GÉNÉRAUX RAPPELÉS AU SERVICE
d'âge qui étaient employés depuis quelque temps déjà à l'intérieur, ces officiers ont été obligés de se retirer pour cause de santé ou ont fait un mauvais service. Peut-être doit-on penser que, en Espagne, bien des revers eussent été évités si Napoléon n'avait point été contraint d'appeler à des commandements des généraux, les uns incapables, cerveau parlant, d'autres hors d'état physique d'un service aussi actif que l'exigeaient les circonstances, d'autres enfin d'une immoralité telle qu'il avait dû lui-même les mettre en réforme.
Quelle qu'eût été l'épuration faite dès le début du Consulat dans les éléments qu'avait légués la Révolution — épuration si radicale que de cent cinquante-neuf généraux de division nommés depuis le mois de septembre 1792 jusqu'au l^"" janvier 1794, dix seulement figuraient, avec le même grade, sur la liste de l'état-major général dans l'Annuaire de 1805, — malgré cette coupe sombre, il était resté dans les cadres un certain nombre de ces personnages suspects, qui semblaient y avoir.été oubliés ; qui, par des influences occultes ou le souvenir de certains services personnels, s'étaient défendus contre la retraite ou la mise en réforme et qui, après avoir été jadis peut-être de brillants sabreurs et de hardis cavaliers, n'étaient restés à présent que d'incorrigibles
pillards. Ceux-là, ces gredins de marque, à qui il ne manquait peut-être qu'une occasion pour être des héros, mais à qui elle manqua presque toujours, exaspérèrent les populations espagnoles et, peut-on croire, ne négligèrent aucun moyen pour les amener h. la révolte ouverte. Ce n'était point leur aiïaire de gouverner un peuple tranquille et pacifié; cela n'eût rien rapporté : tandis qu'avec une bonne révolte, on avait le droit de piller les villages à grande distance, de contraindre les riches à se racheter, les pauvres à abandonner leurs demeures; on se procurait, dans les châteaux et les couvents, des bijoux, des reliquaires, des ornements d'église, des tableaux et de l'argent.
Au moins parmi ceux-là en était-il qui étaient braves et propres à un coup de collier ; si leur âme ne valait pas cher, leur bras frappait ferme et leur corps était vigoureux; mais, parmi les officiers généraux que l'Empereur dut rappeler pour la campagne de 1813, il en était qui ne savaient ni se garder, ni s'éclairer, ni bivouaquer, ni combattre, qui compromirent par leur incurie le sort de l'armée et qui, ayant été braves jadis, terminèrent leur carrière entre le soupçon de lâcheté et le soupçon de trahison.
Pourquoi ? C'est qu'ils étaient vieux; c'est que, s'ils l'avaient su jadis, ils avaient désappris