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CHAPITRE XVII

Des bains de vapeur.

L'influence hygiénique et curative des bains de vapeur est connue depuis bien longtemps. Les Indiens, les Egyptiens, les Turcs, et parmi les modernes les Russes et les Finlandais, en font habituellement usage avec des procédés différents. Les uns préfèrent l'étuve humide; les autres l'étuve sèche et les ablutions. Cette dernière méthode est celle des Mahométans, et leur bain est le laconicum des anciens. Les Égyptiens et les Indiens ajoutent aux effets de la vapeur sèche ou humide, les affusions avec l'eau chaude et la pratique voluptueuse du massage. Quant aux Russes et aux Finois, après s'être soumis à la vapeur humide a une température de 4o à /p degrés Réaumur, ils se font fouetter avec des verges de bouleau, amollies dans l'eau, afin d'augmenter la réaction; puis, pour diminuer la sueur, on les frotte avec du savon ; ils se lavent ensuite à l'eau tiède, reçoivent plusieurs seaux d'eau froide sur le corps et vont se plonger dans la neige. En effet, lorsque la chaleur de la peau est considérable, qu'un mouvement énergique s'opère* du centre à la circonférence , l'action du froid n'est plus aussi sensible et elle devient générale-

ment favorable. L'expérience ici encore confirme la prévision de la théorie.

Mes essais sur les animaux démontrent que leur chaleur intérieure diminue plus rapidement dans l'air humide que dans l'air sec, dans l'eau que dans l'air humide, avant le même abaissement de température. La propriété conductrice de l'eau, comparée à celle de l'air, explique ces différences. En vertu de la même loi , le bain chaud doit être plus actif que le bain de vapeur humide, et ce dernier que létuve sèche. C'est précisément ce que les faits attestent. Il est constant qu'un bain chaud, à 45 degrés, agit sur l'économie comme un bain à 75 degrés dans l'étuve humide, et comme un bain dans l'étuve sèche à 128 degrés.

Ces rapports, toutefois, ne sont qu'approximatifs, et ces trois sortes de bains produisent sur l'organe cutané des effets qui ne sont point identiques. D'après les études de Halle, Guilbert et iNysten, l'étuve sèche excite davantage les vaisseaux capillaires de cet organe, sans donner lieu a des déperditions aussi abondantes que celles que l'on éprouve dans l'eau, ou dans l'étuve humide, au même degré de température. Le premier moyen devra donc être préféré afin de ranimer la vitalité de la peau dans les indispositions graves, les maladies chroniques 011 ses fonctions sont inactives, son tissu relâché, les forces éteintes; dans la période d'incubation de la phthisie pulmonaire, ou au début des scrofules.

Je dois, au sujet de ce mode de traitement,

prévenir une objection puissante. On me dira sans doute : Vous cherchez à guérir la phthisie par des sueurs abondantes, et une expérience journalière prouve que les personnes qui en sont atteintes périssent épuisées par de semblables évacuations : l'art sera-t-il donc plus heureux que la nature? D'abord, il faut distinguer deux sortes de sueurs : les unes actives, critiques, favorables, surviennent lorsque le mal a perdu toute son intensité; les autres passives, non critiques, ou symptomatiques, comme la diarrhée colliquative, apparaissent quand la désorganisation est très-avancée. Cette distinction est naturelle, rigoureuse, et ne saurait être oubliée de tout praticien instruit. La phthisie, en outre, peut être divisée en deux grandes périodes. Dans la première, ordinairement la plus longue, les tubercules se forment et la transpiration insensible diminue. Dans la seconde , l'irritation se manifeste, le poumon s'enflamme, la substance se désorganise, la sueur s'écoule abondamment du tissu relâché et sans vitalité de la peau. Il y a assurément, dans la production si diverse de la sueur dans ces deux cas , un mystère inexpliqué. C'est une lacune à combler, un point obscur à éclaircir, puisque, par une apparente contradiction, on peut , dans la même affection, provoquer à ses commencements des sueurs critiques propices pour le malade; tandis qu'à sa terminaison des transpirations considérables précèdent la mort et l'annoncent.

Ces deux ordres de faits, la science les conciliera

quelque jour; quant à nous, nous avons dû montrer les différences qui les distinguent, en attendant que la méthode expérimentale remplisse le vide qui les sépare, et vienne compléter ou modifier la théorie dont nous avons posé, dans ce livre, les bases fondamentales.

Il résulte, en conséquence, de ces observations, qu'on doit dans la phthisie exciter artificiellement la transpiration avant qu'elle soit le résultat d'une lésion profonde et d'une inévitable désorganisation. Arrivée à ce point, on se contentera de ranimer la peau par des frictions faites plusieurs fois par jour, afin de changer la nature des sueurs, en excitant les phénomènes de la réaction.

Les gestations, les exercices modérés de la gymnastique, la ventilation artificielle, tous les moyens qui favorisent les sécrétions sans porter une perturbation violente dans l'économie, sont, nous l'avons dit déjà, particulièrement précieux dans la consomption pulmonaire : ce ne sera qu'après avoir imprimé, grâce à l'application de ces moyens, un mouvement favorable de dépuration et calmé l'irritation locale, que l'étuve sèche sera employée avec prudence, à cette limite où finit l'hygiène et où commence la médecine agissante.

Des résultats personnels m'ont convaincu, d'ailleurs, de l'efficacité de ces procédés. En plusieurs circonstances où la phthisie pulmonaire paraissait imminente, j'ai vu , sous l'influence de l'étuve sèche, employée tous les deux jours, disparaître des douleurs de poitrine anciennes déjà, des toux

rebelles dont n'avaient pas triomphé des traitements méthodiques et qui avaient nécessairement pris leur source dans l'inactivité des fonctions cutanées. Le Dictionnaire des sciences médicales rapporte un exemple notable de guérison par la vapeur, communiqué à Morand par Donald Monro. Une jeune dame était dans un état de phthisie avec expectoration purulente. Monro découvrit, après un certain temps, que la malade ne transpirait point, que la peau était sèche comme un parchemin. Cette remarque lui fit penser que la maladie pouvait bien être la suite de sueurs supprimées , et il conseilla en conséquence un bain de vapeur général. Ce remède rendit à la peau sa souplesse et à la malade sa santé.

Il est bien évident que Monro et ceux qui ont reproduit cette particularité digne d'attention, ont cru y rencontrer une exception et non un principe général; car si ce principe eût été établi, on n'aurait point abandonné un moyen curatif précieux pour une méthode empirique, fatale dans l'immense majorité des cas. Il était donc bien utile de poser, une fois pour toutes, ce principe, de grouper à l'entour tous les faits inexpliqués qui s'y rattachent, de montrer, par les preuves les plus authentiques et les plus nouvelles, que l'inactivité de la peau, la suppression lente delà transpiration, sont les causes les plus communes et les plus actives de la production des tubercules , des scrofules et des autres maladies chroniques; il était indispensable de signaler l'action progressive de ces causes, afin

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d'élever, d'une manière sûre, précise , incontestable, le traitement hygiénique de ces affections sur des bases que la routine et les faux systèmes ne puissent renverser.

Les bains de vapeur conviennent sous toutes les latitudes, dans tous les climats, sous le ciel ardent des Indes, dans les campagnes brumeuses de la Hollande, sur le sol neigeux des Polonais et des Finois.

La vapeur humide, portée à un haut degré de température, n'exerce pas une action aussi débilitante qu'un bain également long mais d'une chaleur moins élevée. Dans l'étuve humide, le calorique s'accumule avec le sang à la peau, sans que l'économie subisse des pertes aussi considérables que dans le bain chaud. Elle peut plus facilement résister au froid extérieur. Ainsi, le Russe se roule impunément dans la neige en sortant d'une étuve de 5o à 55° cent., tandis qu'il ne pourrait le faire sans danger après un bain d'eau également prolongé, ayant 50 ou 55° de la même échelle thermométrique. Dans la première circonstance, en effet, l'action delà neige ou de l'eau glacée vient accroître la turgescence dont la peau est le siège, en diminuant les pertes éprouvées par une transpiration trop abondante et trop durable.

Pour prévenir l'affaiblissement qui pourrait l'accompagner, on se borne dans nos climats à essuyer la peau avec des linges secs, à la frictionner avec de l'eau de savon, puis à l'aide de linges imbibés d'eau fraîche et bien tordus, ou avec de la flanelle

et un gant de crin. Lorsque les membres sont débiles ou atteints d'affections rhumatismales chroniques, la flagellation peut augmenter la réaction et opérer une révulsion propice.

Combien de maladies se développent, s'aggravent, deviennent incurables sous l'influence des remèdes internes, et même des vésicatoires, des cautères, des moxas, qui s'arrêteraient dans leur marche ou même guériraient par l'emploi méthodique des étuves sèches et humides, surtout des premières!

Ces étuves, ainsi que les étuves simples ou chargées d'émanations aromatiques, sulfureuses, mercurielles, calmantes, toniques, ou plutôt excitantes, et les douches de vapeur peuvent être ordonnées pour prévenir ou pour combattre les affectionsdartreuses, psoriques, syphilitiques, rhumatismales, goutteuses, les névralgies, la teigne, les engorgements du tissu cellulaire et des organes internes, les tumeurs inaccessibles aux movens ordinaires, les douleurs et les empâtements qui accompagnent les couches et qu'on attribue ordinairement à un lait répandu, les catarrhes et les écoulements chroniques, les hydropisies récentes qui succèdent si souvent, comme nous l'avons démontré, à la suppression de la transpiration cutanée; enfin, l'hypocondrie et la mélancolie, qui sont parfois aussi les résultats de la même cause.

Qui ne connaît d'ailleurs l'efficacité des bains de vapeur contre les ulcères de mauvaise nature, le gonflement douloureux des articulations et les

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tumeurs blanches? L'emploi, mais prudent et circonscrit , de l'étuve sèche et de l'étuve humide pourrait obtenir encore de grands succès au début des affections aiguës, dans les inflammations et les fièvres dites essentielles .

Quand la médecine humaine demeure indécise sur un point capital de la science, c'est la médecine des animaux qu'il faut alors interroger; c'est à elle à dissiper les doutes. Malheureusement les hippiatres, au lieu de servir de guides aux médecins, suivent trop servilement leurs théories et leur pratique. Il en est toutefois qui ne manquent ni de solides connaissances, ni de sagacité. Dans les maladies aiguës, comme la rage, dans les affections chroniques, comme la morve, pourquoi ne pas tenter l'emploi des étuves sèches ou humides, à un degré très-élevé, comme moyen préservatif et curatif? En effet, les vétérinaires instruits et consciencieux reconnaîtront avec nous l'inutilité d'une foule de remèdes introduits par l'estomac, et la nécessité de porter habituellement à la surface de la peau une action révulsive plus étendue et plus profonde que celle qu'ils obtiennent de la brosse, de l'étrille, des vésicatoires et des sétons.

Si, ce que nous ignorons, la médecine zoologique avait fait, dans cette direction, quelques tentatives infructueuses, nous pensons qu'elle devra les renouveler sur une plus vaste échelle, dans des affecl ions variées et aux diverses périodes qu'elles peuvent offrir, particulièrement à leur début. Ce serait, en outre, une mesure intelligente et sans

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doute féconde, que de faire confectionner pour les grands animaux domestiques, comme pour ceux renfermés dans les ménageries, des appareils propres à administrer la vapeur sèche ou humide à l'extérieur.

De tels points de vue seront-ils admis? nous ne l'espérons pas; car la science médicale dédaigne toute réforme, s'effraye de loute nouveauté, et, tandis que les arts et toutes les autres connaissances humaines parcourent une ère. incessamment progressive, la médecine seule s'éloigne peu de l'orbite où elle gravite depuis vingt siècles.

Le massage est dans beaucoup de contrées l'inévitable complément des bains de vapeur. On a prétendu que ce moyen était une coutume barbare qu'il fallait abandonner aux peuples sauvages et à l'indolent sybaritisme des Orientaux, Mais nous ne pouvons partager entièrement cette opinion. Sans exagérer l'influence hygiénique du massage, on peut admettre qu'il convient également bien en Occident et en Orient. Assurément, si son emploi n'avait qu'une voluptueuse inutilité, nous aurions été le premier, sinon à le proscrire, du moins à le passer sous silence. Il n'en est point ainsi. Le massage a pour résultat cerlain de favoriser le cours du sang et l'absorption des liquides, de faciliter la contraction des muscles, de prévenir, de dissiper lesankiloseset les engorgemenlsarticulaires, d'exercer une action propice sur les organes locomoteurs et sur les viscères contenus dans les «nandes cavi-

tés; d'entretenir, enfin, les organes dans le libre exercice de leurs fonctions.

La manière dont on le pratique diffère non-seulement selon les pays, mais suivant les sexes, l'âge et les tempéraments; voici, du reste, pour nous servir de la description exacte et minutieuse d'un médecin habile, comment il doit être le plus communément appliqué. « Le malade, après avoir été pendant un certain temps exposé à la vapeur, est étendu sur un lit de canne, et légèrement frictionné; puis, on presse doucement les membres, on les serre, on les comprime avec les doigts, plus ou moins, et de haut en bas, suivant la direction des muscles, des tendons, et autour des articulations, qu'on fait mouvoir dans tous les sens. On entend le plus souvent un certain bruit ou claquement qui résulte de la séparation prompte ou instantanée des surfaces articulaires habituellement en contact et unies entre elles par de la synovie épaissie. On agit de même sur la poitrine, et notamment sur le bas-ventre, dont on presse alternativement chaque côté pour imprimer aux viscères gastriques un léger ballottement. On pratique la même opération sur les parties postérieures, le long de l'épine, puis on frictionne de nouveau le malade, et après l'avoir essuyé et enveloppé de linges chauds, on le met au lit. »

Russes, Finlandais, Turcs, Egyptiens, Indiens, Chinois, et beaucoup d'autres peuples, font usage de ce procédé, et s'en trouvent bien . Pourquoi donc n'aurail-il pas pour nous la même efficacité?

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