‹ Cavaliers de NapoléonChapitre 14 sur 76 · L'AGE DES GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

L'AGE DES GÉNÉRAUX

lui-même, il a fait son devoir et il tient sa récompense, car ce n'est pas rien d'être frappé ainsi, face à l'ennemi, dans l'enivrement du combat, avec des milliers d'yeux fixés sur soi, au milieu des cris, des appels, des galops qu'on a déchaînés, dans une excitation nerveuse qui décuple les forces, empêche de sentir la douleur, procure une étrange jouissance d'au delà. Et si l'on meurt alors, dans sa victoire, sur un lit fait des drapeaux conquis, en écoutant dans la douceur mélancolique d'un soir de juin les longs et mourants appels des trompettes qui ont sonné votre gloire, en vérité n'est-ce point là une belle mort et ne la frtut-il pas envier?

Paresseux, abruti, infirme, vieux seulement, le général chargé du service des reconnaissances ne se compromet lui-même que médiocrement, mais il compromet toute l'armée. C'est à lui de faire à grandes distances virer, volter, escadronner ses régiments, de les pousser sur toutes les routes, partout où l'on peut saisir un renseignement et prendre le contact avec l'ennemi. De sa personne, dans cette partie de son rôle, il a moins de risques à courir ; mais la responsabilité est telle qu'elle l'écrase si, pour la porter, il n'a des épaules vigoureuses et jeunes. Il faut qu'il soit toujours debout, prêt, alerte, qu'il aille, qu'il vienne, visite ses postes, se porte en avant, eo

arrière, rende compte de tout. Il est le pivot des grandes opérations stratégiques, outre qu'il demeure chargé de son métier particulier d'éclaircur et de gardeur. Si, pour une telle tâche, on prend des vieillards, on peut d'avance être assuré de la défaite : elle est certaine, inévitable et, hélas ! honteuse. Car une armée éclairée et gardée par des vieux est une armée surprise, et une armée surprise est une armée en déroute.

Donc, en apparence les risques sont moindres pour le général de cavalerie légère, mais ils se multiplient à mesure qu'on descend l'échelle des grades et la consommation d'officiers supérieurs, de capitaines et de lieutenants devient prodigieuse, en même temps que, au métier qu'ils doivent faire, les officiers généraux s'usent avec une telle rapidité qu'il n'en est pour ainsi dire pas un qui puisse résister à dix années de ce service.

Ce ne sont donc pas les vingt-cinq à trente places laissées par les officiers morts au champ d'honneur, que Napoléon présente pour attirer à lui les jeunes gens et les faire entrer dans la cavalerie. Ce sont à dire vrai toutes les places. Il sent la nécessité que ses officiers de cavalerie soient bien plus que ceux de la Révolution des hommes de cheval, ayant le goût, l'aptitude, l'a-

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