ont régné sur les bœufs et les vaches , en 1 8 1 4 et e11 ibio, et dans lesquelles on a fait intervenir la contagion , nous rappellerons les observations de M. Huzard, l’un des hommes les plus instruits sur cette matière. Il a remarqué , d’après des
(i) Traite de la Peste, par Senac , part. iere , p. iGS et 169.
^2) Dict. des sciences mcd. , art. Contagion.
24 Mémoire sur les maladies
officiera autrichiens très-versés dans l’économie domestique, que Furie de ces épizooties, attribuée à des bœufs venus de Hongrie , n’existait point dans ce royaume. D’où il est aisé de conclure que c’est ailleurs qu’il faut en chercher l’origine, et M. Huzard la trouve dans les fatigues de la route , la mauvaise nourriture , les intempéries de l’atmosphère , etc. (i).
Le résultat qu’on a cru obtenir des séquestrations sert aussi beaucoup à en imposer. Il est bien vrai que ceux qui se séquestrent pendant les maladies épidémiques appelées typhus, le contractent rarement $ mais est-il nécessaire d’en chercher d’autres raisons que l’avantage de jouir d’une habitation salubre, et des autres choses les plus nécessaires à la vie, et d’être, en général, exempt des soucis qui, dans ces circonstances , rongent ceux qui sont privés de ces ressources? Cura est in viscerihus spina. Hipp. (2) .
(1) Extrait d’un rapport fait à la Faculté de Médecine de Paris , le 28 avril ,i8i4 > page 4*
(2) De morb. lib. 11 , ed. van der Linden, t. 11, p. 98 , § LXX.
prétendues con ta pieuses.
Nous sommes loin de prétendre que l’air qui règne auprès des malades soit toujours incapable de nuire. Il n’est pas même nécessaire que les hommes soient atteints de maladie , pour que l’air d’un lieu , où ils sont rassemblés , s'altère; c’est assez que ce lieu soit étroit, bien fermé, et qu’on y soit en grand nombre. On sait qu’un homme ne peut avoir moins d’une toise quarrée d’air pur et facile à renouveler, sans être exposé à des affections plus ou moins graves. Le sort de i/fi prisonniers anglais , renfermés dans une prison étroite, par ordre du vice-roi de Bengale , présente un exemple frappant des effets de l’encombrement (i). Ici la cause était trop évidente pour qu'on s’y méprît; mais quand la même cause est moins manifeste, on attribue la mortalité à la contagion. C’est ce qui arriva a Oxford , en Angleterre, dans l’année 1 ; à Taunton, dans le même royaume, vers l’an 174^ (2) ; un peu plus récemment à Dinan, en Basse-Bretagne , et en mille autres lieux (3). Arrêtons-nous quelques instants sur ce qui regarde l’épidémie de Dinan.
(1) Cullen , Méd. prat., trad. par Bosquillon, t. 1 , p. 5p.
(2) Id. , ibid.
(3) Voyez nos Notices hist.
2 6 Mémoire sur les maladies
En 1779^ d’autres prisonniers anglais , au. nombre de 2000 environ, furent renfermés
dans le château de cette ville, 011 ils oc-
cupèrent trois salles, dont chacune 11e pouvait guère contenir que vingt lits. En peu de jours , il survint , parmi ces prisonniers, malades en grand nombre dès avant leur arrivée , une mortalité considérable. Beaucoup d’ecclésiastiques et de médecins ayant déjà péri, personne n’osait les remplacer ; de sorte que ces malheureux prisonniers semblaient être condamnés à une mort certaine , et devoir infecter tout le reste de la province. Mais le docteur Paulet, alors membre de la Société royale de médecine , aujourd’hui médecin du roi, à Fontainebleau , rie consultant que son zèle , et plein d’une juste confiance dans son art, se rendit auprès d’eux, conformément aux ordres du gouvernëriient. Bientôt tout changea de face. Par
les conseils de ce savant médecin, des mesures
furent prises pour fairë cesser l’encombrement et la malpropreté. Il donna régulièrement à ces malades tous les autres soins dont ils eurent besoin , et la maladie cessa , comme se dissipa celle de Josephstadt, quand on eut exécuté les mesures indiquées par nous (i). Aussi M. Paulet reçut-il , de la part du gau-
(1) Voyez nos Notices hist. , art. Josephstadt .
prétendues contagieuses, 27
yernement , les témoignages les plus honorables (1).
Reconnaître que l’atmosphère qui entoure les malades est impure , ce n’est point abonder dans le sens des partisans de la contagion ; c’est au contraire un moyen de rendre raison du développement de la maladie chez certains individus , sans l’intervention de la contagion; c’est admettre seulement la nécessité de quelques précautions , ordinairement faciles et tout-à-fait exemptes d’inconvénients.
Nous terminerons cet article par la remarque
que, de l’aveu meme des partisans de la contagion , depuis b usage des séquestrations , les typhus ont fait plus de ravages qu’auparavaut (2).
§ iv.
La cessation des maladies épidémiques appelées typhus, malgré les communications les plus fréquentes , entre une multitude de personnes saines et les malades, et même malgré le séjour dans les lieux qu’ont habités ces derniers, ne paraît d’aucun poids aux yeux des partisans de la contagion , et le retour de la maladie est regardé comme une preuve de la
(1) Cette observation nous a été communiquée par M. Paulet , lui-même, qui veut bien nous honorer de son amitié , et nous aider de ses lumières.
(2) Voyez le chap. v de notre Mémoire.
$8 Mémoire sur les maladies
contagion, quoiqu’il n'existe aucun danger à cet égard , et qu’il soit facile de reconnaître de nouvelles causes évidentes. Cette récidive est attribuée à un germe qui aurait pu se conserver depuis une dernière épidémie. On ne fait pas attention, que si, au bout d’un long espace de temps, comme vingt ou trente ans, il eût pu rester encore, ainsi qu’on l’a prétendu (i), des germes de cette maladie , on l’aurait toujours vue se renouvelerpar-tout où ellea régné. Ce retour aurait eu lieu beaucoup plus tôt ; au moment même où la maladie a disparu , tout eût été rempli de ces prétendus germes ; on ne considère pas que même elle n’aurait pas dû cesser.
On regarde comme susceptibles de conserver Ces germes, pendantde longues années, ma Igré les injures du temps , des corps d’un très-petit volume, d’une nature qui n’a aucune analogie avec celle des principes que la contagion semble supposer dans ce cas , et qui ont à peine eu quelque contact avec une personne attaquée de maladie réputée contagieuse. On cite, à ce sujet , une foule de faits , entièrement dépourvus de vraisemblance (2).
(1) Traité des moyens de désinfecter l’air , par L.-B. Guyton-Morveain p. 35o. Yan Swieten , Coinm, sitr les aplior. de Boerrhaave , lom. v.
(a) Voyez le chapi re V de ce Mém.> art. 1.
prétendues contagieuses .
On a dit également que le germe de la contagion pouvait se conserver pendant un certain temps, même dans l’homme vivant, sans se manifester par aucun de ses effets. On en a donné pour preuve le retour du typhus chez des personnes qui n’en avaient d’abord eu que des atteintes légères, tant pour l’intensité que pour la durée, et qui, depuis cette première attaque, n’avaient pas été exposées , même aux yeux des partisans de la contagion , à aucune communication suspecte.
C’est du moins par cette prétendue conservation qu’on a voulu expliquer la récidive en pareil cas. Mais on n’a fait qu’éluder la difficulté qui résulte, dans le système de la contagion, de ce que le typhus ne parcourt pas toujours ses périodes ordinaires, et de ce qu’il reparaît souvent dans des circonstances où l’on ne peut même soupçonner aucune communication illicite (1). Dans le système opposé, tout s’explique très-bien. On ne voit dans le cas dont il s’agit; comme dans tous les autres, que des effets proportionnés à des causes évidentes. Dans l’apparition légère et momentanée de la maladie ; on voit l’effet de causes évidentes
(1) Voyez le chap. u de ce jVIém., § y.
3o Mémoire sur les maladies
egalement légères et de courte durée; et, dans la récidive avec des symptômes plus intenses et plus opiniâtres , on voit l’action prolo ngée de causes plus puissantes (i).