A L'EXTÉRIEUR ET A. L'INTÉRIEUR
à l'intérieur et à l'extérieur. Elle est donnée froide, en boisson , à la dose de deux à huit litres par jour, ou de dix à quarante verres, en y comprenant celle que l'on consomme aux repas. Les enfants, les vieillards, les lymphatiques, n'en prennent généralement que quatre litres pendant le même intervalle. Dans les maladies aiguës, elle est administrée souvent, mais en petite quantité chaque fois. Cette précaution est surtout nécessaire dans l'inflammation des organes digestifs. Ce serait effectivement les fatiguer et les affaiblir, s'exposer à la diarrhée et à des nausées, que d'en boire plusieurs verres coup sur coup. Il faut que la tolérance s'établisse.
S'il est indispensable de se livrer à l'exercice de la marche pendant la durée de ce régime aqueux, qui rappelle celui de Todano, de Sangez et de Cyrille), on ne doit pas oublier que lorsque la transpiration est provoquée par une course rapide, l'eau froide, prise en certaine quantité, pourrait devenir très-nuisible; mais elle cesse de l'être et l'on peut en boire impunément, quand la sueur est déterminée par l'élévation de la température extérieure, Durant la promenade, on prend ordinairement un verre d'eau tous les quarts d'heure.
Le même liquide est administré en lavements, en demi-lavements, d'abord à la température de i3ou i4 degrés centig. , puis à six ou huit degrés audessous, alors qu'on a pour but d'introduire, afin de rafraîchir le corps, beaucoup d'eau dans l'économie, notamment quand les malades refusent de boire dans les fièvres typhoïdes. Les constipations
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opiniâtres peuvent devoir, sans doute, leur guérison au même procédé. Il calme également les irritations des membranes muqueuses nasales, vaginales et vésicales.
Les bains administrés dans l'établissement de Priessnitz sont généraux ou partiels. On baigne la moitié du corps, le siège, les bras, les pieds, la tête; en sortant du lit, le corps couvert de sueur, on se jette dans l'eau à 6 ou 8 degrés centigrades et moins encore, si les circonstances le permettent. Avant de s'y précipiter, selon la coutume, rapidement et la tête la première, on a soin de se mouiller, si l'on est impressionnable, la face et la poitrine. On s'habitue facilement à ces immersions, et l'on voit souvent en hiver, dit le docteur Scoutetten, des personnes se féliciter d'avoir à casser la glace avant de se lancer dans le bain, dont la durée dépasse rarement cinq minutes. Il sera moins long, ajoute le même auteur, si la peau rougit faiblement, si les doigts restent longtemps pales, les joues bleues, ou que les mâchoires éprouvent un claquement convulsif. Il faut s'agiter incessamment dans le bain, se frotter les différentes parties du corps, surtout celles qui souffrent, s'essuyer avec promptitude, se vêtir chaudement, marcher avec vitesse, sans s'exposer a la chaleur non plus qu'aux courants d'air froid ; no pas boire d'eau avant que la réaction soit établie sous l'influence du mouvement. Au début du traitement, la température du bain sera de dix ou douze degrés.
Le demi-baii* s'administre à la même tempéra-
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ture, à six ou huit degrés centigr. Son action a une grande puissance révulsive, particulièrement quand on la favorise au moyen de frictions continuelles faites sur les jambes et les cuisses par la main de deux personnes. Il convient dans les maladies chroniques; et, en y ajoutant des affusions sur la tête, il peut réussir dans la fièvre typhoïde avec excitation cérébrale.
Le demi-bain dure un quart d'heure; cependant en des cas exceptionnels, on le prolonge jusqu'à deux, quatre et sept heures même lorsque les organes respiratoires sont sains et chez les sujets forts qui éprouvent à la tête des accidents de goutte et de rhumatisme. Ces bains produisent, de l'aveu des médecins qui en ont observé les effets, ce qu'ils appellent des crises; la peau se couvre d'éruptions, des furoncles et des abcès se forment sous cette membrane. Les mêmes phénomènes surviennent aussi quand on enveloppe soit en totalité, soit partiellement, les malades d'un drap imbibé d'eau froide. M. Champouillon, au rapport de M, Scoutetten, en se félicitant des résultats de ce dernier mode de traitement, ajoute : « Dans les expériences que j'ai faites, j'ai été moins frappé des guérisons obtenues que des phénomènes critiques qui les ont précédées. Lorsque les symptômes avaient perdu toute leur gravité, au moment où les malades entraient en pleine convalescence, j'ai vu apparaître plusieurs fois sur les différentes régions du corps des abcès et des furoncles phlegmoneux avec mortification du derme et du tissu cellulaire sous-cutanc.
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Le pus qui s'écoulait avait un aspect boueux, sanguinolent, sans odeur. Ces lésions se remarquaient principalement dans les formes ataxo-adynamiques et catarrtiales. Lorsque les abcès se multipliaient, le malade succombait presque toujours à l'abondance de la suppuration. » Et M. Champouillon appelle ces graves accidents, ces désorganisations profondes des crises! Il n'en cherche point la cause; il ne voit qu'une chose dans ce traitement : la soustraction du calorique, sans tenir aucun compte de la suppression de la transpiration cutanée. C'est ainsi que les effets les plus réels sont méconnus, que les questions les plus fondamentales demeurent obscures et incomprises.
Les bains de siège froids peuvent être assez souvent employés contre la congestion cérébrale, les inflammations des yeux, de la gorge ou du nez. Ils agissent alors comme révulsifs, et la réaction qu'ils produisent favorise l'apparition des règles. Quand ils sont frais (de i4 à i6°), ils peuvent avoir de l'efficacité dans les affections de la vessie, du canal de l'urètre, dans les diarrhées chroniques, dans les flueurs blanches; ils réveillent aussi l'action des organes générateurs. Mais il faut, dans ce dernier cas, que le bain soit très-froid et que le malade n'y reste que pendant huit à dix minutes.
Les bains frais doivent être préférés aux froids pour combattre les inflammations chroniques; leur durée peut aller d'une à trois heures. S'essuyer en sortant de la baignoire, se frotter fortement, puis marcher, s'il est possible, avec vitesse, sont
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des précautions indispensables. Dans ce traitement, improprement appelé hydrothérapique, on reconnaît à chaque instant la nécessité d'exciter la peau, de rétablir la transpiration, et il est évident que, sans ces stimulations bienfaisantes, sans la triple action de l'exercice, de l'air libre et de la lumière, l'eau froide, loin de donner lieu à des modifications salutaires, aurait, dans une foule de circonstances, de funestes effets sur l'économie.
Les bains de pieds et de jambes froids, mais le plus souvent frais, agissent soit comme révulsifs, soit comme sédatifs, dans l'érysipèle, le phlegmon et les entorses. Leur durée varie d'un quart d'heure à une heure et plus.
Des bains de bras tièdes, et plus rarement des immersions partielles de la tête, sont mis en usage dans les inflammations qui affligent ces deux régions. Des douches formées généralement d'un jet unique, à jets multiples, en nappe, à irrigation continue en pluie, avec de l'eau alternativement froide et chaude; des aspersions, des ablutions, etc., secondent puissamment l'effet des bains, des boissons et du régime frugal de Graëfenberg. Les premières, qui durent au plus dix minutes, sont prescrites, ainsi que les bains, lorsque le travail de la digestion est entièrement terminé, et que, sans être en sueur, le corps est préparé par un exercice convenable. Si le malade est impressionnable, on le frotte avec un linge imbibé d'eau froide, et le jet est ensuite lancé obliquement sur la nuque, le dos, les membres, et enfin dans le voisinage des parties
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atteintes par l'inflammation. Appliquer la douche sur ces parties ou sur la tête serait exposer les malades à des accidents fâcheux. En revanche, se frictionne]* pendant et après la douche, s'essuyer soigneusement et se rendre sans intermittence à la promenade, sont encore ici des mesures indispensables.
A Graëfenberg comme ailleurs, la douche à irrigation continue est employée pour prévenir le développement de l'irritation dans les fractures. Un seau d'eau froide suspendu, dans lequel on plonge un siphon recourbé, une toiïe cirée sur laquelle repose le membre souffrant, et qui conduit dans un autre vase l'eau dont on s'est servi pour l'arroser, tel est l'appareil fort simple journellement usité.
Dans ce pays , consacré au soulagement d'une foule d'affections que la science ordinaire n'a pu guérir, le vent, la pluie, les températures les plus rigoureuses ne ralentissent point l'ardeur des malades. Ils se frayent un chemin à travers la neige et la glace, bravent souvent un froid de six degrés pour aller prendre des douches sous des cascades qu'ils trouvent dans une forêt voisine. Mais n'estil pas naturel d'augurer que lorsque Priessnilz n'existera plus, cetle ferveur s'éteindra avec la foi; que ces cascades perdront leur efficacité, et que l'eau froide de Graëfenberg cessera de produire des guérisons presque miraculeuses?
Toutefois, il est un procédé propre à ce célèbre empirique, qui, pouvant être subslilué avec avan-
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tage, en quelques circonstances , aux bains, aux ablutions, aux fomentations chaudes, mérite d'être généralement connu. 11 consiste à provoquer la sueur, soit par la voie sèche, soit par la voie humide. Dans le premier cas, le malade dépouillé de ses vêtements, souvent même de sa chemise, est emmaillotté (c'est la véritable expression) dans une couverture de laine qui monte jusqu'au cou, et qui, sans le serrer, l'entoure exactement. Elle embrasse séparément les bras, les jambes, les cuisses, et se relève sur les pieds. La tête nue, légèrement soulevée, est complètement libre. Quelquefois on a recours aune seconde, et même à une troisième couverture; elles enveloppent les extrémités sans les isoler. S'il existe une affection locale, on applique immédiatement sur la partie souffrante un linge imbibé d'eau froide, et que la laine vient recouvrir.
En cet état, le malade peut demeurer immobile, dormir, ou favoriser la transpiration par des mouvements modérés des bras et des jambes. Le plus souvent, au bout d'une heure, elle se manifeste avec une grande activité sur les parties, sur la poitrine et sur la face qui se colore; les yeux s'injectent; le pouls est fréquent; une fièvre artificielle se développe. La sueur devient tellement abondante, qu'elle traverse la couverture, le matelas, et qu'elle coule même sur le plancher. Sa durée ne saurait être déterminée d'une manière précise : elle ne peut être moindre d'une heure, ni s'étendre au delà de trois ou quatre. Il est des malades qui suent
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deux fois par jour, à quatre heures du matin et à quatre heures de l'après-midi. Dès qu'on sort du maillot, on se rend au bain, couvert d'un manteau, afin d'éviter un refroidissement; on se précipite ensuite dans l'eau, où l'on reste habituellement deux ou trois minutes.
Lorsque, sous l'influence du maillot, la sueur commence à paraître, on ouvre les fenêtres; on fait boire au malade toutes les demi-heures une verrée d'eau froide, et on lui applique sur la tête des linges mouillés, afin de prévenir l'afflux du sang vers cette partie. Si cet accident, joint au contact pénible de la laine sur la peau , rendait le maillot insupportable, il faudrait recourir alors à l'enveloppement humide.
Dans ce procédé, un drap mouillé, bien tordu par la main de deux hommes, enveloppe le malade jusqu'aux pieds seulement, et la tête est séparée de ce drap par un autre tissu sec; le tout est recouvert par un certain nombre de couvertures. Une heure suffit pour sécher le drap; la sueur se montre, et l'immersion froide termine cette opération. Il faut encore le dire ici, ces immersions doivent être employées avec une grande réserve, et le plus souvent, elles pourraient être remplacées par les frictions au moyen d'un linge imbibé d'eau froide, et ensuite par des frictions sèches propres à favoriser le retour de la chaleur et la circulation du sang à la peau.
L'enveloppement humide exerce une double influence; il enlève le calorique en excès dans l'or*
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ganisme, et a conséquemment pour effet de rendre du calme aux personnes atteintes de fièvres graves; en second lieu , il provoque la transpiration d'une manière consécutive. Dans le premier cas, il est utile de renouveler ce drap toutes les demi-heures; car la sueur ne saurait se manifester sans exciter une réaction , qui peut devenir dangereuse.
La ceinture abdominale peut être également appliquée avec de remarquables succès dans le traitement des affections chroniques de l'abdomen. Une pièce de linge , longue de deux mètres et demi environ, large d'un mètre, est disposée autour du corps. La moitié de ce linge, mouillée et tordue, se trouve en contact avec la peau; l'autre partie est sèche, et vient recouvrir la première en se déroulant sur elle. On peut remplacer les cataplasmes, en une foule de circonstances, par l'application de linges humides et froids sur les parties malades; mais il faut avoir soin de les renouveler fréquemment, afin de prévenir cette réaction qui produit l'inflammation après l'avoir calmée par la soustraction de la chaleur animale,
Nous venons d'exposer les points principaux de la méthode de Priessnitz. L'avenir jugera en dernier ressort l'empirique de Graëffenberg. La célébrité qui s'est attachée à son nom, la vogue dont jouit son établissement, les cures qu'il a opérées dans des cas rebelles a tous les moyens ordinaires, ne permettent ni l'indifférence ni le dédain à l'égard d'un procédé thérapeutique qui a eu des succès dans le passé , et de nos jours un grand re-
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tentissement en Belgique et en Allemagne. Mais s'il serait injuste de le proscrire, il serait plus dangereux encore de l'accepter sans examen , et de ne point attendre, avant de l'introduire décidément dans la science, que l'expérience et le temps en aient bien nettement déterminé les résultats. Moyen préservatif plutôt que curatif, l'eau froide a pour indispensables auxiliaires l'exercice, l'air libre et la lumière. Réduite à elle-même, son cercle est borné, sa mission stérile, ses effets chanceux, souvent funestes. Ceci explique suffisamment pourquoi dans les hôpitaux , où manquent Jes conditions essentielles d'aération , de lumière et d'exercice, la méthode de Priessnitz n'a guère rencontré que des revers; c'est pourquoi elle a été, non sans raison, exclue de l'hôpital Saint-Louis, après avoir été soumise récemment à des essais réitérés, à d'intelligentes applications.
Nous ne terminerons pas ce chapitre sans entrer dans quelques développements nécessaires concernant les bains tièdes, qui conviennent infiniment mieux que les froids aux personnes impressionnables, sujettes a des sueurs habituelles que l'on ne pourrait supprimer sans péril. L'action de ces bains est également précieuse dans bien des fièvres éruptives, à leur période naissante, alors que la peau est sèche, inactive, et que l'éruption tarde à se manifester; au début des fièvres dites primitives, surtout quand cette membrane est dans un état d'inertie; dans les inflammations compliquées, avec irritation du poumon ; dans la néphrite, la
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suppression des lochies, les affections de la peau et les maladies vénériennes.
Peut-être est-il superflu d'ajouter, tant est simple et connue cette précaution hygiénique, que les bains tempérés produisent sur le corps épuisé par une longue marche ou par un travail forcé, un relâchement général, une sensation fort agréable et aussi prompte que salutaire.
Il serait fort à souhaiter qu'on les employât moins rarement au début des maladies, car c'est à cette première période de développement que leur efficacité est plus active et plus certaine. Tout malade devrait en faire usage à son entrée dans un hôpital. Le chirurgien ou l'interne de service, suivant la nature de l'affection , prescrirait des bains généraux, des pédiluves, des ablutions ou de simples lotions, qui auraient pour premier effet de rétablir les fonctions cutanées, en enlevant l'enduit dont est couverte la peau des personnes peu familières avec ces mesures hygiéniques.
On conçoit qu'une telle disposition ne devrait point être bornée aux hôpitaux, mais étendue aux maisons de travail , aux ateliers de charité, à tous les grands établissements publics où est élevée l'enfance. A Florence , dans la Pin Casa diLavoro, cette sage méthode est observée. Chaque ouvrier, chaque enfant, a son entrée dans la maison, est conduit à la salle de bains, et les immersions d'eau tiède sont renouvelées tous les huit jours. Je ne sais si cet usage prévoyant, que ne pouvait qu'encourager la paternelle sollicitude des grands-ducs de
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Toscane , a été également adopté dans les magnifiques instituts de charité fondés à Rome, à Naples et à Gênes.
Combien ne serait-il pas précieux de faire participer à ces bienfaits de l'hygiène les habitants de nos campagnes ! Sans cesse couverts de sueur , souillés par la poussière, brisés par des travaux excessifs , les bains leur sont plus nécessaires qu'aux riches. Et cependant il en est qui meurent dans un âge avancé sans s'être baignés une seule fois ; l'eau du baptême, celle d'une averse ou d'un orage , telles sont les uniques immersions qu'ils aient connues. Nous croyons donc fermement, et nous espérons que cette conviction sera partagée, cette idée accueillie avec une indulgente attention ; nous croyons, dis-je, qu'établir dans chaque village une ou deux baignoires gratuites, auxquelles on adjoindrait un appareil de bains de vapeur, serait créer une charge peu onéreuse pour les communes, et d'une incalculable utilité pour les populations rurales. Le médecin aurait ces moyens à sa disposition, dans les cas qui en réclament l'emploi ; trop souvent il est obligé de les remplacer par des remèdes qui sont loin de posséder la même efficacité. Des indispositions qui prennent ordinairement leur source dans l'excès de la fatigue, dans l'arrêt de la transpiration, et qui ne deviennent des maladies que pour avoir été négligées, céderaient pour la plupart à l'influence d'un agent précieux, dont il faudrait surtout doter les villages éloignés des villes.
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Nous savons, il est vrai, que le paysan trouve dans son ignorance un aliment à ses préjugés. Plus crédule au charlatanisme que confiant envers le savoir véritable, il repousse souvent des mesures auxquelles il pourrait devoir son bien-être et sa santé. Mais est-ce bien sa faute? Ne serait-il pas temps qu'on répandît parmi ces ilotes les semences de l'éducation, qui seule peut en faire des hommes; qu'en élevant les enfants les plus pauvres dans les maisons de travail, on les y soumît à des règles hygiéniques qu'ils ne pourraient plus oublier; que ces préceptes enfin fussent propagés dans les campagnes, enseignés dans les écoles primaires? On traitera peut-être ces idées de déclamations et d'utopies : l'immobilité est chose si commode ! Nous n'en persisterons pas moins à penser que le peuple n'a pas besoin seulement de pain, mais d'instruction; que ses préjugés ne sont pasinextirpables, et, l'histoire des nations modernes à la main, que les gouvernements propagent à volonté parmi elles l'ignorance ou les lumières, la corruption ou la morale.
De l'eau en boisson. L'eau est l'un des éléments essentiels des corps organisés; elle forme la base de nos fluides, et procure l'humidité indispensable à l'action des solides. Otez cet agent à la vie, et la graine n'a plus de germination, le rotifère ne peut ressusciter; la plante se flétrit, les végétaux et les animaux meurent; la création presque entière disparaît.
Mais si l'eau fraîche, claire, limpide, inodore dés
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sources et des fleuves est la boisson par excellence de l'homme; si elle peut sans inconvénient contenir plusieurs sels à base de chaux, pourvu qu'ils n'y soient pas en trop grande quantité, et que le savon s'y dissolve avec facilité: si l'air qu'elle absorbe la rend plus légère, plus agréable et plus salutaire; en revanche, les gaz provenant de la décomposition des corps organisés, et les particules altérées qu'elle peut tenir en dissolution, sont de nature à produire chez l'homme et les animaux les plus dangereuses affections. Les fails abondent à l'appui de cette vérité : je n'en citerai qu'un recueilli dans ma pratique.
Dans une commune rurale des environs delloudan, un cultivateur intelligent perdait successivement tous ses chevaux par suite d'une maladie qui laissait une rougeur et une altération évidente dans les viscères , mais surtout dans les voies digestives, dans la membrane interne du cœur et des artères. après avoir assisté à l'autopsie de l'un de ces animaux, faite par un vétérinaire habile, qui les traitait, je cherchai inutilement dans les lieux d'habitation, dans la nature des travaux et du régime, la cause de cette mortalité, que l'on attribuait dans le village aux maléfices d'un sorcier. Je me fis ensuite conduire à la mare qui servait d'abreuvoir aux chevaux, et qui était en partie tarie par la chaleur vive et prolongée de l'été. L'eau qui restait était infectée par la fiente des oies, des canards et des autres animaux qui venaient s'y désaltérer; la était la cause mortelle. Suivant mes conseils, le fer-
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mier, cessant d'abreuver ses chevaux à cette mare, n'éprouva depuis aucune perte; niais voulant acquérir une entière conviction, il fit boire de cette eau à un cheval de peu de valeur, qui ne tarda pas à succomber.
Les eaux de pluie, ou des sources, qui reçoivent l'action de l'air et de la lumière et éprouvent une agitation rapide, sont souvent préférables à celle des fleuves. Les animaux se désaltèrent avec cette boisson, ainsi que les peuples sauvages, sans y rien ajouter qui puisse lui donner de la saveur, des propriétés excitantes, et l'observation est loin d'avoir constaté que leur santé en ait été altérée, leur constitution moins robuste, leur énergie moins puissante. Plusieurs nations de l'antiquité, les Scythes, les Mèdes, les Lacédémoniens, si remarquables par leur force et leur courage, faisaient usage de l'eau pour les conserver. Longtemps les Turcs, religieux observateurs des préceptes du Coran, ont gardé, en s'abstenant de vin, cette vigueur proverbiale que l'invasion lente d'autres coutumes tend à leur faire perdre aujourd'hui. Une foule de tisanes doivent toute leur vertu à l'eau pure, et le plus souvent, les ingrédients qu'on y mêle lui donnent un goût agréable ou amer, sans accroître ses propriétés médicinales. Enfin, elle a, comme moyen hygénique, une supérioritéindéniablesur toutes les boissons qu'une civilisation voluptueuse a imaginées pour flatter le palais et développer vicieusement les forces de l'estomac.
L'homme, suivant Montaigne, ne goûte rien de