‹ Cavaliers de NapoléonChapitre 28 sur 76 · VOLONTAIRES DE LA RÉSERVE · texte numérisé non relu

VOLONTAIRES DE LA RÉSERVE

Flahaut, marquis de la Billarderie, lieutenant général et grand-croix de Saint-Louis, arrièrepetit-fils de Flahaut, lieutenant-colonel du régiment de Saint-Germain-Beaupré, ayant parmi les siens tout proches deux autres lieutenants généraux et deux autres maréchaux de camp, semblait porter la voix au nom de tous ces jeunes gens honteux de demeurer oisifs, alors que sur le Rhin et l'Adige leurs aînés allaient de nouveau croiser le sabre et se faire de la gloire. Mieux qu'autres ils avaient le droit de se faire tuer puisque, dans leurs veines, il n'était pas une goutte de sang qui ne fût de soldat.

Négliger ces bonnes volontés qui s'offraient ainsi dès le lendemain de Brumaire et qui montraient quelle action singulière pouvait exercer l'armée dans le ralliement des partis; renvoyer ces jeunes gens à l'école alors qu'ils demandaient à marcher au canon ; se priver des fils et des petitsfils de ceux qui, à Fontenoy, en celte charge sublime de la Maison du Roi, trouvèrent la revanche de Crécy et d'Azincourt et montrèrent que ce n'est qu'au choix des terrains et à la supériorité de ses chefs que l'infanterie anglaise a dû ses succès; rejeter ces cavaliers, alors que partout la cavalerie demandait des officiers et que ceux-ci — on le sentait — étaient nés pour être des chefs; c'eût été en vérité une faute immense que

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le Premier Consul ne pouvait commcllrc. Mais, d'aulre part, oomnient l'armée et la nation prendraient-elles, au lendemain de Brumaire, le rétablissement d'un corps quasi privilégié, même d'une école militaire d'où l'on sortirait officier sans avoir subi les hasards de la guerre, sans avoir passé par tous les rangs, surtout sans avoir enduré les promiscuités de la vie soldatesque? Sans doute, on avait vu de singuliers et brusques avancements, dus, les uns à l'élection, les autres à la faveur des généraux ou au caprice des représentants : mais, dans le premier cas, l'excuse du salut public, loi suprême, était toute simple à donner; dans le second, la formule démocratique se trouvait réservée et, puisqu'on n'avait pas encore trouvé le moyen de faire la guerre avec une troupe sans officiers, le système de l'élection était encore le plus satisfaisant pour les principes. A présent, d'ailleurs, les choses s'étaient tassées. Les élus de la première heure, habitués en leurs grades ou en ayant acquis de nouveaux, avaient, aussi bien que les favorisés des généraux ou des Conventionnels, perdu le souvenir de ce qu'ils avaient été à l'origine et de la façon dont ils avaient gravi les premiers échelons. Pour eux comme pour les officiers subalternes, les sousofficiers et les soldats, — plus pour eux peut-être que pour les autres, — tout système qui aurait

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pour objet de favoriser ravancement rapide de jeunes gens instruits, bien élevés, tenant à d'anciennes familles et portant des noms aristocratiques, semblerait une insulte à l'Egalité, l'une des trois divinités de la Irinité républicaine. Aussi, faut-il voir de quelles précautions oratoires, le Premier Consul accompagne la création du corps qu'il nomme : Volontaires de la Réserve. C'est timidement qu'il glisse, le 17 ventôse, dans l'arrêté relatif à la formation de l'Armée de réserve, après un appel aux anciens soldats, aux vétérans, aux réfractaires de la conscription ou de la réquisition, un paragraphe relatif « aux citoyens français autres que ceux nommés ci-dessus qui, dans cette circonstance extraordinaire, voudront accompagner le Premier Consul et participer aux périls et à la gloire de la campagne • et qui devront s'inscrire chez les préfets et souspréfets.

Il craint que le nom du général Mathieu-Dumas, chargé de l'organisation et chez qui l'on s'inscrit rue Neuve-Nicolas, n" 4, près le Vauxhall d'été, ne soit un motif d'inquiétude; aussi fait -il affirmer c qu'il n'y aura de différence entre ces nouveaux corps de défenseurs de la cause nationale et ceux qui les ont précédés au champ de l'honneur, que l'avantage pour ceux-ci d'avoir cueilli les premiers lauriers, et d'avoir donné à

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leurs frères rexcmple cl le gage des succès ». Il y revient dans la picniicre page du Moniteur, le 2, le 6 cl le 10 germinal, avant de dévoiler les uniformes sur lesquels il compte un peu pour allirer, comme disaient jadis les racoleurs, < la Belle Jeunesse ». Car il y a deux uniformes, comme il y a deux catégories de "Volontaires de la Iléserve : l'un pour les fantassins, sur qui l'on n'a point l'air de beaucoup compter et qui de fait ne semblent pas avoir été organisés : c'est l'habit bleu de ciel à revers et parements chamois, à boutons blancs, sur un gilet blanc et un pantalon blanc que serrent des demi-guêtres : sur la lèle, un chapeau rond à petit bord et un peu évasé, surmonté d'une peau d'ours en cimier; un côté un peu retroussé, piqué d'un panache bleu de ciel terminé par une toulfe noire. Si seyant que soit cet uniforme et si peu coûteux, car il est fourni pour

69 francs 75 centimes, compris le bonnet de police, et le total de l'uniforme, de l'équipement, du linge et chaussures ne va qu'à 114 francs

70 centimes, il eut si peu de succès que l'on ignore s'il se présenta un seul volontaire et l'on serait tenté de croire que ces fantassins, qui n'existèrent jamais que sur le papier, n'étaient destinés qu'à faire passer les cavaliers; ceux qu'on appela les Hussards Bonaparte et que la blague parisienne, toujours prête, avait baptisés les Canaris. Ber-

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