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CHAPITRE VIII

Lumière, calorique et électricité.

Je réunis à dessein, dans le même article, ce qui est relatif à ces trois puissants modificateurs de l'organisme, parce qu'ils résultent également de l'ébranlement communiqué à la substance éthérée qui remplit l'immensité de l'espace. Ce n'est plus aujourd'hui former une hypothèse inadmissible que de considérer la lumière solaire comme un vaste courant de fluide électrique, comme l'agent du mouvement universel et de la vie. lotis

les faits s'accordent pour prouver l'existence de ce fluide et son influence sur les particules de la matière brute, comme sur celles de la matière organisée; sans cette influence la \ie serait impossible, et le monde rentrerait dans le néant. La lumière, la chaleur et l'électricité excitent nos organes sensibles, et entretiennent leurs fonctions; ces trois grands phénomènes apparaissent même dans l'économie par suile de l'aclion du système nerveux. Ainsi que je l'ai déjà établi1, l'homme et les animaux supérieurs développent une grande quantité de calorique; elle est en raison directe de l'air ou de l'oxygène absorbé dans la respiration; sous la même influence, on observe de véritables courants électriques chez quelques poissons, et des insectes produisent de la lumière.

Ainsi, les plus mystérieux phénomènes de l'organisme , ceux soumis à l'acte de la volonté, rentrent dans le domaine de la physique , et il serait facile de démontrer que, sans l'action des agents extérieurs qui appartiennent au même ordre , ces pliénomènes cesseraient à l'instant avec le mouvement vital, quelle que soit d'ailleurs la cause première de ce mouvement.

De la lumière. Les effets de la lumière sont, en général, d'autant plus remarquables , que les êtres organisés sont d'un ordre plus inférieur. L'impression expansive et vivifiante de cet agent rend au printemps la vie aux plantes, elle les pare d'une

1 Nouveaux Principes de Physiologie, ou Lais de VOtgttnîsme, 2 volumes in-8° 1 8 i 4 .

belle verdure, développe leurs feuilles et fait épanouir leurs fleurs. Les abris diminuent, détruisent même cette fécondité , et les grands arbres font périr les plus petits en leur dérobant la lumière. Ces nains alors deviennent difformes et demeurent rabougris ; leurs brandies se dessècbent et meurent; leurs fruits sont avortés, rares, sans saveur et sans beauté. Mais ce n'est point à l'absence de l'oxygène: c'est à un défaut de lumière qu'il convient de rapporter ces anomalies du mouvement de la vie végétale. Privées des rayons solaires, les plantes perdent leur force, leur consistance, leurs propriétés; aussi la végétation, pendant l'hiver, est-elle suspendue : une foule de végétaux disparaissent et ne se reproduisent que par leurs graines.

Les animaux d'un ordre inférieur sont soumis aux mêmes lois, et dans les temps rigoureux , un grand nombre d'êtres animés périssent faute de lumière ; ou plutôt faute du calorique qu'elle produit. Car ici ces deux agents confondent leur action , tandis qu'elle demeure, en d'autres cas, isolée et distincte. Il n'est pas inutile d'observer que l'action du calorique est purement excitative, et que celle de la lumière contribue plus spécialement à l'organisation ou au développement régulier des organes.

Les expériences de M. Edwards aîné ont péremptoirement démontré que la lumière a, sous ce dernier rapport, une influence indépendante de la chaleur. C'est ainsi qu'ayant placé des œufs de grenouille dans des vases remplis d'eau, dont l'un

était rendu imperméable à la lumière par des enveloppes et un couvercle de papier noir, et dont l'autre était transparent, puis les ayant exposés de manière que leur température fût sensiblement égale et que le vase transparent reçût les rayons du soleil , il vit les œufs que frappait la lumière se développer successivement, et avorter ceux qui étaient dans l'obscurité.

Poursuivant la série de ces expériences, le même physiologiste prouva que l'influence de la lumière agit puissamment sur le développement des organes extérieurs. « Je fis faire, dit-il, une boîte de fer-blanc, divisée en douze compartiments, dont chacun portait un numéro et était percé de trous pour que l'eau pût traverser librement la boîte. Je mis un têtard dans chaque case, après l'avoir pesé, et je plaçai la boîte dans la Seine, à quelques pieds au-dessous de la surface de l'eau. J'en mis un plus grand nombre dans un vase de terre contenant trente litres d'eau de la Seine qu'on renouvelait chaque jour. Les têtards , dans ce vase , avaient la liberté de monter à la surface de l'eau et de respirer l'air extérieur. Ils ne tardèrent pas à se transformer. Des douze conservés dans la boîte sous l'eau , dix gardèrent leurs formes sans aucun progrès dans leur métamorphose, quoiqu'ils eussent acquis les uns le double , les autres le triple de leur poids ; ajoutez a cela qu'à l'époque Du l'on a commencé l'expérience, ils avaient atteint le volume auquel la métamorphose est près d'avoir lieu. Deux seulement se transformèrent,

mais beaucoup plus tard que ceux exposés à la lumière et qui avaient eu la liberté de respirer. »

Sans aucun doute, on doit, dans cette expérience, tenir compte de l'influence de la respiration sur le développement des membres des têtards : mais il est également impossible de ne pas admettre celle de la lumière sur leur métamorphose. Dix des premiers, sur douze, ne changèrent point de forme, bien qu'ils eussent augmenté de volume. Mille faits du même ordre témoignent d'ailleurs de l'action organisatrice de la lumière. Plus les individus sont jeunes, plus ils ont besoin d'y être exposés, et notre cadre nous fait une obligation de le redire; il ne faut attribuer qu'à l'absence de la lumière, à des attitudes vicieuses, à un air impur et non renouvelé, la petitesse de la taille, la faiblesse, la langueur et le rachitisme qui s'observent au sein des villes manufacturières et dans les rues étroites des grandes cités. Que l'on compare, en effet, les anomalies qu'offrent ces sujets difformes et rabougris, avec la haute stature, la force musculaire, la régularité et la beauté des formes des peuples sauvages ou nomades qui dorment sous la tente; et des hommes qui s'exercent à l'air libre, et l'on reconnaîtra combien il est nécessaire de soumettre les enfants à l'influence des deux plus puissants modificateurs de l'économie.

La lumière peut non-seulement, par son action prolongée, prévenir les déviations du système osseux, mais encore, en excitant la transpiration, empêcher l'invasion des scrofules et de la phthi-

sie. In célèbre chimiste, M. d'Arcet, m'a rapporte que le matin, malgré la chaleur du lit, sa peau reste sèche, et qu'il éprouve un malaise opiniâtre jusqu'au moment où la lumière, en pénétrant dans son appartement, détermine une douce moiteur. Que d'hommes dont la santé ne peut être rétablie ou conservée que par l'activité permanente des fonctions de la peau! Or, la lumière exerce à cet égard une action profonde que l'hygiène devait révéler et dont on doit tirer un grand parti dans le traitement d'une foule d'affections chroniques.

Du calorique. Ce principe matériel de la vie pénètre dans les corps vivants par les voies respiratoires ou par la surface extérieure. Dans le premier cas, il se dégage du sang et résulte de l'oxygénation de ce liquide, ainsi que des combinaisons auxquelles donne lieu cette action chimique. Dans le second, il influe directement sur la peau et sur les surfaces des membranes muqueuses accessibles à l'action de l'air. Dans le cours des hivers rigoureux, un froid extérieur intense et prolongé, en absorbant une grande partie de la chaleur animale, tinit par produire la congélation et la gangrène. Il empêche le développement du mouvement vital chez les plantes et les animaux, surtout parmi ceux d'un ordre inférieur. Lorsque le froid est modéré, il jette dans le sommeil, en hiver, une foule d'insectes, de reptiles et même de mammifères auxquels on a donné le nom d'hivernants. Par une conséquence opposée du même principe, la vie des peuples méridionaux est en quelque

sorte précipitée par l'action d'une chaleur vive et continue; la puberté, l'âge critique et la vieillesse arrivent pour eux plus promptement que pour les peuples septentrionaux.

En effet, de fortes chaleurs sont une cause d'excitation , d'épuisement et de maladie. En provoquant des sueurs abondantes elles énervent les constitutions les plus robustes, à plus forte raison les êtres faibles qui transpirent avec facilité. Cependant, pour les enfants comme pour les animaux qui viennent de naître, la chaleur est indispensable. Ce n'est qu'au bout d'un certain temps que les premiers doivent être accoutumés graduellement à une autre température, au contact de l'air libre et agité, à porter des vêtements moins épais, et à jouir de l'entière indépendance de leurs membres.

\Iais si la science, d'accord avec la philosophie, exige que l'on ne commence à habituer l'enfant au contact de l'air frais et a l'action de la lumière qu'après la première année de sa naissance, l'expérience montre combien il serait dangereux qu'on le tînt en serre chaude avant cette époque, en élevant outre mesure la chaleur qui l'environne. Les jeunes poulets trop longtemps renfermés l'hiver clans des étables, dont :1a température est douce et uniforme, meurent souvent en grand nombre à la suite d'affections de diverses natures.

Du fluide électrique. — Cet agent se manifeste dans l'atmosphère par les terribles phénomènes de la foudre et dans les expériences physiques.

lorsque ses courants rapides tendent à rétablir son équilibre interrompu. Cet équilibre, au reste, est incessamment menacé de se rompre par suite de la succession des saisons, des jours et des nuits, des changements météorologiques, de la sécheresse et des pluies.

Un physicien habile, M. Peltier, a démontré que les brouillards sont chargés tantôt de l'électricité résineuse, tantôt de l'électricité vitrée ; il établit, en outre, qu'il existe dans l'atmosphère un courant supérieur s'avançant de l'équateur vers les pôles, et qui transporte au loin les vapeurs tropicales qu'il déverse le long de sa route à mesure que leur condensation s'effectue. Il ajoute que pendant le règne des brouillards secs et résineux, et si ce règne est durable , l'état électrique du corps vivant se trouvant interverti, il peut résulter de ce désordre des maladies d'une nature spéciale. C'est à cette espèce de brouillard, en effet, qu'il rapporte la brume qui accompagne le chamsin d'Egypte, \e simoun d'Arabie , le sirocco d'Alger, le solano de Cadix. Quant au brouillard qu'amène avec lui le harmatan i .il lui semble devoir être classé parmi les brouillards vitrés de la seconde espèce. Ce vent aride, desséchant avec rapidité tous les corps, doit nécessairement exercer une grande influence sur les fonctions de la peau , par suite sur le système nerveux et sur les autres appareils.

Dans ces derniers temps, on a cru pouvoir' trou- Vent (Je l'intérieur de l'Afrique, sur la pôlç occidentale.

ver un rapport entre les courants magnétiques et les vents. Si un examen rigoureux, indispensable, confirmait les résultats de ces expériences, on chercherait à établir la corrélation de ces courants généraux avec les fléaux épidémiques qui désolent les régions intertropicales, et une vive clarté éclairerait enfin l'un des points les plus obscurs de l'histoire des maladies aiguës.

En ce qui concerne l'origine des affections chroniques, on ne peut émettre à ce sujet que des hypothèses. Il est permis de supposer toutefois que l'humidité, quand elle est en excès dans l'atmosphère, tend, en raison de sa propriété conductrice, à priver l'économie animale dune grande quantité de calorique et d'électricité, alors surtout que la température de l'air subit un abaissement très-marqué. Ainsi s'explique l'action débilitante de l'humidité et sa tendance à supprimer la transpiration insensible. Les êtres faibles, chez lesquels les fonctions de la peau sont imparfaites et inertes, doivent par conséquent rechercher un air sec et agité, puisque seul il conserve au système nerveux toute son énergie, et aux fonctions de cette membrane toute leur activité.

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