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CHAPITRE XI

Théorie généra ie des maladies chroniques.

L'observation ne nous laisse aucun doute sur l'origine la plus ordinaire des maladies de l'homme et des animaux; elle nous apprend que les vicissitudes atmosphériques, les changements des saisons, l'ha-

bitation des climats et des lieux insalubres, son! les causes les plus communes de la mortalité; telles sont en effet les conditions dans lesquelles se développent la plupart des épidémies et des maladies endémiques les plus redoutables. Dans les régions intertropieales, où la température est trèsélevée, où les vicissitudes atmosphériques sont considérables , les maladies s'élèvent à un haut degré d'acuité et de violence; dans nos climats elles sont beaucoup moins graves, mais elles sont plus multipliées et leurs formes sont plus variées.

Dans ces diverses circonstances, les causes extérieures agissent d'une manière uniforme, leur action se porte principalement sur l'organe cutané, et avec beaucoup moins d'intensité sur les voies respiratoires. L'influencede ces causes est transmise aux organes intérieurs par deux grandes voies, le système nerveux et l'appareil vasculaire; par la première, les impressions sont transmises aux solides et elles y produisent le phénomène de l'irritation: par la dernière, les fluides que la peau doit éliminer sont mêlés au sang, ils altèrent sa composition \ et deviennent ainsi la cause des lésions locales qu'offrent les fièvres, les inflammations, les maladies aiguës et les affections chroniques.

l)ansquelquesœntrées, les effets fâcheux de la suppression delà transpiration sont généralement connus. Au rapport de vi. Glot-Bey, l'Égyptien qui s'endort au pied .d'un arbre, qui laisse sa fenêtre ouverte pendant la nuit, et qui reçoit l'impression du froid et dç l'humidité, peu! être atteint dediverses affections

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graves; il peut éprouver une courbature, un rhumatisme, une oph thaï mie ou toute autre maladie régnante. En rencontrant un compatriote, l'Égyptien ne lui demande point: Comment vous portezvous? mais : Suez-vous ? C'est dans la Basse-Egypte que l'humidité, en supprimant l'exhalation cutanée, produit les affections les plus redoutables, qui sont inconnues dans la Haute-Egypte: dans toutes les contrées on peut faire les mêmes observations. Nous voyons la plupart des maladies se reproduisant chaque année, chaque saison et chaque jour de la même manière : la multiplicité des effets, les maladies dont les formes sont' les plus variées, naissent sous l'influence des causes générales dont nous avons étudié l'action, dans la production des maladies tuberculeuses et scrofuleuses. En rentrant dans le domaine mieux exploré de l'observation, on verra les faits déjà rapportés venir se grouper naturellement avec ceux qui vont être exposés, et confirmer les principes de cette théorie générale.

Lorsqu'un froid subit frappe la peau, couverte de sueur, de plusieurs personnes placées dans la même condition, les unes restent bien portantes, et les autres tombent malades. Les maladies qu'elles éprouvent varient suivant Ses âges, les sexes, les tempéraments, les saisons et les climats; une fièvre continue, une fièvre intermittente, simple ou pernicieuse, une inflammation des yeux, de l'oreille, de la gorge, du cerveau, de la poitrine, des organes abdominaux, un corvza , un catarrhe, une

diarrhée, ou un flux dyssentérique, etc., peuvent être le résultat de la même influence. Ici elle est manifeste ; la diversité des maladies est due à une cause identique, agissant sur des individus différemment prédisposés.

Quelle est la terminaison la plus ordinaire de ces affections? Des sueurs! La doctrine des crises, confirmée par vingt siècles d'observation, l'expérience de chaque jour, prouvent que c'est par la peau que la nature élimine le plus souvent les produits nuisibles qui ont été refoulés violemment dans le torrent de la circulation : si ces produits ne sortent point par cette voie, ils trouvent une issue par les reins et par d'autres émonctoires. Enfin, s'ils restent dans l'organisme, ils deviennent la source d'accidents graves, d'altérations du sang, de lésions locales, dont la physiologie expérimentale indique également la source et les effets. Ici on peut encore montrer les anneaux de cette chaîne pathologique, qui s'étend depuis le tégument externe jusqu'aux organes intérieurs.

Cette théorie n'est point vague et hypothétique comme toutes celles qui ont paru jusqu'à ce jour ; elle s'appuie sur les résultats certains de l'observation et de la méthode expérimentale. Cependant on doit reconnaître que les anomalies de la transpiration insensible diffèrent dans les maladies aiguës et dans les affections chroniques : dans les premières elle est parfois augmentée; il s'opère une évaporation subite à la surface cutanée, qui enlève une grande quantité d'eau; les

autres éléments de la transpiration ne sont point éliminés dans la même proportion; il résulte de cette anomalie des maladies qui offrent généralement la marche aiguë et le caractère inflammatoire, dans lesquelles le sang est évidemment plus dense, ou moins séreux que dans l'état normal. Les diathèses inflammatoires sont donc le résultat de cette soustraction subite du principe aqueux de la transpiration ; tandis que les cachexies séreuses sont déterminées par le refoulement de ce principe et des autres éléments dans le torrent de la circulation. Je me borne ici à énoncer ce principe, qui sera étayé par des faits, lorsque j'exposerai les causes générales des maladies aiguës, dans un prochain travail où la médecine des animaux viendra encore jeter de vives lumières sur la médecine humaine.

Déjà on peut se convaincre que Sanetorius a émis une opinion trop générale et d'ailleurs trèsvague, en attribuant toutes les maladies a un arrêt de la transpiration.

Enfin, à ces causes générales, il faut ajouter l'action des miasmes, des effluves délétères qui peuvent non seulement produire des maladies graves, mais empoisonner la vie dans sa source; il faut ajouter l'influence encore peu connue de l'électricité atmosphérique, dont les anomalies paraissent avoir un rapport évident avec les vents, et même avec Jes brouillards, d'après les recherches d'un physicien habile, M. Peltier. Mais la physique expérimentale, les recherches météorologiques, la

statistique comparée, doivent éclairer ce point obscur de l'histoire des maladies.

Maintenant, supposons que les causes extérieures agissentlentement sur l'organe cutané, qu'ellessuppriment graduellement la transpiration insensible: on verra la santé s'altérer et des affections chroniques de diverses natures se former. Parmi les appareils qui ressentent leplus vivement Faction consécutive de ces causes , on doit mentionner les poumons et la membrane muqueuse qui lapisse les voies respiratoire et gastro-intestinale. Ce qu'il y a de remarquable dans cette circonstance, c'est que les enduits dont je couvre la peau des animaux, qui arrêtent mécaniquement la transpiration insensible, produisent des effets semblables au froid et à l'humidité; dans l'un comme dans l'autre cas, il survient des flux muqueux et des épanchements séreux. Telle est la véritable origine des écoulements et des lésions locales qui caractérisent l'ophthalmie , le coryza, Fotorrhée, le catarrhe bronchique, la diarrhée et la dyssenterie, affections qui se développent par suite d'un refroidissement plus ou moins intense et prolongé.

La membrane muqueuse qui revêt la partie interne* des organes de la génération de la femme est soumise à la même influence ; le repos habituel ; la vie sédentaire et l'humidité doivent être considérés comme les causes les plus fréquentes des engorgements de ces organes et des écoulements muqueux, connus sous le nom de (lueurs blanches. I 11 praticien célèbre, Vf. Lislranc. a eôiiçil la siïi-

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gulière idée, dans ces derniers temps ; d'attribuer cette maladie à l'usage du café au lait : sans nier absolument une pareille influence, on doit reconnaître qu'elle ne joue qu'un rôle tout a fait secondaire. Les flueurs blanches sont bien plus rares à la campagne, dans les pays, où les habitants se nourrissent de lait et de café au lait, que dans les grandes villes. Le catarrhe utérin, comme le catarrhe pulmonaire, se développe ordinairement lorsque les fonctions de la peau sont inactives, ïl importait de réduire a leur juste valeur les observations de ce chirurgien célèbre, par la raison que ses vues exclusives peuvent avoir, dans la pratique, de fâcheuses conséquences.

Dans l'état aigu, comme dans l'état chronique, les éléments superflus de la transpiration ne sont pas toujours portés vers les membranes muqueuses, ils ne produisent pas toujours des lésions locales parleur présence; cependant ils troublent les fonctions, altèrent gravement la santé, finissent par déterminer des altérations dans les solides et des engorgements dans les vaisseaux. Cet état a reçu le nom de diuthèse ou de cachexie. Dans les fièvres appelées improprement essentielles, la diathèse inflammatoire se forme souvent, tandis que dans les maladies chroniques on voit se développer, comme nous le verrons bientôt, des cachexies calcaire, séreuse, albu mineuse, tuberculeuse, scrofuleuse, scorbutique, qui ne sont que des maladies chroniques du sang, de l'albumine, de la fibrine et des globules sanguins. On observé ces cachexies 6u ces altéra-

lions chroniques des fluides dans le rachitisme, les hydropisies 9 les scrofules, la phthisie et le scorbut. Dans la goutte il existe aussi une altération du sang et des fluides, qui est la cause des lésions locales observées dans cette maladie, et que les écarts dans le régime ne peuvent expliquer.

Dans ces maladies , l'inactivité des fonctions de la peau indique que l'altération du sang et les lésions locales sont le résultat de la suppression de l'exhalation cutanée; mais tous les éléments de cette excrétion ne sont pas également repoussés dans le torrent de la circulation , ainsi que je l'ai déjà indiqué; il suffit d'un défaut de proportion dans les quantités de ces éléments, pour changer l'ordre des affinités organiques, pour produire l'altération du sang et des liquides. Il est évidentque si les causes qui excitent vivement la transpiration n'agissent pas de la même manière dans la production de quelques maladies aiguës , celles qui produisent les maladies chroniques suivent la même loi. Mais, sans abandonner ces vues, je dois me borner' ici à exposer les résultats généraux de l'observation.

L'action des agents extérieurs détermine : i° un défaut d'équilibre entre l'exhalation cutanée et les autres excrétions; a° une altération du sang et des liquides; 3° des lésions locales, qu'on observe dans les maladies aiguës ainsi que dans les affections chroniques. L'observation, comme la méthode expérimentale, établit que le mouvement morbide commence, dans la généralité des cas, dans Je

réseau capillaire externe. Ces deux méthodes donnent d'ailleurs les mêmes résultats.

L'acide lactique , l'eau , des sels de diverses natures , de la graisse et peut-être de l'albumine, quelques atomes de gaz acide carbonique, sont sans cesse éliminés par l'acte de la transpiration. Mes expériences démontrent que quand l'acide lactique cesse d'être excrété, il peut se développer des maladies du sang de diverses natures, des altérations aiguës de la fibrine , ou des altérations chroniques de l'albumine; lorsque l'eau est refoulée, soit par l'impression du froid et de l'humidité, soit par l'action mécanique des enduits imperméables, on voit se manifester des supersécrétions ou des épanchements de diverses natures; enfin la présence en excès, dans le sang, des sels que la peau doit élimine]* , tend aussi à altérer ce liquide et ceux dont il est la source. Il faut donc tenir compte de l'action de ces divers éléments sur le sang, afin de pouvoir donner une véritable théorie des maladies. Mais on ne peut arriver à ce résultat que par la série de recherches expérimentales que j'ai déjà mentionnées.

Par la simple observation on peut apprécier l'influence du repos prolongé sur la diminution de l'exhalation cutanée, sur la production des maladies chroniques de l'homme et des animaux.

Kn examinant les produits de la transpiration pendant le travail ou un exercice fatigant, on peut, sous ce rapport, juger des effets d'un repos habituel sur l'économie animale. Pendant les exer-

cices violents du corps, l'eau mouille la peau, imbibe les vêtements, des vapeurs se condensent en grande quantité à la partie interne des tissus imperméables, et l'acide lactique rougit ceux qui offrent des couleurs bleues végétales. Souvent cette rougeur s'observe sur une large surface, et indique positivement l'influence du mouvement musculaire sur l'excrétion de cet acide; de plus, des sels, de la graisse, se déposent à la surface de la peau et salissent les vêtements. Tout le monde sait que Ton doit changer de linge , se laver , se baigner, étriller les chevaux , d'autant plus souvent que l'exercice ou le travail corporel a été plus violent et plus prolongé. Dans le repos, les mêmes éléments sont en excès dans l'économie, l'homme et l'animal engraissent, l'eau tend à s'épancher dans les tissus, les sels tendent à former d'autres combinaisons, et l'acide lactique en excès devient la cause d'un grand nombre de maladies, dont la forme et la nature varient suivant les âges, les climats et les lieux.

Cette théorie n'est point une conception imaginaire; il sera établi que la plupart des maladies dont les causes n'ont point encore été examinées, comme celles qui ont déjà fixé notre attention , sont déterminées, dans la généralité des cas, par l'étiolement de la peau, et,, en conséquence, par la diminution plus ou moins considérable de l'exhalation cutanée. L'enchaînement naturel des faits montrera les lois simples delà nature dans la formation de ces maladies; ces faits 'serviront enfin

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île guide dans l'application des moyens les plus propres à en prévenir le dévelopement et à les combattre.

§ I. Maladies 'du système osseux.

Du rachitisme. Deux ordres de faits indiquent le mode d'influence des causes physiques dans la production de cette affection. Ceux qui sont exposés dans les premiers chapitres de cet ouvrage démontrent d'une manière positive que ces causes agissent sur la peau , et qu'elles produisent le phénomène de rétiolement. Ainsi agissent les climats, les lieux, les habitations où ie froid et l'humidité se font vivement sentir; ainsi s'exerce l'influence des réduits obscurs qui ne donnent accès qu'à quelques rayons de lumière. Le défaut d'insolation contribue évidemment aux déviations du système osseux, surtout lorsque l'humidité s'ajoule à cette influence. Au contraire, il est reconnu que la régularité et la beauté des formes distinguent les populations qui vivent à l'air libre, et sous l'influence des rayons solaires. On ne connaît point leur mode d'action sur la peau de l'homme; cependant , une rigoureuse analogie nous conduit à comparer l'étiolement des enfants à l'étiolement des plantes, et l'action désoxydanlc de la lumière sur la peau à celle qu'elle exerce sur Jes végétaux. Le défaut de lumière et l'excès d'humidité diminuent évidemment l'excrétion acide de la peau: or, l'acide lactique qu'elle élimine et qui se trouve alors en excès dans Téco-

nomie est, comme on le sait, le principal dissolvant du phosphate de chaux, formant la partie solide du système osseux. Tous les observateurs ont été frappés de l'abondance de ce sel dans l'économie, lorsque le rachitisme se forme; Baumes, pour expliquer le ramollissement des os dans cette maladie, a admis un excès d'acide phosphorique, dont il n'a pu faire connaître la source. Dans cette circonstance, la source du principe dissolvant est bien connue, et les causes qui augmentent ou qui diminuent ses proportions dans l'économie peuvent être appréciées au moyen de l'observation.

Dans les maladies chroniques, la sueur et l'urine deviennent souvent alcalines, tandis que parfois la salive devient acide. Or les deux premières excrétions ne peuvent être suspendues sans apporter un trouble dans les affinités moléculaires intra-organiques. Dans cette circonstance, l'acide lactique, en excès dans Féconomie, s'empare des molécules libres du phosphate calcaire, et s'oppose sans doute à l'union intime de ce sel avec la substance osseuse. Tout semble aussi annoncer que cet acide s'empare des molécules concrètes du même sel, et qu'il détruit ainsi la force de cohésion qui les unit à la substance osseuse. C'est ainsi que l'on peut expliquer le ramollissement des os, la production du rachitisme, des déviations de la taille, des tumeurs blanches, des tubercules dans les os atteints de carie, et même la production de cette dernière affection. Pour expliquer ces phénomènes, il est inutile d'admettre un acide libre dans le sang; aussitôt que l'acide

lactique se forme, il se porte soit sur la substance organique avec laquelle il a de l'affinité, soit sur le phosphate de chaux; ce sel insoluble se transforme en phosphate acide soluble. Dans cette théorie, trois faits sont démontrés : i° la diminution de l'excrétion de la peau; i° Faction dissolvante de l'acide lactique; 3° la diminution du phosphate de chaux dans les os des rachitiques.

En admettant cette théorie simple, conforme d'ailleurs aux lois de la chimie, on explique la production du rachitisme, des autres altérations du système osseux, et on connaît déjà la méthode qu'il faut suivre pour en prévenir le développement ou pour les combattre.

Les maladies chroniques de l'albumine forment une famille naturelle qui se développe, comme le rachitisme, par suite d'un véritable étiolement ; elles sont toutes déterminées par l'inactivité des fonctions dépuratoires de la peau, ainsi qu'il sera facile de s'en convaincre.

§ II. Altérations chroniques de l'albumine.

Des scrofules et de la phthisie. Les effets de l'étiolement et de l'inactivité des fonctions de la peau ne peuvent, dans cette affection , être l'objet d'aucun doute. Que l'on se transporte dans lepénilencier de la Roquette, dans les autres prisons, dans les hospices où l'on élevé les enfants, et on sera frappé de la décoloration et de la pâleur de cette membrane; on pourra se convaincre, à sa sécheresse, à son aspect écailleux, qu'elle est inactive.

Î/'G THEORIE &BNHRMBE

Deux causes puissantes de désox ydation, l'exercice et la lumière, cessent d'agir pour déterminer cet étioîemenL Dans cette condition, la peau ne peut émettre autant d'acide lactique que dans l'état normal; on peut faire la même remarque dans la période d'incubation de la phthisie, des scrofules, du carreau et du rachitisme dont le développement s'opère très-lentement; en agissant alors sur la partie albumino-fîbrineuse du sang, cet acide concrète cette substance qui devient ainsi une gangue, ou des sels de diverses natures se déposent.

Cependant dans la période avancée des scrofules, du carreau et du rachitisme, M. Lhéritier ai constaté l'acidité de la sueur; mais ce n'est pas le cas d'appliquer cette maxime : sublatd causa, toilitur effectus, par la raison que lorsque ces affections se manifestent avec beaucoup d'intensité, la cause chimique qui a agi sur la matière albuminofîbrineuse du sang a déjà opéré les désordres les plus graves dans l'économie.

On doit, toutefois abandonner les hypothèses qui rattachent les maladies tuberculeuses soit à un état de faiblesse, soit à un éiat d'irritation; car elles n'expliquent point la formation de cette cachexie tuberculeuse qui précède l'invasion des scrofules et qui conduit à la phthisie; au contraire, en adoptant la théorie que je propose, et qui est fondée sur les résultais de la méthode expérimentale, on explique la formation de cette cachexie, la concrétion des matières aîbumineuses dans 1 s vaisseaux, dans les ganglions lymphatiques.

dans les poumons, dans les autres organes, entin l'accumulation de la graisse dans le foie des phthisiques; car la graisse est au nombre des éléments qui sont excrétés par la peau, surtout pendant l'exercice ou le travail corporel.

Les mots force, faiblesse, ou slhénie, asthénie, irritation, et les idées qui s'y rattachent, ne donnent aucune lumière sur la production de ces phénomènes importants; il faut en définitive connaître le mode d'action des agents physiques, lumière, air, oxygène, chaleur, sur les tissus et sur les fonctions qu'ils remplissent ; or , les faits démontrent que la diminution de l'action de ces agents sur la peau diminue dans les mêmes rapports les excrétions, et qu'il se forme ensuite des produits nouveaux ou accidentels qui engorgent les vaisseaux, qui irritent les tissus, et qui produisent une série de phénomènes morbides dont il importe de suivre l'enchaînement, sans faire jouer à l'hypersthénie ou à l'hyposlhénie un rôle imaginaire.

De r hydro-albuminurie . Je désigne ainsi la maladie connue sous le nom d'hydropisie, d'albuminurie, de néphrite albumineuse. Je préfère une dénomination désignant les deux éléments qui constituent la maladie, sans indiquer son siège. D'ailleurs, les observations de MM. Martin Solon, Désir et de M. Rayer lui-même, témoignent que l'état albumineux de l'urine se présente dans une foule de cas où l'on n'observe ni hydropisie, ni lésions rénales. M. Bouillaud, au rapport de M. Rayer, a constaté l'état albumineux de ce liquide

dans beaucoup de maladies aiguës, telles que la pleurésie, la péricardite, le rhumatisme, la fièvre typhoïde, etc. Ces deux savants observateurs ont bien compris qu'un phénomène commun à plusieurs maladies, aiguës et chroniques, ne peut seul caractériser Fhydropisie albumineuse, nommée aussi maladie de Bright.

L'exposé des causes qui la produisent suffit d'ailleurs pour fixer l'opinion des médecins sur son origine ordinaire; ici encore, les résultats de l'observation confirment ceux de la physiologie expérimentale. Les faits rapportés par M. Rayer i sont très-nombreux, et son opinion est nettement exprimée : Les variations de la température, dit-il, et surtout V action, simultanée du froid et de Vhu~ midité, ont été les causes les plus fréquentes de la, néphrite albumineuse aiguë. Celte affection s'est présentée fréquemment chez les boulangers, les ouvriers des verreries, des distilleries, chez les hommes de peine, et d'après les observations de M. Solon, chez les blanchisseuses exposées à des refroidissements fréquents. A la suite de la scarlatine, l'action pernicieuse du froid a été observée par une foule de médecins, qui ont vu se développer1 sous son influence des accidents graves et l'état albumineux de l'urine. Suivant M. Rayer, les hommes qui ont le corps trempé par la pluie dans une saison froide, dont les pieds ont été a eciden tellement mouillés el refroidis pendant

1 l'railé des maladies des reins.

assez longtemps, ceux qui avaient passé plusieurs nuits dans un lieu froid et humide, ou qui ont bu une grande quantité d'eau froide, ont été atteints de la néphrite albumineuse aiguë. Enfin, suivant le même observateur, l'impression subite du froid et de l'humidité est la cause la plus ordinaire des paroxysmes aigus et de la recrudescence de la néphrite albumineuse ; il montre, enfin, que l'exposition habituelle et longtemps prolongée du corps à cette cause physique est, en France, la cause la plus fréquente de cette maladie à l'état chronique. Il cite l'exemple d'une femme qui, après avoir travaillé dans des caves, a été atteinte d'une phthisie pulmonaire, avechydropisie générale et urine albumineuse sans lésions rénales.

D'après ses propres observations, les personnes qui ont été atteintes de l'albuminurie chronique exerçaient, dans la généralité des cas, des professions sédentaires. Elles étaient donc exposées à la double influence sous laquelle se développent la plupart des maladies lentes. Il a encore constaté qu'il suffit d'une légère impression du froid et de l'humidité pour donner lieu à tous les accidents de la néphrite simple, chez les individus atteints dénialadies de la vessie et de rétrécissement de l'urètre; ainsi, suivant lui, se forme, dans une foule de circonstances, la néphrite simple, rhumatismale et albumineuse ; ainsi s'établissent les rapports des troubles fonctionnels de la peau et le développement des inflammations rénales. Il ne montre point la chaîne pathologique qui unii ces deux

appareils ; mais il rapporte des faits qui établissent leurs rapports généraux. Pour compléter cette série de preuves il suffit d'ajouter, d'après M. Rayer lui-même, que la transpiration est toujours diminuée et même quelquefois supprimée dans le cours de la néphrite albumineuse.

Ces observations sont décisives; elles viennent donc se coordonner avec tous les faits que j'ai exposés précédemment, et qui établissent que la peau est la véritable clef de la pathologie; car, lorsqu'elle a été atteinte profondément par le froid et par l'humidité, on voit apparaître, non-seulement la néphrite albumineuse, mais les lésions locales les plus variées qui viennent compliquer l'hydropisie; tels sont le catarrhe bronchique, la pneumonie, l'apoplexie pulmonaire, la pleurésie, les lésions du péricarde et du cœur, l'endocardite, l'altération des valvules. D'après M. Rayer, ces lésions sont celles qui coïncident le plus souvent avec la néphrite rhumatismale: il fait remarquer l'influence d'un air humide sur le développement du rhumatisme et de la néphrite albumineuse. Qui ne sait que la première affection et les maladies du cœur sont dues, dans la généralité des cas, aux mêmes causes, à l'influence du froid, de l'humidité, et aux vicissitudes de l'atmosphère? Qui ne voit maintenant le lien qui unit toutes ces anomalies?

D'ailleurs, dans les maladies aiguës de la poitrine, où l'action du froid et de l'humidité est évidente, dans la fièvre typhoïde, dans la fièvre jaune, dans le choléra asiatique et dans d'autres affections,

l'albuminurie est le résultat des influences extérieures sur la peau. A la vérité dans le choléra asiatique, où la décomposition du sang est manifeste, et où l'excrétion de l'urine est supprimée, l'albumine, ainsi que je l'ai déjà remarqué, se précipite très-probablement dans le canal intestinal. Dans plusieurs cas d'albuminurie, M. Solon n'a observé aucune altération des reins, et il demande quelle peut être la cause de l'albuminurie. Mes expériences, les faits nombreux exposés par M. Rayer d'une manière si précise, et par M. Solon lui-même, donnent la solution de cette importante question.

Dans l'angine couenneuse, comme dans le cours de plusieurs autres maladies aiguës (dans le croup peut-être et dans la miliaire), l'urine contient une certaine quantité d'albumine, sans qu'il existe d'inflammation dans les reins, ni d'hydropisie. C'est surtout dans les fièvres éruptives que ce défaut de coïncidence se manifeste avec le plus d'évidence; c'est dans ces affections que l'on constate l'influence pathologique de la peau sur la production immédiate de l'albuminurie avec ou sans hydropisie.

Un caractère remarquable de l'urine a frappé les premiers observateurs, la présence d'une matière floconneuse blanchâtre en suspension dans ce liquide; les urines peu colorées ressemblent assez à du petit-lait non clarifié; celles qui sont mélangées avec une certaine quantité de sang ont été comparées à de l'eau dans laquelle on aurait lavé

de la chair (Jotura carnis). Cette apparence de l'urine est absolument la même que celle qui a été observée dans différents cas d'albuminurie.

Ici les faits s'enchaînent, les résultats de l'expérimentation et de l'observation se prêtent encore un mutuel appui; on voit succéder aux troubles fonctionnels de la peau une altération profonde du sang, indiquée par la précipitation de son albumine et par celle des globules rouges que Ton trouve dans l'urine; dans ce liquide, le sang devient d'une couleur semblable au chocolat , ou il offre souvent d'autres nuances d'un brun plus ou moins fauve. À cette altération profonde des deux principaux éléments organiques du sang, l'albumine et les globules , succèdent des lésions locales rapportées à l'inflammation ; on voit se manifester, comme dans l'albuminurie attribuée à la lésion primitive des reins par l'abus des liqueurs alcooliques, des accidents cérébraux, thoraciques et abdominaux , des épanchements dans le cerveau, despneumonies, des pleurésies avec défausses membranes, des vomissements et des diarrhées qui sont presque toujours dus à la diminution de la transpiration. Dans cette circonstance, on peut remarquer que l'albuminurie peut se former sans hydropisie ; dans ces cas , l'excrétion acide de la peau est seule supprimée, tandis que , dans l'hydropisie, il y a à la fois suppression de cette excrétion et de l'eau de la transpiration. L'eau des hydropiques offre des flocons blanchâtres suspendus dans le liquide, indiquant l'action de cet acide sur l'ai-

burnine et sur Ja fibrine. La coloration crémeuse de la substance des reins, observée dans la néphrite albumineuse à la suite de la scarlatine et dans les autres cas , nous indique encore la présence de ces substances, et surtout de l'albumine, dans le tissu de ces organes.

Il ressort de ces faits une vérité d'une haute importance : si la suspension ou la diminution considérable des fonctions excrétoires de la peau , l'altération du sang et les lésions locales se succèdent dans l'ordre que j'indique, l'inflammation des organes est donc généralement l'effet de cette suppression et de cette altération ; le sang altéré, poussé a Lergo par les ventricules du cœur, engorge les vaisseaux capillaires , irrite le système nerveux, et produit les phénomènes de la douleur et de la fièvre. Telle nous paraît être la cause immédiate de l'inflammation dans les cas où elle est déterminée primitivement par la suspension plus ou moins durable des sécrétions; et, dans ce cas, l'altération des organes est due à un arrêt de la circulation dans les vaisseaux capillaires et a la réaction qui en est la suite.

Cet obstacle mécanique à la circulation, observé au microscope, dans la substance des reins, par M. Gluge, produit le même effet dans les vaisseaux et dans les ganglions lymphatiques, où l'albumine se concrète; il détermine des engorgements sanguins, inflammatoires, dans les vaisseaux capillaires, tandis qu'il produit d'abord un engorgement indolent ou froid, sans réaction, dans le premier

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ordre de vaisseaux. Le phénomène de réaction ou d'inflammation n'est pas le résultat nécessaire > constant, de l'obstacle mécanique de la circulation dans les vaisseaux capillaires des reins. Ainsi que M. Rayer l'a observé, ces organes n'offrent sou vent qu'une hypérémie ou une infiltration sanguine dans leur tissu; infiltration comparable à celle qui se produit artificiellement par les enduits imperméables appliqués sur la peau des animaux , et chez lesquels le phénomène de la réaction n'est point observé ; souvent même les reins, dans l'hydro-albuminurie, offrent un état organique opposé à l'inflammation. Suivant le même observateur, ils sont anémiques, et leur tissu décoloré, blanchâtre et analogue à la chair de l'anguille. Cette absence d'inflammation se conçoit et s'explique par l'action dissolvante de l'acide lactique sur des tissus qui ne peuvent plus l'éliminer, et par la présence de l'eau qui est en excès dans le sang, et qui s'infiltre dans les organes.

Un fait important m'a vivement frappé dans l'ouvrage de M. Rayer; cet observateur a constaté que l'excrétion acide des reins est empêchée par l'inflammation de ces organes, et qu'elle se rétablit lorsqu'ils reviennent à l'état normal. L'acidité de l'urine diminue non-seulement dans la néphrite , mais encore dans la néphrite albumi* neuse chronique! La peau subit-elle la même loi? Dans les fièvres éruptives, dans la scarlatine, dans la miliaire, la gravité des accidents n'est-elle pas due à la suppression de la sueur acide? ï.)ans quelle

période de ces maladies cette suppression est-elle le plusredoutable?àrépoquedeladesquammation, M.. Rayer cite un fait qui prouve que l'albuminurie peutêtresuspenduepar le développementde l'éruption; une expérience m'a montré qu'en enlevant la peau d'un chien, on peut faire cesser le même phénomène. Quel rapport existe-t-il donc entre ces différents faits? De nouvelles recherches doivent achever de soulever le voile qui nous cache encore leur étiologie. Tout nous indique que l'acide- lactique joue un grand rôle dans le développement des fièvres éruptives.

Les médecins anglais, qui ont observé les premiers l'hydro-albuminurie, sont tombés dans l'erreur en attribuant à l'altération des reins une influence presque exclusive sur le développement de cette maladie : on doit donc, sous ce rapport, réformer définitivement l'opinion de M. Bright et des médecins qui ont admis sa théorie. M. Christison pense qu'en Angleterre les trois quarts et peut-être les quatre cinquièmes des cas de néphrite albumineuse sont dus à l'abus des liqueurs spiritueuses. Dans cette évaluation il y a eu exagération évidente; en Angleterre, l'hydropisie est commune à cause de l'humidité du climat, et dans tous les lieux où j'ai trouvé la même condition, j'ai observé la fréquence de cette maladie; tandis qu'en France, dans quelques villes manufacturières hès-salubres, où les ouvriers font un usage abusif des boissons alcooliques, d'autres maladies sont k résultat de cette funeste habitude. Cependant

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on ne peut nier l'influence de cette cause physique sur la fréquence de l'hydropisie; les boissons alcooliques déterminent une irritation des reins , et diminuent ou suspendent même leur sécrétion acide; on sait d'ailleurs que l'albumine se concrète et tend à se solidifier par l'action de l'alcool , soit dans un vase à l'air libre, soit dans les vaisseaux d'un animal vivant.

Telles sont les causes les plus générales des hydropisies. On peut donc se convaincre que ces affections sont généralement le résultat de la diminution ou de la suspension de l'excrétion acide de la peau etdes reins, bien quecettedernière influence soit généralement secondaire. Sans l'admission de ces causes, la précipitation de l'albumine dans l'urine devient une énigme, et la production des collections aqueuses un problème insoluble; en les admettant, on suit l'enchaînement naturel des phénomènes; la surabondance de l'eau dans le sang, la petite quantité des globules, relativement à la sérosité dans laquelle ils nagent, ne sauraient expliquer le phénomène de l'albuminurie ni celui de l'hydropisie. À la suite des hémorrhagies trèsabondantes, des saignées multipliées, faites coup sur coup, on ne voit point ordinairement se développer ces deux phénomènes , et cependant ces évacuations diminuent les proportions des éléments organiques du sang. Admettez, au contraire, la rétrocession de l'acide lactique dans le torrent delacirculation : dans ce cas, comme dans mes expériences, l'albumine se concrète, est éliminée par les reins,

et des collections aqueuses se forment dans les organes. Dans cette circonstance , il existe une tendance à l'exhalation qui paraît ne pouvoir s'expliquer que par la présence d'un acide dans les fluides blancs et alburnineux. On sait que les acides sont les ennemis de l'endosmose et les causes actives de l'exosmose; la nature tend sans cesse à expulser , ces matières excrémentielles, en vertu de cette dernière propriété , par la peau \ par les reins \ et par les autres organes. Les anomalies des phénomènes organiques doivent s'expliquer par les lois de l'état normal.

Si cette théorie jette quelque clarté sur le mécanisme qui préside à la formation des hydropisies, elle nous indique les moyens d'en prévenir le développement, et de les combattre avant que des lésions locales profondes se soient formées ; il est clair que ces moyens doivent être appliqués primitivement sur la peau, sur les reins, et qu'ils doivent avoir pour effet de rétablir l'activité des fonctions et notamment de l'excrétion acide de ces deux appareils dépuratoires.

Dans l'examen des altérations chroniques de l'albumine, nous arrivons au point d'où nous sommes partis ; en étudiant les complications de ces maladies, on trouve que la phthisie tuberculeuse et les scrofules naissent dans les mêmes conditions que l'hydro-albu min urie. Quand cette dernière affection vient compliquer la première, les reins, les bassinets, les uretères, la vessie et le canal de l'urètre, s'infiltrent quelquefois de matière tuberculeuse.

•N'existe-t-il donc aucun rapport entre cette matière et celle qui s'échappe par les mêmes voies dans le cas où on n'observe aucun symptôme dephthisie? mais entre les scrofules et l'hvdro-albuminurie, les rapports acquièrent la plus grande évidence, MM. Grégory et Christison ont observé l'influence de la constitution strumeuse sur le développement de la néphrite albumineuse; ce dernier s'exprime d'une manière claire à cet égard : dans tous les cas, dit-il, où la maladie s'est montrée chez les adolescents et chez les adultes, sobres ou non, les individus offraient les traits caractéristiques de la constitution strumeuse; ce rapport de l'affection des reins et des scrofules m'a paru si frappant, dit ce médecin, que chez les scrofuleux qui avaient abusé des liqueurs spiritueuses. j'étais disposé à regarder l'affection strumeuse comme la condition essentielle du développement de Thydropisie, dont l'intempérance n'était qu'une cause accessoire. ML Hamilton rapporte des faits évidents montrant l'influence de l'humidité sur la production de rhydro-albuminurie chez les sujets scrofuleux. D'après les observations des médecins anglais, de MM. Rayer et Solon, on voit donc définitivement qu'il faut réformer l'opinion de M. Bright sur la cause la plus commune de l'affection dont il a donné le premier une description exacte.

M. Rayer rapporte aussi des faits fort remarquables, qui achèvent de montrer les relations de rhydro-albuminurie et des scrofules; il a soigné un grand nombre d'enfants et d'adultes scrofuleux,

atteints d'hydropisie générale avec urine coagulable. La plupart des enfants du peuple, mai nourris, mal logés, n'avaient point été convenablement préservés de l'influence du froid et de l'humidité. Tous ces malades présentaient, à un degré plus ou moins élevé, les attributs de la constitution scrofuleuse; des inflammations de même nature des yeux, des os, des articulations, de la peau, se développaient; l'engorgement des glandes, la carie des os, l'anasarque et enfin l'albuminurie avec hydropisie générale, étaient déterminés par les mêmes causes, par Faction du froid humide sur l'organe cutané et sur les poumons!!! Chose remarquable, on trouve à la fois dans les os affectés une altération du sang, la carie et des tubercules! Ces faits rappellent ceux que j'ai observés dans les climats, les lieux et les habitations humides, ceux que Joseph Mojon a observés dans les caves de Lavagna; tous ces faits démontrent rigoureusement l'influence du froid et de l'humidité sur les fonctions de la peau dans la production de la phthisie, des scrofules et de l'hydro-albuminerie.

L'étude des causes du diabète trouverait place dans ce travail, si on pouvait les dévoiler; mais la plus grande obscurité règne encore sur la nature et le siège de cette maladie,

Après avoir examiné les altérations chroniques de l'albumine dans les vaisseaux sanguins, il convient de les étudier dans le tissu cellulaire, dans les vaisseaux et les ganglions lymphatiques. A cette dernière catégorie se rapportent les scrofules, Fé-

léphantiasis et la lèpre. Déjà j'ai montré les rapports de la première affection avec l'hydro-albuminurie, il suffit maintenant d'exposer les causes générales des dernières pour faire voir les rapports effectifs qui existent entre toutes ces affections, ku nombre des altérations de l'albumine on doit aussi ranger les deux maladies qui ont reçu les noms d'endurcissement du tissu cellulaire et de phlegmasia alba dolens.

Endurcissement du tissu cellulaire. On sait que le fluide qui imbibe ce tissu est de la même nature que la sérosité du sang et qu'il renferme beaucoup d'albumine; si la transpiration cutanée n'offrait (jue des principes aqueux, ils ne pourraient, étant refoulés dans l'économie, concréier cette substance animale; il est évident qu'elle deviendrait plus fluide. À la vérité, les métapbysiciens modernes qui n'admettent pas les théories chimiques en médecine, auront recours, pour expliquer la concrétion de l'albumine, h la force, ou aux propriétés vitales; mais cette logomachie décevante, ces mots vides de sens, ne tromperont que les esprits faibles et superstitieux. Dans la production de cette maladie, il existe deux phénomènes remarquables, qui prouvent invinciblement la suppression de la perspiration cutanée , à savoir : l'action d'un air froid et humide, la diminution de la température propre des enfants. En effet, lorsque je couvre les animaux d'un enduit imperméable, que j'applique sur leur peau des linges humides, que je les plonge dans des bains à une température supérieure à celle

de l'air ambiant, ou, lorsqu'étant tondus ou déplumés, je les laisse quelques heures dans des lieux humides et froids, je vois diminuer rapidement leur température intérieure. Les animaux les plus jeunes sont précisément ceux qui succombent le plus promptement par l'effet de la suppression de la transpiration et du refroidissement qui en est en partie le résultat.

Les observations récentes de M. Henri Roger ont démontré que dans le cours d'aucune maladie la température organique ne diminue d'une manière aussi sensible que chez les enfants atteints de l'endurcissement du tissu cellulaire. Ce résultat très-remarquable est expliqué par celui qui s'obtient en supprimant mécaniquement la transpiration cutanée chez les animaux. Ces expériences jettent donc un jour nouveau sur les causes physiques d'une maladiegrave, elles nous indiquent, d'une manière claire, les précautions qu'il faut employer pour en prévenir le développement, et les moyens qui sont indispensables pour la combattre. ïl est donc évident, d'après ces rapprochements, qu'un air froid et humide , des linges imbibés , des matières excrémentielles et qui se refroidissent sur la peau des enfants au berceau, sont les causes les plus ordinaires de l'endurcissement du tissu cellulaire et des autres affections qu'ils éprouvent dans les premiers moments de leur existence; les moyens les plus sûrs de combattre cette affection sont ceux qui communiquent de la chaleur a la peau et qui excitent vivement la

transpiration. Je rappelle à la vie les animaux qui sont couverts de diverses substances imperméables, en les débarrassant de ces enduits, en les exposant à une chaleur rayonnante de ^5 ou 3o°, en pratiquant des frictions sur la peau avec un tissu de laine très-chaud, et je vois leurs forces s'accroître dans le même rapport que leur température. La physiologie expérimentale peut donc nous servir de guide dans la science des applications.

Maintenant, si Ton cherche à expliquer l'endurcissement du tissu cellulaire par suite de la suppression de la transpiration, on ne voit parmi ses éléments que l'acide lactique qui puisse produire un semblable phénomène; on peut admettre cette conjecture, car elle est étayée de faits chimiques et physiologiques d'une grande valeur. Cependant l'analyse, l'expérience directe, peuvent seules conduire à une véritable démonstration. Ici, nous devons encore rester dans les limites de l'observation, et suivre la maxime de Bacon, en séparant ce qui est prouvé de ce qui n'est que probable,

Phlegmasia alla dolens. La femme eri couches se trouve dans une position spéciale; deux organes dont les fonctions étaient inactives sécrètent une grande quantité d'un fluide nourricier, ce fluide est le lait, qui contient, comme on sait, une grande quantité d'acide lactique. Les anomalies de cette sécrétion donnent aux maladies de la femme uh caractère spécial, une physionomie particulière, si l'on peut s'exprimer ainsi; des dépôts, des épan-chements se manifestent souvent dans le cours

des maladies des femmes en couches, et ils offrent parfois des flocons albumineux; des sueurs acides, ayant une odeuv sui gener/s, se manifestent souvent dans cet état, et deviennent des crises heureuses, qui ne peuvent se prolonger sans tarir la source du lait.

Je suppose maintenant que la femme éprouve un refroidissement subit à l'époque où l'acide lactique est éliminé en grande quantité par la peau; alors on verra se développer des affections qui auront un caractère spécial ; les inflammations des membranes séreuses, et notamment celle du péritoine, seront accompagnées d'une sécrétion abondante; n'est-il pas démontré que les acides sont les agents actifs de l'exosmose? Une foule de flocons albumineux ou fibrineux se formeront et nageront dans le liquide. Si , au contraire, la maladie se manifeste à l'extérieur, par suite de la suppression de la sécrétion acide de la peau, l'albumine qui circule dans les aréoles du tissu cellulaire, dans les vaisseaux lymphatiques, dans les veines, augmente de consistance, et il survient des dépôts appelés laiteux, ou cet engorgement déjà indiqué des membres auquel on a donné le nom de phlcgmasia alla dolens. Dans cette circonstance, l'excrétion acide de la peau est bien manifeste; c'est évidemment de l'acide lactique qu'elle élimine avec abondance; c'est précisément à la rétention de cet acide dans l'économie que l'on doit attribuer une foule d'accidents graves qui surviennent à la suite des couches. On objectera, sans doute, que

194 THF.0K1K GENERALE

dans ces maladies on ne trouve point d'acide libre dans le sang ni dans les liquides ; mais les expériences dont j'ai rapporté les résultats répondent à celte objection.

On doit reconnaître, en définitive, que l'engorgement des membres des femmes en couches et les épanchements fréquents qui se remarquent dans leurs maladies, résultent, dans leplusgrand nombre de cas, des perlurbationsdes fonclionsde la peau, de la suppression de sa transpiration acide; c'est aussi, dans cette position particulière, à la surface de cette membrane que s'opèrent les crises les plus communes et les plus heureuses. L'enchainement naturel des faits montre que nous suivons les lois de la nature.

Dans une discussion mémorable qui s'éleva, en i843, au sein de l'Académie royale de médecine, des professeurs d'un mérite distingué, parmi lesquels on comptait MM. Andral, Brescliet, Cloquel, Blandin, Moreau, Capuron, cherchèrent a déterminer le siège de cette maladie, appelée pldegmasia alba dole/is. Les opinions qu'ils ont émises étaient divergentes; ceux-ci en ont placé le siège dans le tissu cellulaire, ceux-là dans les veines, ou dans les vaisseaux et les ganglions lymphatiques; quelques-uns enfin dans la suhstance fibro-cai lilagineuse qui unit les os du bassin. Je J'avouerai avec franchise, je partageai, eu les réunissant, les opinions de ces différents oraleurs; malgré le désaccord apparent de ces opinions, ils avaient tous raison. Les produits de la transpiration, lorsqu ils

ne sont point éliminés, allèrent les fluides altaumineiix cjtii se déposent dans les aréoles du tissu cellulaire, cjui circulent dans les vai seaux Kmphatiques, dans les veines; aussi ces produits altèrent la substance des articulations, et déterminent de la sorte des lésions locales très-variées. Des faits importants perdent donc une partie de leur valeur, lorsqu'ils ne sont point coordonnés et rattachés à un principe simple qui en dévoile les rapports.

De ta lepre et de rélrp/utntiasis. Les causes de ces redoutables affections sont encore problématiques; dans les pays où Ton mange des oignons, on a pensé c| ue ces substances n'étaient pas sans influence sur leur développement; dans les contrées où l'usage du porc est interdit de temps immémorial, on les a attribuées (chose singulière ! ) a cette nourriture; enfin, dans les contrées où Ton cultive le riz, comme dans l'Indoustau, par exemple, on a pensé que cet aliment pouvait déterminer la lèpre. On voit encore prédominer les opinions qui attribuent à l'alimentation et aux organes digestifs une influence presque exclusive sur la production des maladies chroniques. Ici encore, il sera facile de prouver que Ton est tombé dans l'erreur en suivant les doctrines enseignées. Cependant il est nécessaire d'ajouter (pie les substances végétales dont se nourrissent les castes indoues, chez lesquelles l'usa*<e de la viande est proscrit, produisent proportionnellement des quantités plus considérables d'acide lactique que les substances animales; mais il est évident (pie si 1 usage habituel du riz et des

autres substances végétales prédispose à la lèpre, en favorisant le développement du tempérament lymphatique, on doit cesser de chercher dans le régime les causes agissantes sous l'empire desquelles cette maladie se manifeste.

L'hérédité est une des causes qui en perpétuent la durée dans les lieux où l'on ne peut en accuser l'action des agents extérieurs; c'est à ces agents, et surtout a l'humidité, que Ton doit attribuer l'origine de la lèpre et de l'éléphantiasis. Les faits seront encore ici notre seul guide; d'ailleurs, ils ont été rapportés par des observateurs qui attribuaient au régime une influence imaginaire, étant égarés par des opinions et des théories erronées.

Pihorel , médecin à Rouen , a rapporté un cas remarquable d eléphantiasis qu'il a observé en Fiance, et qui ne peut provenir que de la suppression subite de la transpiration cutanée. Un homme fait une course prolongée à la campagne, et, sur le point de rentrer dans la ville qu'il habitait, il plonge ses pieds dans un ruisseau, afin de supprimer la sueur de ces parties qui l'incommodait; en effet, celte sueur se supprime, mais les jours suivants, tous les symptômes de l'éléphantiasis se déclarent, et il finit par succomber à cette redoutable maladie.

Dans les lieux bas, humides et marécageux, l'éléphantiasis est endémique; en Egypte, en Abyssinie et sur la cote du Corornandel , celle affection règne dans les endroits couverts d'étangs, où

Pair est chaud et saturé d'humidité, tandis que, dans les mêmes climats, les pays élevés et secs en sont généralement préservés; l'hérédité peut seule propager la lèpre dans tous les lieux où elle existe encore en Europe, dans quelques localités, où elle ne pourrait se développer sous l'influence des causes extérieures. D'après les recherches de M. Bennet, ex-médecin du roi de Lahore, cette affection n'est point contagieuse, et on voit tous les jours des hommes lépreux cohabiter avec des femmes saines, sans leur communiquer la maladie dont ils sont atteints, et réciproquement. Selon le témoignage de ce médecin , les Sicks sont généralement exempts de la lèpre; cette nation guerrière, dont la vie est active, se nourrit presque exclusivement de viande de porc; tandis que cette affection règne dans les castes indoues, qui, pour se conformer aux préceptes de leur religion, s'abstiennent de l'usage de la viande, se nourrissent de laitage, de substances végétales, et vivent dans le repos. Déjà on peut voir que cette alimentation favorise l'accumulation de l'acide lactique dans l'économie, que le repos habituel et l'humiditédont l'air est saturé s'opposent à l'élimination de cette cause chimique par les voies de la transpiration.

Larrey, dont le nom se rattache à de grands souvenirs, a observé que l'éléphantiasis est t:èsfiéquent en Egypte, dans les lieux bas et humides, chez les fellahs malpropres, qui couchent presque nus sur le sol, exposés aux rosées abon-

.fiantes ou à la fraîcheur pénétrante des nuits; cette maladie attaque principalement les individus qui, dans les rizières, ont les pieds dans l'humidité; elle épargne les Turcs, qui dans leurs harems sont bien logés, propres, et font un usage fréquent des bains. Leurs enfants offrent dès cas de scrofules, que l'on doit rapporter à l'étiolement et à la vie sédentaire.

On voit donc que dans tous les climats les perturbations des fonctions de la peau jouent un rôle immense dans la production des maladies chroniques. Dans les régions tropicales où Tair est saturé d'humidité, où la fraîcheur des nuits succède à la chaleur accablante des jours, ces perturbar tionssont souvent funestes et déterminent les affections les phis graves. Mais il faut comprendre que l'excès de la sécheresse de l'air, de même que l'excès opposé, favorise le développement de ces affections. Si la première cause dessèche là peau par l'évaporalion subite de l'eau de la transpiration, le (roid et l'humidité refoulent ensuite les autres éléments de cette excrétion dans l'économie, et y déterminent les plus grands troubles. C'est pour cette raison que les maladies aiguës, comme les a fections chroniques des climats chauds, acquièrent un haut degré d'intensité que l'on ne retrouve point dans les régions tempérées» Dans ces dernières, la matière tuberculeuse est refoulée par le froid humide dans les poumons, dans les ganglions et dans les vaisseaux lymphatiques ; la phthisie et les scrofules sont le résultai de son ac-

DES MALADIES CHROISlQU Î.S. 199

lion: dans les régions intertropicales, cette matière est plus souvent portée dans le tissu cellulaire souscutané, dans le tissu même de ia peau dont les fonctions sont suspendues ou profondément altérées.

On est donc invinciblement conduit, par l'observation, à reconnaître que ces affections doivent être aussi rapportées à la rétrocession des éléments de la transpiration dans l'économie; ce n'est donc point faire jouer un rôle imaginaire à l'acide lactique, en admettant qu'il se porte, dans ces cas graves, sur le fluide albumineuxqui se trouvedans le tissu cellulaire, et même dans le tissu cutané. Ainsi s'expliquent la dureté et l'engorgement considérables des parties affectées et la désorganisation des tissus. D'après mes propres recherches, l'acide lactique n'exerce qu'une faible action sur la gélatine dont le tissu cellulaire est composé, et cette action est pour ainsi dire nulle sur le tissu graisseux. Cen'est par conséquent quesur les fluides albumineux que l'acide lactique agit dans la production de la phlegmasia alba dolens, dans l'endurcissement sous-cutané des enfants, dans l'éléphantiasis et dans la lèpre, comme dans les scrofules: cet agent chimique porte donc son influence sur l'albumine, qu'il coagule et qu'il tend à solidifier.

La suppression de la transpiration fait aussi sentir ses effets sur' la production des dartres, de la teigne et des autres maladies de la peau, qui sont très-fréquentes chez les peuples et les individus qui vivent dans la malpropreté. Les produits concrètes de la transpiration forment un

enduit comparable à celui qui s'applique sur la peau des animaux; c'est à cette matière irritante, que Ton enlève au moyen des lavages et des bains, et cbez les animaux , au moyen de l'étrille et de la brosse, qu'il faut également rapporter une foule de maladies internes et externes. La teigne est trèsrare et pour ainsi dire inconnue dans les classes élevées de la société; elle est au contraire très-commune cbez les peuples et les classes pauvres qui négligent les soins de propreté, et qui se couvrent la tête de bonnets épais. Lavez et brossez souvent cette partie, laissez aller les enfants tête nue, et vous éviterez ainsi la teigne et des maladies graves du cerveau. m C'est une erreur populaire de croire que l'enfant doit avoir des écoulements dépuratoires à la tête ; favorisez la transpiration par les moyens indiqués, par l'action de l'air libre, et vous préviendrez ainsi l'invasion d'une foule de maladies cutanées.

Déjà j'ai établi que ces maladies se forment cbez les animaux en vertu des mêmes lois; cessez d'enlever l'enduit de la transpiration cbez les cbevaux, et vous verrez se développer le farcin et la morve cbronique, surtout lorsqu'ils restent dans des écuries bumides; souvent l'habitation même de ces écuries suffit pour produire ces maladies, malgré les soins de propreté.

Lorsque j'ai examinérinfluencedu climat de l'Egypte l sur la production de la morve et du far-

1 De la Morue et du farcin, îYIémoirelu le 1er mars i 842, a l'Académie rovale de médecine.

cin, j'ai montré que les maladies tuberculeuses inîerneset externes, qui se développent chez l'homme et chez les animaux, ont été déterminées, dans la généralité des cas, par la suppression de l'exhalation cutanée. Les affections propres du système légumentaire sont soumises à la même loi , et la première condition, pour en prévenir la manifestation,, est de maintenir constamment l'intégrité de la transpiration par des soins habituels de propreté et par les moyens hygiéniques qui seront exposés dans la seconde partie de cet ouvrage.

S III. Affections chroniques de la fibrine et des globules du sang.

Toutes les fois que les éléments organiques ou les éléments chimiques du sang ne sont plus dans leurs proportions normales, des maladies se forment, lorsque ce défaut de proportion dépasse certaines limites. Dansl'hvdro-albuminurie, on remarque la diminution d'un de ces éléments organiques, l'albumine, et il naît souvent, à la suite de cette élimination prolongée, une foule d'afïeclions de diverses formes. V la vérité les désordres que produit l'albuminurie ne sont que secondaires, et on voit qu'une cause chimique active détermine ces désordres, non-seulement en éliminant l'albumine, mais en en altérant la nature.

Les autres éléments organiques du sang, la fibrine et les globules, sont soumis aux mêmes lois. Leur prédominance détermine des maladies qui offrent le caractère inflammatoire, dans lesquelles il y a une surexcitation évidente; au con-

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traire, lorsque leurs proportions diminuent, se développent des affections qui décèlent un état de débilité et de langueur;; dans ces affeç? lions, ies fonctions de la peau ou du système capillaire sous-jacent jouent un rôle qu'on ne peut méconnaîtra; en étudiant les causes de l'anémie, de la chlorose et du scorbut, dans lesquels 1 élément globulaire est parfois altéré, et le plus ordinairement en proportion moindre que la fibrine et l'albumine, on constate cjue i'étiolement est la cause la plus commune des deux premières affections, et l'humidité celle de la dernière. La respiration d'un air' altéré et l'usage d'aliments de mauvaise nature contribuent aussi puissamment à la production du scorbut ; mais il sera encore facile de démontrer que, dans cette circonstance, on a exagéré l'influence des viandes salées sur l'ai ter ration du sang.

De l'anémie et de ta chlorose. D'après les recherches expérimentales de M. Andral, la diminution, à divers degrés, de l'élément globulaire du sang, est le caraclère fondamental de l'anémie. Cet expérimentateur a trouvé comme moyenne du chiffre des globules, dans le cas d'anémie commençante, le chiffre 109 , et dans il\ cas d'anémie confirmée, le chiffre 65. Chez les bêles ovines, le sang devient encore plus pauvre en globules, puisqu'il a vu un de ces animaux n'avoir plus dans son sang que i5 en globules, tandis qrre dans l'espèce humaine le chiffre le pi us bas en globules qifil ait rencontré pour* l'anémie spontanée est de 28. La diminution

DES MALADIES €HHONlQUES. 203

est la même si Ton compare la proportion des globules dans le sang de l'homme à la proportion de cet élément organique dans l'espèce ovine.

Des symptômes graves se déclarent, suivant le même observateur, en raison de la diminution des globules sanguins. Si cet abaissement est léger, il est compatible avec la persistance d'un certain état physiologique; s'il devient un peu plus fort, la maladie commence : alors apparaissent la faiblesse, la pâleur, l'inappétence, les vertiges, la dyspnée, les palpitations au moindre effort; alors se maiïifesle le bruit du souffle dans les artères et à la région du cœur, représentant ce que M. Bouillaud appelle bruit du diable, etc. Ces symptômes s'aggravent souvent avec rapidité sous l'influence de la saignée.

En cherchant les causes de ces phénomènes, on reconnaît qu'ils dépendent essentiellement d'une diminution de l'hématose ou de l'imperfection de la sanguifîcalion. Les ouvriers qui travaillent dans les mines, ceux qui sont soumis à l'influence du plomb, offrent un aspect cachectique qui décèle une diminution considérable de l'élément globulaire du sang. L'étiolement des ouvriers qui restent longtemps dans les mines est aussi une cause puissante de cet état cachectique qui rend leur vieillesse précoce et qui abrège la durée de leur existence.

Mais cet affaiblissement se manifeste même chez des jeunes personnes sédentaires qui respirent un air salubre dans les appartements où elles sont

renfermées; cet étiolement de la peau est chez elles la cause la plus ordinaire de la chlorose, des déviations de la taille et de la phthisie. Dans les recherches statistiques qui précèdent, on a \u le point de départ et l'enchaînement de ces phénomènes morbides. Les faits que j'ai rapportés expliquent la rareté de la chlorose dans les villages où les jeunes filles sont continuellement exposées à l'action de l'air libre et de la lumière, et la fréquence de cette affection dans les grandes cités, où l'on trouve les conditions opposées, où la privation d'exercice peut s'ajouter au défaut d'insolation.

Les causes qui viennent d être mentionnées ne sont sans doute pas les seules qui déterminent l'anémie, mais on peut dire qu'elles exercent la plus grande influence sur la fréquence de cette maladie. On remarque souvent dans son cours un phé* nomène qui a fixé l'attention des médecins, l'état couenneuxdu sang. M. Tommasini l'attribue à une disposition inflammatoirede ce liquide; M. Andral, en signalant cette erreur, rapporte le même phénomène à la prédominance anormale de la fibrine sur les globules. Cet excès du premier élément sur le second, dans le sang du cheval, explique la constance de la formation de la couenne à la surface du caillot chez cet animal. Ce que l'on observe chez les femmes enceintes confirme cette ingénieuse théorie; la diminution remarquable de l'élément globulaire dans la gestation , se traduit par la couenne inflammatoire et par le souffle dans les artères.

Dans les maladies aiguës qui sont dues à la rétrocession des éléments de la transpiration, comme la pleurésie, le rhumatisme, etc., etc., la fibrine et l'albumine du sang sont chimiquement altérées, et la couenne dite inflammatoire est le résultat de cette altération. Mes expériences montrent le rôle que joue l'acide lactique dans la production de ce phénomène : ce serait sortir des limites de l'observation que de l'attribuer à la même cause dans la chlorose.

Du scorbut. Depuis longtemps, malgré les efforts des solidistes, cette affection est restée dans le domaine des maladies dues à l'altération, et même, suivant l'expression de Lind, à la dissolution du sang. D'après cet observateur , l'humidité est une des causes les plus fréquentes de cette dissolution. En effet, elle agit dans les climats septentrionaux avec le froid, dans les contrées intertropicales avec la chaleur; on retrouve celte cause dans les pays marécageux , sur les bords des rivières après de grandes inondations, dans les villes entourées d'eaux stagnantes, dans les rizières, dans les contrées basses, où de vastes forêts entretiennent l'humidité, telles que les savanes de l'Amérique; elle existe encore sur les mers brumeuses, lorsque l'eau pénètre par les écoutilles dans l'intérieur du vaisseau, lorsqu'une pluie fine ou les vagues mouillent les vêtements des matelots, qui se couchent dans des lieux où l'eau pénètre et séjourne. Dans ces diverses conditions on voit le scorbut exercer de grands ravages, surtout lorsque d'autres causes

ajoutent leur influence à celle de l'humidité.

Au nombre de ces causes on doit ranger une mauvaise alimentation, des boissons altérées, les affections tristes de Târne et le repos babil uel dans les habitations. Ces deux dernières, comme l'humidité, portent leur principale influence sur l'organe cutané, et diminuent l'activité de ses fonctions dépuratoires. L'observation nous montre que le scorbut se manifeste fréquemment chez les tisserands, les cordonniers, les tailleurs, chez les prisonniers, surtout lorsqu'ils sont renfermés dans des cachots humides, quand ils sont privés d'exercice et de lumière. 11 attaque avec violence, au milieu des plus grandes privations, les troupes assiégées dans les villes de guerre. Mais le plus souvent ces privations seules ne peuvent le produire; tandis qu'il se développe et se propage lorsque les aliments n'ont subi aucune altération, dans les climats et dans les lieux où l'air est à son maximum d'humidité. Dans l'île de Walcheren, où celte cause est irès-aetive, je l'ai vu attaquer des soldats qui étaient j sous le rapport de l'alimentation, dans les conditions les plus favorables.

On attribue encore aux \iandes saîées, sur ia production du scorbut, une influence qui a été évidemment exagérée. Le sel commun, qui a la propriété de conserver les viandes, de donner au caillot plus de consistance, et qui entre dans la composition du sang, ne peut être considéré comme undissolvantde ce liquide, lorsque ses proportions augmentent dans le torrent de la circulation. C'est

des Maladies chroniques. $07

en Suivant les mêmes ei rements que In lèpre a été rapportée a l'usage de la viandedeporc, desoignons, du riz: toujours on fait jouer un rôle imaginaire à l'alimentation, et Ton méconnaît entièrement le mode d'action des causes locales datis la production de ces maladies. Les matelots vivent habituellement de viandes salées dans de longs voyages maritimes; lorsqu'ils conservent leur santé, ce qui arrive lé plus ord nairement, on ne fait aucune observation sur les heureux effets de ce régime; dans les Cas exceptionnels, lorsque des causes qui passent inaperçues viennent déterminer le scorbut, on s'empresse alors d'attribuer aux viandes salées des résultats qu'il faudrait rapporter aux causes dont on n'a point cherché à apprécier la fatale influence. A la vérité on vante les favorables effets des végétaux frais que les marins retrouvent avec tant de satisfaction lorsqu'ils viennent à terre; mais on néglige de tenir compte du changement de leur position, de l'action d'un air libre et privé d'humidité. Au rapport de Pihorel, les mousses et les gabiers, élevés sur les hunes, sont moins sujets au scorbut que les matelots qui sont souvent obligés d'être à fond de cale; dans la première position , les effets avantageux de la ventilation sont évidents. Au reste, ils ont été constatés par les marins iesplus expérimentés : Haies, Duhamel, Sutton, Wieltig et Pihorel lui-même, ont proposé (emploi des machines a vent sur les vaisseaux. Sur la mer des légions interlropicales, lorsque 1 air est à son maximum d'humidité, il suffit des' exposer pendant

la nuit à son influence pour être atteint d'une (lia* thèse scorbutique dangereuse.

Les altérations du sang qui s'observent dans le scorbut ont la plus grande analogie avec celles que l'on trouve chez les animaux dont on supprime artificiellement la transpiration; comme dans ces expériences, le sang est noir, dans un étal de dissolution; le caillot, lorsqu'il se forme, est mou et diffluent; une couenne dite inflammatoire, sans consistance, apparaît parfois à la surface de ce caillot, et la production des ecchymoses indique que chez ces animaux, de même que chez les scorbutiques, le sang tend à s'échapper en dehors des vaisseaux qu'il parcourt.

Dans la période la plus avancée du scorbut, les solides comme les liquides éprouvent une grande tendance à la désagrégation et à la dissolution; des hémorrhagies abondantes et de larges ecchymoses en sont le résultat; le sang, privé d'une partie de sa fibrine, s'épanche dans les tissus et s'échappe au dehors. On voit les rapports des résultats de la méthode expérimentale avec les phénomènes qui caractérisent le scorbut et les fièvres dites putrides ou adynarniques, que l'on a confondues avec d'autres affections analogues, sous la dénomination de lièvres typhoïdes. La forme adynamique ou putride a été appelée avec raison, parBordeu, un scorbut aigu. Sans admettre avec Milman et ses sectateurs une identité parfaite entre le scorbut et les Hèvres putrides et malignes, on doit remarquer que l'humidité exerce la plus grande influence sur la

production de ces maladies; qu'elles offrent des altérations dans le sang et des lésions dans les solides, dont l'analogie ne peut être révoquée en doute.

Dans ces diverses circonstances, la suppression de la transpiration a-t-elle favorisé l'accumulation des éléments alcalins dans le sang, ainsi que plusieurs expérimentateurs l'ont avancé? Il est évident qu'alors les sels que la peau doit excréter sont refoulés dans le torrent de la circulation, que le lactate de soude ne se décompose qu'en partie; or, mes expériences prouvent que l'injection de ce sel dans les veines produit une odeur fétide et une dissolution putride ou scorbutique des fluides. Cet état suffît pour expliquer la production des hémorrha°ies et des ecchvmoses chez les seorbutiques.

Dans une pratique étendue, à Paris, où les privations et la misère comptent tant de victimes, M. Andral n'a observé qu'un scorbutique. Eh bien! cet individu s'épuisait à faire tourner chaque jour une manivelle dans un lieu obscur et humide, le dos appuyé à un mur d'où l'eau découlait sans cesse. Toutes les trois semaines environ, il faisait un excès de vin au point de s'enivrer. Il couchait avec sept camarades, dans une chambre petite, mal éclairée et mal aérée. C'est précisément dans ces conditions que se développent les maladies qui sont caractérisées par la dissolution du sang, telles que le scorbut et le typhus, si souvent remarqués à bord des vaisseaux et dans les prisons. Qui

ne reconnaît, dans ces circonstances, les conséquences de l'humidité et d'un défaut d'aération sur l'économie?

On voit à quoi se réduisent les observations faites sur les effets des viandes salées ou fumées sur le développement du scorbut. Dans cette affection , comme dansla lèpre, attribuéeà l'usage des oignons, du riz, ou de la viande de porc, les véritables causes de ces maladies ont été méconnues; on a évidemment attribué à des causes secondaires et même à des coïncidences les altérations du sang et des fluides, qui doivent être rapportées, dans la plupart des cas, à la rétention dans le torrent delà circulation des éléments superflus que la peau et les poumons doivent éliminer. Sans doute que dans la production du typhus qui se manifeste dans les prisons, dans les vaisseaux et dans les hôpitaux, la dissolution du sang est due souvent à une autre cause , à l'influence des miasmes les plus délétères; mais cette importante question ne peut être examinée dans ce travail.

5 IV. De la goutte et du rhumatisme.

Les effets de la suspension ou de la diminution de la transpiration, dans la production de ces affections, ne sont point problématiques; un grand nombre de faits en prouvent l'évidence. Des recherches ont été faites dans ces derniers temps afin d'établir les rapports chimiques des aliments et des calculs vésicaux, et ils l'ont été en effet dans un Certain nombre de cas; il est certain que l'on

DES MALADIES CHRONIQUES, ll'l

peut, en modifiant le régime, rendre beaucoup plus rare la production de ces corps inorganiques. Mais ce serait encore s'abuser que de considérer la nature des aliments ou les excès dans le régime comme la cause la plus générale de la fréquence de îa goutte et des calculs. Les faits les plus nombreux et les plus authentiques témoignent en faveur d'une opinion contraire. Les résultats de la statistique, dans les petites localités, d'accord sous ce rapport avec l'observation la plus étendue, m'ont prouvé que la goutte est presque inconnue à la campagne, soit parmi les journaliers dont le régime est peu succulent, soit parmi les fermiers qui vivent dans l'aisance et qui se nourrissent de viande; cette affection est également très-rare parmi la population ouvrière des grandes cités et des villes manufacturières. Suivant l'assertion de R.amazzini, les ouvriers dont les pieds sont sans cesse en mouvement sont exempts de la goutte; elle ne se rencontre ausssi que rarement chez les soldats et les matelots, et chez les officiers qui les commandent. Mais déjà elle devient plus fréquente chez le capitaine de vaisseau, dont la vie devient moins active.

Dans toutes les conditions de l'existence, quel que soit le régime, l'homme peut se préserver de la goutte par* l'exercice musculaire, sauf quelques exceptions assez raies. L'exercice passif, celui que l'on prend en voiture ou à cheval , ne produit point le même effet; il faut exciter et entretenir la transpiration cutanée, car sans cette condition, la

goutte peut se manifester, quelle que soit la sobriété des individus qui y sont disposés. Quelques faits vont montrer, d'une manière claire, l'influence de la suppression de la sueur sur la formation de cette maladie.

M. Bouvet, marchand de laines, aujourd'hui propriétaire à Houdan (Seine-et-Oise), éprouvait habituellement aux pieds une sueur abondante et fétide qui le forçait à changer souvent de chaussures. Un jour, pendantl'hiver,il s'exposa à un froid assez rigoureux qui supprima cette évacuation habituelle. Le gonflement douloureux des orteils se déclara immédiatement, et un médecin, consulté le lendemain de cette suppression, annonça le développement de la goutte. Depuis près de trente ans, M. Bouvet est podagre ou chiragre; des calculs se sont formés dans les reins pendant la rémission des douleurs arthritiques. Les sueurs habituelles n'ont jamais reparu.

J'ai constaté des cas également remarquables de goulte survenue à la suite de la suppression de la sueur aux pieds chez des personnes qui étaient aussi sobres que celle qui est le sujet de la précédente observation.

Si le froid seul pouvait produire la goutte, elle attaquerait chaque jour une foule d'hommes qui n'ont point de sueurs fétides aux pieds; on l'aurait vue se multiplier à la suite de la glorieuse campagne de Russie, et mes pieds, frappés de congélation durant cette mémorable retraite, auraient été atteints de la même affection.

Je l'ai observée avec les plus graves complications chez un homme athlétique, qui se nourrissait de viande, et qui était habitué à l'exercice du cheval. Les faits remarquables que m'a offerts l'étude approfondie de cette maladie sont rapportés dans un Mémoire que j'ai lu à l'Académie royale de médecine le i4 août i838. Gautier éprouvait des sueurs fétides et abondantes aux extrémités inférieures; lorsqu'elles se supprimaient, il ressentait des accès de goutte d'une intensité remarquable; cette affection a successivement envahi les articulations des pieds, des genoux, et s'est portée ensuite sur le cœur, sur ses enveloppes, sur la plèvre et sur l'estomac. Pendant dix-huit mois Gautier a été en proie aux plus pénibles angoisses et aux plus cruelles souffrances. La difficulté de respirer, la suffocation et la syncope menaçaient à chaque instant son existence. J'ai constaté, sur ce sujet d'une très-grande force musculaire, la coïncidence d'une endocardite avec hypertrophie du cœur, d'une pleurésie avec épanchement dans la poitrine, d'une tumeur dure, inégale, volumineuse à la région de l'estomac, analogue à un squirre, d'une hydropisie générale, et d'une hydrocèle ayant la dureté d'un sarcocèle. Au moyen de larges vésicatoires appliqués aux jambes, j'ai vu se dissiper entièrement ces redoutables maladies; une inflammation très-douloureuse, suivie de la gangrène, s'est manifestée à ces parties; la sérosité épanchée s'est écoulée par les voies urinairesetpar les plaies, qui, après avoir fourni une suppuration

abondante, ont fini par se cicatriser; les intermittences du pouls, les palpitations, l'affection du cœur, de l'estomac, l'hydropisie ont cédé à ces abondantes évacuations. Après plusieurs mois d'angoisses et de cruelles souffrances, le côté gauche de la poitrine , rétréci par suite de l'épanchement pleurétique, avait repris ses dimensions ordinaires. Enfin pendant un an Gautier a joui de la santé la plus florissante; il a retrouvé son embonpoint, sa force athlétique, son appétit pour les viandes succulentes. Mais les sueurs habituelles n'ont point reparu.... Gautier, de nouveau atteint d'une affection du cœur, a fini par succomber, après une nouvelle série d'accidents.

Ce fait extraordinaire prouve que les lésions locales les plus graves attribuées à l'inflammation, à des affections squirreuses évidentes, sont souvent le résultat de la suppression de sueurs habituelles; il nous montre aussi que quand ces excrétions sont abondantes, elles ne peuvent disparaître sans déterminer des affections graves dont la source ne peut être méconnue; enfin il indique ce qu'il faut faire pour prévenir Je développement de ces affections , pour les combattre , et signale ainsi l'utilité des moyens qui peuvent rétablir les fonctions excrétoires de l'organe cutané.

La goutte et le rhumalisme dépendent également de l'inactivité de ces fondions; mais les causes qui les déterminent ne soni pas toujours les mêmes; en général, la première affection naît sous Tin- (luence d'im vopos prolongé ; tandis que la dernière

est Je résultat ordinaire d'un refroidissement, de l'action d'un air froid et humide sur la peau. Néanmoins ces deux causes concourent parfois à la production de ces affections. Atteint d'une sciatique longtemps rebelle, j'éprouvais souvent un engourdissement et des douleurs lorsque j'étais atteint du froid pendant le repos. Un froid plus intense ne produisait aucun effet lorsque j'étais en mouvement, et parfois même cet engourdissement douloureux cédait à l'exercice musculaire prolongé, qui rétablissait la transpiration.

On découvre donc ici le véritable mécanisme au moyen duquel s'opère la formation et la guérison des affections rhumatismales à leur déclin. C'est évidemment au moyen du même mécanisme que la goutte se développe chez les hommes qui restent dans le repos, qui se nourrissent démets succulents, et qui s'adonnent immodérément aux plaisirs de la table. Ces dernières causes ne produisent point le même effet chez les ouvriers, les soldats, les matelots, les agriculteurs, qui vivent dans l'aisance, mais qui se livrent a des travaux corporels soutenus. La classe la plus nombreuse de la société est donc généralement préservée de la goutte, tandis qu'elle est souvent atteinte des affections rhumatismales qui sont évidemment dues aux influences atmosphériques. Dans la première affection, touîe l'attention du médecin ne doit plus se porter sur les voies digesttves ni sur ie régime: lorsque l'on veut en prévenir le développement, la sobriété est sansdoule nécessaire; mais on tenterait en vain de parvenir' à

ce but sans un changement dans les habitudes, sans l'exercice actif, sans l'emploi soutenu des forces musculaires; alors on doit préférer la vie active des champs aux professions sédentaires.

§ V. Des maladies nerveuses.

Le système sensible est excité et troublé dans ses importantes fonctions par deux ordres de causes, les unes physiques, les autres morales. Elles agissent avec plus ou moins d'activité suivant les âges, les sexes, les tempéraments, le perfectionnement de l'éducation et les habitudes sociales. La fréquence les maladies nerveuses augmente en raison directe de la civilisation; elles sont très-fréquentes dans les grandes villes et assez rares à la campagne; elles se développent dans l'oisiveté et au sein des plaisirs. La lecture des livres qui exaltent l'imagination et qui éveillent les passions, les émotions profondes que donnent les spectacles, la musique; les contrariétés, les malheurs domestiques et les revers de lafortune, les obstacles qui s'opposent à la satisfaction des plus doux penchants, enfin l'excès des plaisirs des sens, sont les causes les plus ordinaires des maladies nerveuses.

La plupart de ces causes ne pourraient troubler le système nerveux des personnes qui exercent des travaux pénibles exigeant l'emploi des forces musculaires; ces travaux diminuent, épuisent la sensibilité physique, et s'opposent à la manifestation des mouvements violents et désordonnés qui ébranlent les diverses parties de l'appareil excitateur* Le

repos habituel ou le défaut d'exercice musculaire détermine donc aussi des maladies nerveuses; mais il prédispose à ces maladies, dans la généralité des cas, en favorisant l'action de toutes les causes excitantes physiques ou morales. Dans cette circonstance, la privation d'exercice agit aussi en diminuant l'activité des fonctions cutanées; l'expérience montre que l'arrêt de la transpiration exerce une grande influence sur le développement des maladies du système sensible, même sur celui de l'hypocondrie, de la mélancolie, et des autres désordres de l'intelligence. Tantôt la suppression de l'exhalation cutanée est primitive, et d'autres fois elle est le résultat de la lésion profonde des centres nerveux. Quoi qu'il en soit, il faut tenir compte de ce changement dans le traitement des maladies nerveuses et de l'aliénation mentale, ainsi que je vais le démontrer par des faits dignes de fixer l'attention des praticiens; ils verront que trop souvent la véritable origine des complications graves qu'offrent ces maladies a été méconnue.

De l'hystérie. Cette affection est une deutopathie ou une affection à double siège. Elle est à la fois le résultat de l'irritation de deux centres nerveux, du cerveau ou de l'extrémité inférieure de la moelle épinière et de l'appareil nerveux qui donne la vie et le mouvement aux organes de la génération. Cependant les plexus nerveux qui animent l'estomac sont excités par un mouvement dont Je point de départ est ordinairement dans ces organes. Ce n'est, comme on sait, que chez les femmes qui ha-

bitent les grandes villes, chez les jeunes personnes dont la sensibilité est exaltée, qu'on observe fréquemment cette affection; elle est très-rare à la campagne et même à la ville chez les femmes livrées habituellement à ces travaux, qui exercent leurs membres et qui excitent la transpiration; elle se présente au contraire fort souvent chez les jeunes personnes dont la vie est peu active, dont la menstruation s'opère, par cette raison, plus difficilement; elle se développe chez les femmes qui restent trop longtemps dans leur lit, dans leur boudoir ou dans leur salon. Changez ces habitudes, conseillez les courses journalières à la campagne, les jeux qui excitent les forces musculaires, ou la vie active des champs ; prescrivez les exercices de la gymnastique, ou un travail corporel assez prolongé pour opérer une révulsion salutaire du centre à la circonférence, et vous verrez disparaître cette série de désordres, ces anomalies qui constituent l'hystérie. Il est facile de reconnaître ici l'empire des causes physiques sur son développement et sur sa guérison.

De V hypocondrie. Comme l'hystérie, l'hypocondrie est une affection à double siège; elle n'offre l'ensemble des caractères qui la distinguent que quand l'estomac et le cerveau sont simultanément affectés; La réaction morbide commence le plus ordinairement dans les centres nerveux qui animent le premier organe, bien que l'hypocondrie soit assez souvent due à des causes morales. Dans cette circonstance, ces causer exercent leur princi-

pale action, non sur l'organe de l'intelligence, tuais sur les organes digestifs dont la sensibilité est exagérée. Tout le monde connaît la mélancolie profonde qui s'empare des personnes atteintes de gastrite chronique ou de douleurs névralgiques à la région de l'estomac; cette tristesse, des inquiétudes vagues, des anxiétés, des craintes exagérées, même des hallucinations et le délire chronique peuvent être excités, comme le délire aigu, par l'irritation des organes gastriques. Des hallucinations sont souvent produites par un dérangement de leurs fonctions à la suite de quelques excès. Après un repas trop copieux, un homme fut atteint du cauchemar; étant éveillé, il poursuivit, ayant son vase de nuit à la main, le personnage imaginaire qui avait voulu l'étouffer pendant son sommeil, et brisa une glace en voulant porter un coup violent au fantôme qui fuyait devant lui.

C'est ordinairement sur l'estomac que les saisons froides et humides exercent leur principale influence, lorsqu'elles déterminent chez quelques personnes un profond sentiment de tristesse; car, dans ce cas, on voit souvent se manifester des troubles dans la digestion, et ce n'est que lorsqu'ils sont dissipés que le calme se rétablit dans les fonctions de l'organe de l'intelligence. --U» médecin hypocondriaque a montré la fréquence de ces rapports en exposant les causes de ses anxiétés et de ses souffrances, >mrlr, e

GèfUidc Ixevillon a décrit, avec beaucoup (Texaclitude, les accidents qu'il a épromés par suite des

vicissitudes atmosphériques et des anomalies de la température; il a même attribué ces accidents à la suppression de la transpiration cutanée. Il ne tient même pas compte des changements qui s'opèrent simultanément dans le système nerveux, des ébranlements douloureux qui sont communiqués par le froid et par l'humidité au centre sensitif. Il est évident que la suppression de la transpiration ne peut être considérée comme la seule cause de l'hypocondrie.

Cependant la situation de Revillon dépendait de l'état de l'atmosphère : un ciel serein, une douce chaleur, changeait favorablement les dispositions de son esprit, dissipait ses craintes, ses angoisses, augmentait sa fermeté, et favorisait ses digestions. Dans l'espoir d'acquérir une notion certaine sur la cause de ses maux, il a cherché à diminuer la transpiration cutanée, en s'exposant au froid, en mettant les pieds dans l'eau, et dans un état de calme il faisait reparaître les accidents vaporeux qu'il éprouvait dans les temps froids et pluvieux; il se manifestait, dans les deux circonstances, des vents, un état de malaise, des inquiétudes, et l'appétit se perdait. Souvent après avoir souffert des matinées entières, il employait les moyens capables de rétablir la transpiration, et dès qu'elle devenait active, il se trouvait mieux. Au nombre de ces moyens, il range l'exercice, les bains, les frictions sèches, le choix des aliments et les délayants. Au reste, Revillon, à l'exemple de Sanctorius, rapporte une partie des maladies chroniques à la diminution de l'exhala-

tion cutanée; c'est, suivant lui, à cette cause qu'il faut attribuer le scorbut, la phthisie, le squirres, le vomissement, le dévoiement, les rhumatismes, les douleurs néphrétiques, gastriques et intestinales. Il remarque avec raison que les hommes et les femmes dont la vie est laborieuse sont rarement atteints de maladies de vapeurs.

Les affections mentales, ainsi que l'hypocondrie, se développent plus souvent chez les personnes inactives dont la sensibilité physique et morale s'accroît par le repos et par toutes les causes qui agissent sur l'organe de l'intelligence, que chez les personnes qui épuisent cet excès de sensibilité par le travail. Le système nerveux a sans doute l'initiative dans la production de ces maladies, mais ensuite les fonctions des autres appareils sont altérées, et au nombre des altérations consécutives qui amènent de dangereuses complications dans les maladies nerveuses, on doit mentionner la diminution ou la suppression de la transpiration cutanée. Parfois dans la production de l'aliénation mentale, cette suppression joue même le rôle le plus important, d'après les faits rapportés par Esquirol et d'autres observateurs célèbres. S'il en est ainsi, on verra se multiplier la folie sous l'influence des causes générales des maladies chroniques. Cette affection comprend la mélancolie ou la lypémanie, la monomanie et les autres variétés de la folie, désignées par M. Falretsouslenomd'o/rgrwjtfnie et de pantomanie : d'après ce médecin distingué il n'existerait point de monomanie proprement dite.

De la mélancolie. Les climats et les saisons ont une influence bien connue sur le développement de cette maladie. Suivant Hippocrate et d'autres observateurs, elle est plus fréquente en automne qu'au printemps; on la voit se multiplier pendant les automnes très-humides succédant à des étés secs et chauds. Dans cette dernière saison , on observe plus particulièrement les mélancolies qui s'accompagnent d'un état d'éréthisme du système nerveux, et que l'on pourrait appeler primitives ou essentielles. Au contraire, les mélancolies consécutives ou symptomatiques, celles qui dépendent principalement de l'inactivité des fonctions de la peau et de l'affection des organes digestifs, sont fréquentes, dangereuses dans les climats, dans les saisons où dominent le froid et l'humidité. Ainsi s'expliquent les effets du kamsin chez les égyptiens , du solano sur les Espagnols, du sirocco chez les Italiens; ainsi s'explique l'influence des pays froids, brumeux, comme l'Angleterre, ou des lieux marécageux sur la manifestation de la mélancolie.

Si l'on examine les effets des causes morales sur la production de cette affection , on reconnaît qu'elles agissent avec beaucoup d'intensité chez les personnes adonnées à des professions sédentaires et dont la sensibilité est exaltée. On trouve beaucoup de mélancoliques parmi les acteurs, les musiciens, les poêles, les négociai) ls? les hommes impressionnables dont la vie est agitée, qui éprouvent des chagrins domestiques et des revers de

fortune. Aristote demande pourquoi les grands législateurs sont tous mélancoliques. L'excès des études et des travaux du cabinet conduit sinon à la mélancolie, au moins à l'hypocondrie: ces deux affections sont également rares chez les agriculteurs, dont l'existence est pour ainsi dire toute physique. Qui ne sait que le passage d'habitudes actives à des habitudes sédentaires peut aussi produire la mélancolie? La plithisie se développe dans les mêmes circonstances, et vient souvent abréger la vie des mélancoliques.

En effet, d'après les recherches d'Esquirol et de plusieurs médecins anglais, la consomption pulmonaire est la terminaison la plus fréquente de la lypémanie; très-souvent cette affection est également compliquée du scorbut, d'inflammation chronique de l'abdomen, surtout des voies digesiives; or, ces diverses affections se développent sous l'influence des causes qui tendent à supprimer l'exhalation cutanée. Sur 176 mélancoliques décédés, 62 individus étaient atteints de plithisie, de pleurésies chroniques, et 26 du scorbut ! La fièvre lente et la fièvre adynamique terminent assez communément l'existencedesmélancoliquesjenfin, cet observateur déclare que le traitement suivi jusqu'à ce jour est souvent infructueux, et que la mélancolie a généralement une issue fatale.

D'ailleurs, Esquiroî lui-même s'étonne de la fréquence de la lésion des organes abdominaux dans la lypémanie; il s'exprime ainsi : «Que de mélancolies qui ont remplacé l'hypocondrie ! Que de mé-

lancolies qui reconnaissent pour causes des maladies chroniques!)) Il rapporte ensuite des exemples remarquables démontrant que des ulcères, des inflammations chroniques, le cancer même, dans les organes digestifs , avaient provoqué le délire, et n'ont été reconnus qu'après la mort. D'après toutes ces observations, on voit que la mélancolie, comme l'hypocondrie, est, dans bien des cas, une affection à double siège, et que le loyer du délire est souvent dans les organes digestifs. Il faut donc combattre les lésions de ces organes par une méthode rationnelle, et ne point considérer les souffrances des mélancoliques comme de simples illusions, comme des erreurs que l'on doit s'attacher à détruire par un traitement moral. On peut donc dire du traitement de la lypémanie ce que M. de Lasiauve, médecin de Bicêtre, rapporte à celui de l'hypocondrie. « Dans cette affection, dit cet observateur distingué, les moindres souffrances prennent des proportions colossales ; ce sont des plaintes continuelles, du désespoir, des soupçons, des accusations, etc. Que le malaise intestinal vienne à cesser, et toute cette fantasmagorie disparaît ! » On s'étonne que des lésionslocales, profondes,puissent exister longtemps sans exciter la fièvre; mais une étude approfondie des tempéraments nous apprend que des affections chroniques, de véritables inflammations, des engorgements de diverses natures, peuvent exciter le trouble du cerveau, mettre enjeu les sympathies nerveuses, sans accélérer les mouvements du cœur. Chez les personnes excitables, mélancoliques, ou

éminemment nerveuses, les affections locales peuvent donc produire le délire chronique sans provoquer un mouvement fébrile; mais ce serait une grave erreur de croire que, dans ces cas, les organes affectés soient dans un état de débilité ! Une semblable erreur pourrait avoir les conséquences les plus graves dans le traitement des mélancoliques.

Si l'on examine les bases sur lesquelles repose ce traitement, on ne peut être étonné de l'insuccès des tentatives qui ont été faites à diverses époques pour guérir ces malheureux. Trop souvent leurs souffrances ont été considérées comme imaginaires, trop souvent on a surexcité, par des purgatifs et par des toniques , des organes dont la sensibilité exagérée provoque les sympathies nerveuses et le délire! Les anciens , comme on sait, attribuaient les idées tristes et les souffrances des mélancoliques à des amas de bile noire, épaisse, à des humeurs corrodantes qui, se portant au cerveau, obscurcissaient comme d'un voile l'organe de la pensée, et imprimaient ainsi, suivant les propres expressions d'Esquirol, un caractère chagrin ; sombre et craintif, au délire des mélancoliques. Les progrès de l'anatomie pathologique ont renversé cette ridicule hypothèse , que l'on ne devrait placer aujourd'hui que dans la bouche de Sganarelle. C'est en vertu de cette hypothèse que les anciens cherchaient à évacuer l'atrabile au moyen de l'ellébore; mais l'ellébore que l'on trouvait à Anticyre devait être préféré l\ (out autre. Esquirol rapporte sérieusement que Celsr recommandait l'ellébore blanc dans la mono-

manie gaie, et l'ellébore noir dans la lypémanie ou la monomanie triste.

Les modernes , en changeant d'hypothèse , ont adopté en grande partie la pratique des anciens dans le traitement de cette affection. A l'ellébore, dont l'action est parfois dangereuse, Pinel a substitué de doux laxatifs propres à combattre la constipation ; d'autres, dont les illusions ne sont point détruites par l'ouverture des corps, ont employé trop souvent les drastiques, même la gomme-gutte, le diagrède , le jalap, Taîoès, le calomel, etc. Cependant dans cette mélancolie nerveuse que Lorry appelle mélancolie sans matière, on a constaté que les évacuants sont souvent nuisibles; peut-il en être autrement lorsque des lésions intestinales entretiennent le délire chronique? Non assurément, au moins dans la généralité des cas.

Esquirol,dans l'espoir d'expliquer les rares succès du traitement empirique des anciens et de quelques modernes, se posait ces questions : « Les anciens, en donnant de l'ellébore, les modernes, en prescrivant les émétiques, les drastiques, dans le traitement de l'aliénation mentale, et surtout dans la mélancolie, n'ont-ils pas pour but de donner du ton à tous les viscères? Les laxatifs ne sont-ils pas regardés comme funestes parce qu'ils augmentent le relâchement? Aussi a-t-on le plus grand soin de les associer aux toniques. Enfin les voyages de mer, l'exercice du cheval, si utiles dans la mélanrolie, n'agissent-ils pas en fortifiant particulièrement les viscères abdominaux?

A toutes ces questions on peut répondre par la négative. Ces engorgements des viscères abdominaux, ces affections chroniques des intestins qui provoquent une excitation si vive des centres nerveux, ne sont le produit ni de la faiblesse ni de l'atrabile. Les cadavres des mélancoliques parlent à qui sait les interroger; mais pendant la vie on peut se convaincre que la sensibilité la plus exquise existe dans des organes où l'on suppose de la faiblesse; à la vérité la peau est sèche et aride, la transpiration est presque supprimée; mais si la circulation languit dans le système capillaire externe, elle est plus active dans le système capillaire interne. Que la suppression de la transpiration soit primitive ou consécutive, je le répète, elle aggrave la position des mélancoliques, en déterminant les plus dangereuses complications, la phthisie tuberculeuse, le scorbut, et des fièvres graves causées par la dissolution du sangc

Le traitement de la mélancolie doit donc cesser d'être empirique; on doit se garder d'enfermer les mélancoliques dans des lieux obscurs, humides et peu aérés; il importe, au contraire, de multiplier autour d'eux les distractions; de les placer dans des campagnes salubres, au milieu de vastes parcs où ils puissent se livrer aux travaux champêtres et aux exercices gymnastiques; ces exercices doivent être prescrits chaque jour, lorsque les malades ne peuvent faire des courses a la campagne; les voyages a cheval , en voiture, mais surtout à pied, doivent être conseillés aux mélancoliques qui cotiser-

vent de l'énergie; il faut opérer une révulsion puissante à la peau parles bains tièdes, par l'étuve sèche, de fréquentes ablutions, des frictions sèches sur toute l'habitude du corps, avec des gants en flanelle, en crin, et même avec la brosse; enfin les jeux de paume, de billard, la musique, la danse, et tous les exercices du corps qui sont prescrits dans diverses nuances de la folie, conviennent particulièrement dans le traitement rationnel de la lypémanie. Tels sont les moyens d'opérer une diversion puissante, de combattre les idées fixes, de rétablir la transpiration , de s'opposer au développement des tubercules, du scorbut et des autres affections graves qui amènent souvent la mort des mélancoliques.

Monomanie, oljrgomaniè , poly manie. ~ En examinant le tableau que l'on trouve dans le traité d'Esquirol sur les maladies mentales , on constate que les professions sédentaires occasionnent le plus communément ces variétés de la folie. Ces professions favorisent également l'action des causes morales qui agissent sur le cerveau et celledes causes physiques dont l'influence s'exerce principalement sur le système tégumentaire» D'après le témoignage de ce médecin , l'oisiveté est la cause la plus ordinaire des aliénations mentales en Turquie, et le passage d'une vie active à une vie inoccupée produit souvent le même effet. C'est ce qui arrive aux négociants qui , après avoir acquis une fortune honnête, se retirent des affaires; c'estenfin, suivant lui, ce qui est arrivé à des militaires fiançais qui,

après une vie errante, vagabonde, passée entre les privations de tout genre et l'abondance de toutes choses, ont obtenu la permission de se reposer !...

Dans cette position , l'organe de la pensée et le système nerveux de la vie de relation cessent d'être vivement excités; le principe matériel de la sensibilité et du mouvement s'accumule dans les centres nerveux ; la circulation languit surtout dans le réseau capillaire externe, la peau devient inactive, et des congestions funestes se forment non-seulement dans le cerveau, mais dans d'autres organes, ainsi que l'expérience le démontre. Il est donc établi que la folie , les maladies nerveuses, comme les autres affections chroniques, sont souvent déterminées par la vie sédentaire.

Esquirol a prouvé par des observations positives que la suppression de la transpiration doit être comptée pour beaucoup parmi les causes de l'aliénation mentale. C'est, selon lui, en la supprimant que les variations atmosphériques, l'humidité du sol , les écarts de régime, les excès d'étude, les passions, produisent la folie \ Un homme, âgé de quarante-six ans, suait beaucoup de la tête; on lui conseilla de se laver avec de l'eau froide : la sueur se supprima peu à peu, la démence s'établit. Un jeune homme est en sueur, il traverse un ruisseau, se couche avec un frisson et aussitôt devient maniaque. D'après le même observateur, un grand nombre d'affections chroniques, surtout les aflec*

1 Esquirol , Des maladies mentales, tome I, page 73.

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tions cutanées, soit par leur suppression inconsidérée, soit par leur métastase, déterminent la folie; enfin le retour de la transpiration juge la folie beaucoup plus souvent qu'on ne le croit communément. C'est ce qui rend le printemps si favorable à la guérison de cette maladie; ce qui rend les bains tièdes si utiles dans le traitement des aliénés, dont la peau est dans un état d'éréthisme remarquable \

D'autres faits, d'une haute importance, vont encore montrer le rôle que jouent les fonctions cutanées dans la production de la folie. Au rapport d'Esquirol, le refroidissement, l'impression du froid , de quelque manière qu'ils aient lieu, sont de tous les écarts, je cite textuellement, le plus à redouter chez les nouvelles accouchées. L'exposition à l'air frais, l'application de l'eau fraîche, les courants d'air à basse température, la marche en plein air, peuvent également produire cette affection chez les femmes en couches et chez les nourrices. Esquirol ajoute que le sevrage brusque, volontaire ou forcé, devient la cause de la folie, lorsque les nourrices, en sevrant, négligent les précautions que la prudence et l'expérience commandent ; qu'à l'époque du sevrage la folie est rare dans les classes élevées de la société, parce que les femmes appartenant à ces classes se soignent bien.

Cependant, malgré ces observations, l'auteur que je viens de citer déclare que les affections mo-

1 Esquirol, Des maladies mentales, tome I, page 86.

raies sont plus souvent cause de l'aliénation mentale des nouvelles accouchées et des nourrices; qu'elles sont aux influences physiques, quant à la fréquence, comme un esta quatre. Que cette proportion soit celle que l'on trouve dans les grandes villes et parmi les populations civilisées, c'est ce que l'on peut admettre, sauf vérification des faits; mais il est évident que cette proportion ne peut plus être la même parmi les populations des campagnes, où la vie est pour ainsi dire toute matérielle et instinctive. Dans ces conditions, les causes physiques doivent exercer une aussi grande influence que les causes morales.

Quoi qu'il en puisse être, le physiologiste et le médecin praticien seront frappés des accidents graves qui surviennent après les couches et au moment du sevrage, à la suite d'un simple refroidissement de la peau; ils verront que la suppression d'une excrétion acide, de celle de l'acide lactique, suffit pour déterminer des accidents redoutables et les épanchements albumineux les plus graves.

A cette occasion, Esquirol pose en ces termes deux questions intéressantes et longtemps débattues : « i° La suppression ou la diminution du lait est-elle cause ou effet de l'aliénation mentale? » On peut répondre que les folies se manifestent plus ordinairement chez les femmes qui ne nourrissent pas. De nos 92 aliénées, àcj étaient filles, 63 mariées: le plus grand nombre des faits prouve que le lait diminue, se supprime ou perd ses qualités avant l'explosion du délire; mais il est des ob-

servations qui constatent aussi que la suppression ou la diminution du lait n'a eu lieu qu'après l'explosion de la folie.

« 2l° Le lait agit-il comme corps étranger dans les accidents qui suivent l'accouchement ou l'allaitement? Les anciens croyaient que le lait se porte sur le cerveau , de manière qu'ils pensaient qu'il peut se jeter sur les organes, et ils attribuaient à la métastase tous les accidents consécutifs à sa diminution ou à sa suppression. Sennert croyait que le délire, dans ces circonstances, est l'effet des vapeurs qui, de l'utérus, se portent à la tête. Levret rappelle que l'on a trouvé du lait dans le crâne. Boerhaave ne veut pas qu'on traite les divers phénomènes qui se manifestent après les couches comme des maladies différentes, mais bien comme une même maladie, par conséquent identique, mais affectant seulement des formes variées. Presque tous les accoucheurs ont attribué les divers accidents qui surviennent aux nouvelles accouchées et aux nourrices, à la métastase laiteuse. Cette opinion est restée populaire, elle console quelques infortunées des maux dont elles ne peuvent se délivrer. Néanmoins les expériences des médecins, particulièrement celles de Chaussier et de Bichat, démontrent qu'on chercherait en vain du lait épanché dans l'abdomen des nouvelles accouchées mortes de péritonite. On n'en rencontre pas davantage dans la cavité crânienne chez les accouchées mortes aliénées. Les modernes pensent avec raison qu'après l'accouchement, pendant la lactation, il existe une

diathèse laiteuse qui modifie toutes les sécrétions de la femme et leur imprime son caractère; que l'extrême susceptibilité des nouvelles accouchées et des nourrices les rend plus dépendantes des influences extérieures; que ces influences agissent sur tel ou tel organe, provoquent le développement des accidents qui caractérisent les maladies propres à ces organes, accidents qui sont modifiés parla diathèse générale , c'est-à-dire par la diathèse laiteuse. »

Après avoir admis cette diathèse, et rejeté l'existence des dépôts laiteux, ce qui est une contradiction manifeste en principe, M. Esquirol annonce qu'il a trouvé de la sérosité entre les feuillets de l'arachnoïde, comme dans les autres cas de folie, mais jamais rien qui ressemblât au lait. « Ce sont des épanchements albwnineux, ajoute-t-il, qui ont

dû en imposer à quelques auteurs » Au reste,

M. Esquirol reconnaît que les aliénations mentales se jugent par le rétablissement des lochies, par la sécrétion et l'évacuation du lait, par des déjections alvines muqueuses, quelquefois sanguinolentes, par le retour des menstrues supprimées depuis la grossesse, par des suppurations sous-cutanées, très-rarement par la grossesse. Dans d'autres circonstances, dans la mélancolie, ou la lypémanie, par exemple, les crises s'opèrent par la peau, par le rétablissement de la transpiration, par des sueurs abondantes, par des exanthèmes, des furoncles, le retour d'une affection dai treuse. Ces crises sont, comme dans les autres cas de

folie, très-fréquentes, et je me défie toujours d'une guérison, dit Esquirol, lorsque je n'ai pu observer de crise antérieure.

Les crises par la peau ont donc une active efficacité sur la terminaison de la folie, comme sur celle des autres maladies. Il est évident que la diminution ou la suppression de la transpiration et des sécrétions exerce une notable influence dans la production des accidents graves qui viennent la compliquer , que cette suppression soit primitive ou qu'elle soit secondaire, l'effet des causes physiques, ou, au contraire, l'effet des causes morales. L'histoire des maladies du cerveau et de la moelle épinière démontre que l'affection profonde de ces centres nerveux tend à supprimer l'exhalation cutanée et à déterminer des accidents dont on n'a point encore connu l'origine. Or, pour le praticien, il importe peu, sous ce rapport, que la rupture de l'équilibre ait commencé par la peau ou par les centres nerveux; il importe de constater ce défaut d'équilibre, afin de rétablir les fonctions cutanées par des moyens appropriés. Or, on peut voir que le traitement physique de la folie, établi d'après l'expérience, a spécialement pour but d'exercer une révulsion puissante vers l'appareil locomoteur, d'exciter les sécrétions, et notamment la transpiration. Suivant M. Esquirol, dans le traitement de la folie chez les femmes nouvellement accouchées, les ventouses, les vésicatoires, les sinapismes appliqués tantôt aux jambes, ou aux cuisses, tantôt à la nuque, avec une tisane

légèrement sudorifique ou purgative, suivant les tendances de la nature, doivent être préférés aux moyens dits héroïques. Les bains tièdes, surtout les bains de siège, secondent merveilleusement les autres moyens curatifs, lorsque la maladie a passé à l'état chronique.

On peut aussi tenter, avec succès, une révulsion vers les voies digestives, dans beaucoup de circonstances, au moyen des purgatifs. Les effets de l'ellébore prescrit par les anciens, de l'émétique conseillé chez les nouvelles accouchées atteintes de la folie, et dans d'autres circonstances, attestent que l'évacuation de matières nuisibles et une puissante révulsion sont également nécessaires dans le traitement de cette affection, surtout de la manie, et rarement dans celui desmaladiesdontlesiégeestdifférent. Souvent même les purgatifs énergiques, chez des individus robustes, peuvent prévenir, diminuer ou arrêter les accès les plus violents de la manie. Chez plusieurs sujets, je suis parvenu à ce résultat au moyen de l'usage de l'huile de croton tigliiim, que le malade prenait facilement dans du bouillon , dans de l'eau rougie, dans de la tisane ou dans tout autre liquide.

Dans le but de prévenir ces accès et de combattre le principe matériel qui les détermine, j'ai conseillé de faire usage des grandes ventouses de Junod; elles appellent le sang vers les extrémités, sans jeter le malade dans un état durable de faiblesse4; dans beaucoup de cas, ces applications doivent être préférées aux saignées et aux purgatifs, .le m'é-

tais proposé, de concert avec l'honorable docteur Voisin, de tenter ces applications sur les aliénés de Bicêtre; mais jusqu'à ce jour, les circonstances ne nous ont point permis d'employer un moyen qui peut opérer la révulsion la plus salutaire dans les maladies du cerveau et de la moelle épinière. Ces applications pourront aussi prévenir le retour des accès qui ont lieu dans l'épilepsie et dans les autres maladies périodiques.

Les principes généraux du traitement de la folie le plus souvent appliqués, lorsqu'elle a perdu une partie de son intensité, attestent que c'est vers la surface cutanée que l'on cherche à opérer la révulsion la plus puissante. Telle est l'influence des bains tièdes et des bains de vapeurs, des exercices du corps, de la gymnastique, de la danse, de l'équitation, de l'escrime, de la natation, des promenades dans de vastes parcs, des voyages, du jardinage et de la vie active des champs. Ces moyens sont précisément ceux que je conseille, comme on le verra bientôt, aux personnes disposées à la phthisie et aux scrofules, pour exciter les fonctions de la peau et pour rétablir la transpiration supprimée ou considérablement diminuée.

Je me borne ici à constater des faits et à opérer des rapprochements, ayant pour objet de montrer l'importance des fonctions cutanées dans le développement des accidents graves qui peuvent compliquer l'aliénation mentale; la suppression de la transpiration peut même la produire, d'après le témoignage d'ilQ maître dont personne assurément

ne révoquera en doute l'expérience et la sagacité. L'influence des travaux champêtres sur les aliénés a été constatée dans la ferme Sainte-Anne, succursale de Bicêtre; en Belgique, dans le village de Gheel, et dans d'autres établissements agricoles fondés en France et à l'étranger. Les heureux effets des exercices corporels, des promenades fréquentes à l'air libre, dans un vaste parc, sont tous les jours observés dans le magnifique établissement de Vanves (près Paris), dirigé par les habiles docteurs Voisin et Falret, qui ont si bien réalisé les vœux de Pinel. Ce grand médecin avait parfaitement senti l'utilité des travaux champêtres pour la guérison des maladies mentales, et voulait qu'un grand enclos fût toujours adjoint à un établissement d'aliénés.

Une grande lacune existe parmi les établissements hygiéniques. On s'empresse de traiter les aliénés, les bossus, de redresser les jeunes personnes qui commencent à éprouver quelques déviations de la taille; de nombreux établissements sont formés au milieu de sites riants, variés et salubres, pour traiter une foule de difformités; mais on n'a point encore fondé un seul établissement hygiénique pour prévenir la plus redoutable maladie qui puisse attaquer l'espèce humaine, la consomption pulmonaire. On se borne, sous ce rapport, à établir quelques maisons de santé, véritables hospices d'incurables, où vont expirer des personnes que l'on pourrait préserver d'une mort certaine au moyen d'un traitement méthodique, ,1e tracerai

ultérieurement les règles particulières que l'on doit suivre dans l'emploi des moyens qui seront mis en usage dans les établissements destinés à prévenir le développement des scrofules et de la phthisie. Cet ouvrage a surtout pour objet de poser les principes généraux du traitement préservatif de ces affections; il est fondé sur la connaissance positive des causes générales et spéciales qui les déterminent, et déjà l'expérience en a montré les utiles résultats.

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