LA CAMPAGNE DE RUSSIE
résistance. Les officiers généraux assemblèrent chez eux les officiers de leurs brigades respectives : « Messieurs, leur dirent-ils, que ceux d'entre vous qui sont encore à cheval, dont la santé n'est pas trop affaiblie et qui se sentent capables de faire auprès de l'Empereur un service actif et périlleux, s'inscrivent. » Les officiers pensèrent aussitôt qu'il s'agissait de constituer les éléments nécessaires pour faire au besoin une trouée au travers de l'armée russe et frayer passage à l'Empereur. La feuille de papier se couvrit de signatures — et c'était sa vie qu'on donnait ! — Tous les officiers en état de combattre s'enrôlèrent. * J'en ai vu, a dit l'un de ces hommes, verser des larmes parce qu'ils ne pouvaient le faire, soit à cause du manque de chevaux, soit par maladie. »
Le roi de Naples commandait l'escadron dont le général Grouchy était le capitaine-commandant — selon d'autres, il était capitaine de la l""" compagnie. — Les généraux de division et de brigade étaient officiers et sous-officiers, les colonels brigadiers, les chefs d'escadron, les majors, les capitaines et les lieutenants simples gardes. « Le premier rang de chaque compagnie était en entier composé de colonels et de chefs d'escadron. > Ils ne purent pas mourir — au moins comme ils voulaient — d'une mort qui les
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immortalisât, en sauvant leur Empereur; ils tombèrent l'un après l'autre, de faim, de froid, de fatigue. Ney, après la Bérésina, avait sauvé l'armée. C'est ce crime, peul-clre, qu'on devait lui faire expier.
Né de circonstances sans précédents dans l'his toirc, l'Escadron sacré n'eut d'existence que durant un mois à peine, car il fut dissous à Kowno, le 10 décembre. Sans doute les cavaliers de l'Escadron sacré portèrent le nom de Gardes du corps, mais, bien plus que l'Escadron sacré, les Gardes d'honneur rappellent les Hussards Bonaparte, la Garde d'honneur de Ségur et les Gendarmes d'ordonnance. Ils ne doivent pas être confondus avec ces Gardes d'honneur qu'on formait dans chaque ville que l'Empereur et l'Impératrice devaient honorer d'un séjour et qui, sous les uniformes les plus variés et parfois les plus étranges — car toutes les couleurs les plus voyantes, les plus claires, les plus heurtées avaient été mises à contribution et l'on vit même en Vendée des gardes habillés en mamelucks — partageaient le service avec la Garde impériale, servaient aux escortes et attiraient à leur chef temporaire quelque magnifique présent du souverain. Sans doute, l'Empereur avait l'espérance que certains jeunes gens voudraient noircir quelque peu à la poudre des batailles leur uniforme de parade, mais lorsque,