‹ Causons du pays et de la colonisation [microforme]Chapitre 23 sur 30 · ARTE · texte numérisé non relu

ARTE

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ser, car placés à distance les uns des autres, nous ne pouvions subir le contact de ceux qui, pensait-on, devaient nous transformer de Canadiens en Anglais.

1837 fut pour nous une heure de crise profitable. Nous en retirâmes un régime administratif plus parfait que tous ceux que nous avions eu avant cette date, coinme on le verra par la suite. A quelque, chose malheur est bon.

Plusieurs Canadiens, capturés pour avoir pris les armes, furent pendus à Montréal, Un plus grand nombre se virent transportés aux Bermudes ét en Australie. D'autres restèrent en prison pendant un certain temps. La terreur était répandue partout dans le district de Montréal, Comme il n’y avait pas eu de révolte dans les districts des Trois-Rivières et de Québec, les rigueurs des autorités ne s'y exercèrent pas aussi vivement. Dans le Haut-Canada, un parti assez considérable, dirigé par M. Lyon Mackenzie, secondait le mouvement de M. Papineau. Ceux de ses partisans qui furent arrêtés subirent la prison ou l'exile. Les derniers qui revinrent de l’exile ne rentrèrent dans le pays qu’en 1847 et 1848, tant Anglais que Canadiens- Français.

Par une loi du parlement de Londres, passée en

1840, le Haut et le Bas-Canada furent unis en une

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seule province, qui devait se gouverner par le moyen d'une Chambre législative ou Chambre basse, et un Conseil législatif ou Chambre haute. Chacun des deux anciennes provinces envoyait lr même nombre de membres à ce nouveau parlement. La population du Haut-Canada était bien moins nombreuse que celle du Bas, mais les Canadiens, devinant que, un jour, le Haut-Canada serait plus peuplé que le Bas ne demandèrent pas que le nombre des membres fut proportionné à la population de chaque province. Cette sage réserve nous fut très utile dans la suite, en ce qu’elle nous permit de refuser au Haut-Canada une augmentation de membres lorsque le chiffre de sa population dépassa la nôtre. En politique, la prudence est la mère de la sûreté, comme dans bien d’autres choses.

Le Bas-Canada n'avait pas de dette. Le Haut- Canada devait de grosses sommes aux banquiers d’Anginterre, notamment aux Barings, si connus encore aujourd’hui. Les deux provinces réunies devaient rencontrer ceiie dette. Les Barings firent nommer leur géndre, Poulett Thompson, gouverneur général, afin de surveiller leurs intérêts. La dette devait finir par être payée, cela va sans dire, mais l’écrasement des Canadiens qui était comploté, ne marcha pas aussi facile-

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Les Chambres s’assemblèrent pour la premiére fois sous le nouveau régime, en 1841, à Kingston. Plusieurs Anglais demandèrent aussitôt pourquoi les ministres étaient nommés par le gouverneur sans consulter le parlement. Les Canadiens se joignirent à ces Anglais, et ce groupe forma la majorité. Le gouverneur fut obligé de lâcher prise. Un ministère dans lequel on fit entrer des Canadiens, prit la direction politique. C’est alors que la loi qui mettait la langue française dans les mêmes conditions que la langue anglaise fut passée par les Chambres, mais le gouverneur ne voulut pas l’accepter. Bientôt après, il nomma certaines personnes à des emplois publics sans en parler à ses ministres. Ceux-ci résignèrent leurs fonctions. D’autres membres du parlement, qui s'entendaient avec le gouverneur, devinrent ses ministres. Cela occasionna une crise de quatre ans.

Des lois importantes, concernant la navigation, les routes, les chemins de fer, les ponts, les édifices publics furent adoptées au milieu de tous ces tirailléments. Ce n'était pourtant que le commencement des choses que nous avons faites üe nos jours. Le pays se jetait dans ls eñtreprises. Le progrès appelait les hommes à l'action. Une nouvelle jeunesse se montrait dans toutes les classes de la société, La paix règnait dans le monde

entier. Le commerce se développait partout. Notre Canada s'en ressentait, quoiqu'il ne fut pas tout à fait son maître, Enfin, nous sortions des temps difficiles.

— Et la langue française ?

— En 1848 l'Angleterre consentit à la reconnaître, en même temps que la loi par laquelle nous voulions indemniser les personnes qui avaient souffert des pertes et des dommages durant les troubles de 1837-38, car vous savez que l’on ne fait pas une omelette sans casser des œufs, et le soulèvement de 1837 c'était une grosse omelette. Les soldats avaient ravagé les propriétés de nombre de gens qui ne se mêlaient pas dans les troubles de cette époque. Il n’était que juste de rembourser la valeur de ces dégats. Le parlement siègeait alors à Montréal. Lorsque les Anglais qui combattaient en politique contre les Canadiens virent que notre langue était enfin acceptée et que nos cultivateurs all:ient être compensés pour les pertes qu'ils avaient subies en 1837-38, ils devinrent comme des enragés. En 1849 ils brûlèrent le parlement —- et depuis ce temps jamais les Chambres n'ont siégé à Montréal.

— Mais si la langue française n’a été reconnue par la couronne qu’en 1848, on ne parlait donc que l’Anglais dans les Chambres avant cette année-là ?

— Comprénons-nous sur ce sujet important. En

1760, aussitôt après la prise du Canada, l'Angleterre nomma aux charges de gouverneurs, lieutenants gouverneurs, juges, greffiers, commissaires, juges de paix, chapelains des troupes, des hommes qui parlaient le français. Parmi eux se trouvaient plusieurs Suisses qui servaient dans l’armée. On sait que les Suisses parlent dans leur pays le français et l'allemand. Quand on sait Pallemand 1! est facile d'apprendre l'anglais. Comme le Bas-Canada était peuplé de soixante mille âmes canadiennes et qu’il ne venait pas de cultivateurs anglais, tout restait donc français chez nous, et quoique !e traité de Paris (1763) ne dise pas un mot au sujet de la conservation de notre langue, il fallait, bon gré, malgré, parler français au milieu d’un peuple qui était tout français. Aussi les registres publics continuërent-ils à être écrits en français. Plus tard, en 1775, on forma le Conseil du gouverneur-général et on y parla français autant qu’angiais. Toutes les ordonnances, affiches et circulaires du gouvernement étaient en français. Cette pratique générale vaut bien une loi, il me semble, puisqu'elle reconnaît et respecte la langue des nouveaux sujets du souverain. De nos jours, en Alsace-Lorraine l’empereur d'Allemagne a banni la langue française de ces deux provinces dès le lendemain de sa conquête.

Nous avions donc conservé l’usage de la langue de

nos pères lorsque, en 1792, s’ouvrit à Québec notre premier parlement. Il y eut de grands débats pour décider quelle langue on parlerait dans l'Assemblée Législative — et il fut décidé que les deux langues seraient employées dans les discours, dans les registres, dans les rapports publics et dans les lois, comme cela c'était toujours fait jusqu'alors Il me semble que cela est assez clair, même pour les plus bêtes d’entre nous.

Mais voilà bien que, en 1841, on veut nous priver du droit de parler français en Chambré, sous prétexte que la constitution de 1840 est muette là-dessus ! Est-ce que la capitulation de Québec 1759, celle de Montréal 1760, le traité de Paris 1763, l’Acte dit de Québec 1774, la constitution de 1791 en ont fait mention? Pas le moindrement, ce qui ne nous a jamais empêché d’avoir notre langue reconnue partout en tout temps et en toute occasion.

L’upion législative du Haut et du Bas-Canada donnait à un certain nombre d’Anglais l'espérance de parvenir à étouffer le français, et leurs cabales réussit, depuis 1841 jusqu’à 1848, sous les gouverneurs Thompson, Bagot, Metcalfe, Cathcart, mais lord Elgin arriva ensuite avec de nouvelles instructions, et depuis ce temps notre langue a sa place partout où elle nous est nécessaire, Tant que les Canadiens-Français seront catholiques

et parleront français, ils resteront un pétiple modèle et se conserveront avec leurs coutumes polies, leur bell: intelligence, et resteront les maîtres chez eux.

Ce chapitre est bien court, mais pour expliquer en détail tout ce qu’il renferme, il nous faudrait un gros volume et par conséquent des études trop fatiguantes pour moi, car, souvenez-vous, que je ne mets sur le

papier que le résultat de nos conversations de chaque semaine, durant le carême.

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