CAUSES ET PRÉVENTION DE L,V CÉCITÉ
dats de Napoléon 1". Ces armées lïirenl, en elîet, frappées de cette maladie en Egypte, d'où le nom d'ophtalmie d'Egypte; mais la maladie existait depuis longtemps déjà en Europe, et c'est son caractère épidémique pendant et après les expéditions de Napoléon qui a seulement attiré l'attention des observateurs. Bien plus, l'existence dans les siècles antérieurs d'épidémies de maladies d'yeux ne saurait être mise en doute. Arlt en cite toute une série, entre autres celle qui frappâtes armées en Westphalie, en 1761, et si ce n'est pas un fait absolument certain, il est au moins très probable qu'il s'agissait du trachome. Comme preuve frappante, Arlt cite un passage de Celse, donnant une description très convenable du trachome, ce qui permet d'affirmer que ce genre d'ophtalmie était connu des Romains.
Le trachome est sans aucun doute une affection qui se propage par contagion. Dans un grand nombre de cas, il est impossible de prouver cette contagion, attendu que souvent le trachome existe d'une manière latente, et n'éclate vraiment pour le malade, que lorsqu'il a déjà acquis un certain développement; c'est pourquoi on a cherché à le baser sur d'autres causes. Arlt a décrit, le premier, la forme granuleuse du trachome et en a fait une maladie particulière, dont il attribuait l'origine à une manifestation de la scrofulose et dans quelques cas de la tuberculose.
Borner {\.) pense que la forme folliculaire provient d'une infection miasmatique (air vicié), tandis que la forme papillaire résulte d'une infection contagieuse provenant de la sécrétion d'un œil malade. Von Arlt, modifiant sa première
(1) Gerhardl's Handbuck dur Kind r heilkumde, l. V, p. 313.
,M.\l..\l)IKS CONTAllIlillSKS DKS YIÎUX. 121»
manière de voir, exi)li(|ue ;iiiJom'tlMuii tous les cas cl'iiillaiiiiiialion trachoiiuiLeiise do la conjonctive par riiifoctioii xcuaiit d'un œil malade, et c'est à cette opinion (|ue j(î me range entièrement.
Mais si'ce dernier point de vue est vrai, il n'en (îxisle pas moinsd'autres conditions qui jouent aussi un rôle dans l'origine du trachome et qui sont capables de favoriser le transport de la maladie d'un individu à un autre et qui déterminent une intensité de propagation variable. C'est ainsi qu'on peut penser, comme Slellwag de Carion le fait judicieusement remarquer, que dans les temps anciens, il manquait au développement de cette maladie, l'existence de foyers d'incubation, telle qu'elle résulte des grandes armées permanentes, de l'encombrement des écoles ainsi que des nombreux établissements recueillant des orphelins, etc. Au commencement de ce siècle, les causes favorables au développement du trachome se trouvèrent réalisées, grâce aux longues guerres qui dispersèrent les armées dans toute l'Europe, les mettant ainsi en [contact les unes avec les autres et aussi avec la population civile. Dès lors, la maladie se répandant successivement dans les divers pays, les uns après les autres, perdit son caractère endémique pour revêtir celui d'une épidémie dévastatrice ; en même temps celle-ci arrivait à une acuité bien plus intense, la sécrétion affecta le caractère de la purulence la plus marquée, ce qui contribua beaucoup à son expansion rapide.
Le développement du tracbome est surtout favorisé dans les lieux où existent des agglomérations de personnes (casernes, écoles, etc.), ce qui facilite sa propagation d'un individu à un autre, le plus souvent par voie indirecte, c'est-à-dire par
i;tl) CAUSIiS KT PRÉVENTION 1)K LA CÉClTli.
l'usage commun des éponges, tics mouclioirs, pai- le linge, par les eaux de lavage et sous la condition toutefois do l'existence expresse d'un seul cas de maladie des yeux dans l'agglomération. C'est ce qui explique que dans les casernes, une partie seulement des troupes puisse être atteinte; en 1819, par exemple, à Mayence, le trachome éclata dans la garnison prussienne, au point que dans l'espace de quelques mois un tiers des hommes (1146), tomha malades, tandis que le contingent autrichien de la garnison fédérale fut absolument indemne.
Quant à la contagion par rair, dont j'ai déjà dit un mol, si elle est possible, ce que je ne nie pas, ce n'est qu'à la condition d'un séjour très prolongé dans un air vicié. Miielier, qui a observé l'épidémie de Mayence, tient pour non dangereux le séjour dans la journée auprès de ces malades, tandis qu'il ne permet à aucun prix d'y passer une nuit (le non-renouvellement de l'air pendant la nuit augmentant les propriétés infectieuses de celui-ci). Dans les écoles qui reçoivent des pensionnaires et des externes, les internes sont beaucoup plus exposés à la contagion que les externes. En 1867, dans une yisite faite à l'institution des sourdsmuets de Breslau, Cohji (1) constata que sur 111 enfants qui étaient pensionnaires, 84 étaient atteints de trachome, tandis qu'il n'y en avait pas un seul parmi les externes, bien que ceux-ci passassent une grande partie de la journée avec les autres. Est-ce vraiment l'air vicié pendant le sommeil, qu'on doit incriminer dans ces cas, ou n'est-ce pas plutôt l'usage commun des objets de toi-
(1) Hygiène de l'œil dans les écoles, p. 170.
MALAnilîS CONTAGIEUSKS DKS YKUX. 131
lette ? Cette dernière liypotlièse me parail heaiicoiip plus probable.
Mais si l'air vicié n'est pas une cause directe de contagion, du moins la favorise-t-elle. Il est hors de doute que le séjour dans un air malsain provoque le développement du catarrhe de la conjonctive, et spécialement des formations folliculaires, dans le sac conjonctival. Tous les médecins connaissent le catarrhe de la conjonctive désigné sous le nom de catarrhe d'hôpital, que certains malades gagnent par un séjour prolongé dans un tel établissement. Chez les élèves, les soldats, etc., se trouvent (en dehors des trachomateux) beaucoup d'individus atteints de catarrhe. En Allemagne, dans la première moitié de la décade 1870-80, beaucoup d'élèves furent examinés, parce que le bruit courait qu'une épidémie d'ophtalmie d'Égypte avait éclaté dans les écoles. Colin, Becker, Manz, Fœrster, Scliroeder et d'autres, examinèrent à ce point de vue un grand nombre d'écoliers (I). Ils trouvèrent seulement parmi eux, de 0,2 jusqu'à 0,4 "/o d'enfants trachomateux, et au contraire, de 12 à 18 % catarrhes de la conjonctive ou de formations folliculaires. Le trachome ne se développe jamais spontanément sur de tels yeux, mais par contre ils sont favorables à la contagion, lorsque la sécrétion d'un œil trachomateux arrive jusqu'à eux.
§51. En ce qui concerne militaires, les premières observations recueillies à cet égard remontent à l'expédition de Napoléon en Egypte. 32,000 hommes, c'est-àdire le corps entier, ainsi que les troupes anglaises, en
(I) lieymond a fait des examens analogues dans les écoles de 'l'ui'iii.
132 CAUSES KT l'ItlîVliNTION DK LA CliClTH.
lurent saisis. Durant les vingt années qui suivirent, la maladie se développa dans presque toutes les armées d'Europe. L'armée française fut relativement peu éprouvée, mais la maladie devint bientôt épidémique dans toutes les armées. Dans l'armée anglaise, il y eut en 1818, plus de 5,000 aveugles, par suite de cette maladie. Dans l'armée prussienne, de 1813 à 1817-, 20,000 à 25,000 hommes furent frappés, parmi lesquels 150 devinrent aveugles des deu\ côtés et 250 d'un seul. Dans l'armée russe, de 1816 à 1839. 76,811 hommes furent atteints; parmi eux, 878 perdirent un seul œil, 654 les deux yeux. En Italie, sur 1500 soldats. 97 furent privés de la vue d'un seul œil et 49 des deux yeux. Dans l'armée belge, en 1840, on comptait sur cinq soldats, un trachomatcux; jusqu'en 1834, 4,000 soldats étaient devenus entièrement aveugles et 10,000 l'étaient d'un côté. La maladie se propagea en Portugal seulement en 1849 et y fut assez légère. Dans l'espace de huit ans, 10,000 soldats lurent frappés, et parmi eux il y eut seulement 55 aveugles. L'année 1848 apporta la maladie en Danemark, ou parmi 6,171 hommes, à Copenhague, 1156 furent pris.
Le trachome ne sévit plus aujourd'hui dans les armées avec la même violence, mais il y règne pourtant toujours. Tous les ans un certain nombre de recrues se trouvent frappées, beaucoup s'en retournent non guéries dans leur pays, et y propagent la maladie. Les armées permanentes constituent donc un continuel foyer de développement pour le trachome, ce qui est, pour certains pays, une vraie calamité.
Des chiffres précis manquent malheureusement, sur le nombre de ceux qui rentrent dans la vie civile après avoir o-ao-né le trachome au service militaire. Nous savons seu-
Icment combien tlo soldats sont de ce chel' iiiv;ilidés, mais ceux-là ne représentent en réalité qu'un petit nombre parmi tous les soldats trachomatcux en général. Rcich (1) donne le relevé suivant, concernant l'armée du Caucase, où des observations périodiques sont faites sur les ^eux des soldats. Parmi iOOOO soldats environ, 2909 furent atteints d'oplitalmie granuleuse, soit 7,2 "/^ ; parmi 3401 recrues, W „ étaient malades; cela démontre que le l'este, c'est-àdire 4,2 °/o furent contaminés à l'armée. Aussi bien que dans l'armée de terre, Tinflammation granuleuse de la conjonctive règne dans la marine. Elle a même souvent été plus violente à bord des navires que dans l'armée de terre.
En 1875, d'après Vhlik (2), on trouvait dans la marine de guerre autrichienne , environ un trachomateux sur six hommes. Le trachome est naturellement endémique dans les maisons d'invalides, aussi bien que dans les mai- .sons militaires d'éducation.
§ 52. La maladie se propage du militaire au civil, par le congé des soldats et par leur logement chez l'habitant, par la guerre. C'est ce qui se produisit notamment à Saint-Hubert, en Belgique, où le trachome jusqu'alors était resté inconnu (1874) et oh des soldats atteints de maladie des yeux apportèrent une violente épidémie, en logeant chez le civil. L'année suivante, la maladie s'était tellement répandue, qu'on ne trouvait guère plus de pau- |)ières normales dans la population, que chez les enfants et les vieillards (3).
(1) Kaukasische mcdicinische GeseUschafi, 1878, ii" 20.
(2) Statislischcr Sanitdtsberichl der k. k. Kriegsmarine, Wieii, 1877.
(3) Dastol, De ropkthalmic granuleuse dans les écoles. Mons, 1878.
134 CAUSliS ET PRÉVENTION UE LA CÉCITÉ.
Dans les villes, ce sont les éiablissemenls où un grand nombre d'indiviclus sont réunis, qui principalement délerminenl le développement du trachome ; à ceux-là appartiennent les orphelinats, les maisons d'enfants trouvés, les asiles d'enfants, les écoles et les maisons d'éducation, les établissements d'aveugles et les hospices, les ateliers, les prisons, enfm les quartiers dans lesquels la population s'agglomère. Parmi les .écoles, on doit citer avant tout celles 011 il existe un internat. Dans les maisons anglaises d'éducation, Bowmann a trouvé à l'égard du trachome 59 ''/o, NettlesJiip 50 à 60 Vo- Dans l'école des pauvres à llolhorn, liader (l) a observé 500 enfants souffrant de cette maladie. Agnew a fait la même remarque pour l'asile des enfants à New-York (2), Hairioii, à Malines, trouva dans un orphehnat, en 1840, parmi 66 orpheUnes, 64 trachomateuses ; à Mons, sur 74 orphelines, 71 étaient atteintes (3) ; à la maison de correction de Dublin, d'après Kirkpatrik, de 1849 à 1855, il n'y eut pas moins de 134,838 individus infectés. Lorsque autrefois, la maladie éclatait sur un navire, comme on n'en connaissait pas encore le traitement, presque tout l'équipage était atteint. C'est ainsi, qu'un négrier « le Rôdeur » avait 22 matelots à son bord et i60 esclaves. Le trachome s'y déclare, et un seul matelot est épargné. Lorsque le navire entra dans le port, 39 nègres et 12 matelots étaient complètement aveugles, beaucoup d'autres avaient un œil perdu ou la Tue très gravement compromise (4).
(1) Lmcet, 1877, p. 23o,
(2) The 1ÏI edical Record, New-York, 1882.
(3) Dasiot, loc. cit. ^
(4) Mackenzie Iradnil par F.aiigier et Riclielol. Paris, 18S4, p. 3(l'J.
MALADIES CONTAGIEUSES DES YEUX. 1 3î)
L'âge n'est pas sans influence sur le trachome. Les enfants et les vieillards en sont moins atteints que l'âge moyen, dans ses divers degrés.
D'après Samisch (1), 1151 tracliomaleux soignés par lui, se divisaient ainsi :
De 1 à 10 ans 6.9 0/0
De 10 il 20 ans 39.5 —
De 20 à 3o ans 44-4 —
Au delà de 3b ans 9.1 —
J'ai déjà dit que dans les locaux habités par un grand nombre de personnes, l'usage commun des difTérenls ustensiles favorisait la contagion de la maladie. Dans le développement du trachome, c'est la malpropreté qui est un des facteurs les plus importants. Aussi, est-il naturel de le trouver beaucoup plus fréquemment parmi les pauvres que parmi les riches. Le grand développement du trachome, dans certains pays, en Orient et en Irlande, par exemple, est incontestablement dû h la malpropreté et à la misère.
Pour les mêmes raisons, certaines races semblent avoir une tendance marquée à le contracter. C'est ainsi qu'tà Constantinople, d'après Mannhardt^ les porte-faix arméniens, qui sont fort sales, en sont souvent atteints. La population en souffre plus en Finlande qu'en Suède où l'état social est meilleur. On connaît le grand développement du trachome chez les Juifs aussi bien dans les parties orientales de l'Europe que dans la Hollande.
§53. Développement géographique. — l^e climat semble
(1) Grfpfe-Saimisch, Handbuch der Augenheilkumle, I. IV. i>. ('i;t
bien ù cet égard exercer une certaine influence, aulremenl il serait inexplicable pourquoi certains pays sont plus que d'autres infectés par le trachome. Ceci s'api»lique également aux pays, où le genre de vie, la propreté, etc., sont à peu près les mêmes, comme par exemple, dans les diflerentes parties de l'Allemagne.
En ce qui concerne l'Europe, le trachome a atteint son plus grand développement dans les parties orientales du Continent. La Turquie d'Europe en est affligée à un haut degré, ainsi que les provinces danubiennes, la Grèce et la Russie. 11 se propage de là sur les provinces balliques de la Russie, les provinces orientales de l'Autriche et de la Prusse. En Autriche, c'est la Galicie, la Hongrie, la Croatie, la Dalmalie, qui en sont le plus ravagées. Il est plus rare en Bohême et en Moravie. Dans les provinces allemandes d'Autriche, principalement dans le Tyrol montagneux, il n'existe pour ainsi dire pas. En Prusse, ce sont également les provinces orientales, particulièrement la province de Prusse , de Posen et de Silésie, qui en souffrent le plus. Dans le centre et le sud de l'Allemagne, le trachome est rare. On le rencontre de nouveau, dans la vallée du Rhin, et avec une intensité qui augmente à mesure qu'on descend le fleuve. Sur le cours supérieur du Rhin, en Suisse et dans le Grand-Duché de Bade, le trachome est très rare. 11 recommence à devenir plus fréquent depuis l'embouchure du Main, il atteint en Hollande et enfin dans toute la Belgique, un développement extraordinaire.
^ En France, le trachome n'est pas, en général, fréquent, m'est davantage en Espagne, encore plus en Italie, où il est fort développé. Dans les pays du Nord, c'est la Fin-
MALADIES CdNTAGlKllSKS HKS YKIIX. 137
laiulc qui on souiïre Je plus, la Nonvège (;l iJaucinark en sont moins jiffoctés, et la Suède De l'esl presque pas.
Il règne partout dans la. Grande-Bretagne et très forr tement en Irlande, A[ème en Amérique ce sont les éniigrants irlandais qui en sont principalement atteints.
En dehors des pays européens, c'est l'Egypte qui est li^ siège de prédilection delà maladie. Elle est répandue dans tout le nord de l'Afrique à un môme degré; dans certainesparties de l'Algérie, presque tout le monde en soulîre. Il diminue vers le sud de l'Égypte et paraît exister à peine en Nubie. Les nègres du centre de l'Afrique sont relativement épargnés, mais il règne très fortement sur les côtes^ de l'Afrique occidentale. Au Gap il y a peu de trachome.
L'Asie est dans toute son étendue ravagée par le trachome. Il est excessivement fréquent en Arabie, où un cinquième delà population en serait affecté. Les deux Indes, la Ghine, le Japon et la Sibérie en sont infectés. Il en est demême pour les îles polynésiennes, pendant que la partie anglaise de l'Australie en est peu atteinte. Dans l'Amérique du Nord, les Etats de l'Ouest en sont plus affligés qu(^ les États de l'Est. Au Mexique et dans le sud de l'Amérique il est extraordinairement répandu. Une exception à cet égard, doit être faite pourles États de La Plata.
On n'est pas encore sûr de la façon dont le climat exerce son influence. On donne ordinairement comme causes principales de l'étiologie de cette maladie, la lumière éclatante du soleil, la chaleur, la poussière, l'air sec (Egypte, Arabie, etc.). Ge qui n'empêche pas qu'en Irlande, pays humide et rempli de brouillards, le trachome n'acquière aussi un développement extraordinaire. Il faudrait plutôt
l:)8 CAUSES ET PRÉVENTION DE LA CÉCITÉ,
songer à l'influence de l'altitude. En Europe, les hauts pays de montagne en sont indemnes (Suisse). Dans la vallée du Nil, il est d'autant plus rare qu'on se rapproche des sources du fleuve; d'un autre côté, il existe dans des contrées montagneuses, telles que le Caucase, par exemple, où il est très fréquent (1).
Toutes les races ne sont pas également prédisposées au trachome; il faut, ainsi que je l'ai dit déjà à cet égard, faire la part des habitudes (propreté, genre dévie), et tenir compte aussi de certains états idiopathiques de quelquesunes ; ainsi, Biirnelt et Knapp (2), de même que les voyageurs du centre de l'Afrique, rapportent que les nègres sont réfraclaires au trachome, ce qui ne peut s'expliquer que par une propriété de race.
§ 54. Danger du trachome. — L'épidémie de trachome, (jui a régné dans les quarante premières années de ce siècle sur presque toute l'Europe, se distingua par une particulière malignité. Les formes aiguës étaient de beaucoup les plus fréquentes.
La maladie fut caractérisée par un gonflement violent des paupières, une sécrétion purulente considérable avec envahissement très rapide de la cornée ; aussi le nombre des aveugles fut-il exceptionnellement élevé. Dans les armées européennes, il y eut de 0,5 à 0,8 % de soldats complètement aveugles, et un nombre bien plus grand de cécités monolatérales. Actuellement le nombre des cécités est beaucoup
(1) Falk, Sc/i/n/J/'s Jahrbûchcr dcr gesammten Medicin, l. CLIX,
(2) Bericht fùr die Beidelberger op/Uhalmo^ogische Versammlwig,
MALADlliS CONTAGIEUSES DES YEUX. 139
plus faible. La maladie est le plus souvcul clii()ni([iie, ce qui donne le temps d'avoir recours au médecin, dont les connaissances spéciales sont bien plus étendues aujourd'hui qu'à cette époque. Co/m, sur 1000 yeux aveugles, en a trouvé 17 perdus par le trachome ; Magtvis, sur 707 cas de cécité complète, en a trouvé 2,2 «/o imputables au trachome; Daiimas, sur 1178 cécités doubles, a trouvé o,4 «/o de trachome ; Carrcras-Arago, sur .30.5 aveugles, en a trouvé 9,1 o 'o.
Si l'on ne tenait compte que du nombre des aveugles, on ne pourrait avoir d'idée exacte du mal social que produit le trachome dans certains pays. Beaucoup d'individus, en elTet, avant de devenir aveugles, sont incapables de travailler pendant de longues années et d'autres ne deviennent pas assez complètement aveugles pour figurer sur la statistique. On ne peut songer sans tristesse à la perte de travail occasionnée par cette maladie qui, dans un pays actif et industriel comme la Belgique, par exemple, a atteint il y a 50 ans jusqu'à un sixième de la population [Juengken).
§ 55. Prophylaxie. — On peut dire du trachome ce que nous avons déjà dit de la blennorrhée des nouveau-nés ; avec des soins appropriés, il ne devrait y avoir aucun cas de cécité par le fait de cette maladie. La tâche delà prophylaxie est double : elle consiste à éviter la propagation du mal et à instituer un traitement convenable pour les malades.
La propagation sera évitée le plus sûrement par un isolement sévère des malades. Si cette séparation n'est pas possible, du moins devra-t-on éviter tout ce qui peut amener le transport direct ou indirect de la matière infec-
140 CAIISILS HT l'KÉVIiiNTlON DE LA CIÎCITK.
tieuso d'un individu à un autre. Tels sont : l'enconil.romentdes habitations, l'usage commun des linges et ustensiles de toilette. L'aération doit être soigneusement établie, même si on ne croit pas à l'origine miasmatique du trachome; en outre les malades, ainsi que les personnes qui les entourent, doivent être avertis de la nature contagieuse de la maladie.
11 importerait absolument de suivre le traitement des malades jusqu'à complète guérison ; malheureusement la l'orme essentiellement chronique de la maladie y met trop souvent obstacle.
Voyons maintenant comment on doit réaliser ces couditions d'hygiène, dans les armées, dans les établissements publics et dans la population.