ARMEES
Dans presque tous les États où règne le trachome, des ordonnances spéciales existent pour l'armée, et nulle part elles ne sont meilleures qu'en Belgique, où le trachome sévit si fréquemment sur elle. Les points dont il faut tenir compte en instituant un tel règlement sont les suivants :
1" Avant tout, les médecins militaires doivent avoir une connaissance précise théorique et pratique de la maladie.
2^ Doit-on incorporer ou non les recrues atteintes de trachome? En Belgique, on les prend lorsque la maladie n'est pas trop grave ; en Allemagne, on les refuse.
Il faut, je crois, avant de répondre à cette question, tenir compte de diverses considérations. En Belgique, par exemple, si on refusait tous les trachomateux, il y aurait
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beaucoup de provinces qui ne pouri'uient pas lournir leur conlin"ent, et d'un autre côté beaucoup de jeunes gens préféreraient se faire inoculer le trachome, pour éviter le service militaire. 11 me semble que dans de tels pays, on devrait exempter les forme graves de trachome (avec pannus, etc.), et incorporer les soldats atteints de la forme légère. Ceux-ci ne devraient pas être mêlés avec les troupes saines, mais être dirigés avec les trachomateux déjà existants. Quant aux pays où il existe peu de trachome, il me semble préférable de réformer les trachomalf n\ , afin d'éviter l'infection de l'armée.
3° Dans les casernes, on doit avant tout éviter l'encombrement, fournir à chaque homme un minimum de 25 mètres cubes d'air k respirer, et avoir toujours une bonne ventilation. On attachait autrefois une très grande importance à la désinfection de la salle; cela ne paraîl plus nécessaire aujourd'hui. Mais on devrait, une ou deux fois par an, faire nettoyer de fond en comble et passer à la chaux, chaque chambrée, qui resterait ainsi inhabitée pendant quelques semaines. Des fontaines à eau coulante devraient être mises en grand nombre à la disposition des soldats, et si ce n'est pas possible, il devrait y avoir, pour chacun, une terrine de lavage et tout au moins un linge personnel. Dans l'armée belge, chaque soldat porte dans sa giberne sa cuvette et son linge de toilette.
4° Une insjiection meW/ca/e périodique des yeux des soldats est de la plus haute importance. Elle doit être faite à fond, c'est-à-dire avec retournement des paupières. Cette visite est d'autant plus aisée, que déjà elle se fait une fois par semaine, pour les maladies des organes génito-uri-
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naires. — Dans les paysoù règne le li-acliome, une inspection par semaine devrait être obligatoire, ainsi que cela so pratique dans l'armée belge; dans les pays où il est rare, il suffirait qu'elle fût faite toutes les deux, trois ou quatre semaines.
En Belgique, on n'accorde de congé qu'à tout soldat exempt de trachome; quand il rentre, il doit être de nouveau examiné.
5" Traitement des trachomateux . — L'isolement sévère des trachomateux d'avec les individus sains est la première condition qu'impose l'hygiène.
Mais comment le réaliser? Les cas graves, compliqués de sécrétion abondante et d'affection cornéenne, doivent être dirigés sur l'hôpital, qui doit posséder à cet effet des salles entièrement séparées de celles des autres malades. 11 existait pendant longtemps en Belgique, pour les cas graves qui demandaient un traitement long, un hôpital central à Louvain, sous la direction d'HAiaioN, et où on gardait les trachomateux, soit jusqu'à guérison complète, soit jusqu'à ce qu'ils pussent être mêlés aux cas légers.
Ceux-ci forment la grande masse des cas qui offrent par là les plus grandes difficultés pour le traitement. Ils appartiennent aux conscrits, aussi bien qu'aux soldats qui se présentent à la visite hebdomulaire. En Belgique, il y a dans les casernes des salles spéciales pour les trachomateux, d'où ils ne peuvent pas sortir, et où ils sont soumis à un traitement médical. Ce système n'est pas sans quelques inconvénients, carie contact entre les soldats sains elles malades n'est pas ainsi complètement évité, et d'autre part, l'air pur et le mouvement si nécessaires aux trachomateux leur font
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complètement défaut. 11 vaudrait mieux pour eux, à l'exccplion des cas graves, construire des baraquements spéciaux bien situés, selon le pays, ainsi que l'ont déjà conseillé Peltzer et Fialkowski, et qui pourraient aussi être occupés l'biver.
6° Libéi'ation du service. — Aucun trachomateux ne devrait être renvoyé dans ses foyers avant sa guérison ; mais il faut reconnaître que la longue durée du traitement deviendrait alors, pour l'Etat, une lourde charge. Il n'en sera plus ainsi, lorsque des règlements sévères seront institués contre le trachome : pour le recrutement, seuls les cas légers seront acceptés et aussitôt mis en traitement; d'un autre côté, l'inspection hebdomadaire fera découvrir toute nouvelle manifestation de la maladie, et de cette façon, il n'existera plus qu'exceptionnellement des cas graves et de longue durée. On pourrait songer à renvoyer ceux qui n'ont plus qu'une forme légère, et ne retenir que ceux qui ont encore une sécrétion abondante. Seulement, on ne doit pas oublier que les poussées inflammatoires sont fréquentes dans cette maladie, et qu'il arrive bien souvent qu'au bout de quelques semaines de cessation complète du traitement, pour cause de guérison apparente, la maladie recommence avec une intensité nouvelle: aucun trachomateux, avant sa guérison définitive, n'est à l'abri de ces rechutes.
Voici, selon nous, en résumé, les règles à suivre
A. — Pays infectés de trachome.
i" Le recrutement ne doit prendre que les conscrits atteints de la forme légère de trachome elles mettre aussitôt en traitement;
114 CAUSIÎS KT l'UliVKNTION' DK l\ CliClTli.
2° Dans les casernes, il l'aut au moins 25 mètres cubes <Vair par homme; les chambres doivent être bien ventilées et évacuées pendant au moins quinze jours par an ei badigeonnées à la chaux;
3° Chaque soklat doit être muni de son linge personnel et de son baquet; là, où c'est possible, on devrait se servir pour la toilette d'eau coulante;
4° Une inspection médicale hebdomadaire de tous les soldats est obligatoire: elle est aussi obligatoire pour la délivrance du congé et pour la visite au retour; toute permission doit être refusée au tracbomateux ;
5° Les cas graves de trachome doivent, être envoyés a l'hôpital militaire et traités dans des salles spéciales. Les cas légers doivent être isolés dans des baraquements, et si ce n'est pas possible, il faut avoir des salles spéciales pour les trachomateux dans les casernes. Le contact avec les autres doit autant que possible être évilé ;
6° Aucun trachomateux ne doit être libéré avant sa guérison complète.
B. — Pour les pays qui n'ont pas de trachome.
1° Le recrutement refusera tous les trachomateux;
2» Toutes les quatre semaines, une inspection médicale <le tousles soldais réunis sera obligatoire. On y examinera aussi tous les soldats revenant de congé ;
3° Tout trachomateux sera dirigé sur l'hôpital et y sera retenu jusqu'à guérison complète;
4° Aucun trachomateux ne doit être libéré du service avant sa guérison complète.