VOLONTAIRES DE L'AN XIV
aussi, d'après le général Thiébault, que la Garde impériale ne trouva point cette création de son goût, ne se gêna point pour le dire, et même le crier, et que, devant un mécontentement qu'il sentait général, l'Empereur, sans l'abandonner, ajourna son projet. Mais il faudrait penser alors que le corps Ségur et le corps d'Agoult nesont qu'un seul et même corps, que l'Empereur a eu l'idée de fondre ensemble les deux éléments, l'un tiré de la jeune noblesse, l'autre sorti de l'armée, afin d'en constituer une réserve d'officiers et que les Guides interprètes de l'Armée d'Allemagne
en tout cent dix-sept hommes. L'uniforme était : l'hiabitveste vert-dragon, avec doublure rouge, revers, parements et retroussis écarlate, boutons blancs à la hussarde ; veste de drap blanc à boutons blancs, culotte de peau blanche, bottes à l'américaine, éperons noirs bronzes. Equipement et buflleterie blanche. Armement composé de mousquetons à baïonnettes et de sabres du modèle des dragons. La compagnie devait se recruter par enrôlements volontaires, à Paris et dans les ports de mer depuis Ostende jusqu'à Saint- Malo. Pour y être admis il fallait avoir moins de trentecinq ans, savoir parler et traduire l'anglais, avoir habité l'Angleterre et en connaître la topographie. On y recevait des Irlandais.
La compagnie fut organisée à Saint-Omer, le 7 ventôse an XII, et eut pour commandant le chef d'escadron Cuvelier. Elle resta au camp de Boulogne pendant l'an XIV et l'année 1806. Complétée pendant la campagne de Prusse, elle fut appelée par l'Empereur à son quartier général et, en arrivant à Tilsitt, le 30 juin 1807, elle prit le nom de Compagnie des Guides du prince de Neufcliâtel.
Ces Guides revinrent à Versailles à la suite du Qu.irlier général, le 13 octobre 1808, s'y reformèrent et partirent bien
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n'ont été qu'une façade nouvelle qu'il a donnée à un plan ancien.
On est un peu mieux fixé sur le dernier système qu'employa l'Empereur, pendant la campagne de l'an XIV, pour attirer à son service, en leur conférant immédiatement un grade, les jeunes gens de raristocralie. Au moment de la capitulation d'Ulm, « il choisit parmi les prisonniers, un certain nombre d'hommes, beaux et vigoureux soldats, qui consentaient à s'enrôler sous ses drapeaux; il en forma deux régiments dont il se réserva d'organiser les cadres par des promotions faites au litre étranger, sans tenir compte des règles générales de l'avancement.
« Les officiers ainsi nommés pouvaient ensuite passer avec leur grade dans des régiments français
tôt pour l'Espagne. L'Empereur y laissa la compagnie ; elle tint successivement garnison à Valladolid, à Burgos et enfin fut, en novembre 1811, rappelée à Bayonne où elle fut une fois de plus réorganisée. Dans son uniforme, les revers blancs avaient déjà remplacé les revers écarlates, ils furent remplacés à leur tour par les revers chamois. Le corps prit le nom de Compagnie d'élite du Grand quartier général^ arriva en février 1812 à Paris et fit toute la campagne de Russie. Elle y fut singulièrement éprouvée et Faget, son capitaine, fut tué au pont de Sougkinovno en avant de Smolensk le 16 novembre. Réduite à ses cadres au commencement de la campagne de 1813, elle fut reformée par son nouveau capitaine, Trémault, et prit part à toute la campagne, mais à Fôre-Champenoise, le 25 mars 1814, elle fut écrasée et réduite à trente et un hommes qui furent incorporés le 1" juin dans le 2* Dragons.
et, dit M. le général Tlîoumas, le tour était joué...» Le tour n'était pas si mauvais, puisqu'il fournit h la France des officiers de la valeur de Sainte- Croix, et les régiments de La Tour d'Auvergne et d'Isembourg ne firent point si piètre figure qu'on ait dû se repentir de les avoir formés.
Si ces tentatives pour attirer au service de la cavalerie n'avaient point également réussi, elles n'avaient point été infructueuses et elles avaient fourni, pour l'avenir, de précieuses indications. Aussi, dès que la guerre avec la Prusse parut inévitable, l'Empereur, sollicité par un certain nombre de jeunes émigrés récemment rentrés d'autoriser la formation de deux ou trois escadrons de partisans, ne manqua point d'utiliser les bonnes volontés qui se présentaient. Par une circulaire aux préfets en date du 24 septembre 1806 dont il dicta lui-même le projet, il décida que tout homme âgé de plus de dix-huit ans et de moins de quarante, ayant assez de fortune pour s'équiper, se procurer un cheval et faire la roule à ses frais, n'aurait qu'à se rendre à Mayence où il s'adresserait au maréchal Kellermann chargé de l'organisation du corps des Gendarmes d'ordonnance de V Empereur.
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Le nom, celle fois, indiquait ouverlcmcnt ce que Napoléon prélentlait rélablir. Les compagnies lie Gendarmes de la Maison du Roi qui ont joué dans l'hisloirc militaire un rôle inoubliable, étaient composées unicjucment de gentilshommes ou d'hommes vivant noblement, qui tous avaient rang d'officiers, et qui, en efTet, étaient destinés, ;i leur sortie des Compagnies rouges, à fournir à la cavalerie le plus grand nombre de ses chefs.
L'Empereur, il est vrai,. dans celle formation comme dans celle des Volontaires de la Réserve, prévoyait des fantassins en même temps que des cavaliers, mais, quelque assurance qu'il montrât au sujet « du grand nombre de citoyens qui se présentaient pour faire une campagne à pied >, il visait surtout la cavalerie. Le haut chiffre de la pension exigée (600 francs par an), de la somme à verser pour l'équipement (1,900 francs) suffisait à désigner les éléments sur lesquels il comptait.
L'uniforme bien moins voyant que celui des Hussards Bonaparte était pour les simples gendarmes un uniforme d'officier: C'était un habil ou plutôt un surtout vert comme les Chasseurs à cheval, sans passepoil ni couleur, mais avec aiguillette et trèfle en argent ; le gilet écarlate tressé en argent ; le pantalon à la hongroise vert, tressé aussi en argent; le schako noir garni en argent,
avec caigle, bord de visière, gourmette, cordonnet et pompon en argent, plumet blanc sur le pompon. L'armement consistait en un sabre demi-courbe, une petite carabine et une paire de pistolets ; l'équipement était à la hussarde, entièrement vert à galon d'argent. Les officiers se distinguaient à la largeur des galons, à l'épaulette, à l'aiguillette et au galon de schako en torsade comme dans la Garde, enfin à la plume blanche flotlante surmontant le pompon.
Le corps faisait partie de la Garde et jouissait des mêmes avantages et de la même solde. A l'armée et partout où l'Empereur aurait une escorte, les Gendarmes devaient fournir un officier et un nombre de cavaliers égal aux Chasseurs de la Garde. Un officier devait toujours être de service auprès de l'Empereur pour remplir les fonctions d'officier d'ordonnance ; il devait être relevé au bout de quarante-huit heures.
Ainsi, d'une part. Napoléon accordait aux Gendarmes d'ordonnance, sur la question des escortes impériales, une partie des privilèges si enviés qu'avaient jadis les Chevau-légers de la garde du Roi ; d'autre part, il établissait un rapprochement qu'il n'est pas possible de méconnaître entre les Gendarmes d'ordonnance — créés ainsi le 23 septembre — et les Officiers d'ordonnance — créés quatre jours auparavant, le 19 sep-
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tembre. — Comme les Gendarmes d'ordonnance, les Officiers d'ordonnance de l'Empereur portaient alors l'habit vert relevé seulement par les aiguillettes en or.
Le vert était la couleur adoptée personnellement par l'Empereur. Sa livrée était verte, ses équipages étaient verts, ses valets de pied et ses cochers étaient habilles en vert, toute la domesticité de la Maison : par suite, les pages, qui, selon l'ancien usage, suivaient la livrée; l'habit de chasse à courre et à tir était vert puisque le bouton esta la livrée. Ayant à donner à l'Italie, par lui délivrée, une couleur nationale, il lui avait donné le vert qui jouait dans le drapeau, dans les insignes souverains, dans les uniformes de l'armée, dans les costumes des dignitaires et des fonctionnaires à tous degrés, le rôle que jouait eu France le bleu, couleur traditionnelle, obligatoire, et que Napoléon ne pouvait, ni ne voulait abandonner, puisque, selon les anciens héraldistes, elle est, depuis Charlemagne, la couleur de France. Il n'en avait pas moins pensé quelque temps à une sorte d'étendard personnel, vert semé d'abeilles d'or, qui, hissé sur les palais impériaux eût annoncé la présence du souverain.
L'adoption du vert pour le fond de la tenue des Officiers et les Gendarmes d'ordonnance était ici d'autant plus caractéristique que, dans la Maison
de l'Empereur, chacun des services était distingua" par une couleur particulière ; les Officiers d'ordonnance, étant sous les ordres du Grand écuyer, et les officiers dépendant du Grand écuyer ayant pour couleur dislinctive le bleu clair brodé d'argent, il eût été naturel que les Officiers d'ordonnance fussent, dès le principe comme ils le furent plus tard, en bleu clair; mais il avait tenu au vert pour les Officiers comme pour les Gendarmes d'ordonnance, afin de les faire mieux sa chose, de les rendre mieux à lui, de les désigner ainsi à tous les yeux comme appartenant à sa Maison. L'Empereur, sans aucun doute, comptait, après la campagne, conserver les Gendarmes d'ordonnance, les appliquer au service de la Cour et établir ainsi une sorte de pépinière où il eût pris ses officiers de cavalerie. Les résultats qu'il avait obtenus étaient pour le confirmer dans cette résolution : en deux moiS; deux compagnies chacune d'environ cent cinquante hommes, avaient été formées et équipées et étaient parties pour le théâtre des opérations. Une troisième suivit presque aussitôt et, au moment de la paix de Tilsitt, une quatrième et une cinquième compagnie étaient prêtes à entrer en campagne. Les familles les plus illustres de l'ancienne France avaient tenu à être représentées dans le corps dont un Montmorency-Laval était le commandant
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de fait, bien qu'il ne fût de droit que commandant de la 1'^'-' compagnie, avec Carion de Misas pour capitaine en second ; à la deuxième, le capitaine ctail M. d'Arbcrg, chambellan de l'Empereur, l'unique représentant d'une des familles les plus illustres des Pays-Bas; à la troisième, M. de Choiseul, avec M. de Sourdis en second ; à la quatrième, le prince Joseph de Monaco et à la cinquième le prince de Salm. Les lieutenants en premier et en second n'étaient pas de moins bonne maison : c'étaient MM. de Charbonnière, de Pital, de Juigné, de Norvins, Avogadre de Quinlo, de Partz, Murât de Sistrièrcs, de Savoie- Carignan, de Forbin, le duc d'Arenberg, de Brias Dabos de Binauville, Ilippolyte d'Espinchal, Charles de la Bédoyère, Henri d'Espinchal, de Naucaze de Monlravel, de Saluées de Menusci, de Rougas de Servies, de Vence, de Walcmbourg. Et qu'on ne croie pas que le corps d'officiers fût plus brillamment composé que le corps des sousofficiers ; ceux-ci valaient ceux-là ; et les brigadiers valaient les sous officiers ; et les simples gendarmes étaient de race aussi noble que leurs chefs. Veut-on savoir ce que les Gendarmes d'ordonnance qui, au moment du licenciement, n'étaient certainement pas sept cents au total, ont fourni d'officiers généraux ou d'officiers supérieurs distingués ? Le dépouillement de listes,
malheureusement encore très incomplètes, fournit déjà dix généraux de division et de brigade, vingt-quatre colonels et vingt-cinq chefs d'escadron. Huit gendarmes méritèrent durant la campagne l'étoile de la Légion : ce furent le capitaine de Montmorency, les lieutenants Hippolyte d'Espinchal, de Charbonnière, de Pital et de Norvins, le maréchal des logis Gharelte, les gendarmes de Guerre et de Massa. Dix-sept hommes furent tués ou blessés dans les trois compagnies qui prirent part à la campagne.
Des deux résultats que l'Empereur se proposait en créant les Gendarmes d'ordonnance, le premier, celui d'appeler les jeunes nobles à son service, avait été certainement atteint ; mais, devant l'hostilité que témoignaient les anciens corps de la Garde contre un corps privilégié, il dut renoncer au second. Le 12 juillet 1807, les Gendarmes d'ordonnance furent licenciés : M. de Montmorency-Laval qui avait commandé le corps fut rétabli dans son ancien grade de général de brigade et obtint, le l^'mars 1808, le gouvernement du palais de Compiègne, gouvernement qu'avait eu son père, le maréchal de Laval. Tous les officiers qui voulurent continuer à servir passèrent dans la ligne avec le grade supérieur ; les Gendarmes des trois premières compagnies furent nommés sous-lieutenants dans différents régi-
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ments de cavalerie ; ceux de la 4** et de la 5" qui n'avaient pas été prêts à temps, durent faire un stage d'un an dans les Vélilcs avant d'être nommés officiers. On peut compter que lesGendarmes d'ordonnance ont fourni près de quatre cents officiers de cavalerie aux armées impériales : cela mérite d'être considéré.
Pour les Gendarmes à pied, il ne se présenta pas de quoi former les éléments d'une seule compagnie.
Dans les campagnes suivantes (Espagne 1808, Autriche 1809, Russie 181:2), l'Empereur, satisfait sans doute de l'empressement qu'avaient témoigné les jeunes gens de la noblesse en 1806 et en 1807, ne réclama point officiellement leurs services et ne créa point de corps spéciaux. Il employa des moyens d'ailleurs tout aussi efficaces pour les faire peu à peu filtrer dans ses armées. Il profila de l'empressement que manifestaient les ci-devant gardes du corps de Louis XVI pour donner des cadres solides à la cavalerie du Royaume de Naples, du Grand-duché de Berg, même du Royaume de Weslphalie. Il autorisa la levée, par le prince d'Arenberg, d'un régiment de son nom ; il établit dans les légions constituées dans divers pays feudalaires, vassalisés ou momcnlanément annexés, des corps de cava-