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paient , mais que la ville était si dépourvue de bons aliments , et les malades si mal soignés
d’ailleurs , que le mal devait aller toujours en croissant (i).
Bertrand (2), sur l’autorité duquel s’appuyent particulièrement les partisans de la contagion , rapporte que « dans la première période du mal et au commencement de la seconde , les malades rejetaient quantité de vers par le haut et par le bas, ce qui , joint à la cherté des denrées et à l’abondance des fruits qu il y eut cette année, confirmait, ajoutet-il, nos magistrats et nos citoyens dans la fausse opinion que cette maladie n était qu’une fièvre maligne , causée par les mauvais aliments et pai la misère. » Ici nous nous en tenons encore aux faits.
Il nous semble qu’en rapprochant les diverses observations qui ont été faites à cet égard , en les pesant bien , en considérant sur-tout celles de cet auteur lui-meme , on reconnaîtra que telle fut en effet la cause des maladies de la première et de la seconde période, conjointement avec quelques autres causes évidentes ; et que quand, vers la fin de cette secondepériode ,
(1) hist. , p< io5, 110 , ii2.
(2) Id. , p. 455.
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la ville se trouva remplie des cadavres de malheureux, traités d’après toutes sortes de principes erronés , l’air fut infecté au point que tous les gens aisés eux-mâmes qui sont restés dans Marseille ont dû en être gravement incommodés.
Martin Àrnoul qui, en 1722, a publié aussi une histoire particulière de cette peste , dit positivement que la disette (1) semblait être d’intelligence avec la maladie. D’ailleurs, ceux qui ne mettent pas la disette au nombre des premières causes de la maladie , avouent néanmoins qu’elle n’a pas tardé à survenir ; de sorte que le 3 août , le blé et le pain ayant manqué, le peuple s’attroupa, courut de rue en rue et insulta les boulangers dans leurs maisons ; désordre presque inoui dans ce temps-là. La plupart même disent que dès le commencement , le blé et toutes les autres denrées étaient chers , et que les malades rendaient beaucoup de vers , ce qui suppose dans les voies alimentaires un plus ou moins grand dérangement , qu’on doit attribuer à d’autres causes qu’à la contagion. Enfin tous les auteurs
(1) Autre peste, dit Senac, non moins dangereuse et souvent la source de la vraie peste. Traité de la peste, part. ire , p. 1 1 .
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ont observé que la maladie a commencé pat les gens les plus exposés aux causes dont nous avons parlé, c’est-à-dire par ceux de la classe la plus pauvre, qui habitaient les rues les plus étroites et les plus malpropres. Personne n’ignore du moins que quand le pape , touché des maux de cette cité célèbre, lui fit un envoi considérable de blé , elle était bien certainement , et depuis long* temps , en proie à la famine.
Il nous semble qu’ayant à prononcer entre des auteurs qui auraient d’ailleurs des titres égaux à la confiance , on devrait plutôt en croire ceux qui citent des faits, que ceux qui les omettent ou les nient , parce que ceux-ci peuvent ne pas les avoir remarqués, quoiqu’ils aient eu lieu de le faire , et parce qu’on ne peut soutenir l’existence de faits controuvés, sans une perversité et une impudence qu’il n’est guère permis de supposer , sur-tout quand il s’agit d’événements qui se passent dans le moment où l’on écrit , et dont tous les habitants d’une ville telle que Marseille ont pu juger (t).
Quoi qu’il en soit , nous verrons à la fin de cet article , un médecin , grand partisan de la
(i) PieS. hist. de la peste de Marseille , ire édit. , p.
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contagion , remarquer que le rétablissement de Tordre et de Tabondance a mis promptement lin terme ^ la maladie.
Nous croyons avoir assez démontré qiTon ne peut fournir aucune preuve en faveur de la contagion , dans cette maladie de Marseille ÿ que tout ce qu’on a avancé à cet égard rfest appuyé que sur des préventions , et que d’ailleurs il n’est pas besoin de faire intervenir cette cause pour expliquer les premières atteintes de cette épidémie. Il ne s’agit maintenant que de rendre raison des ravages affreux qui ont suivi de si faibles commencements. Laissons encore parler les faits, ajoutons-y seulement quelques réflexions qui naîtront du sujet.
Principales causes des progrès de V épidémie.
Ces causes se rencontrent précisément dans les mesures dictées par l’opinion de la contagion (i), et dans la durée des premières causes évidentes, contre lesquelles on paraît n'avoir rien fait , et qui même ont dû s’accroître par suite des moyens employés dans l’intention d’empêcher la prétendue contagion.
La maison où se trouva un des premiers malades suspects , fut investie par des gardes , afin que personne ne pût en sortir. Une telle
(i) Kel.'hist. de la peste de Marseille, 2e éd.? p. 37.
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mesure n’a sans doute pas manqué de produire sur les esprits, déjà alarmés et prévenus, une impression funeste , dont le malade lui-même, âgé de i4 ans environ , n’aura pas été exempt. La crainte , la consternation et le trouble des assistants , peut-être leurs gémissements et leurs plaintes, durent l’instruire des mesures alarmantes prises par rapport à lui.
Si l’on pense que la moindre contrariété, la moindre inquiétude peuvent avoir des suites très-fâcheuses, même dans une maladie légère; si on évite avec tant de soin tout ce qui peut en occasioner, ne doit-on pas croire que de telles mesures ont pu rendre mortelle une maladie qui dans le principe n’avait pas ce caractère par elle-même ? Sera-t-on étonné en apprenant qu’effecti veinent ce malheureux enfant est mort au bout de peu de temps, et que sa sœur soit tombée malade ? Que l’on se représente ce qui doit arriver dans une famille déjà plongée dans la douleur et dansle trouble, lorsqu’un des siens , se trouvant attaqué d’une maladie grave, elle voit prendre des mesures qui supposent qu’on la regarde comme portant déjà elle-même les germes d’une maladie à laquelle presque personne ne peut échapper ni survivre , et lorsqu’il entre dans ces mesures d’arracher cette famille à son do-
micile ordinaire et à toutes ses habitudes , pour la disperser , et pour réduire chacune des personnes qui la composent à un état d’emprisonnement. C’est ce qu’éprouva celle dont nous parlons ; tous les membres de cette famille furent forcés de se rendre dans des infirmeries appelées infirmeries des suspects. Ensuite on a fait murer toutes les portes et les fenêtres de la maison qu’ils occupaient. Au reste , on a fait , dit un des historiens de cette peste ? regardé comme très-exact, sur ce malade, divers contes, où chacun a cru découvrir la manière dont il avait apporté le mal..... Mais quand on a voulu les suivre et les approfondir , on a reconnu qu’il n’y avait rien de certain en tout ce qu’on disait (i). »
La crainte était déjà tellement répandue parmi les habitants, que des hommes attachés aux infirmeries , par conséquent accoutumés avec les malades , et même à toucher des cadavres , ne purent être déterminés que par la force à monter dans cette maison , pour en descendre le mort, ainsi que sa sœur, et les transporter dans les infirmeries des pestiférés avec tout le reste de leur famille. Cette nouvelle mesure, qui sans doute fit beaucoup
(i) R.eh List, de la peste de Marseille , 2e édit.