CHAPITRE IV
De la puberté.
A cette époque de la vie, l'organisation s'achève par le développement complet des organes générateurs. Leur activité fonctionnelle excite des désirs inconnus, de nouveaux penchants. C'est alors aussi que se montrent la chlorose, l'épilepsie, la chorée, des troubles dans le système nerveux, offrant des rapports avec l'hystérie, ou qui n'en sont que des nuances plus ou moins prononcées. D'autres phénomènes apparaissent encore avant l'éruption des règles, et varient d'intensité suivant la position sociale des jeunes personnes, leur éducation, la nature de leur tempérament et la force de leur constitution.
Un malaise général, une chaleur incommode, de la lourdeur à la tète, des saignements de nez, des tintements d'oreilles, des éruptions à la peau, des palpitations du cœur, des mouvements dans les in-
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testins, des coliques, de la pesanteur dans les reins, sont, pour quelques-unes, les symptômes précurseurs du flux menstruel. Chez d'autres, ces phénomènes qui trahissent une surexcitation vive des organes de la génération et la pléthore, n'existent pas : le travail de la nature s'opère sans déranger l'harmonie qui constitue la santé.
Plus les jeunes personnes s'éloignent des habitudes d'une existence active, et plus les troubles qui précèdent l'écoulement menstruel ont de fréquence et de gravité. Aussi sont-ils plus rares parmi les paysannes que parmi les citadines : ces dernières donnent, en effet, à leur vie morale ce qui manque à leur vie physique. De la ces surexcitations nerveuses, ces perturbations organiques, ces maladies nées d'un excès de sensibilité, ou ces affections qui proviennent d'un véritable étiolement de la peau. Telle est la chlorose, inconnue en quelque sorte aux personnes habituellement exposées à l'influence de l'air libre et de la lumière.
Il a été prouvé jusqu'à l'évidence, par les recherches pleines d'intérêt de MM. Négrier et Raciborski, qu'on ne s'est rendu qu'un compte imparfait ou complètement erroné de l'action des organes générateurs dans la production de la menstruation, et que, confondant les déductions les plus opposées, on a souvent attribué à l'absence de l'écoulement menstruel des maladies qui sont, au contraire, la cause de sa suppression. C'est à tort qu'on a considéré l'écoulement des règles comme indispensable
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à la santé, comme une source de graves affections, Il est aujourd'hui démontré que le flux menstruel n'est pas, sous ce rapport, comparable aux sécrétions qui s'opèrent par le foie, par les reins et par la peau. On peut enlever les ovaires, priver la femme de l'écoulement menstruel, de la faculté et du besoin de la reproduction, sans que sa santé en reçoive aucune atteinte : ainsi, chez certains sujets, où la nature elle-même n'avait formé que des ovaires rudimentaires, cet écoulement n'a pu s'établir, et cependant il ne s'est développé aucune maladie. Il faut donc distinguer X absence des règles de leur suppression véritable, les maladies auxquelles cette suppression donne lieu, des maladies qui la produisent. Ces distinctions, dans la pratique, sont d'une importance incalculable.
Dans son Hygiène des jeunes filles , M. Raciborski rappelle que les femmes connues, aux environs de Bombay, sous le nom de hedjeras , vivent sans être mensti uées, et sans qu'il en résulte pour elles aucun malaise appréciable. Ces femmes sont des eunuques condamnées, par une coutume barbare, à ne jamais éprouver les besoins ni les désirs reproducteurs. Le même médecin établit, d'après des observations très-concluantes , que l'absence congéniale des ovaires et l'altération profonde des vésiculesoleGraaf chez les jeunes filles, les privent de l'écoulement périodique, mais impunément pour leur santé et pour leur constitution. Ceci prou veque, lorsqu'à l'âgede la pubertérécoulemenl
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menstruel n'apparaît point, il y aurait de graves dangers à le provoquer, soit par des emménagogues, soit par des émissions sanguines.
Cette considération est également applicable à toutes les affections où la faiblesse organique est évidente, où la fibrine et les globules du sang sont en proportion restreinte, où l'albumine prédomine, enfin dans les cas où, comme nous l'avons dit ailleurs, l'absence des règles est non la cause, mais l'effet des maladies chroniques. Dans la chlorose, dans le rachitisme, dans les scrofules et dans la phthisie, l'élément globulaire du sang diminue, et l'économie perd un de ses principes excitateurs et nutritifs. L'éruption des règles devient dès lors impossible, et si elle s'opère, c'est sans amener dans l'état du malade aucun changement favorable. Essayer de provoquer l'écoulement périodique au moyen des emménagogues, c'est s'engager dans une fausse voie; enlever du sang, c'est achever d'épuiser une source à demi tarie.
La physiologie expérimentale démontre d'ailleurs que les saignées abondantes, en détruisant la fibrine et les globules du sang, déterminent des congestions funestes. Ce résultat, je l'ai moi-même observé chez les jeunes filles chlorotiques atteintes d'affections chroniques, chez lesquelles on avait voulu rétablir l'écoulement des menstrues par des applications de sangsues aux organes de la génération. A de tels moyens,souvent dangereux, toujours inefficaces, le médecin doit préférer, dans la chlorose, les préparations ferrugineuses, un régime
substantiel, des viandes rôties, des promenades à la campagne, des bains de mer, qui modifient favorablement l'économie et amènent rapidement la guérison.
N'est-il pas superflu d'ajouter qu'on doit suivre une marche toute différente dans les cas de pléthore générale ou locale; quand le sang est visqueux, riche en globules et en fibrine, qu'il y a véritable suppression de règles, et que la surexcitation des organes générateurs est portée au delà des limites de l'état physiologique? Toute la question se réduit donc à savoir si le sang est épais et abondant, ou décoloré et appauvri.
Les conséquences de traitement se tirent d'ellesmêmes.