NOUVEAUX RÉSULTATS
peuvent nous conduire clans la voie des découvertes. On reconnaît , au reste, que les altérations du sang et des autres liquides qui se présentent si souvent comme causes des maladies aiguës les plus graves, ne peuvent être combattues par la méthode indirecte généralement employée , et qui consiste à introduire dans l'estomac des médicaments qui devraient combattre ces altérations. Qui ne sait que, dans l'estomac, les médicaments destinés a opérer une semblable mutation changent entièrement de propriétés? Ainsi, à une maladie dont la cause est inconnue, on oppose un remède dont on ignore l'action. Cette action s'exerce sur les solides, et le sang est altéré! Que peuvent les toniques, les diffusibles, les amers, les antiphlogistiques, dans les fièvres graves caractérisées par une altération manifeste du sang , dans la peste, la fièvre jaune, le choléra et le typhus? Chez les animaux, on peut faire les mêmes observations, dans une foule de maladies graves dont ils sont atteints. La méthode au moyen de laquelle on cherche à les combattre n'est donc qu'une véritable déception.
Les esprits dégagés des préjugés de l'école, et qui connaissent, sous ce rapport, l'imperfection radicale de la science dans sa partie la plus importante, le traitement, verront la nécessité de sortir d'un cercle vicieux; ils chercheront à employer chez les animaux des moyens qui pourront ensuite être appliqués chez l'homme dans ses maladies les plus graves, et auxquelles la médecine empirique n'oppose que des remèdes d'une efficacité dou-
teuse, souvent aussi nuisibles qu'utiles. Mais, pour entrer dans cette nouvelle voie, il faut se rappeler que la plus belle des sciences, par les grands résultats qu'elle peut offrir, la chimie, est née des tâtonnements aveugles de l'alchimie; c'est par la méthode expérimentale, par l'analyse, qu'elle s'est transformée, qu'elle a acquis ce haut degré de perfection où elle est arrivée aujourd'hui. Les tentatives aveugles des partisans de la transfusion peuvent être comparées à celles des alchimistes. Les uns ont voulu rajeunir l'homme, et les autres ont vainement cherché la pierre philosophale : il suffit donc d'inventer ou de perfectionner une méthode pour guider l'esprit humain dans la voie des découvertes. Si l'on procède suivant la méthode que j'ai indiquée précédemment, et dont je vais rapporter les premiers résultats, on découvre un vaste horizon , un nouveau champ que le génie de l'homme n'a point encore exploré; on s'aperçoit bientôt que l'on peut introduire dans le torrent de la circulation , et à des doses progressivement croissantes , des substances médicamenteuses actives sans déterminer des perturbations fatales. Souvent on produit des altérations du sang qui ne sont pas incompatibles avec l'existence; et on conçoit que l'on puisse combattre ces altérations au moyen d'agents propres à neutraliser l'action des premières substances, et à ramener la composition moléculaire du sang a l'état normal. C'est souvent en découvrant les lois de l'état morbide que l'on parvient à connaître les lois de l'état normal.