‹ Causes et prévention de la cécité [electronic resource]Chapitre 65 sur 77 · SEPTIÈME SECTION · texte numérisé non relu

SEPTIÈME SECTION

§ 02. Les maladies des yenx sont, comme bien d'autres,, sous Ja dépendance de la misère. Il n'y a point de stalistiqueétablie pour séparer à cet égard les pauvres des riches ; mais il suffit de jeter un regard sur les cliniques oculaires des grandes villes, pour se convaincre de la justesse de cette assertion. Les statistiques d'aveugles nous démontrent que le nombre des aveugles est d'autant plus grand que la population est elle-même plus pauvre et plus ignorante. Sormani (l) releva un nombre inattendu d'aveugles, dans les provinces du sud de l'Italie, parmi lesquelles on comptait 70 de conscrits qui ne savaient encore ni lire, ni écrire. 11 en est de même pour l'Espagne et la Finlande.

Ce fait est surtout frappant en Prusse, où se trouvent ea général 8,3 d'aveugles sur 10,000 habitants, chiffre qui, danscertaines provinces, s'élève même à 9 et 10, tandis que Berlin, à cet égard, possède le chiffre le moins élevé, c'est-àdire 6,6 d'aveugles sur 10,000 habitants, malgré la présence d'un Institut d'aveugles, qui attire non seulement les. aveugles de la ville, mais encore ceux du pays.

Je résume en quelques points les principales conditions-

(1) Geografia nosolngica deW Italia. Roma, 1881.

sociales qui exercent une influence sur la santé des yeux, ne pouvant, à cause même du cadre de ce travail, m'étcndre sur ces questions cependant si importantes d'économie nationale.

1° Les degrés (T éducation du jicuple ont une grande influence sur le traitement opportun des maladies des yeux. L'ignorant néglige entièrement son mal, ou bien il en cherche la guérison dans l'emploi de remèdes dits de bonne femme ou donnés par les charlatans. A cela s'ajoute chez beaucoup d'ignorants une telle appréhension des opérations, qu'ils aiment souvent mieux s'exposer à rester aveugles que de se soumettre même à la plus légère. Dans les classes éclairées, il n'en est pas ainsi. Avec les progrès de l'éducation générale, le nombre des maladies des yeux augmente d'après les statistiques, mais le nombre des aveugles diminue. L'augmentation du nombre des ophthalmies n'est qu'apparent, et tient à ce que les malades fréquentent davantage les cliniques. La diminution dunombre des aveugles est prouvée par les résultats suivants :

En Angleterre, sur un million d'iiabitanls, il y eut :

en 1851 1020 aveugles.

en 1861 964 —

en 1871 951 —

en 1881 869 —

En Prusse, le nombre des aveugles de 1871 à 1880 s'est amoindri de 1,3 °/o, tandis qu'en même temps la population s'augmentait de 10,6 Vo- en est de même pour quelques autres pays.

Je n'hésite pas à attribuer ces résultats à l'amélioration de l'instruction populaire.

2" La 'propreté, dont l'influence se fait sentir d'une façon

si incontestable dans la propagation dos maladies contagieuses, trachome ou conjonctivites catarrhales ou scrofuleuses, par exemple, est liée étroitement avec l'instruction générale.

3° La nourriture du peuple s'améliorant avec sou bienêtre, le nombre des enfants scrofuleux diminue d'une manière notable ; il en sera de même pour l'irido-cboroïdite chronique, qui sévit principalement sur les individus âgés et mal nourris, comme cela s'observe chez les pauvres tisserands de la Silésie (u. Arlt).

4° En ce qui concerne le travail, je ne parlerai ici que du travail des enfants dans les fabriques. Outre qu'il est de nature à enrayer le développement du corps et de Tesprit de l'enfant, il faut remarquer que les enfants sont beaucoup j^lus exposés aux blessures de toutes sortes que les adultes (voir page 159). Des lois spéciales ont été édictées, qui fixent le nombre des heures de travail ainsi que l'âge d'admission; ce dernier varie de 10 à 14. En Suisse c'est 14 ans; en Allemagne, en France, en Hollande, en Suède et en Norwège 12; en Hongrie, 12 et même 10; en Autriche et en Danemark, 10; en Angleterre, 10 et même 8. — De 13 à 18 ans, la journée de travail ne devrait pas être de plus de huit heures. Quant au travail de nuit et à certaines occupations malsaines, on ne devrait jamais y employer des enfants mineurs.

5° h' habita lio)î exerce la plus grande influence sur la santé : combien d'enfants, d'abord bien portants, ont été atteints de maladies scrofuleuses, surtout des yeux, par le fait d'une habitation humide? La fumée et l'air vicié engendrent la conjonctivite; l'encombrement favorise la pro-

pagation du trachome; des chambres ou des ateliers mal éclairés provoquent la myopie. Les exigences de l'homme à l'égard de son habitation croissent avec le degré de son bien-être et de son instruction. La question des logements est entrée dans la voie du progrès dans ces derniers temps. Sous ce rapport nous pouvons mentionner l'exposition des conditions hygiéniques concernant l'habitation, l'établissement de mesures nécessaires pour la police des logements, la construction de maisons ouvrières, etc.

§ 63. 6° La question de Véclairage est d'une importance capitale. Il va sans dire que la lumière du jour est préférable au meilleur éclairage artificiel; et pourtant combien d'ateliers sont encore placés dans des sous-sols; combien de bureaux et de magasins, môme dans les grandes villes, ne reçoivent leur éclairage que d'un nombre insuffisant de fenêtres donnant sur une petite cour, si bien que les employés sont obligés de recourir, en plein jour, à la lumière artificielle. Il en est de même dans beaucoup de boutiques et de petits ateliers. La première condition est donc de recevoir une lumière du jour bonne et bien distribuée comme nous avons dit ci-dessus, § 14 [Éclairage des écoles).

Quant k l'éclairage artificiel, nous exigeons une clarté abondante et une juste distribution de la lumière. Voici du reste les points particulièrement importants :

a. C/ar^e'. — Nous devons réclamer, à cet égard, les mêmes exigences que pour l'éclairage de jour des salles d'écoles. On peut, avec Cohn (1), considérer comme normal un éclairage permettant à un œil sain de lire commodément à

(I) Dixième congrès du Vcrein fuer œ/fenlliche GesitndhcUspflege. Berlin, 1883, p. 91.

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un demi-mètre les plus fins caractères [Snellen, n° 0, 5), ce qui équivaut environ à un éclairage de douze bougies normales. Il n'y a pas à craindre qu'un éclairage artificiel soit trop fort, pourvu toutefois que la source de lumière ne frappe pas les yeux.

Une clarté suffisante peut être obtenue à l'aide des méthodes d'éclairage aujourd'hui en usage ; les considérations suivantes permettront d'établir la supériorité de l'une ou de l'autre, selon les cas.

b. Èblouissement. — Nous avons déjà fait remarquer que la lumière artificielle ne provoque l'éblouissement, que si la source qui la produit vient faire son image sur la rétine. Les lumières nombreuses des salles de spectacle sont de nature k éblouir l'œil et cà le fatiguer. L'éblouissement le plus intense résulte de la lumière électrique lorsqu'elle frappe les yeux directement. Nodier (1), Rockliff{^) et Emrys John (3) ont relaté des observations de conjonctivite intense, toutefois sans suites fâcheuses pour la vision. Dans tous ces cas il s'agissait de personnes qui avaient été éblouies parce que, se trouvant dans un proche voisinage des lumières électriques, elles avaient négligé de garantir leurs yeux par des verres fumés (4). J'ai moi-même, à

(1) Sur une ophthalmie causée par la lumière électrique. Thèse de Paris, 1881.

(2) The Ophthalmie Rewiew, septembre 1882.

(3) Ihid., avril 1783.

(4) Revue cV hygiène, IIP année, 1881, p. 9S4. — J'ai recommandé l'emploi des verres jaunes d'oxyde de chrome el gris enfumé (teinte des verres du xiiio siècle) pour affronler, sans le moindre inconvénient, la lumière électrique elmême lalumière du soleil quand elle estintense.

La théorie fait pressentir ce résultat, puisqu'elle démontre que le

Vienne, observé le cas suivant: un cordonnier, après avoir longtemps, dans un cirque, fixé la lumière électrique placée au plafond, fut allcinl d'un scotome central, qu'aucun traitement ne put faire disparaître. Ce cas est analogue à ceux qu'on a observés à la suite d'un éblouissement parla lumière du soleil (fixation du soleil pendant les éclipses) [Suher, Baab, Ealienhoff^ Deulschmann, etc.).

Pour éviter l'éblouissement, on peut atténuer la source lumineuse par un globe mat, etc. Ces dispositions amènent une grande perte de lumière : pour les globes opaques, la perte est de 33 à 60 ^ [Hartley). Pour de très fortes sources de lumière, telles que les lampes électriques à arc, l'atténuation résultant de l'emploi d'un verre mat n'est pas toujours suffisante, et le mieux est de dérober tout à fait au regard la source lumineuse. Cela peut se faire non seulement pour l'électricité (École industrielle de Liège), mais aussi pour le gaz (Salle du Reichstag, à Berlin),

c. Régularité de la source lumineuse. — La flamme ne

verre jaune arrête les rayons violets et ultra-violels ; mais il y a mieux: depuis la découverte du D' van Genderen-Slort, chef de clinique du professeur Snellen, sur la physiologie des cônes et bâtonnets de la rétine, TexpUcation de celte propriélé des verres jaunes nous semble des plus satisfaisantes. Sous l'influence de l'exposition d'un œil à la lumière, les cônes rétiniens sont animés d'un véritable mouvement de translation, tandis qu'ils ne se déplacent nullement lorsque l'œil est plongé dans l'obscurité. Or, ainsi qu'il résulte des intéressantes recherches du D'' Storl, les cônes n'éprouvent aucun déplacement lorsque l'œil est exposé à la lumière jaune; cela nous semble donner la démonstration de l'action vraiment calmante des verres jaunes, quand il s'agit d'affronter une lumière vive, pour des yeux normaux et à plus forte raison pour les personnes alleinles d'hyperesthésie rétinienne. (Note du traducteur.) — Bulletin de U clinique des Quiiïze- Vingts, n" 3, 2° année.

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doit pas vacillor, sous peine de faligiicr la vue. f^es lampes à huile et à pétrole ont une flamme uniforme. Il n'en est pas ainsi du ijaz brûlant à l'air libre et surtout des becs à papillon, <[ui doivent être complètement proscrits de l'éclairage pour le travail ; celui-ci exige l'emploi de becs ronds, muais de cylindres de verre ou de mica. Lorsfjue malgré ces précautions la flamme vacille encore, cela tient aux conduits de distribution. La lumière électrique est aussi sujette à des vacillations auxcjuelles on peut remédier absolument, ainsi que l'ont démontré les expositions d'hygiène de Berlin et de Londres.

d. Couleur de la lumière. — La lumière artificielle contient plus de rayons à grande longueur d'onde que la lumière solaire, c'est-à-dire qu'elle tire sur le jaunâtre. Il en est de même de la lumière électrique, qui, comparée à la lumière du gaz, paraît bleuâtre, tandis qu'elle paraît jaune paie si on la compare à la lumière du jour {Krûss, Meyer). Pour ces difléreutes sortes de lumière, considérées au point de vue delà quantité des rayons lumineux de difl'érentes longueurs d'onde, 0. E. Meyer donne les chiffres suivants :

SORTC DliCLAlKAGL-,

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