‹ Causes générales des maladies chroniquesChapitre 38 sur 59 · DE L AIR ET DE LA VENTILATION · texte numérisé non relu

DE L AIR ET DE LA VENTILATION

à l'air libre, le danger d'une vie sédentaire. Locke, si riche en aperçus judicieux, conseille de laisser aller les enfants au grand air, de les retenir le moins possible, en hiver, au coin du feu, de les façonner graduellement à cette habitude, et, tout en prenant les précautions qu'indique l'expérience, de les lais* ser jouer sans chapeau au vent et même au soleil. Montaigne, avant lui, avait donné le même conseil. Les filles, sans doute, d'après ce système, pourront noircir leur peau , mais elles conserveront leur force; elles deviendront inaccessibles aux impressions atmosphériques; le rachitisme, les scrofules ni la phthisie ne seront plus pour* elles un péril. Parvenues à cette époque de l'existence où elles doivent jouir des précieux avantages de la jeunesse et de la beauté, le séjour dans les habitations rendra promptement à leur teint la délicatesse et l'éclat perdus; elles recueilleront enfin, jusqu'au dernier jour, les fruits de la salutaire liberté et de l'énergique éducation de leur première enfance.

C'est au berceau même, dans la première année de l'existence, qu'il faut habituer les enfants d'une façon graduée, avec beaucoup de ménagements et de prudence, à l'influence des agents extérieurs: les linges doivent être renouvelés souvent; des lissus légers, poreux et chauds doivent préserver la frêle créature de l'atteinte du froid et de l'humidité; mais il importe de ne point exciter une abondante moiteur à l'aide de couvertures trop épaisses, de ne point soumettre l'enfant à une température trop élevée,» si l'on ne veut, en amollissant sa peau,

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le rendre sensible au moindre refroidissement et le disposer au croup, au dévouement, aux affections cutanées, à une foule de maladies. Non-seulement il est utile de l'exposer, avec la circonspection exigée par sa faiblesse, à Pair libre et à la lumière; mais toutes les fois que la chaleur de l'appartement le permet, il serait bon de le débarrasser entièrement de ses vêtements et de le rendre quelques instants à sa liberté et à sa nudité primitives. A mesure que sa force augmente, et surtout à l'âge de deux ou trois ans, c'est, quand la saison est favorable, dans une prairie émaillée de fleurs, sur une montagne ou près d'un bois, qu'il doit se livrer à ses ébats, à ses courses et à ses jeux.

Les années viennent, et les habitudes changent. Nous l'avons dit : on veut faire des savants, et l'on oublie de faire des hommes. Mais avec plus de soin et de sagacité dans les méthodes d'éducation, on pourrait concilier aisément et l'intérêt tout-puissant de la santé et le développement si précieux de l'intelligence. Qui empêcherait, par exemple, que les professeurs, mettant à profit la belle saison , donnassent à leurs élèves, dans des promenades h la campagne, les premières notions qu'ils doivent posséder? Pourquoi, dans les climats à douce température, ces leçons ne continueraient-elles pas sous la tente, ou tout au moins dans des lieux accessibles a 1 air libre et au soleil? Pourquoi, l'hiver, appelant l'art au secours de la nature, ne s'appliquerail-on pas dans les collèges à purifier l'air e! a le mettre en mouvement au moven d'un ventila-

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leur, qui remplacerait pour la peau Faction des courants atmosphériques? Déjà cet utile appareil fonctionne avec succès dans quelques manufactures , et nul doute que son emploi ne donnât lieu aux plus importants résultats dans tous les établissements publics où l'air se trouve vicié par l'agglomération d'un grand nombre d'individus, si, adoptant le plan que j'ai proposé \ on le mettait en usage dans les hôpitaux , les hospices, les infirmeries, les prisons, les pénitenciers, les ateliers de charité, partout enfin où l'homme respire des miasmes délétères, et est assujetti, par la maladie, par la misère ou la loi, aux deux causes les plus communes des affections chroniques : le repos et l'humidité.

Il est, en effet, d'une évidence incontestable que la ventilation artificielle dans les hôpitaux et les hospices ne peut manquer, en favorisant l'action des fonctions cutanées, de fortifier les convalescents et de provoquer des crises heureuses. Sous son influence, les plaies prendront un meilleur aspect et marcheront plus rapidement à leur guérison. Dans les maisons de maternité, les accouchements auront moins fréquemment des suites dangereuses; enfin, dans tous les établissements consacrés à la santé publique, à la répression légale, à l'instruction, à l'industrie, on pourra donner aux courants du ventilateur la température des vents qui régnent habituellement dans les contrées méridionales les plus salubres, et prévenir ainsi, avec le concours de moyens ultérieurement indiqués, l'apparition des scrofules, de la phthisie, et

de ces maladies chroniques, qui sont l'effroi de la société, et trop souvent recueil de la science.

L'air comprimé a été parfois utile dans le traitement de ces affections, et notamment dans les scrofules; mais l'expérience n'a pas encore prononcé sur son efficacité comme moyen préservatif ou hygiénique.

Ne terminons pas ce chapitre sans faire remarquer que la ventilation artificielle pourra, pendant l'hiver, s'opposer dans les ménageries au développement de la phthisie chez les animaux des régions intertropicales, et dans les écuries de cavalerie, aux ravages de la morve, du farcin et des autres affections contagieuses.

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