‹ Causes générales des maladies chroniquesChapitre 41 sur 59 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Delà gymnastique \

au chapitre de l'éducation, nous avons indiqué, mais d'une façon nécessairement superficielle, l'importance de l'exercice musculaire, nous réservant de donner plus loin à ce point fondamental de l'hygiène toute l'étendue qu'il réclame. La gymnastique est en effet l'une des ressources les plus efficaces contre la formation des maladies chroniques; elle neutralise le fâcheux effet des excitationsintellectuelles,etpermetà l'homme de résister à l'action défavorable des causes extérieures.

La force physique, dans l'antiquité, était la sauvegarde des nations. Divinisée sous le nom à' Hercule, elle devint l'objet d'une fouie d'emblèmes et d'allégories. Avant de donner à ses héros le courage, la prudence, la science, le génie, Homère leur donna la force; il les chargea des armures les plus pesantes; il rendit leurs coups terribles; il voulut qu'ils fussent assez puissants pour lutter même avec les dieux.

Le Tasse et l'Arioste, suivant les traditions homériques , glorifièrent la force corporelle dans le

• On l'appelle aussi som ascétique; mais nous avons préféré l'appel* ialion la plus générale.

récit des exploits fabuleux des paladins du moyen âge. Tancrède et Roland sont moins des hommes que des enseignements, moins des réalités que des symboles.

Imitateurs des Grecs , les Romains ont continué d'honorer la supériorité physique. Les preuves ne s'en trouvent pas seulement dans l'histoire; on les recueille, à Rome, vivantes encore dans les ruines majestueuses de ses cirques et de ses arènes. Son champ de Mars fut le théâtre de ces luttes ardentes, de ces combats gymniques , au moyen desquels les Romains acquéraient l'énergie physique, la souplesse et l'agilité qui les rendirent les maîtres et les premiers soldats du monde. Dans les grandes solennités, des prix et des couronnes encourageaient les rivaux jaloux de se surpasser en lançant le javelot ou le disque , et dans l'art de conduire un char. Chez ce peuple l'âme suivit l'impulsion du corps et se fortifia comme lui.

Dans les temps modernes , une révolution s'est opérée dans les mœurs et les habitudes sociales : on a rendu à l'intelligence le rôle qu'elle devait occuper. Elle a pris un légitime empire sur la force physique ; des universités et des collèges ont remplacé les gymnases des anciens; mais, comme dans toute réaction, on aou trépassé les justes limites. L'intérêt delasanté, le développement delaforce ont été négligés et méconnus. Au reste, la destruction des gymnases, des thermes et des autres établissements publics de l'antiquilé , n'est pas due seulement au nouvel ordre d'idées qu'apporta la civilisation mo-

demie. Celte destruction fut le résultat de l'ignorance et de la barbarie; car combien de fois les vainqueurs n'ont-ils pas anéanti, par un jaloux sentiment de haine , les monuments et les institutions des peuples qu'ils ont subjugués !

La gymnastique ne fut point inventée d'abord dans une pensée d'hygiène, mais dans un but d'antagonisme. C'est pour avoir de valeureuses légions, d'énergiques défenseurs, que la Grèce institua les jeux olympiques, isthmiques, néméens, etc. Plus tard, des savants illustres, Hérodicus, Dioclès , Praxagore , Erasistrate , Galien , remarquèrent que sous l'influence des exercices corporels, les membres devenaient non -seulement plus forts et la constitution plus robuste , mais que cette influence triomphait d'un grand nombre d'indispositions et d'affections lentes , rendait les convalescences plus courtes, et donnait au développement des muscles une plus grande rapidité. Ces observations durent très-fréquemment se reproduire, car les directeurs des gymnases ou gymnasiarques étaient ordinairement médecins, et avaient soin de régler eux-mêmes le régime des néophytes qui leur étaient confiés. Les sous-directeurs ou gymnastes, qui avaient une connaissance approfondie de la puissance des exercices , traitaient les maladies. Les baigneurs ou iatraleptes pratiquaient les saignées, se livraient à la chirurgie, frictionnaient les corps ou les raclaient avec les instruments que les Latins nommèrent strigiles. Telle a été, chez les Qrecs, l'origine de la gymnastique médicale.

L'invasion des Barbares détruisit ce genre d'institution, mais le principe survécut , parce qu'il est pour ainsi dire naturel aux hommes. En effet , des traces de la gymnastique subsistent chez tous les peuples. L'Arabe dans ses sables, le sauvage dans ses forêts, le nègre dans ses savanes, font une somascétique grossière que l'instinct leur a révélée. Le jeu delcalcio en Italie, la maestranza en Espagne, les coursesde chevaux, les combats de boxeurs en Angleterre, appartiennent de près ou de loin à la science gymnastique, et en ont formé longtemps les derniers vestiges.

Cependant, dès 1776, M. Simon de Strasbourg avait essayé, inutilement il est vrai, de faire revivre en Europe un art salutaire. Quatre ans après , Tissot publia, sous le titre de Gymnastique médicinale et chirurgicale , un traité ex professe* qui fut en quelque sorte la première lueur de la révolution que devait subir plus tard cette partie de l'éducation physique, de l'hygiène et de la thérapeutique. L'impulsion était donnée : elle fut suivie par le Danois Nachtegal; par Gutsmulhs et Salzmann en Saxe, Fellemberg à Hofwif , Clias à Berne, et Pestalozzi à l verdun.

Ces deux derniers, par les gymnases qu'ils ont fondésetla méthode dont ils sont les créateurs, ontdroit \\ une mention spéciale. Continuateurs et non plagiaires de l'antique gymnastique, ils l'ont imitée, mais pour la pei feciionner et agrandir. Ce n'est plus la somascétique d'Athènes, d'Olympie, de Corinthe, dé îïome. Les mouvements gymnastiques sont ici

parfaitement conformes aux besoins de la vie, aux lois physiologiques , aux règles de l'hygiène. Dans rétablissement de M. Pestalozzi, on fit une application simultanée des facultés physiques, morales et intellectuelles. Les exercices, soumis à un système méthodique et raisonné , furent appropriés à la force ou a la faiblesse de chaque élève. De son côté, l'institut gymnastique de M. Clias ne se proposa pas un but moins élevé et n'obtint pas des résultats moins complets.

Mais tandis que la Suisse et l'Allemagne rajeunissaientla somascétique antique, que l'on comptait des gymnases à Trêves, Cologne, Kosterberg, dans les principautés de Cassel et de Lippe, à Hambourg, Francfort-sur-le-Mein, Dusseldorf, Konigsfeïd, etc., la France, sous le rapport pratique, restait étrangère à ce grand mouvement. Ce ne fut qu'en 1821 que quelques essais timides furent tentés par M. Comte, jeune gymnasiarque qui avait parcouru la Suisse et l'Allemagne, et qu'un homme d'une forte expérience et d'un grand désintéressement, un Espagnol naturalisé Français, le colonel Amoros, vint inaugurer sur une vaste échelle et avec un ensemble prodigieux son gymnase normal, triple fruit de ses voyages, de ses études et de ses méditations.

C'était assurément une idée grande et riche d'avenir que de chercher à perfectionner en même temps l'homme physique, moral et intellectuel, <[iie de fonder un établissement où il pût se rendre propre aux professions les plus Miles et les plus

dangereuses , devenir à la fois plus robuste et plus courageux , plus intelligent et plus dévoué. Longtemps cependant M. Amoros eut à lutter contre des préventions injustes : d'un côté, il rencontra l'indifférence , de l'autre le ridicule. « Qu'ont de commun , lui demanda-t-on , la morale et les sauts périlleux , la vertu et les gambades ? » En effet , dans le temps des spécialités, à une époque où les sciences et les arts se subdivisent, où nul homme n'a droit à être considéré comme habile s'il ne se renferme dans un seul travail, dans une seule étude, dans une seule conception , M. Amoros eut le tort de vouloir faire de la gymnastique un vaste ensemble , un tout parfait , un système. Mais s'il est vrai que les pensées fécondes ne sont que tardivement acceptées, il est vrai aussi qu'elles ne meurent pas. L'heure de la gymnastique est venue. La science en consacre l'utilité, le gouvernement en a reconnu les avantages. Des expériences réitérées, des résultats concluants ont prouvé qu'elle était pour les militaires une étude indispensable, et le ministère de la guerre a commencé à en faire pour eux déjà un élément d'éducation. L'orthopédie s'est servie de cette méthode avec le plus grand succès; une foule de pensionnats l'ont adoptée. Malheureusement les exercices ne sont pas toujours restés conformes à la méthode du fondateur; on en a fait une application maladroite ou exagérée : de là des revers nombreux, quelquefois même des suites fâcheuses, car pour emprunter à M. Amoros ses expressions mêmes : « Semblable

à la langue d'Esope , la gymnastique est la meilleure et la plus utile des choses , si on l'enseigne avec sagesse ; la plus méprisable et la plus nuisible, quand on la pratique à la façon des funambules. »

La méthode amorosienne ne consiste point à faire tel ou tel exercice , mais kdévelopper des facultés. Or, un tableau anthropobiologique divise ces facultés en autant de parties que la méthode a de branches principales. Celles purement physiques sont :

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