WEST MAIN STREET WEBSTER, N.Y
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trouva toute la population sous le coup d’une émotion extraordinaire. Deux accidents lamentables arrivé: à quelques jours d'intervalle avaient jeté comme un voile funèbre sur toute cette partie des cantons de l'Est.
‘# Un jeune missionnaire canadien, plein de zèle et de dévouement, s'étant, dans l'exercice de son saïnt ministère, aventuré dans la forêt sans guide et sans chemin, avait été surpris par les ténèbres de la nuit, et après de longs et vains efforts pour parvenir aux habitations, s'était vu condamné à périr.
‘ On l'avait trouvé mort, au milieu d’un marécage, enfoncé dans la boue jusqu’à la ceinture... mort de froid, de misère, d’épuisement.
‘ Missionnaire irfatigable, pasteur adoré de son troupeau dispersé, sa mort inattendue avait jeté la constertion dans les cœurs et faisait encore verser des larmes,
“ Des deux hommes -qui l’accompagnaient, l’un était mort à côté de lui, l’autre, perclus de tous ses membres, survivait pour raconter ce tragique évènement.
‘€ Mais une autre nouvelle, plus navrante encore, s’il est possible, avait achevé de répandre la terreur dans toutes les chaumières des environs.
‘ Dans un des cantons avoisinant le canton de Bristol était alié s'établir un pauvre colon canadien, avec sa femme et ses deux enfants dont l’un encore à la mamelle.
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tion Afin d'avoir un lot plus fertile et plus avantageux, il és à | il s'était enfoncé dans les bois jusqu’à six lieues des voile ; habitations, n'ayant de provisions que pour trois "Est. semaines. Là, il s'était: bâti une cabane et avait comet de mencé des défrichements. Au bout de trois semaines, inis- ayant fait brûler des arbres et recueilli quelques minots min, de cendres, il avait transporté cette ceadre sur ses ès de épaules jusque chez le plus proche marchand dont il ions, avait reçu en échange quelques livres de farine et un | demi-minot de pois. Une fois ceite maigre pitance cage, | épuisé, il avait eu recours au même moyen, accomplisrt de sant toutes les trois semaines, le corps ployé sous un lourd fardeau, un trajet de douze lieues, à travers la trou- | forêt. Pendant plus de six mois, le courageux colon put nster- | subsister ainsi, lui et sa petite famille. Il était pauvre, rmes. bien pauvre, mais grâce à son dur travail, les environs | était | de sa cabane commençaient à s’éclaircir, et il goûtait bres, | déjà un peu de bonheur en songeant que s’il passait | l'hiver sans accident, sa prochaine récolte lui rapporteil est | rait assez pour qu'il n'ait plus besoin de recourir au dans | marchand,
‘ L’infortuné colon ne prévoyait pas l’affreux malheur
ristal qui l’attendait.
ec sa | ‘ Parti un jour de sa cabane, vers la fin de novembre,
melle. les épaules chargées de deux minots de cendre, il s’était
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rendu comme d’habitude chez le marchand voisin et en avait obtenu la ration accoutumée, après quoi il s'était remis en route pour traverser les six lieues de forêt qui le séparaient de sa demeure, Il se sentait presque joyeux malgré ses fatigues et sa misère. Mais à. peine avait-il fait deux lieues, qu’une neige floconneuse se mit à tomber ; l’'atmosphêre en fut bientôt obscurcie et le ciel et le soleil cachés aux regards ; en moins d’une heure, une épaisse couche blanche avait couvert le sol, les arbustes et les branches des grands arbres. Notre voyageur avait encore trois lieues à faire lorsqu'il s’aperçut, à sa grande terreur, qu’il avait perdu sa route. Les ténèbres de la nuit couvrirent bientôt la forêt, et il dut se résigner à coucher en chemin, ce qu’il n'avait jamais fait jusqu'alors. Il sorgeait aux inquiétudes que devait avoir sa femme et cette pensée le tourmentait plus que le soin de ga propre conservation. Le lendemain matin de bonne heure, il partit, tâchant de s'orienter le mieux possible ; mais après avoir marché tout le jour, il fut tout étonné de se retrouver le soir, au soleil couchant, juste à l’erüroit où il s'était arrêté la veille. Cette fois, maigré ses fatigues, il ne put fermer l'œil de la nuit. Je n’essaierai pas de dépeindre ses angoisses ; elles se conçoivent mieux qu’elles ne peuvent se décrire. Il marcha encore toute la journée du
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lendemain, s’arrêtant de temps en temps pour crier au secours sans presque aucun espoir de se faire entendre. Enfin, disons pour abréger, que ce ne fut que le troisième jour au matin que le malheureux colon aperçut de loin sa petite éclaircie et son humble cabane au milieu.
‘ Son cœur palpita de joie lorsqu'il songea qu'il allait revoir les objets de son affection, sa femme, la compagne de sa misère et de ses travaux, et ses petits enfants auxquels il apportait de quoi ma":
‘ Mais, 6 douleur ! pitié pour le pauvre colon !.…
‘€ Qu’aperçut-il en ouvrant la porte de sa cabane ?
‘“ Sa pauvre femme étendue morte !..... son plus petit enfant encore dans ses bras, mais n'ayant plus la force de crier... puis l'aîné s’efforçant d’éveiller sa mère et demandant en pleurant un petit morceau de pain !,......
Il est dans la vie de l’homme des souffrances morales si affreuses, des douleurs tellement déchirantes qu’elles semblent au-dessus des forces.humaines et que la plume se refuse à les décrire? |
Dans tous nos nouveaux etablissements de pareïlles scènes ont eu lieu. Le malheur a rendu sacrées et prospères les paroisses canadiennes. Partout où nous allons, nous rencontrons de ces souvenirs qui forment l’auréole de nos établissements même les moin. anciens. Il semble que le Canadien ne puisse rien entreprendre
sans que l’histoire de ces souffrances ne débutte avec ses travaux.
Les mêmes choses se sont vues au Saguenay depuis ù un demi-siècle. Mais à quoi bon se plaindre? la Providence veille sur ceux qui souffrent et les aide à sortir d'embarras,
La colonisation du Saguenay et des bords du lac Saint-Jean, ne commença que l'année 1837, trois siècles ronds après la découverte du Canada. Les gens de la Malbaie furent les premiers à prendre des terres dans cette région nouvelle, maïs en petit membre, car la plupart de ceux qui se dirigeaient alors de ce côté s’occupèrent d’abord de couper du bois, de construire des scié-
ries et de faire descendre à Tadoussac les milliers de cages, cageux, radeaux et trains de bois qui ont été, jusqu’à tout récemment, à peu près le seul commerce de ce territoire, Néanmoins, la route était tracée ; de nouveaux colons arrivaient, de temps en temps pour défricher et s'établir. Ces courageux pionniers eurent à souffrir des tracasseries de la part de personnes qui possèdaient encore le privilège de la traite des pelleteries, 4 ce que l’on appelait les Postes du Roi. Ce privilège durait depuis 1658. En 1842, le gouvernement l’accorda de nouveau à la compagnie de la baie d'Hudson, pour une durée de vingt-et-un ans, mais en se réservant le droit
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de faire arpenter les terres et de les vendre aux colons. C'était un grand pas de fait, cependant on n'était pas au hout des misères et. des embarras. Les MM. Price
étaient devenus maîtres du commerce de bois et ils ré-
gnaient comme des rois sur tout le Saguenay. Vous dire
que ces marchands aimaient à voir les habitants abattre les arbres et fonder des établissements agricoles ce serait mentir, aussi firent-ils tout en leur pouvoir pour décourager nos gens. Les marchands de bois sont ordinairement puissants, ils ont bien des moyens de gêner un pauvre homme isolé dans la forêt et presque sans aide du dehors. Pendant de longues années, le patriotisme de nos défricheurs les porta à endurer avec énergie les maux qui les accablaient. Ils avaient pris possession de leurs terres, 1ls voulaient y rester, s'y encrer, se fixer à demeure, comme leurs ancêtres avaient fait autrefois sur les bords du Saint-Laurent. Partout dans le Canada, l'avant-garde de nos braves défricheurs a eu de semblables combats à soutenir. Mais qu'importent les peines et la fatigue si le succès couronne nos efforts! Ce n’en est que plus satisfaisant, Llus beau, plus glorieux.
A combaitre sans peine on triomphe sans gloire.
Le colon canadien peut prendre cette devise pour lui : il la mérite, Les premiers habitants du Saguenay s'étaient placés
2 26 rosoamen daanaman 2g t v p memes
près des moulins, mais bientôt ils empiétèrent les uns les autres sur leurs terres réciproques, faute d’arpentage reconnu. Les récoltes ayant été mauvaises à la Malbaiïe, depuis quelques années, c'était à qui partirait de là pour se chercher de meilleurs endroits, si bien que, dès 1843, il y avait plusieurs centaines de familles au Sagueray qui n'avaient pas de titres de propriété. Faute de moyens, la plupart n'avaient pu acheter ni chevaux, ni vaches, ni bœufs. Alors ils se mirent à travailler dans les chantiers où les MM. Price coupaient du bois. Vous comprenez que cela n’était pas le plus désirable, car l'habitant qui est obligé de quitter son chez lui pour courir après un petit salaire n'avance vas beaucoup sa ferme. Les labourages se faisaient à la pioche ; on manquait de route pour sortir ses produits, sauf en été par la rivière Sa. guenay. Il vécurent ainsi nombre d'années, * arrachant de la misère et ne mangeant pas toujours plein leur ventre.” Pauvres gens! n’allons pas les oublier et ceux qui colonisent de nos jours avec bien moins de difficultés doivent souvent penser à eux. C’est pour rappeler leur souvenir honorable que j'en, parle ici. Nous sommes tous fils des habitants ; les travaux de nos pères doivent nous tenir à cœur. La nationalité, c’est la chaîne des générations qui se succèdent avec le temps ; si vous touchez à l’un de ses anneaux toute la chaîne vibre en ressentant le coup.
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On comprenait alors si peu dans le public la noble cause de la colonisation que ni le gouvernement ni les particuliers ne songeaient à lui prêter assistance, Les choses sont bien changées, pour le mieux — mais on ne fait pas encore assez. Le travail des chantiers occupait les hommes du Saguenay tout l’hiver et se prolongeait jusqu’à la descente des billots, qui n’avait lieu qu’à la fin de mai où au commencement de juin, quelques fois même plus tard, de sorte qu’ils ne pouvaient labourer et ensemencer leurs terres que lorsque la saison était déjà fort avancée et, naturellement, le grain semé à cette époque de l’année ne murissait pas avant les gelées de la fin d'août et septembre —- aussi la récolte était-elle souvent perdue.
Le colon qui s'était endetté envers les marchands pour ses frais de premier établissement, contractait forcément de nouvelles dettes. Les causes qui avaient fait manquer la récolte l’année précédente, se renouvelaient ; le pauvre malheureux, abandonné à lui-même au milieu des bois, tourmenté, mécontent, ne savait que faire ; souvent on tentait de lui enlever la terre arrosée de ses sueurs ; il ne poûüvait compter sur la protection des lois — alors il y en avaient que ce martyr décourageait, et
ils renonçaient à conserver leurs biens. Ii faut dire que,
en général, les colons résistérent à ce misérable état de G
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chuses — et ceux-là ont fondé le Saguenay. C'était alors comme dans les batailles que l’histoire nous raconte : les morts ne jouissaient pas du triomphe, mais l’armée était victorieuse. Aujourd'hui, nous faisons tout cela beaucoup mieux et nous ferons bien davantage encore dans un avenir prochain.
Vers 1848 se formèrent trois sociétés de colonisation, presque en même temps: à la Malbaie, à la baie Saint- Paul, à Saint-Ambroise près de Québec. La première choisit ses terres le long de la rivière aux Sables ; la seconde prit le canton Signaï sur les bords du lac Saint- Jean, et le fit arpenter en bonne partie ; M. Boucher, curé de Saint-Ambroise, qui représentait la troisième, entreprit seul à l’aide de souscriptions recueillies dans sa paroisse et à Québec, de coloniser le canton Caron, voisin du précédent,
Une quatrième société se forma, en 1849, à Sainte- Anne de la Pocatière, pour envoyer au Saguenay le surplus des colons des comtés de l Islet et de Kamouraska. Elle donnait la préférence au Saguenay parce que les terres s’y vendaient vingt centins l’acre, au lieu dé quarante comme sur le côté sud du fleuve; parce qü'elles étaient de beaucoup supérieures à celles qui sont situées en arrière des deux comtés en question; parce qu'une partie des habitants du sud s’y portaient déjà d’eux mêmes.
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Ce fut le moment où l’on commença à entendre parler du Saguenay par toutes les bouches ; bientôt après, le gouvernement se décidait à favoriser l’entreprise.
La question des chemins agitait tous les esprits. En 1847 plusieurs prétendaient qu’il était possible de tracer une route directe de Québec au lac Saint-Jean, mais cela passait pour une chimère. Cette route n’a été ouverte qu’en 1877. Aujourd’hui, un chemim de fer muet le lac Saint-Jean à la porte de Québec. Ah! si les colons de 1840 voyaient cela |
Il serait trop long d'énumérer les arpentages et autres travaux qui ont été accomplis dans la région du Saguenay, depuis quarante ou cinquante ans, pour amener ie resultat que nous avons sous les yeux. Les paroisses ont surgi comme par enchantement, les routes se sont faites, des industries se sont repandues partout ; des écoles, un couvent. puis un évêché sont venus complèter cette petite province toute jeune, qui sera grande un jour. C’est un véritable acte patriotique que de faciliter à nos gens l’accès et la possession des belles terres du Saguenay. Qu'on se le dise.
Sa population, à laquelle le recensement de 1881 assignait le chiffre de 32,409 âmes, atteint aujourd’hui, en toute probabilité, celui de 40,000.
Le nombre des cantons délimités et plus ou moins ou-
verts à la colonisation, dans le bassin du “ Lac ” propre-
ment dit, s'élève à pas moins de trente, dont les plus fertiles, à l'est et à l’ouest du lac, peuvent à bon droit être appelés le “ grenier de la province. ”
Le lac Saint-Jean, que les sauvages appellent ‘ Pikouagami,” (lac plat) égoutte l'immense vallée qui porte so: nom, et est le réservoir de plusieurs grandes rivières. Sa. distance de Québec, en ligne droite, est d’environ 140 milles.
Sa plus grande longueur, entre l'embouchure de la Belle-Rivière et celle de la Mistassini, atteint 28 milles, et sa plus grande largeur a été calculée à 25 milles. Un mesurage exact lui donne 365 miiles en superficie et une
circonférence de 85 milles.
La profondeur d’eau du lac n’est pas considérable, la
plus forte moyenne ne dépassant pas 80 pieds. Aun seul endroit, vers le centre, on a trouvé 225 pieds.
Il y a tout autour du lac Saint-Jean un vaste systême de communications par eau, qui sont naturellement très avantageuses à la colonisation et qui offriront un jour de grandes facilités au commerce de la vailée, quoique les rivières qui composent ce systême ne soient navigables, sur une grande partie de leur cours, que pour des embarcations d’un faible tirant d’eau.
Toutes ces rivières égouttent des terrains d’une grande fertilité. Presque partout le sous-sol se compose de ro-
ches calcaires, sur lesquelles reposent des couches de ’ F2 Peu CE, à { +
us Dit
terre glaise (argile) qui ont parfois plusieurs centaines de pieds d'épaisseur. Les dépôts superficiels, mêlés à cette terre glaise, se composent d’alluvions sableuses, d’humus et de détritus végétaux qui forment une terre arable d'une grande richesse, surtout à l’ouest et au nord du lac Comme de raison, il y a des exceptions, des endroits moins fertiles, mais la description que nous venons de donner s'applique d’une manière générale à toute la contrée.
Cette fertilité, du reste, est établie par la nature même des forêis de cette région, forêts dont les essences dominantes sont l’orme, le frêne, le merisier, l’érable, l’épinette rouge, l’épinette blanche, le pin, le cèdre, la pruche et même le bois blanc.
On a dit, il y a longtemps déjà, que la vallée du lac Saint-Jean deviendrait un jour le grenier de la province de Québec. Le fait est qu’elle peut former à elle seule une province entière, et, dans tous les cas, elle est destinée à devenir avant peu un vaste champ d’approvisionnement pour la capitale, en même temps que celui vers lequel se tourneront les plus actives et les plus sérieu: 2s tentatives de colonisation vers le nord.
La colonisation, se développant sans cesse, tend à en-
serrer le lac tout entier. Depuis quelques années déjà
elle s’ést avancée rapidement vers l’ouest, par les can-
tons Normandin et Albanel ; la voilà aujourd’hui qui s’étend vers le nord, et les vallées de la Mistassini et de la Péribonca déploieront pour l’homme toute leur fécondité. C’est que la région du jiac Saint-Jeaa possède des avantages exceptionnels de sol et de climat qui la rendent éminemment productive.
“Le climat du lac Saint-Jean,” disait M. Bouchette, il y a déjà un demi-siècle, “est aussi doux et même plus doux que celui de Mcntréal. Quand, à Chicoutimi, les oignons, les patates et les choux pelaient, le 23 septembre 1832, ils étaient restés absolument intacts au lac Saint- Jean jusqu’au 12 octobre. On peut cultiver mêne le melon sur ies bords du lac, et les nuits y sont moins froides que dans le reste du pays.”
Citons encore un extrait du rapport de M. Ballantyne, adressé au gouvernement en 1857:
‘ L'expérience acquise par sept années d'excursions dans les divers cantons qui composent une partie de ce beau territoire, m’2 montré ies choses sous un jour tip clair pour ne pas faire connaître toute la verité. Je dirai donc avec la certitude de n’éprouver aucun démenti, que je ne connais nulle part en cette province un territoire qui, sur une étendue aussi considérable, ofire des qualiiés supérieures, à. tous égards, aux terres qui com-
posent une partie des cantons que j'ai arpentés.…
‘ Mais ce n’est pas tout. Le climat vient apporter son contingent dé faveurs à l’agriculture. J’ai vu bien des personnes marquer dela surprise, lursque je leur disais que le climat du lac Saint-Jean peut rivaliser avec celui de Montreal; rien de plus vrai cependant, Une chose importante à remarquer est que les vents du nord-est, si humides et si désagréables sur les bords du Saint-Laurent perdent leur cortége de vapeurs avant d’arriver au lac Saint-Jean, et sont alors ce que sont les vents du sudouest sur les bords du fleuve. Les arbres fruitiers que lon voit dans le jardin du poste de Métabetchouan, sur les bords du lac, sttestent de la douceur du climat. Il suf. fit de jeter un coup d’œil sur ces forêts de cèdres d’une grosseur prodigieuse, de pins blancs, de pins rouges, d’épinettes et de merisiers, pour se convaincre de la bonté de ce climat et de la vigueur nourricière du sol.”
t Le sol est presque inépuisable. À la Pointe-aux-Trembles j'ai vu un champ qui a produit du blé pendant les quinze dernières années, sans application d'aucun engrais ; et ie grain que j'ai vu cette année était aussi beau que celui que l’on a récolté dans n'importe quelle autre partie du district. On reste frappé d’étonnement en voyant la richesse du sol; je crois qu’il n’y en a pas de meilleur en Canada.”
On dit que le climat de la région du lac Saint-Jean est
semblable à celui de Montréal; il n’y a pas de doute qu’il est supérieur à celui de Québec. La chut? de neige est certainement moindre, De fait les cultivateurs se plaignent qu'ils n’ont de bons chemins pour les traineaux que bien tard dans l’hiver.
Cette région est surtout propre à l'élevage des bestiaux. Le fourrage est tellement riche que le mouton du lac Saint-Jean est déjà renommé pour l’excellente qualité de sa chair, et plusieurs wagons, chargés de ces animaux ainsi que de bêtes à cornes, ont été expédiés cette année sur le marché.
La région traversée par le chemin de fer du lac Saint- Jean est entrée dans une ère de développement extraor-. dinaire, grâce aux communications ouvertes et à l’initiative éclairée de la Compagnie. La ligne principale de Québec à Roberval comprend cent quatre-vingt-dix milles, et l’on est décidé de l’étenûre à l’est jusqu’à Chicoutimi et à Saint-Alphon:e, c’est-à-dire jusqu’à la tête de la navigation océanique de la rivière Saguenay. Saini- Alphons: est un magnifique havre que les plus gros transatlantiques peuvent atteindre en toute sûreté. Il est question d’y raccorder à la voie ferrée une ligne de vapeurs rapides, ce qui permettrait aux touristes d'aller contempler par terre et par eau les merveilleux paysages du Saguenay.
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En 1889, le chemin de fer transportait 79,000 voyageurs, 104,000 tonneaux de fret, 27,000 cordes de bois de chauffage, 25,000,000 de rieds de bais de commerce et 24,000 tonneaux d'autres marchandises.
Les diverses industries qui alimentent ce trafic et le commerce de bois donnent de l'emploi à près de 3,000 hommes.
Une autre grande rivière qui vient du nord est le Saint-Maurice. Elle arrose un territoire qui formerait une province. Maiheureusement, on ne peut entrer dans ce cours d’eau par son embouchure, parceque les quinze premières lieues sont semées de rapides, cascades et chutes d’eau terribles. C’est beau mais ce n'est pas commode. Rendu aux Piles, la rivière, si vous la remontez à partir de là, reçoit plusieurs belles rivières qui traversent des terres fertiles. Figurez-vous un arbre couché à terre dont les branches s'étendent à droite et à gauche sur le sol: c’est le Saint-Maurice. IT! étend ses rameaux jusqu'aux terres du lac Saint-Jean à l'Est et jusqu’à celles de l’'Ottawa à l'Ouest. Un jour on y entrera pour tout de bon... en chemins de fer, car il n’est pas acressible autrement, C’est un beau pays encore peu, très peu peuplé, parceque la porte en est
fermée, mais “la bête à feu” comme on dit, nous y
transportera et un jour, vers 1920, On verra dans les
admirables vallées de cette région des centaines de mille de Cänadiens sans peur et sans reproche, envoyant le produit de leurs termes aux quatre coins du monde avec la renommée du Saint-Maurice !
Je voulais vous parler de la vallée de l'Ottawa, fréquentée depuis 1613 par les Canadiens, mais où la colonisation s’est faite seulement dans notre siècle. Les débuts ont été faciles à nos gens parceque cette belle rivière est très ouverte et se trouve aux portes de Montréal, C’est bien différent du Saguenay et du Saint-Maurice. Aussi nous pourrions écrire tout un volume sur lOttawa, mais puisque la colonisation de notre temps nous occ'ipe avant tout, ne parlons que de cela. |
Il n'est impossible de commencer autrement que par le nom d’un homme, un prêtre qui a tellement mêlé son souvenir à l'histoire de cette région que l’on ne peut les séparer. Je veux parler de Monsignor Labelle, décédé prématurément l’année dernière. Il n’y a pas un Canadien qui ne sache ce qu’il était. Ceux qui l'ont connu l'adorent, selon la manière ordinaire de s'exprimer, et ceux qui ne l’ont pas connu personnellement le révèrent. C’est tout dire.
Depuis 1868 jusqu’à sa mort en 1890, M, le curé Labelle a eu la charge de la paroisse de Saint-Jérôme et il en à augmenté la population dans la proportion de 1
à 3, par des entreprises de toutes sortes, mais toujours en rapport avec la colonisation, car les grandes idées ne marchent pas sans entraîner beaucoup de choses après elles. Saint-Jérôme n’est plus l’humble village d'il y a vingt ans ; c’est l’une des localités les plus florissantes de la province ; on la regarde déjà comme la capitale de la région du nord de Montréal,
Je trouve dans les Annales Térésiennes le portrait
suivant du curé Labelle : ‘“ Ainsi Monsieur le curé de
Saint-Jérôme a décidé, un iour, qu’un chemin de fer ferait bien entre son village et Montréal. La pensée, c’est l’action ; il s’est mis à l’œuvre, il a remué ciel et terre, il a dépensé, il s’est dépensé ; il a écrit, parlé, a travaillé : et Saint-Jé: ôme, ville depuis l’an de grâce 1881, est aux portes de la métropole. L’inactivité tuerait le curé de Saint-Jérôme ; aussitôt une nouvelle idée s’empara fortement de lui.
‘6 Dans Saint-Jérôme, coquettement assis au pied des Laurentides, en face de cette bruyante rivière du Nord qui arrive des montagnes, M. Labelle avait bien des fois laissé courir sa pensée et son imagination vers ces forêts qui s'étendent par-delà les montagnes et vallées jusqu’à la hauteur des terres. Il avait entrevu les richesses de ce sol. Un jour il voulut s'assurer si la realité n’appro-
chait point de ses prévisions. Il fut émerveillé. — D’un
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autre côté, il voyait le pays dévoré du mal de l’émigration ; la race canadienne se laissait environner, presser par les autres nationalités ; surtout il déplorait comme un danger et un malheur l’agglomération des gens de la campagne dans les villes. Le remède, l'unique remède à ces maux était la colonisation. Cette œuvre éminemment patriotique et religieuse a été depuis un demi-siècle, la préoccupation de tout Canadien ayant à cœur les intérêts de son pays, et lcs hommes zélés n'ont cessé de travailler à refouler les populations vers les terres nouvelles des Cantons de l'Est, du Saguenay, du Saint- Maurice. M. Labelle a taillé un royaume immense dans la vallée de l’Ottawa, et il a décrété dans son intérieur qu’il le peuplerait. Dès lors, la colonisation de la Rivière Rouge, la vallée de l'Ottawa, se sont identifiées avec lui. Les facultés de son âme, les forces de son corps, sa position, son influence, sont au service de cette idée. Il ne pense qu’à sa colonisation, il n'aime que .cette œuvre, elle l'absorbe, le tourmente, le dévore. Il en parle à propos de tout, comme il parle de tout à propos d'elle, Vingt fois vous changez le sujet de la conversation, vingt fois il la ramène au point de départ. Vous discutez une question avec lui, soudain il s'arrête, ne répond plus ; l’œil est fixé dans un des angles de
l'appartement, la main gesticule, le pied remue ;- soyez
fonds inépuisable, pourvu qu’il sache l’entretenir et se
tranquille, il a pris le chemin du Nord, il ne tardera pas à débarquer au lac Nominingue, il finira tout haut sa pensée par des paroles comme celle-ci : ‘ Quelle belle langue de terre qui s’avance dans le lac!” Cherchez où vous êtes rendu |! Ou encore, il s'arrêtera à mi-chemin et fera une colère contre un député, ou un ministre trop lent à servir son pays, surtout à ouvrir des chemins, C'est vous qui recevrez l’orage aujourd’hui, demain il rejoindra son homme et il aura son tour.
‘ Bon gré, mal gré, il faut que vous écoutiez la voix du
curé de St-Jérôme. Il vus parle avec tant de conviction
. qu’il vous convaincra. Prêtez l’oreiile, il vous dira que:
le peuple canadien est essentiellement agricole, que notre pays est, par la force des choses, voué à l’agriculture, qu’on ne peut changer ce que la rature a fait, violenter l’ordre de la Providence. En conséquerre, ce qu’il faut au Canadien ce sont des terres. Par la vigueur de leur tempérament, par leur éducation, par leur habitude de la vie des champs, ils sont éminemment propres à coloniser. Servons-nous donc de ces avantages, utilisons ces qualités qui sont notre partage, et nous formerons une population heureuse et torte. La vie du cultivateur est si belle ! Il est tranquille, il sait qu'il aura
toujours du pain pour lui et sa famille : la terre est un
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servir de ses bras. Il est indépendant, il ne doit qu’à lui-même sa Subsistance, il ne l'attend pas d'autrui. Obligé de travailler à la sueur de son front, il n’a pas le temps ni l’occasion de chercher ces plaisirs qui ruinent la santé, amollissent les constitutions, tandis qu’un exercice rude et continu forme ces natures mâles et vigoureuses qui assurent la force et la prépondérance aux peuples adonnés aux travaux des champs ; de là l’axiome : “ C'est aux peuples du Nord qu’appartient l'avenir.” La vie du colon, de l’agriculteur prépare les familles fortes, les nations morales et religieuses, Lorsqu'il a confié ses semences à la terre, le cuitivateur ne doit plus compter que sur le secours du ciel ; il lui faut des saisons favorables, des temps, des pluies, des soleils propices, autant de secours qui ne viennent que d'en haut. Alors ses pensées se portent aussitôt vers l’'Auteur de toute chose, sa prière monte vers le Seigneur et il s'efforce, par la fuite des vices et la pratique des vertus, de se rendre la Divinité favorable. Travaillant au sein d’une nature remplie de mystères et de merveilles qui chante sur tous les tons et dans toutes les gammes les perfections de Dieu, l’homme des champs sent le besoin de s'unir à ce concert universel, pour célébrer son Dieu et son Maître. La religion est pour lui une
nécessité, une espérance, une consolation. Dans cette
classe de la société nous trouvons des âmes à la foi et à la charité robustes : or nous le savons, les nations religieuses seules rourrissent en elles-mêmes le germe des grands et immortels avenirs. Les peuples agricoles, dont la vie et le bonheur sont attachés au sol, fournissent les vrais patriotes, En première ligne ils veulent la paix, l’ordre. Tout bouleversement politique devant leur nuire, ils tiennent à ce qui fait la force d'un pays, la conservation des bonnes lois et des institutious. Ils aiment cette terre arrosée de leurs sueurs, et ne sont plus portés à la vie de voyages et d'aventures. Donc faisons des colons, encc’1rageons l'agriculture, montronsen la beauté et la force et l’émigration cessera.
‘ À un autre point de vue, l'influence politique appartient aux proprietés. C’est un principe admis et compris par tout le monde. De là le mot d'ordre : & Emparons-nous du sol.” Comme Canadiens Français nous ne pourrons, du moins pour un temps, faire sentir fortement notre influence que dans la province de Québec. Elle nous appaïtient par tous les droits. Ce sont nos pères qui l'ont établie, l'ont fait grandir, C’est
ici que se trouvent concentrés nos souvenirs glorieux,
. comme nos souvenirs d’infortune. À zrous de la
conserver., M. Labelle est convaincu, et quand on
l'écoute, on partage vite sou vpinion, que la vallée
d'Ottawa est appelée, comme celle du Saint-Laurent, à être un noyau de la population canadienne. Maîtres de cette partie du pays aussi vaste qu'un empire, il veut que là nous fondions une province aussi grande, aussi riche que celle de Québec, à elle en tout semblable, par les idées, les sentiments, la langue, les mœurs et la . religion : une sœur plus jeune, maïs sincèrement attachée à son aînée, prête en toute occasion à lui prêter son appui.”
Ces lignes sont de toute vérité. Maintenant lisez ce que monsieur G. À. Nantel, deputé au parlement de Québec, écrivait en 1885 :
‘“ De longues années durant, on parla de doter le nord du Saint-Laurent d’une voie ferrée qui répandrait partout le bien-être et la prospérité. Dès l’année 1854, on constituait une compagnie chargée de travailler dans ce sens ; mais le succès, après bien des tentatives infructueuses, était encore, en 1869 resté problématique. C'est alors que le curé Labelle, avec cette force de conviction, avec cette foi dans l'avenir qui est le premier $age du succès, mit l'épaule à la roue. Il sut d’abord grandir la question aux yeux de toute la nation ; il sut
en faire voir l'importance, la nécessité absolue au point
de vue général. Il organisa un systême de propagande dévouée et incessante, par toutes les parties de la Puis-
sance ; puis il se créa de chaudes sympathies un peu
partout et mit à sa disposition toutes les influences les plus diverses et souvent les plus contraires, qu'il put rencontrer ; il concentra sur le même point tous les intérêts, toutes les forces les plus variées, et quand il se sentit assez fort pour donner le dernier coup et terminer la Jutte de haute main, on vit les adversaires — spectacle rare et étonnant | — désarmés et confus, se présenter à lui pour l'aider à faire réussir sa vaste entreprise. Quel succés ! Comme le souvenir en est resté vivace dans le cœur de tous ceux qui ont vu le curé Labelle à Pœuvre, dans cette lutte pacifique, pour le progrès et l'avancement de notre province | j
Une fois le chemin commencé, des obstacles nouveaux et imprévus surgirent de diverses sources à la fois et il est difficile de se faire une idée de ce qu'il a fallu d'énergie, de constance et de diplomatie, pour concilier tous les intérêts et assurer la réussite définitive du plan arrêté.
Enfin, au prix de bien lourds sacrifices que l’on aurait évités en suivant les conseils du curé Labelle, nous avons pu voir se terminer notre chemin de fer national, qui a eu trois résultats principaux, d’une importance énorme vour l'avenir des provinces françaises
du Dominion.
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‘“ 10 La rive nord du Saint-Laurent a pris de suite la position qu’elle doit occuper chez nous, et s'est trouvée d'avance mise en état d'obtenir sa juste part des immenses richesses que le trafic de notre Far- West et de l'Asie orientale ne manquera pas d'apporter à la confédération canadienne.
‘ 20 Le chemin de fer a certainement doublé la va-
leur foncière de la rive nord du Saint-Laurent, où sont
groupés les plus forts intérêts, pour l'avenir, de la race
française au Canada.
‘ 30 Enfin la construction du Grand-Tronc du nord a rendu possible et rémuuératrice la création de piusieurs embranchements de chemins de fer qui sont nécessairement appelés à développer l'intérieur de notre pays, c'est-à-dire les vallées du lac Saint-;ean, du St-Maurice et de l'Outaouais, où il peut se créer trois provinces nouvelles, plus étendues et aussi riches que la partie rurale actuellement habitée de la province de Québec.
#7 localisant quelque peu les résultats obtenus par la coustruction de ce chemin de fer, nous pouvons dire que le mouvement colonisateur des cantons du nord a pris un essor considérable, surtout depuis la mise en exploitation de l’embranchement de St Jérôme. Auparavant, on était déjà s1 eloigné des grands marchés qu'on n'osait guère s’aventurer plus loin dans la forêt, et la colonisation restait stationnaire.
“ Ayant un Ghemin de fer jusqu’à Saint-Jérôme, on se
trouva de dix lieues plus près de Montréal, et il fut relativement faci'e du pousser les colons sur de nouvelles terres.
“ C'est avant tout, au nom de la colonisation des cantons du nord que le curé Labelle avait demandé la construction du chemin de fer et qu’il l'avait obtenue, Il s'était porté garant, pour ainsi dire, des progrès de cette grande œuvre, et il tint à dégager sa promesse.
‘* Aussi que vit-on, depuis 1876 surtout ? Un spectacle inouï, peut-être, dans les annales de notre histoire. Audelà de vingt paroisses ont été fondées sur les bords de la rivière Rouge et dans les environs de la Mattawin et une quinzaine d’autres paroisses sont en voie de formation. D'étape en étape, on se rendit d’abord à vingt-quatre lieues de St Jérôme, à la Chûte-aux-Iroquois puis au Nominingue, et enfin l’année dernière or enjamba jusqu'à la Kiamika, qui est devenue un centre d'attraction puissant pour le trop-plein des beaux comtés du Sud qui ont nom Beauharnois, Laprairie et Chambly. Ce fut là le couronnement de l'œuvre du curé Labelle, ce qui en assure le succès complet, indiscutable, car, aujourd'hui, le mouvement s'est étendu à toute la province, où :l a poussé racine profonde et vigoureuse ;
il s’est popularisé dans nos grandes villes et a atteint
jusqu’à nos centres de population canadienne résidant aux États-Unis. Il n’est pas jusqu'en Europe où l’on s’en occupe sérieusement et d’où nous sont venus déjà plusieurs colons d’une haute valeur morale et d’un appoint pécuniaire précieux. C’est donc aujourd’hui une œuvre nationale, que protège notre dévoué clergé, l’épiscopat en tête ; c’est donc un mouvement général vers la forêt, qui devra soulager nos villes d’un surplus embarrassant et même nuisible de notre population ouvrière ; c’est donc une preuve mouvelie de notre vitalité, de notre force d'expansion, qui nous promet les plus belles espérances en l'avenir et qui nous donne l'assurance que nous resterons les possesseurs de ce vaste pays légué par nos ancêtres aux héritiers légitimes de leur sang, et aussi, espérons-ie, pour toujours, de leuts vertus sociales et domestiques. |
‘“ Après avoir esquissé ainsi, succintement, deux des principales œuvres du curé Labelle, j'aurais à faire connaître le rôle dominant qu’il a joué parmi nous, dans des sphères si diverses et si variées, qu’il est difficile de croire qu'un homme ait pu aussi facilement appliquer son esprit et son activité à autant de choses différentes à la fois. Législation foréstière, chemins de fer, industrie, agriculture, mines, géologie, sciences abstraites, théologie, . philosophie, histoire, littérature, tout cela est
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familier au curé Labelle et il peut vous en entretenir avec une volubilité et une propriété d'expressions qui étonne parfois ies spécialistes eux-mêmes.
‘ Et puis à combien d’évènements de la plus haute gravité son nom n'a-t-il pas été mêlé ! Mais laissons à l’histoire ce qu'il serait prématuré de faire connaître aujourd’hui de cette existence remarquable.
‘ Le chemin de Saint-Jérôme était de trop petites dimensions pour occuper tout entière la fiévreuse activité du curé Labelle : il lui fallut le chemin Au Nord, puis le Pacifique, au succès duquel il travailla si efficacement. Les cantons du Nord, les bords de la Rouge, du Nominingue sont aussi trop étroits: :l faut qu'il se rende jusqu’à la Gatineau, jusqu'au lac Témiscaming ; car c’est là qu’il veut s'arrêter, les limites de la province u’allant pas plus loin. De là, le chemin de fer qui partirait de St Jérôme, irait se souder au Pacifique luimême en traversant tout le nord de l'Outaouais et de ses affluents, Quel projet plus propre à assurer l’avenir de notre race | Mais tout cela n’est pas encore suffisant pour le curé Labelle : il lui faut un champ plus vaste, qu’il ne peut trouver que dans les immenses territoires du Nord- Ouest Canadien. Après avoir travaillé si fortement au
succès du Pacifique il se croit tenu de remplir les
solitudes que ce chemin traverse et qu’il livre aux travaux du colon. Son pays lui demande cette tâche herculéenne et il va se rendre aux désirs de son pays...”
La rivière Ottawa, depuis Montréal jusqu’à la ville d'Ottawa, distance de quarante lieues, est aujourd'hui bordée de paroisses dont la plupart sont canadiennes et presque toutes catholiques puisqu'elles renferment un grand nombre de familles Irlandaises professant notre foi religieuse. Je ne vous invite pas à trop vous arrêter sur les terres prises et occupées au bord de la rivière, mais dans les profondeurs, il y a de la place pour tout un peuple et de bonnes voies de communication à travers un sol admirable pour la cuiture.
C'est à partir de la ville d'Ottawa, en remontant la rivière, qu’il faut maintenant jeter les yeux.
Les terres du Témiskaming n’étaient connues que des seuls chasseurs jusqu’à 1840. La compagnie de la baie d'Hudson avait bâti, sur les bords du lac, il y a un peu plus de cent ans aujourd’hui, un fort qui existe mais qui, pas plus au’autrefois, ne contribue à la colonisation. Bytown, vu la ville d'Ottawa à présent, n’était âgée que de quatorze ou quinze ans lorsque, en 1843, les Révérends Pères Oblats de Marie Immaculée fondérent une mission à cent lieues plusloin, au lac Témiskaming, pour évangéliser les sauvages. (Cette mission devait un jour
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attirer les regards des Canadiens désireux de se rendre au nord à la recherche de bonnes terres neuves. Les bonnes terres ne marquent pas au-dessus de la ville d'Ottawa et autour du lac Témiskaming, aussi, malgré les difficultés de la route, vit-on plusieurs familles aller se grouper autour du clocher des Pères Oblats et y commencer des défrichements. Les Pères mettaient tous leurs soins à développer leur mission. Un orphelinat confié aux Sœurs Grises d'Ottawa y fut installé de bonne heure. Parmi les Canadiens qui, les premiers, s’établirent sur les bords du lac, on cite MM. Miron, Lalonde, Polsen, Lafricain, Piché, Bonin, Caya et autres, tous très satisfaits de leur entreprise, et des Ecossais : MM. Simpson, Basile, Connor, et même quelques Algonquins qui ont mis de grandes étendues de terre en culture et vendent leurs produits aux marchands de bois,
La première société de colonisation fut organisée en 1884, sous le patronage de Nos Seigneurs les évêques
d'Ottawa et de Pontiac ; elle a donné un élan immense
à la petite colonie ; des bateaux à vapeur, des routes,
des chemins de fer, des moulins, etc., ont été construits par ses soins ou par sou influence ; les gouvernements d'Ottawa et de Québec lui ont prêté main-forte. Cette
œuvre si nationale prospère aujourd’hui à vue d'œil.
Le Révérend Père Paradis, O. M. I., qui, depuis huit ans vit dans ces régions, étudiant et promouvant la colonisation, dit que “ le sol est d’une richesse sans égale dans toute la vallée de l'Ottawa. Terre grise, noire et jaune : pas une seule pierre sur des étendues de vingt à trente mille carrés. D'autres espaces, de mêmes dimensions, consistent en prairies dénuées de bois et faciles à égoutter, ou bien encore de vastes brûlés où les arbres sont déracinés et jetés à la renverse. Chose remarquable, en très peu d’endroits la terre paraît avoir souffert des ardeurs de l'incendie : l’humus ou terre végétale qui forme le sol fertile y est parfaitement intact d’une profondeur dépassant partout six pouces ; cette riche couche de terre noire repose toujours sur une terre grise, profonde, très friable et douée elle-même d’une grande fertilité. Le fait est que la terre y est de première qualité, arrosée çà et là par de jolis ruisseaux, et exposée en pente douce au soleil du midi.”
— Y a-til un prêtre? une église P
Telle est la première question de l’habitant auquel on parle des régions nouvelles. À Témiscaming, nos gens ne sont pas privés des secours de notre sainte religion ; sur la rive sud du lac, en face du fort de la compagnie de la baie d'Hudson, s'élève une église plus que magnifique pour le pays. L'intérieur en est peint avec
goût ; on y entend les accords de l’orgue comme dans les églises des villes. La communauté des Pères Oblats ne se contente pas de desservir les missions sauvages ; elle travaille de tout cœur à la prospérité de la paroisse canadienne, aussi chacun de nous se retrouve chez lui en arrivant au lac. D'aïleurs, il y a déjà des chapelles construites dans les endroits un peu éloignés du centre et où l’on projette d’ériger de suite deux ou trois églises et d’y placer des curés.
Pour le Canadien qui songe à la distance qu'ily a entre le fleuve Saint-Laurent et Témiscaming, c’est un trajet effrayant, mais pour celui qui s’avise de prendre le chemin de fer, au lieu d’aller en canot d’écorce, c’est une courte promenade — et rendu au lac, on est au milieu d’une paroisse de chez nous. Voilà bien ce que l’on n'aurait pas cru, il y a cinquante ans, et cependant cela existe. Profitons-en.
Tout ce chapitre, vous le voyez, lecteurs, est écrit après avoir consulté mes amis, le père Bertrand et les autres. Certes, je ne voudrais pas avoir l'air d’un homme qui émet des avis et qui parle de ce qu’il ne connaît pas. J'ai dit ce que nos conversations comportaient durant l'hiver que j'ai passé dans la paroisse Saint-Anselme.
L'hiver étant fini, je retournai en ville et mon premier
soin fut de mettre mon manuscrit au propre, comme disent les imprimeurs. L'un de mes amis me conseilla alors de continuer mes explications.
— Quelles explications ? lui dis-je.
— Mais! tout ce que tu voudras, sur l’histoire du pays. |
— L'histoire du pays, est plus vaste que vous ne pensez. Bornons-nous à la colonisation: c’est le grand point.
| Réflexions faites, je trouvai que je pouvais encore parler du sujet qui nous occupe. Ce sera pour un
prochain chapitre.
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