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voulurent avoir une population en majorité anglaise ;
c’est pourquoi ils firent venir de l'Angleterre, d'Ecosse et
d'Irlande des milliers de colons auxquelles 1ls donnèrent
des terrains en forêt, avec les secours nécessaires pour
en opérer le défrichement. C’est ce qui explique que le
Haut-Canada se soit peuplé en une trentaine d’années à
peine.
Dans le Bas- Canada, la colonisation se faisait d’après
l’ancienne manière, de proche en proche, à mesure que
les families se multipliaient. Il ne venait personne de
France pour augmenter notre nombre. Heureusement
que le Canadien est riche en famille et très attaché au
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sol qui l’a vu naître ; il cherche constamment à s’y
maintenir et à en développer les ressources naturelles.
C’est un grand bienfait pour un peuple que d’habiter la campagne — les mœurs y sont plus pures, les travaux plus variés et plus convenables à la santé des personnes que dans les villes. Plaignons ceux üe nos compatriotes qui s’imaginent trouver dans les villes plus de bonheur et de prospérité ! C’est tout le contraire qui arrive ; nous en voyons la triste preuve chaque jour.
L’'habitant travaille durant les belles années de sa vie
pour se procurer un “ bien ” qui assurera le repos de ses
vieux jours, L’ouvrier ou le journalier des villes, travaille pour gagner le pain de chaque jour et c’est le plus qu’il peut faire. Lorsqu'il parvient à la vieillesse, les infirmités $ emparent de lui ; il meurt sur la paille, le plus souvent, car il ne peut plus travailler et ses fils sont mariés et dispersés au loin. Ceci est vrai également pour les Canadiens qui vont s’enfermer dans les manufactures des Etats-Unis.
J'ai dit plus haut que, avant 1850 la colonisation allait son train ordinaire dans le Bas-Canada, cela signifie qu’il n’existait pas encore de système pour créer des paroisses nouvelles. Le mot “ colonisation ” lui-même était comme inconnu, mais quelques-uns de nos meilleurs esprits commençaient à crier à la masse des Canadiens :
EMPARONS-NOUS DU SOL ! et on les écoutait avec une
sorte de surf * Ily avait quelques pionniers de la
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colonisation qui entraient dans les fertiles régions situées
au nord de Montréal, ou dans les Bois-Francs des cantons de l'Est, ou encore vers le lac Saint-Jean sur le Saguenay ou dans l’'Ottawa, mais c'était chacun à son corps défendant, avec peine et misère. Les premie”s orateurs qui parlèrent d'organiser la colonisation pour la faire marcher plus commodément et plus vite, furent regardés comme des ‘“ drôles de corps.” Cependant, petit à petit, l’idée fit du chemin et le gouvernement se mit à dépenser quelques piastres annuellement pour ouvrir des routes. En 1860 il y avait même un journal qui portait le nom de Colonisateur. D’autres part, il se publiait dans les gazettes des articles sur le sujet. On se montrait plus disposé à agir que par le passé.
Alors parut M. le curé Antoine Labelle qui devait personnifier la colonisation et la faire comprendre. Il te
— Nos campagnes sont remplies d'enfants qui ne peuvent s'établir faute d'espace et qui s’en vont aux Etats-Unis travailler comme des nègres pour les étrangers, perdre leur foi, leur langue, tout ce à quoi nous tenons ! Pas de ça ! Il faut que ce ‘“ commerce ” cesse ! J'en appelle au clergé et je lui explique tue comme prêtres nous avons charge d’âmes et que nous devons nous mettre à l’œuvre pour empêcher que nos ouailles
ne nous quittent pour aller perdre leur religion aux Etats-Unis. Il faut ouvrir des chemins dans les terres nouvelles, construire des ponts, arpenter les terrains, marquer la place des églises, visiter nos campagnes, voir les vieilles familles influentes, inviter la jeunesse à nous suivre dans les domaines que nous aurons choisis pour elle et enfin nous remuer des pieds, des mains, parler, écrire, dépenser de l'argent et retenir chez nous nos braves jeunes gens qui ont du cœur pourtant, mais qui sont obligés de nous quitter. Ah ! quel fléau que cette émigration ! Messieurs du clergé, à moi! à nous ! au secours du pays ! En avant, suivez-moi |
C’est ainsi qu'il parlait, le curé Labelle. Comme Salaberry à Saint-Régis, à Lacolle, à Châteauguay, il enflammait ses troupes du feu de sa parole, par l'éloquence de son geste, par le rayonnement de sa figure, et il lançait son cri : “ en avant ” avec un pouvoir irrésistible, Aussi on peut dire que rien ne lui résista, Malgré la mort qui vient de le surprendre au milieu de la lutte, son œuvre est debout et se développe ; elle sauve des milliers de Canadiens des dangers qui résultent de l'émigration et elle conserve à notre bien-aimé pays des bras dont il a grand besoin.
Depuis 1850 jusqu’à ce jour, le Canada s’est transfor-
mé dans presque toute son organisation — et, sâns nul
doute, la colonisation est l'une des belles œuvres qui attirent nos regards et nos sentiments durant “ette remarquable période de quarante années.
Longtemps, il a été difficile de persuade: aux garçons sortant des écoles ou du collège de se faire cultivateurs. On s'imaginait que l'instruction ne peut servir qu'aux commis-marchands, aux notaites, médecins, avocats, et aux prêtres. Petit à petit, l’opinion changea et à présent il est admis que l’habitant qui sait lire, écrire et compter se tire d'affaire mieux que l’homme ignorant.
Et puis, combien de gens croyent que la vie des champs ne vaut pas celle des villes ! Ceci contribue à pousser dans les professions libérales un trop grand nombre d’enfants de la campagne.
Un jeune homme qui sortait du collège, demanda avis à son curé sur ce qu’il devait faire, Je me sens porté, dit-il à être avocat ou cultivateur. Ecoutez les admirables paroles que le digne pasteur lui adressa :
— “JIlya, mon cher enfant, une autre considération dont on ne s'occupe guère à votre âge, mais qui me paraît à moi pius importante que toutes les autres ; c'est que la vie des villes expose 4 toutes sortes de dangers. Sur ie grand nombre de jeunes gens qui vont y étudier des professions, ou y apprendre le commerce, bien peu,
hélas |! savent se préserver de la contagion du vice, Ils
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se laissent entraîner au torrent du mauvais exemple. Puis, dans les grandes villes, voyez-vous, les hommes sont séparés pour ainsi dire de la nature ; l'habitude de vivre au milieu de leurs propres ouvrages les éloigne de la pensée de Dieu S'ils pouvaient comme nous admirer chaque jour les magnificences de la création, ils s'élève. raient malgré eux jusqu’à l’auteur de toutes choses, et la cupidité, Ir vanité, l'ambition, les vices qui les tourmentent sans cesse n'auraient plus autant de prise sur leurs cœurs...”
Un avocat écrivait à l’un de ses amis, qui s'était défriché une terre et qui y vivait content et heureux : ‘t Quand je vois un cultivateur vendre sa terre à la campagne pour venir s'établir en ville, en qualité d’épicier, de cabaretier, de charretier, je ne puis m'empêcher de gémir de douleur. Voilà donc encore, me dis-je, un homme voué au malheur ! Et il est raie qu’en effet cet homme ne soit pas complètement ruiné après trois ou quatre années d'exercice de sa nouvelle industrie.
« Et ses enfants, que deviennent ils ? Dieu le sait.
‘ Plus j'y songe, mon cher ami, plus admire le bon sens dont tu as fait preuve dans le choix de ton état. Et quand je compare ta vie laborieuse, utile, courageuse, à
celle d’un si grand nombre de nos jeunes muscadins qui
ne semblent venus au monde que pour se peigner, se parfumer, se toiletter, se dandiner dans les rues... oh! je me sens heureux et fier d’avoir un ami tel que toi.” Voyons maintenant dans quelles parties du Bas- Canada ou province de Québec se sont manifestés les
principaux efforts de la colonisation depuis le commen.
cement de ce siècle, Les premiers endroits qui attirent notre attention se trouvent situég au sud du fleuve Saint- Laurent, à commencer vis-à-vis Québec, à peu près, allant jusqu'à la ligne qui nous sépare des Etats-Unis et gagnant, au sud-est de Montréal, le lac Champlain, source de la rivière Richelieu, J'en ai vu une description dans Jean Rivard, ce roman canadien que tous les colons devraient lire et méditer. La voici : “ La partie du Bas-Canada qu'on appelle les Cantons de l'Est et qui s'étend au sud du fleuve Saint-Laurent, depuis la rivière Chaudière jusqu’à la riviére Richelieu, comprenant plus de quatre miläons d’acres de terre fertile, est excessivement intéressante, non seulement pour l’économiste, mais aussi pour l'artiste, le poète et le voyageur. Partout la nature s'y montre, sinon aussi sublime, aussi grandiose, du moins presque aussi’ pittoresque que dans le bas du fleuve et les environs de Québec. Montagnes, collines, vallées, lacs, rivières, tout y semble fait pour charmer les regards. Le touriste qui a parcouru les