‹ Cavaliers de NapoléonChapitre 24 sur 76 · L'ARRÊT DANS L'AVANCEMENT · texte numérisé non relu

L'ARRÊT DANS L'AVANCEMENT

anciens se sont trouvés par le fait de l'émigration et de la Révolution dégarnis de tous ceux qui, ayant des droits acquis sous l'ancien régime, les eussent indéfiniment encombrés ; l'avancement, par ce fait même, est devenu à ce point rapide que la plupart des officiers généraux de la Révolion n'ont pas mis plus de deux années à franchir tous les grades. Ils sont donc tous ou presque tous de très jeunes hommes et, par suite, l'avancement de ceux qui les suivent se trouve arrêté d'une façon absolue. Il n'en est pas ici comme dans une armée normale, où, si lent qu'il soit en temps de paix, l'avancement dans les grades inférieurs est assuré chaque année par l'arrivée à l'âge de la retraite d'un certain nombre d'officiers généraux ou supérieurs. Ici, tout est bouché, puisque tous les généraux de division et tous les généraux de brigade sont de la même génération et qu'ils sont tous singulièrement jeunes. A moins qu'on ne les pousse dehors, soit par la force, soit par une ingénieuse persuasion, ils s'éterniseront dans le cadre et, vieillissant peu à peu, finiront par donner à la France un état-major général uniquement composé de sexagénaires, destiné par suite aux défaites inévitables. Ils disparaîtront presque tous ensemble, cela est vrai : mais ce sera pour être remplacés par une série d'hommes aussi vieux, aussi fati-

ChS cavaliers de napoléon

gués; car, derrière eux, en dehors des officiers de troupes, se Irouvenl, en posture pour l'avancemciii, des ofGciers d'état-major et des aides de camp du grade de colonel, de chef de bataillon ou d'escadron en nombre tel que, des 1805, ils eussent fourni à eux seuls, a dit Mathieu Dumas, au moins la moitié des officiers supérieurs nécessaires pour commander tous les corps d'une armée de trois cent mille hommes.

Ainsi, ce n'était pas un échelon seulement qui se trouvait encombré, c'étaient tous les échelons menant au haut commandement. Que si l'on déversait ce trop-plein des états-majors dans les corps de troupes, on ne faisait que changer la position du problème, mais les termes restaient identiqueset, de plus, comment les corps accueilleraient-ils des étrangers qui, la plupart, devaient à la faveur de leurs chefs immédiats un avancement exceptionnel et qu'ils n'eussent point obtenu dans la ligne? Ne trouveraient-ils pas singulier qu'on paralysât ainsi, au profit d'individus inconnus et qui n'avaient point fait leurs preuves devant eux, le jeu naturel des grades ?

Si encore ces hommes avaient eu une vajeur exceptionnelle comme éducation intellectuelle et comme éducation professionnelle, mais ils n'étaient, la plupart, ni mieux élevés ni plus instruits que la plupart des officiers de troupes. Ils

Page 1