RÉCOMPENSES DES RETRAITÉS
exceptions indiquées, voilà ce qu'il est advenu des cent vingt et un cavaliers légionnaires à la promotion du 19 frimaire an XII. — Vingt en activité, cent un en retraite ou hors de service.
Seulement, ces soldats qui avaient bien mérite de leur pays, qui par les blessures reçues, par leur sang prodigué, par leur vie constamment offerte, par les misères subies sans plainte, toutes les misères de la vie de soldat d'avant-garde, avaient témoigné leur dévouement, étaient certains qu'ils trouveraient, lorsqu'il leur serait impossible de servir activement, une honorable position où ils vieilliraient tranquilles, non seulement avec le pain quotidien, mais avec une fortune qui comblerait les rêves de la plupart.
Napoléon ne pouvait espérer que les officiers généraux demanderaient leur retraite à quarantecinq ans d'âge — bien que, avec les campagnes, cela représentât environ cinquante ans de services. — C'est le propre de l'homme de se croire toujours apte à remplir les fonctions qu'il a une fois exercées, de n'admettre jamais que l'âge puisse agir, ni sur sa santé physique, ni sur sa santé intellectuelle, surtout sur celle-ci. La démission spontanée d'un emploi pour telle cause est
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presque sans exemple dans l'administration civile ; l'on peut croire qu'elle est encore plus rare dans Tarméc, où l'habitude du commandement est sans doute pour supprimer la conscience de IcLiage cérébral et où, la discipline contraignant les subalternes à l'admiration passive, le désir de se bien faire voir les conduisant insensiblement à Tadmiralion active, le supérieur s'imagine que, vu son grade, il est capable de tout faire — dans son métier et en dehors — mieux que quiconque lui est subordonné. Mais Napoléon n'attendait point qu'on lui demandât la retraite ou la mise en disponibilité. Il avait toute une série de combinaisons par lesquelles, en même temps qu'il assurait à ses braves une existence matérielle heureuse et les honneurs qu'ils avaient mérités, il se dispensait lui-même d'avoir à les employer en des postes qu'ils étaient désormais incapables de remplir, qu'ils n'eussent pourtant jamais abandonnés volontairement, dont la loi empêchait de les priver par force, mais dont il fallait les détacher par d'ingénieuses habiletés, en leur offrant des compensations désirables et des sinécures grassement payées. Pour les plus illustres, il avait le Sénat et au traitement de sénateur il savait, à l'occasion, joindre une sénatorerie. Puis, il avait les grades et dignités dans la Légion. Un général de brigade qui avait bien servi
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ne s'en allait guère sans le collier de commandant, et c'était deux mille francs de rente viagère. Pour ceux qui étaient encore capables d'être utilisés, il avait les commandements territoriaux et les commandements de places. Ceux-ci, il les avait multipliés à bon droit, mais il ne les donnait qu'à des officiers encore alertes, car ce camp immense qu'était la France impériale pouvait être envahi par l'ennemi qui l'attaquait depuis quinze ans; tout le succès des grandes opérations militaires dépendait alors de la bonne ou de la mauvaise défense d'une petite place de l'intérieur. On l'a bien vu à Soissons en 1814, puisque la faiblesse du général Moreau a amené la chute de l'Empire. Le cas de Moreau est isolé. Dans la plupart des places, la résistance a été héroïque et digne des soldats à qui elle était confiée.
Outre les commandements, il avait les inspections aux revues, les dépôts de conscrits, les dépôts de cavalerie, les gouvernements d'écoles, d'hôtels ou de palais. Si les anciens soldats consentaient à être employés dans les fonctions civiles, il avait pour eux des ambassades et des légations, des préfectures, des inspections des Forêts et des Douanes; il avait les recettes générales et particulières où souvent il ne se contentait point de nommer, mais où, par surcroît, il fournissait le cautionnement. Ce
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n'olail pas assez, à son avis, que le Trésor de l'Etal payât une pension de retraite : celle pension, il ne se jugeait pas le maître de l'augmenter à sa fantaisie : on devait lavoir gagnée selon les règles et la recevoir selon les formes ; mais sur le Domaine extraordinaire, la caisse générale de l'armée, le produit de ses conquêtes et de ses victoires, il assignait une dotation qui, alTectée à un litre de comte, de baron ou de chevalier, était pour rappeler à travers les âges le souvenir du glorieux ancêtre, compagnon du nouveau César. Celte dotation était rarement au-dessous de 4,000 francs de revenu annuel et atteignait souvent 40 et 50,000. Pour exemple, qu'on reprenne cette liste des cavaliers légionnaires le 16 frimaire an XII, et qu'on recherche quelles dotations ils ont reQues : Sans parler d'Arrighi, cousin de l'Empereur, favorisé sans doute à ce titre, mais digne presque de sa faveur et qui reçoit, de 1808 à 1812, 288,000 francs de dotation annuelle rien que sur le Domaine extraordinaire de l'Empereur des Français, qui de plus a reçu — et c'est ici une observation qui est commune à tous — une dotation sur le Mont de Milan et le Domaine du royaume d'Italie; Baraguey d'Hilliers a 20,000 francs de dotation annuelle, Barthélémy 10,000, Beaumont 30.000, Becker 30,000, Belliard 53,012, Lasalle 50,000, Bessières (le frère du duc d'Istrie)