‹ Causes générales des maladies chroniquesChapitre 56 sur 59 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

De l'habitation.

Déjà, dans le cours de cet ouvrage, nous avons eu plusieurs fois l'occasion de toucher d'une manière générale à celle importante question hygiénique. Mais il s'y rattache une série d'observations qui nécessitait des développements tout spéciaux. Nous commencerons, en effet, par faire remarquer qu'en France, sur le littoral de la mer, dans nos montagnes, nos vallées larges et accessibles aux vents, voire même sur les hauteurs si pittoresques dont Paris est environné, les scrofules sont trèsrares, et la phlhisie enlève à peine la quatre-vingtième ou la centième partie de la population qui y réside et qui s'y livre aux travaux agricoles. Il en est tout autrement en Angleterre. La première maladie y est très-commune, et plus de la sixième partie de la population succombe aux atteintes de la consomption pulmonaire. Celte différence considérable est attestée par des recherches statistiques dont on peut aisément vérifier l'exactitude. Nous la signalons à l'attention des familles anglaises, qui, vivant dans l'aisance, ont la faculté d'échanger une contrée dangereuse contre un climat sa 1 libre. C'est donc eu France ou dans les autres pays

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que l'humidité ne ravage point, (|ii'elles devront envoyer leurs enfants s'ils sont débiles, lymphatiques, issus de parents phthisiques ou scrofuleux. Les habitations qu'elles devront choisir de préférence ne seront point dominées par des arbres touffus. Situées sur des points élevés, vastes, ouvertes à la lumière, exposées aux rayons du soleil, elles seront abritées, autant que possible, des vents du nord, de Fouest et du nord-ouest. On aura grand soin de ne pas confier les enfants à des nourrices logées dans desrez-de-chausséeshumides, dans des réduits obscurs, dans des localités marécageuses.

J'ai été consulté en plusieurs circonstances par de jeunes personnes qui habitaient des lieux placés dans ces conditions funestes. La pâleur de leur teint, la blancheur mate de leur peau, la mollesse des chairs, la privation d'appétit, un sentiment général de faiblesse et de langueur, la diminution progressive de l'embonpoint, annonçaient l'altération profonde de la nutrition : parfois à ces symptômes s'ajoutaient une impression de dégoût, une douleur sourde à l'estomac, un écoulement peu abondant par les organes delà génération, la leucorrhée enfin, qui indiquait l'inactivité des fonctions de la peau. L'air des montagnes ou du littoral de la mer, les promenades dans les bois, l'exercice à l'air libre, un régime sain et substantiel ont suffi, dans la généralité des cas, pour rétablir la santé et pour prévenir le développement de maladies graves. Les personnes qui restent dans un état de langueur, qui dépérissent dans des lieux et des climats

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humides, doivent donc s'empresser deles abandonner si elles veulent retrouver la santé et retarder le moment suprême.

Un fait remarquable, cité par le docteur Pihorel, vient confirmer nos observations, nos principes, et mérite de trouver ici sa place.

« Mmc D..., âgée de quarante ans, née en Bourgogne, vivait dans un endroit élevé où Pair est habituellement vif et sec; sa nourriture était bonne; elle buvait souvent du vin pur, se levait matin, se couchait de bonne heure; et comme elle jouissait d'une certaine aisance, elle se livrait modérément aux travaux de la campagne, menant ainsi une existence régulière qui n'avait été troublée jamais que par de légères indispositions, assez ordinaires aux personnes de son sexe. MmeD... présentait d'ailleurs tous les caractères des scrofules et n'en avait jamais éprouvé le moindre symptôme.

«En 1807, cette dame vintà Paris pour voirune tante qui habitait, à l'Abbaye-aux-Bois, rue de Sèvres, un rez-de-chaussée humide et peu aéré. Les heures des repas, celles du coucher, le genre de nourriture, Pair qu'elle respirait, tout fut changé pour elle : à la vie des champs la plus active succéda la vie la plus sédentaire. Des fleurs blanches et des digestions pénibles se manifestèrent pour la prendèrejois de sa vie, quinze jours après son arrivée* Au bout de trois semaines, il survint un abcès froid au-dessus de la clavicule; des glandes du cou et des aisselles s'engorgèrent. Bientôt les abcès froids se multiplièrentsurlapoitrineetsur le dos, les glandes

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de l'aine se prirent... Les toniques et les antiscorbutiques les plus actifs, le régime animal et tonique ne purent arrêter les progrès de cette espèce de dissolution scrofuleuse. Le départ de cette malade pour son pays natal paraissait la seule ressource sur laquelle on pût encore fonder quelque espoir; mais Mme D... ne se détermina à suivre ce conseil qu'à la dernière extrémité, et elle succomba un mois après son retour. »

Ce fait a la valeur physiologique la plus concluante. On voit avec toute l'évidence possible les effets fatals d'un changement d'habitation et d'habitudes. À l'action de l'air libre succède l'action de l'air calme et humide; à l'exercice musculaire, le repos absolu ! Les résultats ne s'en font pas attendre : la peau devient inactive, la transpiration difficile; ses matériaux sont refoulés dans le torrent de la circulation, sur les voies digestives, sur les organes générateurs. Ils produisent la leucorrhée, l'engorgement des glandes et des dépôts dans le tissu cellulaire. Or, que peuvent faire, dans des conditions semblables, et les toniques, et les antiscorbutiques, et le régime animal lui-même?

Cette curieuse observation indique la source de quelques abcès qui semblent se former spontanément dans l'économie, et l'origine des fleurs blanches. Déjà nous avons prouvé ailleurs qu'en les attribuant à l'usage du café au lait, un chirurgien célèbre avait pris une influence secondaire pour la cause générale à laquelle se rapportent les catarrhes utérins ainsi que toutes les affections calarrhales.

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