LES MÉDIOCRES
avaient sur ceux-ci le désavantage de n'avoir point fait la guerre autant qu'eux et d'ignorer ou presque la tactique.
Non seulement, par le fait même des institutions, les hommes destinés au haut commandement, d'une façon obligatoire, seront des vieillards, mais il y aura de grandes chances pour qu'ils soient entre les moins capables de leurs contemporains, entre ceux chez qui, môme en la jeunesse, le feu sacré aura été le moins ardent. Dans les armées, comme ailleurs, ce sont les meilleurs qui se ménagent le moins. Ils se font tuer, blesser, estropier, parce qu'ils recherchent toutes les occasions de se distinguer et que, chez eux, la passion étouffe toute prudence. La gloire à laquelle ils prétendent, ils l'acquièrent souvent aux dépens de leur vie, et toujours aux dépens de leur santé. Les autres résistent d'autant plus longtemps que leur tempérament les a moins emportés. Ils n'ont pas fait et ne feront pas d'action déshonorante ou basse. Ils rempliront avec assez de conscience les obligations de leur état,, mais, entre deux partis, ils choisiront celui qui leur paraîtra le plus sûr pour eux-mêmes. L'avancement étant leur grande affaire, ils ne négligeront rien pour parvenir et seront souvent préférés parce qu'ils seront toujours disponibles. Les cadres s'encombreront ainsi peu à peu d'hommes
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médiocres qui, dans chaque promolion, se trouveront confondus au milieu d'officiers distingués cl qui, ceux-ci disparaissant par mort, blessures ou fatigues de guerre, deviendront la règle, puis- , que seuls ils survivront et que seuls ils seront en état de faire campagne vaille que vaille. Or il n'y a rien de positif à leur reprocher ; ils ont, par le fait de leur noniinalion et de leurs anciens services, des droits acquis, et les renvoyer semblerait le caprice d'un despote, amènerait un méconlenlement général et causerait sans doute une révolution.
Donc, malgré tous les efforts de Napoléon pour précipiter le mouvement et renouveler les têtes de colonne, le péril signalé dès iSOo, était devenu à la fin de l'Empire, malgré les guerres continuelles, singulièrement pressant, et si l'on admet cette hypothèse que l'Empire, triomphant au lieu de s'écrouler en 1814 sous l'effort de l'Europe coalisée, eût continué jusqu'en 182o, l'armée, la cavalerie surtout, se fût trouvée à cette date, par vice du haut commandement, impropre au combat.
Mais outre ce problème qui, s'il se posait devant Napoléon, n'avait pas besoin encore, à ce qu'il semblait, d'une solution immédiate, il en