TRAUMATISME
DK3 YIÎUX.
P. lono.
Guerre de la sécession( Amérique).
— d'Arménie (1877-1878). .. .
Oa ne s'occupe pas dans cette table du chiffre des yeux perdus, mais seulement des yeux blessés.
Quant à la cécité causée par les blessures de guerre, Cohn (1) a établi la statistique suivante : guerre austroitalienne (1839), sur 55 cas de coups de feu sur les yeux, il y eut 19 cécités doubles ; dans la guerre de Crimée (1854), il y en eut 45, et dans la campagne indo-anglaise il y en eut 13.
La moitié environ des aveugles par blessure perdent le second œil, non par blessure directe, mais par opbthalmie sympathique. Celle-ci se produit presque exclusivement après la blessure d'un œil, et reste suspendue comme une menace perpétuelle sur la tête du blessé, surtout lorsque l'œil perdu s'est ratatiné en un moignon. Si on ne peut .rien pour prévenir le premier traumatisme, il n'en estpas ainsi pour l'ophthalmie sympathique; et cependant, on reproche souvent au médecin de n'avoir pas prévenu assez tôt le patient, alors que c'est ce dernier qui le plus souvent en est vraiment responsable, soit parce qu'il a recherché trop tard le secours médical, soit parce qu'il s'était refusé à l'opération qu'on lui avait proposée.
(i) Schussverletzungen des Auges, Ei'langeu, 1872.
La cécité arrive aussi, par suite de blessures de la boîte crânienne, dans- la proportion de 0,27 de tous les cas de cécité, La manière dont les blessures crâniennes conduisent à la cécité est très variable. Dans beaucoup de cas, Berlin (1) a montré rcxistence de fractures d'os, surtout dans le canal optique, qui produisent des compressions ou des décbirures du nerf optique.
§ 61. Prophylaxie des blessures. — Une blessure causée par le hasard ou la méchanceté ne peut naturellement pas être l'objet de mesures proph^/lactiques, pas plus que les blessures de guerre ; une prophylaxie n'est possible que contre les blessures professionnelles et elle devrait comprendre les points suivants :
1° Dans les fabriques de matières explosibles, dans les magasins qui les renferment, dans les boutiques où on les vend, un règlement sévère devrait être établi, pour limiter, dans la mesure du possible, le danger de l'explosion (défense de fumer, mesures de précaution à l'égard de l'éclairage, etc.).
2° 11 est bien difficile de s'opposer cà l'éparpillement dans l'air des particules de pierre ou de métal que les ouvriers travaillent. Aussi devraient-ils constamment, dans ces professions, protéger leurs yeux à l'aide de lunettes assez grandes pour les garantir de face et de côté. A cause de la fragilité du verre, on les a fabriqués en fil d'archal excessivement fin, ou même en mica [Cohn). Toutes les lunettes ont l'inconvénient de se salir ou de se rouiller, de telle sorte que les ouvriers ne continuent plus à en faire usage. C'est pour
(I) Versammlung der opkth. Gesellschaft zu Heidelberg, \
INFLUENCE DU MÉTIER SUIl LES MALADIES DES YEUX. ICo
cette raison que les ouvriers se refusent à peu d'exceptions près (tailleurs de pierre) à en porter. Pendant quelque temps je donnais une paire de lunettes protectrices à tout ouvrier qui venait à ma clinique pour l'extraction d'un corps étranger; mais j'ai pu m'assurer que ces ouvriers ne s'en servaient pas, même ceux qui avaient déjà perdu un œil et que l'expérience aurait dû rendre plus raisonnables.
Lors donc que les ouvriers ne sont pas par eux-mêmes assez prudents pour se protéger avec des lunettes, il faut les y forcer; l'Éta-t, qui intervient à l'égard de certaines matières dangereuses, peut au même titre intervenir dans ce cas, et si pendant quelque temps l'obligation de porter des lunettes est imposée, les ouvriers s'y accoutumeront, comme ils ont fait déjà pour les appareils respiratoires en usage dans certaines fabriques, etc. Les moyens de forcer les ouvriers à porter des lunettes protectrices sont les suivants :
a) Toutes les fois que le port de lunettes sera indiqué, le Gouvernement devra, par ordonnance spéciale, exiger des patrons, sous peine d'amende, qu'ils en fassent porter à leurs ouvriers.
b) Les compagnies d'assurance auxquelles ces ouvriers s'adressent directement, ou sont assurés par les patrons, ne devraient accepter aucun ouvrier qui se soustrairait au port des lunettes, quand celles-ci sont reconnues indispensables.
11 serait à désirer que le patron fût tenu à certaines obligations pécuniaires, en faveur des ouvriers blessés pendant leur travail, car alors il serait de l'intérêt même du patron de les protéger. Magnus fait observer judicieusement qu'aucun patron ne devrait employer un ouvrier déjà privé
(l'un œil, clans les métiers reconnus dangereux pour les yeux. Quant à certains métiers, tels que ceux de pudleur, marleleur, lamineur de fer, dans lesquels le visage entier est exposé, Layet conseille de le revêtir d'un masque en fil d'archal à mailles serrées.
3° A l'égard des jouets d'enfants, la vente des' plus dangereux devrait être interdite au même titre que celle qui concerne les jouets peints avec des couleurs nuisibles. A cette catégorie appartiennent, avant tout, ceux qui peuvent éclater, comme les capsules de fusils, le« pétards, et ensuite viennent les flèches et les sarbacanes, etc.
4° Dans beaucoup de cas de blessures graves, l'œil peut être sauvé, lorsque le secours médical est institué à temps. L'emploi de l'électro-aimant a, dans ces derniers temps, rendu de grands services pour l'extraction de certains corps étrangers. D'un autre côté souvent des blessures légères peuvent conduire l'œil à sa perte, si elles sont négligées. LrI meilleure manière de prévenir l'ophthalmie sympathique consiste à combattre l'inflammation de Fœil atteint, et à lui conserver autant que possible sa force visuelle. Il est donc de la plus grande importance que l'ouvrier blessé consulte tout de suite le médecin, et suive un traitement approprié. Dans' les fabriques importantes, un médecin est, en général, attaché à la fabrique même; dans celles où il n'y en a pas , l'ouvrier doit aller à sa recherche souvent assez loin; dans l'un ou dans l'autre cas, l'ouvrier, dans la crainte de perdre son salaire, s'abstient d'aller le consulter en temps utile. En outre, si sa blessure exige un long traitement, sa famille ne recevra plus le salaire quotidien, et sera exposée à tomber dans la misère.
L'indemnisation des ouvriers, dans des circonstances pareilles, est organisée de différentes façons dans les localités diverses. Dans les grands établissements, l'ouvrier malade pendant un certain temps touche une fraction (d'habitude la moitié) de son salaire. Dans d'autres cas, c'est d'une association de secours dont il fait partie, qu'il reçoit une indemnité ; mais souvent aussi, ni l'une ni l'autre de ces conditions ne se trouvent réalisées. Les petits patrons cessent généralement de payer les ouvriers depuis le jour de leur accident. C'est pourquoi très souvent ces derniers ne vont demander de secours médical que lorsqu'ils ne peuvent plus s'en passer et que le mal s'est aggravé, faute de soins, de façon à compromettre la vision. Dans tout cela il y a un véritable mal social, qui serait amoindri si chaque ouvrier faisait volontairement partie d'une société de secours mutuels, mais qui par ce moyen ne saurait être complètement écarté. Aussi me semble-t-il que la législation devrait intervenir soit en établissant des assurances obligatoires contre les accidents, soit en soumettant les patrons à certaines obligations envers les ouvriers blessés, comme cela existe déjà dans plusieurs pays.
Il existe pour Vophthalmie sijmpalhiqiie une prophylaxie plus efficace que pour la plupart des autres maladies. L'énucléation de l'œil blessé, pendant que l'autre œil est encore entièrement sain, donne une presque absolue sécurité. 11 est en effet extraordinairement rare que l'ophthalmie sympathique se développe après l'énucléation. Je n'ai trouvé dans toute la littérature, à ce sujet, que quatorze cas (1)
(I) Ils sont de Snell, Crilçhelt, Netlleship, MûUer, Colsmann, Pagen slecher, Schmidt, Burdenell-Garler, Frosl el Steiiiheim.
dans lesquels l'ophthalmie sympathique se développa du deuxième au trenle-cinquième jour qui suivit l'énucléation, et se termina par la guérison, sauf dans deux cas. Elle affecta donc une forme particulièrement bénigne, grâce à l'énucléation, dont l'influence bienfaisante se fit ainsi manifestement sentir.
L'énucléation est une opération relativement facile, que tout praticien peut entreprendre ; elle est en tout cas bien préférable à la névrotomie optico-ciliaire , qui, quelque bien conduite qu'elle soit, n'est pas de nature à donner une complète sécurité, ainsi que le prouvent certains cas publiés (1). L'énucléation est indiquée toutes les fois que l'œil blessé est atteint de cécité, ou qu'il doit l'être fatalement dans un temps plus ou moins prochain, et que la possibilité d'une ophlhalmie sympathique ultérieure est à craindre. C'est donc à tort qu'on reproche aux Anglais d'être trop partisans de l'énucléation,, attendu qu'il vaut incontestablement mieux enlever un œil frappé de cécité, que de laisser se produire, en le conservant, une ophthalmie sympathique, qu'on aurait pu éviter. Malheureusement l'idée de l'énucléation excite encore trop fréquemment la résistance du malade ; aussi est-il important que les médecins amènent le public à se familiariser avec elle.
(1) Leber, Poncel.