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les
bords de la rivière Saint François ne saurait out!ier les paysages enchanteurs qui s'offrent de tous côtés. Les rivières Chaudière, Nicolet, Bécancour, avec leurs chaînes de lacs, leurs cascades, leurs rives escarpées ; les lacs Memphrémagog, Saint-François, Mégantic, Aylmer, avec leurs îlots verdoyants, présentent à l'œil le même genre de beautés ravissantes.
‘ Ajoutons à cela que le sol y est pétout d’une fertilité remarquabie, que le ciel y est clair et le climat salubre, que toutes les choses nécessaires à la nourriture de l'homme, poisson, gibier, fruits, s’y trouvent en abondance, et l’on s'étonnera sans doute que cette partie du Canada n'ait pas été peuplée plus tôt.”?
L'histoire nous raconte comment les choses se sont passées. En 1784, le gouverneur général Haldimand accorda des terres dans les towuships de l'Est à des familles de U. E. Loyalists mais il ne fut pas donné suite à ce commencement de colonisation parce qne les émigrants qui venaient alors des Etats-Unis étaient en nombre insignifiant, Le successeur du général Haldimand, sir Guy Carleton, qui était devenu iord Dorchester, fit faire des arpentages dans presque tous les cantons et imposa aux townships les noms qu'ils portent encore
aujourd’hui. À cette époque les Canadiens-français ne
s'avançaient pas dans cette direction vu que le gouver-
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nement n'y concédait pas les terres d’après notre système seigneuria!.
En 1797-98 le gouverneur Prescott signala au ministre des coloni?s les actes de favoritisme dont le beau des terres se rendait coupable en donnant des concessions ‘à des personnes qui n'étaient pas des colons de bonne foi. Ce bureau des terres avait été formé en 1791 et sa plus grande influence se recrutait dans le Conseil Législatif, Il avait pour chef monsieur Osgood que l’or disait être peu werupuleux. En 1799 Prescott fut rappelé en Angleterre et Osgood se démit de ses charges, ce qui tégla leur diffiiulté mais n’empêcha pas le bureau des terres de continuer ses agissements.
Du temps du gouverneur Craig (1807-9) on ouvrit le chemin Craig qui partait des envi'ons de la Pointe- Lévis pour pénétrer dans iles cantons. Il a été constaté que de 1792 à 1811 trois millions d’acres de terre ont été concédes dans les cantons, à seulement deux cents personnes, parmi lesquelles ils s’en trouvaient, comme sir Robert Shore Milnes, gouverneur-général, qui en avaient 60,000 à lui seul. La plupart de ces terrains restaient en forêt parce que les concessionnaires voulaient les garder en attendant la hausse des prix et les vendre ainsi avec bénéfices. Le général Sherbrooke ii 1816-18
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resté à un village qui de nos jours est devenu une grande ville, Sir Gordon Drummond qui était administrateur de la colonie, en 1815 se plaignait comme l'avait fait Prescott de l'oligarchie du bureau des terres et il ronstatait que toute la région de la rivière Saint-François était concédée, rnaïs en grande partie sur le papier seulement, si bien qu’on ne pouvait plus y établir de soldats. En 1818-19 le duc de Richmond étudia sérieusement les cantons de l'Est et y donna des terres a beaucoup de vétérans des armées de Wellington. Drummond et Richmond ont laissés leurs noms à des comtés des cantons de l'Est.
Vers 1821 la population des cantons commençait à prendre de l'importance. C’est alors je crois que l’on ouvrit les deux grandes 1..1es qui vont l’une à partir de Saint-Romuald, près de Québec, et l’autre à partir du port Saint-François, près Nicolet, jusqu'au cœur des cantons.
Les Canadiens-français commencèrent alors à entrer en grand nombre dans ces townships et à s’y établir souvent comme simples squatteurs, si bien que le bureau des terres et les concessionnaires de grands terrains emplovèrent la force de la loi pour les faire déguerpir. La politique s’empara de la question et la Chambre d’Assemblée, côté de monsieur Papineau, attaqua plus sévère-
ment que jamais le bureau des terres dans lequel elle se
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plaisait à frapper son ancien adversaire le Conseil Législatif. On fit des règlements pour taxer les terres concédées et non occupées. Les squatters des cantons parmi lesquels il y avait un certain nombre d’Anglais, se prononcèrent tous pour le parti Papineau et dès ce moment l'agitation politique n’a plus cessé dans ces nouvelles campagnes, En 1825 on détacha des districts judiciaires de Québec et de Montréal, toute la région qui forme le district de St. François. :
Lord Aylmer, gouverheur général, visita les cantons (1830) et s’appliqua résolûment à les développer. . Il disait qu'il fallait placer un demi million d’émigrés sur les terres du Bas-Canada et qu’alors la province aurait une chance de devenir anglaise, ce que l’on n'avait pas encore pu faire. Le chemin qui aboutit à Saint-Romuald était fréquenté plus que jamais en raison du nombre de colons étahlis à l’intérieur. Lord Aylmer qui encourageait tous ces mouvements donna son nom à un bateau à vapeur destiné x voyager entre Québec et Saint- Romuald. Les constructeurs du bâteau prétendirent l’avoir calculé de telle façon qu’il pouvait naviguer sur l’océan au moyen de la vapeur et sans l’aide de la voile.
Un jour on eut occasion de l’envoyer au Bic pour secou-
rir un navire naufragé, et il donna la preuve de ses capa-
cités maritimes, si bien que l’on s’empressa de construire
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à Québec le Royal William dans le dessein formel de traverser l'océan sans le secours de la voile et en utilisant le vapeur seule, ce qui arriva, En 1830 se forma à Londres une compagnie pour la colonisation des cantons de l'Est, elle a contribué pendant de longues années à développer cette région, et c'est de son temps que les Canadiens envahirent définitivement tout ce pays. En 1834 35 l'agitation politique était trés vive dans cette partie du pays et monsieur Papineau remporta à Stanstead, l’un de ses plus beaux succès. Les colons qui sentaient que la Chambre d'Assemblée était leur rampart contre le Conseil Législatif, le bureau des terres et ses concessionnaires et inême contre la compagnie de Londres, se prononçaient dans le sens patriote.
Le calme étant revenu après ies évènemente de 1837- 38, et quoiqu'il n’y eût que peu ou point d'organisation dans les affaires de colonisation, nos Canadiens, comme je l'ai dit, agissaient par eux-mêmes et pénétraient, en squatters ou autremer.t, dans le domaine de notre père Adam, que les capitalistes d’Angleterre voulaient conserver pour le plaisir d’y récolter de l'argent. Ce tut un spectacle mémorable que celui de cet envahissement des “ Bois-Francs ” par les Canadiens. Une lutte, mes amis ! Les influences du moment étaient en faveur des
émigrants anglais — mails Ces émigrants ne pouvaient
tenir contre le climat, Béloignement des grands centres,
le travail de l’abattage du bois, le désouchage, et mille autres tracas qui s'imposent dans un défrichement canadien. Ils se dédourageaient bientôt, et vendaient leurs terres à nos gens qui ne reculèrent jamais devant les travaux du pionnier. C’est comme cela que nous avons piqué des pointes vers le centre des cantons anglais ; c’est comme cela que nous avons découpé en zigzags et de toutes les façons les terres dont on prétendait nous priver. Les Anglais, vous le savez, ne sc croient chez eux que lorsqu'ils sont seuls ; du moment où il y a des Canadiens à côté d'eux, leur première pensée est de déguerpir. Ils ont tranquillement abandonné, les uns après les autres et, aujourd'hui, ce qui reste d'eux est un petit groupe, tout petit, sans importance — mais ils ont donné aux localités des Cantons de l'Est des noms qui ne répondent pas du tout à nos souvenirs ni à nos aspirations. Puisque nous sommes à présent les maîtres de ces territoires, il serait à propôs de leur imposer des noms canadiens, et voici pourquoi : Le pouvoir avait affecté à certaines: personnes, il y a cent ans, la possession des terres des Cantons de l'Est, mais les personnes auxquelles ces terres ont été concédées, ne sont plus en possession et alors pourquoi conserver
des souvenirs qui ne disent rien à la population nouvelle,
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population qui ne s'eñ ira pas, car elle est canadienne, Les Canadiens ne s’en vont pas — ils se maintiennent sur le territoire conquis par eux — et, malheureusement — ils essaiment, lancent des colonies au loin, dans l'espoir de faire mieux et meilleur — mais les hommes de courage restent fermes, dans le Bas-Canada, et travaillent pour notre avenir, avec patience et tranquillité. Vous parlerai-je des souffrances des colons qui, les premiers, attaquèrent la forêt, dans tel ou tel lieu, pour en faire une paroisse? De ceux qui, malgré toutes les difficultés et le manque de protection de la loi, se déterminaient à s'établir dans les terres nouvelles? Le chapitre en serait long — il formerait un volume. Nous avons eu les combats à main armée de l'Ottawa, les incendies du Saguenay, les expropriations des squatters des Cantons de l’Est — et partout les abus des commerçants de bois, les juiveries des marchands de campagne, attachés comme des sangsues aux membres dw pauvre colon. Lisez le récit d’une scène douloureuse racontée par Gérin-Lajoie dans Jean Rivard le Défricheur : ‘Tous ceux qui parmi nous ont à cœur le bien-être du peuple et la prospérité du pays regardent avec raison la colonisation des terres incultes comme le moyen le plus direct et le plus sûr de parvenir à l’accomplissement de
leurs vœux. Lord Elgin, ce gouverneur dont les
Canadiens conserveront à jamais la mémoire, parce que dans son administration des aflaires de la province il ne se contenta pas d’être anglais, mais voulut avant tout être juste, lord Elgin disait en 1848 que la prospérité et la grandeur future du Canada ‘‘ dépendaient en grande partie des avantages qu’on retirerait des terres vacantes et improûuctives, et que le meilleur usage qu’on en pt faire était de les couvrir d’une population de colons industrieux, moraux et contents.”
“ Toutes les voix canadiennes ont fait écho à celle du noble lord, ou plutôt lord Elgin, en énonçant cette opinion, n’était que l’écho de toutes les voix canadiennes,
car depuis nombre d’années, les propositions les plus
diverses avaient déjà “té faites pour atteindre le but en
question.
‘“ Mais de tous les moyens proposés, le plus simple, le plus facile et en même temps le plus efficace, c’est, on l’a dit nulle et mille fois, et il n’y a qu’une opinion sur le
sujet, c'est l'ouverture de chemins publics à travers les forêts. Ce qui prouve cela de la manière la plus
évidente, c’est que partout où l’on établit de bonnes voies de communication, les routes se bordent aussitôt d'habitations et qu'au bout de quelques mois l’épi doré remplace les arbriseaux naïssants et les chênes séculaires.
Si ce moyen si rationnel eût été adopté et mis en F5
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mis en
pratique, sur une grande échelle, il y a cinquante ans, la face du pays serait entièrement changée ; ces milliers de Canadiens qui ont enrichi de leur travail les Etats limitrophes de l'Union Américaine se seraient établis parmi nous et auraient contribué dans la mesure de leur nombre et de leurs forces, à développer les ressources du pays et-en accroître la population.
‘ En étudiant les causes qui ont retardé l'établissement du Bas Canada, et fermé de vastes et fertiles territoires à des légions d'hommes forts et vaillants, on se sent agité malgré soi de sentiments d'indignation. Mais laissons là le passé ; l’histoire dira tout le mal qu'ont fait à notre population la cupidité insatiable, l’avarice impitoyable des grand: et riches spéculateurs, une politique égoïste, injuste et mesquine, et la mauvaise administration, pendant trois quarts de siècle, de cette belle et intéressante colonie. Sans nous laisser aller aujourd’hui à de justes mais inutiles regrets, cherchons à réparer autant que possible les maux du passé, et ne portons nos regards que vers l’avenir.
“ Ce serait une bien triste histoire que celle des misères, des accidents, des malheurs du toutes sortes occasionnés par le défaut de c. :mins dans les cantons en voie d'établissement.
“ A son retour du village de Lacasseville, Jean Rivard