II. — ÉTABLISSEMENTS PUBLICS
§ S6. On doit, à cet égard, différencier les établissements à internat de ceux qui n'en ont pas. C'est dans les premiers que le trachome est principalement endémique, et c'est pendant la nuit, par les dortoirs et les lavabos communs, que la propagation du mal est particulièrement favorisée. Les établissements avec internat sont : les maisons d'enfants trouvés, les asiles pour enfants, les maisons d'éducation, les orphelinats, beaucoup d'écoles et les instituts d'aveugles. Puis viennent les maisons de correction, les hospices, les maisons militaires d'invalides, les hôpitaux, etc.
Pour ces établissements, sont applicables les principes que j'ai établis à. l'égard des casernes, en admettant toutefois qu'ils puissent subir certaines modifications suivant l'aménagement et le but de l'établissement, et suivant les individus eux-mêmes. Il faut aussi tenir compte de l'état endémique ou non du trachome dans la contrée.
En résumé, voici les mesures prophylactiques qui devraient être prises à l'égard des établissements avec internat :
i^Ces établissements doivent, en général, répondre aux conditions suivantes : air en quantité suffisante dans les salles, bonne ventilation, etc. Lavage au moyen d'eau coulante ou avec une cuvette pour chaque iadividu. Bien entendu, chacun devra avoir sa propre serviette de toilette. 11 est notoire que dans beaucoup d'établissements la propaga^
lion de la conlagion se fait par le lavage et par les essuiemains.
2° Chaque individu admis dans rétablissement doit soumettre ses yeux à l'examen médical. Si la nature de rétablissement le permet, il faut renvoyer les trachomateux, sinon, il faut agir vis-à-vis d'eux ainsi que je l'indiquerai plus loin.
3" Dans les contrées où le trachome règne à l'état endémique, des inspections médicales fréquentes devraient être instituées et au besoin elles devraient avoir lieu toutes les semaines.
L'examen porterait sur tôus les habitants de l'établissement, à l'exception toutefois des employés, mais on examinerait pourtant ceux de la plus basse catégorie, tels que serviteurs, gardes, etc. Dans les contrées où le trachome est rare, on peut examiner le personnel à de plus grands intervalles. La plupart des établissements ont ordinairement leur médecin attitré, et peuvent facilement établir une pareille visite. A défaut d'un tel médecin, les autorités de l'étabhssement devraient être obligées de soumettre à l'examen médical chaque pensionnaire dont les yeux leur paraîtraient suspects.
4" La grande difficulté est de séparer les trachomateux des individus sains. Dans les établissements oii il y a beaucoup de trachomateux, il est indiqué que l'on doit étabhr une séparation, afin que les gens bien portants n'aient aucun contact avec les autres. A Mons, en Belgique, lorsque le trachome s'y répandit fortement, une école infirmerie fut créée exprès pour les enfants trachomateux; ils recevaient dans cette école l'éducation nécessaire et
UQ traitement approprié (1). On pourrait donc agir ainsi : dans chaque catégorie d'établissements, en réserver un pour les trachomateux; par exemple, l'un des orphelinats du pays serait réservé aux enfants trachomateux de tous les autres orphelinats ; cela pourrait exister aussi, pour les maisons de correction, hospices, etc., etc.
5' Dans les cas nombreux oii une séparation complète des trachomateux et des individus bien portants n'est pas possible, il faut tout au moins que les cas à sécrétion soient isolés et dirigés sur l'hôpital; quant à ceux chez lesquels il y a une sécrétion médiocre ou nulle, ils peuvent, à mon point de vue , rester avec les autres pendant la journée. L'examen d'écoles allemandes a permis en effet à Cohn, Manz et à d'autres ci-dessus mentionnés, d'établir l'existence d'un nombre médiocre d'enfants trachomateux (2-4 pour 1000), qui dans ces conditions ne propagèrent pas la maladie aux autres. Le danger, selon moi, existe surtout dans les dortoirs. Il faut donc installer des dortoirs séparés pour les trachomateux et veiller à ce qu'un malade ne soit jamais introduit dans les chambres réservées aux bien portants; mais le jour, les occupations en commun pourront sans danger être permises.
6° On ne devrait permettre à aucun trachomateux de rentrer chez lui avant sa guérison, car il peut, non seulement négliger son mal, mais encore apporter le fléau à sa famille. A cet égard, le système de dispersion qui a été mis en usage pendant les épidémies de trachome doit être complètement abandonné. Mais au lieu de garder les trachomateux jusqu'à leur complète guérison dans l'établis- (i) Dastol, De Vophtalmie granuleuse dans les écoles. Mons, 1878.
sèment môme, il serait mieux de les envoyer dans des stations de convalescence où ils se guériraient plus vite, grâce au bon air et au mouvement.
En ce qui concerne les élèves externes, tout danger de contagion par l'école est évité si l'on éloigne de cette dernière les trachomateux ayant une abondante sécrétion. La surveillance des yeux des élèves externes et internes est un des plus importants devoirs du médecin d'école. Déjà, en ce qui concerne la myopie scolaire, j'ai eu l'occasion de formuler quelques préceptes; voici ceux que je propose à l'égard du trachome :
a) Inspection régulière des yeux des écoliers, et d'autant plus fréquente que le trachome sera plus répandu dans la contrée. Les élèves affectés de maladies d'yeux devront éventuellement être désignés au médecin par le maître.
b) Le médecin inspecteur jugera ceux des élèves trachomateux qui peuvent être maintenus à l'école (cas légers, sans sécrétion).
c) Obligation pour tous les élèves malades de se faire traiter; leurs parents sont responsables de l'institution d'un traitement régulier. Ceux qui se montreraient réfractaires devraient être punis, tout comme lorsqu'ils veulent dérober leurs enfants à l'instruction obligatoire dans les pays où elle existe. Le traitement de ces maladies doit être dirigé par le médecin de l'école, et lorsque les parents désirent prendre un autre médecin ou un spéciahste, on doit le leur permettre, à la condition qu'ils fournissent la preuve des soins régulièrement donnés.
d) En tout cas, c'est seulement au médecin de l'école qu'il appartient d'autoriser la rentrée.
e) Dès qu'une épidémie de tracliomc éclate avec violence sur une école, celle-ci doit être licenciée. Dans les pays à trachome, on devrait imiter l'exemple donné à Mons, où des écoles parallèles sont établies pour les trachomateux. Le médecin d'école doit régulièrement adresser un rapport sur le résultat de ses examens.
m. — POPULATION CIVILE
§ 37. La thérapeutique du trachome offre dans la population civile les plus grandes difficultés, attendu que soit par négligence, soit par éloignement du médecin, soit enfin par les exigences du travail, celle-ci se dérobe aux soins réguliers qui seraient nécessaires pour le combattre. D'un autre côté, le traitement du trachome est parfois si prolongé, que les plus patients se lassent et se rebutent. Je me bornerai donc simplement à indiquer ici les mesures prophylactiques principales qu'on peut lui opposer.
a). Obligation pour le médecin qui soigne des trachomateux de désigner à l'autorité ceux qui sont atteints de la forme sécrétante à un haut degré, afin de diminuer le danger de la propagation du mal dans la région, de même qu'il doit le faire à l'égard d'autres maladies contagieuses. Je ne doute pas qu'une telle mesure ne soit absolument réalisable. Cependant il arrivera que bien des cas observés surtout dans les classes riches échapperont à ce contrôle; mais ces cas sont bien moins importants à déclarer que ceux observés dans la classe ouvrière. A la requête du médecin traitant, le médecin d'office doit se présenter chez le malade, l'examiner ainsi que son entourage, attirer l'atten-
tioa sur la gravité et la contagiosité de raffeclion et prescrire le traitement et les mesures appropriées, insistant surtout sur les moyens propres à empêcher la contagion. Si le malade est logé dans une auberge ou dans un hôtel garni, ses cohabitants devront être examinés et prévenus de même. Quant au logeur, il sera tenu de fournir des ustensiles de toilette pour chaque locataire, et au besoin il devra y être forcé par les règlements de l'autorité.
b) Le traitement devra, dans la mesure du possible, être facilité par l'institution de dispensaires ainsi que je le dirai plus tard. Quant à ce qui concerne les cas qui s'accompagnent de sécrétion abondante, et qui sont particulièrement dangereux, on pourrait peut-être instituer un traitement forcé.
B. — Inflammation diphthéritique de la conjonctive.
En règle générale, la diphthérie de la conjonctive frappe les enfants au-dessous de dix ans. D'après leur origine, les cas se divisent en deux groupes. Ceux du premier proviennent d'une aggravation de l'inflammation conjonctivale. Celle-ci peut être de nature catarrhale; en particulier, les catarrhes qui se déclarent à la suite de la rougeole et de la scarlatine prennent souvent un caractère diphthéritique; il en est de même pour la blennorrhée aiguë des nouveau-nés, aussi bien que pour celle des adultes. Dans tous ces cas il s'agit toujours de la diphthérie disséminée. Ils sont sporadiques et de beaucoup les moins graves.
Les cas du second groupe comprennent les formes résultant de l'infection diphthéritique elle-même et affectent
MALADIES CONTAGIEUSES DES YEUX. ISl
souvent le caractère cpidcmique. Ces cas sont toujours graves, en ce sens qu'ils coexistent souvent avec la diphthérie delà gorge et du larynx, de sorte que non seulement les veux, mais la vie elle-même, sont en danger. Du reste la contagion diphthéritique n'est pas toujours étrangère aux cas du premier groupe, ce qui est prouvé par ce fait que dans les pays oii la diphthérie est endémique ou bien lorsqu'il existe une épidémie diphthéritique dans une localité, les inflammations conjonclivales ont une tendance à devenir diphthéritiques.
§ 58. Les épidémies diphthéritiques furent surtout observées à la clinique de v. Gràfe, au printemps et en automne (1). Emmert {Tj a relevé le maximum en janvier (vingt-quatre cas) et le minimum en août (douze cas).
Aussi bien que le trachome, la diphthérie frappe de préférence certaines contrées et en épargne d'autres. Elle règne surtout dans le nord de l'Allemagne oii la diphthérie des voies respiratoires atteint son plus haut degré, tandis qu'elle est rare dans le centre et le sud de l'Allemagne. 11 en est de même dans tous les autres pays de l'Europe, à l'exception toutefois de la Hollande. Je donne ci-après un court aperçu de son développement dans quelques pays. Je n'ai pris pour dresser ce tableau que des statistiques portant surun^rand nombre de malades, car, comme il s'agit d'une maladie rare, le hasard joue un trop grand rôle, quand il n'y a qu'un petit nombre d'observations.
{{) Sœmisch, Handbiich der Augenheilk., l. IV, p. 106. (2) Congrès international de Londres, 1881.