CHAPITRE IX
Des vêtements.
Les vêtements ne sont pas seulement un objet de luxe, de coquetterie, de mode, une distinction sociale : ils furent et n'ont pas cessé d'être, au point de vue hygiénique, un objet de première nécessité. Destinés à nous préserver du choc nuisible des corps extérieurs, des atteintes portées à l'enveloppe sensible qui protège nos organes, sans cette sauvegarde, la peau de l'homme serait plus souvent attaquée par des insectes qui se nourrissent, de son sang, et l'on verrait se manifester des cas plus nombreux de charbon et de pustule maligne. En effet, c'est à la face toujours nue, et aux mains qui ne sont que passagèrement recouvertes, qu'apparaissent surtout ces affections. Des armes défensives servent aussi de vêtement au militaire, ou plutôt le complètent. Elles préservent sa tête et son torse de blessures dangereuses, mais elles ont parfois de graves inconvénients pour ceux qui sont obligés de les porter. Un chapeau trop étroit exerce sur les téguments de la tête une constriction violente qui peut y déterminer des douleurs; et Percy rapporte que plusieurs dragons, après une manœuvre un peu longue, ne purent ôter leur casque, parce
que leur peau échauffée et tuméfiée en remplissait la profondeur.
Un des principaux accessoires de la toilette des femmes, le corset, a donné lieu à des critiques nombreuses. Des médecins en ont signalé les dangers pour la poitrine, mais avec cette exagération irréfléchie, qui fait presque un mensonge d'une vérité. La phthisie, à les entendre, serait la conséquence la plus ordinaire de la compression que le corset fait subir aux poumons. Cela n'est pas* Si cette affection est moins commune à l'homme qu'à la femme, c'est parce que celle-ci, par suite de nos habitudes sociales , par position et par devoir \ reste trop longtemps soustraite à l'action expansive de la lumière, de l'air libre et de l'exercice* Un corset trop serré, peut sans doute favoriser la formation des tubercules, mais il ne suffit pas pour les produire.
Le corset est réellement nuisible quand il exerce une trop forte pression sur la poitrine, car il tend à la rendre plus étroite et à diminuer l'espace ou doivent fonctionner d'importants organes. Alors la respiration, la circulation et la digeslion même éprouvent une gêne sensible; la marche devient difficile, la course presque impossible , et il peut en résulter des congestions sanguines redoutables. Portai rapporte l'histoire d'un grand personnage qui fut frappé d'un coup de sang pour avoir voulu faire usage d'un corset et d'un caleçon lacés, dans l'espoir de diminuer le volume de son ventre er de ses membres.
On peut objecter aussi que les femmes grecques et romaines, ces types admirables des Formes les plus accomplies, ne portaient point de corsets, et qu'elles n'en étaient pas moins belles. Mais les temps, l'éducation publique, les coutumes, les sociétés sont changés, et les nécessités hygiéniques se transforment avec les mœurs. Nous ne demandons pas, en conséquence, qu'on proscrive le corset; nous croyons utile seulement qu'on en régularise avec discernement l'emploi. Pour les jeunes filles robustes et trop chargées d'embonpoint, il peut modérer l'extension démesurée des formes : il convient également aux personnes faibles, enclines à prendre des attitudes vicieuses; mais elles doivent préférer au grand corset le petit, qui protège et soutient les seins sans les affaisser, et peut maintenir le torse dans sa rectitude naturelle, sans empêcher la libre action des poumons et du cœur. Il serait superflu d'ajouter qu'il devient inutile pendant les exercices gymnastiques, qui exigent dans les membres une entière liberté.
Les vêtements sont surtout essentiels pour conserver la température du corps, le préserver des refroidissements subits , prévenir la suppression de la transpiration insensible et de la sueur. Couverts de leur pelage, et d'un poil dont l'épaisseur augmente proportionnellement avec le froid , les animaux, à l'état sauvage, n'en ressentent les effets funestes que lorsque la température est d'une rigueur inhabituelle. Mais, réduits à létal domestique, contraints à des travaux pénibles, ils sont, ainsi que
l'homme ? exposés à des arrêts de l'exhalation cutanée et aux suites qu'ils entraînent.
Nous avons, dans le chapitre qui précède, montré le danger qui résulte de l'abus des vêtements, et l'étiolement inévitable, la périlleuse impressionnabilité qu'acquièrent les enfants environnés de soins malentendus et d'imprévoyantes précautions. Ainsi, pour nous résumer en quelques mots sur ce point essentiel, abolir l'usage du maillot, conserver aux enfants l'initiative de leurs mouvements, les exposer fréquemment a l'air libre, les laver avec de l'eau tiède, répéter souvent ces ablutions, exciter, à l'aide de brosses douces, les fonctions de la peau chevelue de la tète , empêcher que la nourrice ne cou vie avec excès l'enfant pendant son sommeil ou ne le laisse trop longtemps dans son berceau, ce qui amollit la peau, la dispose à s'enflammer et rend l'enfant plus impressionnable aux vicissitudes atmosphériques; telles sonî les précautions commandées par la prudence et consacrées par l'observation auxquelles doit se conformer religieusement la mère de famille. Lorsque Loeke engageait son élève à marcher avec des souliers perméables à l'eau, il avait eu sans doute l'occasion de constater la rareté du croup et des affections catarrhales chez les enfants des villageois, et la fréquence de ces maladies parmi les enfants des citadins et des gens riches. Ce conseil de Locke vient au reste confirmer ce que j'ai dit dans la première partie de cet ouvrage, que le pauvre, à peine vêtu de mauvais haillons, en butte à toutes les vicissi-
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Indes atmosphériques, dans sa chaumière accessi ble à tous les vents, n'est presque jamais atteint de la phthisie dans nos campagnes salubres.
Exposé aux mêmes influences , souvent mouillé par la pluie et les flots de la mer, le marin , grâce au mouvement auquel il se livre, conserve une santé vigoureuse et brave impunément les courants d'air. Si de véritables dangers l'attendent, c'est dans l'intérieur du navire , lorsqu'après un service actif il va se livrer au sommeil , sans prendre des soins suffisants pour se garantir de l'humidité. C'est aussi pendant le repos, que cette cause physique détermine en d'autres circonstances les mêmes effets. Ainsi, l'enfant au berceau, enveloppé de langes mouillés, peut être frappé de l'endurcissement du tissu cellulaire ou d'autres affections également
graves.
Ce n'est pas le froid qu'il faut craindre ; mais un refroidissement inopiné qui saisit la peau ouverte à la transpiration ; et de tristes expériences consacrent cette opinion. Plusieurs fois j'ai vu se développer des inflammations compliquées de la poitrine, des pneumonies, des pleurésies, des artérites mortelles , à la suite d'un bal où la peau couverte de sueur avait été brusquement atteinte par un air glacé. Dans une telle conjoncture, si la phthisie se déclare , on peut être assuré qu'il existait antérieurement des tubercules dans les poumons; car dans les villages salubres ou exempts d'humidité, la danse ne produit pas de semblables résultats parmi les paysannes qui , après s'être K-
vrées à cet agréable exercice, font souvent de longues promenades nocturnes dans les champs ou dans les bois.
Voici, touchant cette importante question , un remarquable exemple cité par Percy :
« Un régiment d'infanterie voyageait par un temps orageux , excessivement chaud. Les soldats étaient haletants et n'en pouvaient plus. Le commandant leur permit d'ôter leur col, qu'ils attachèrent, suivant l'usage, au bras gauche. Après avoir traversé une plaine brûlante, on entra dans une gorge ouverte au vent du nord-ouest ( c'était dans les Vosges); on ne songea pas à faire remettre le col , et le lendemain il fallut envoyer à l'hôpital Saint-Charles a iNancy soixante-seize hommes ayant diverses phlegmasies , mais dont le plus grand nombre était affligé d'angines inflammatoires, et les jours suivants, on yen conduisit plus de trois cents autres, non moins malades que les premiers. »
L'épaisseur et la nature des vêtements doivent varier suivant les âges, les climats et les saisons. Lorsque la chaleur atmosphérique est considérable et uniforme, il faut faire usage des tissus de coton et de toile, en ayant soin que l'air puisse circuler librement à travers les vêtements dont l'ampleur doit être augmentée. Mais dans les pays où les changements de température sont fréquents, où des vents froids et humides succèdent inopinément à une chaleur accablante , il est indispensable d'adopter les tissus de lai ne qui, mauvais conducteurs
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du calorique , élèvent ainsi une barrière entre notre chaleur propre et celle du dehors. En ce cas , il importe que les habillements soient étroits, afin de ne point livrer passage à un air glacial.
Les Romains et beaucoup d'Espagnols ne manquent pas de s'envelopper d'un manteau quand ils redoutent ces perturbations atmosphériques. Les Russes, et particulièrement l'habitant de Saint- Pétersbourg, durant les jours de leurardent et fugitif été, ne sortent jamais sans emporter leur paletot ouleur bekech. Façonné à d'autres climats, l'étranger croit pouvoir se dispenser de ces précautions , et devient souvent victime de son imprudence. Une diarrhée, une dyssenterie, une fièvre intermittente, etc., le convainct trop tard que la volonté ne peut rien contre la nature.
Les personnes atteintes d'affections rhumatismales, de catarrhes chroniques ou disposées aux tubercules; les enfants, facilement accessibles à l'influence du froid et de l'humidité, doivent porter des tissus de laine sur la peau. Mais dans l'âge de la vigueur, dans les climats salubres, c'est une ressource in extremis. Il ne faut y recourir que lorsque tous les moyens qui peuvent fortifier l'organe cutané , en le rendant moins impressionnable, on! été tentés sans succès.
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