D'OU ILS VIENNENT
l'argent, les honneurs, les femmes; il a fallu une génération de risque-tout, dont toute l'enfance avait joué avec la mort ; si familière avec elle qu'elle n'en tenait point de compte et l'abordait joyeusement, en grand uniforme de parade, le sourire aux lèvres et la gaîlc dans la voix.
Les cavaliers de Napoléon, ceux qui méritent de vivre dans la mémoire du Peuple, sont uniques à travers les temps. Ils ne procèdent point des armées de la République quoique plusieurs les aient traversées et y aient déjà fait leur moisson de gloire. Ils ne viennent pas directement non plus de l'ancien régime, quoique beaucoup se rattachent par leur naissance à la classe proscrite des gentilshommes. Ils sont fondus comme en ce métal de Corinthe, allié d'or, d'argent et de cuivre, qu'a chauffé l'immense incendie au milieu duquel i.s sont nés. Ils ont perdu les vices des nobles, ils n'ont point gagné les vices du peuple. Ils sont des exemplaires du Français que n'a point gâté l'éducation, et qui a développé librement toutes les qualités et tous les défauts de sa race. Ils ont trop d'orgueil pour connaître la vanité et trop de loyauté pour recourir à l'intrigue. Ils ne sont pas grands clercs et ont lu peu de livres, mais ils ont vu beaucoup d'hommes et ils savent mourir. Ils ne sont pas soldats parce qu'il faut l'être, parce que c'est une occupation comme
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une autre et que c'est bien vu clans la société; ils sont soldais parce que c'est là leur vocation et leur plaisir, et qu'à ce choc des sabres, ils ne peuvent résister.
Pour produire et former une telle génération, il a fallu la Révolution secouant les classes et les castes en son van gigantesque, abolissant les l'orlunes et les distinctions sociales , réduisant à néant tous les droits acquis par les services et les travaux des ancêtres, développant l'esprit d'aventure chez tous ceux que des biens patrimoniaux, une position honorable, des héritages certains eussent ci-devant engagés à vivre dans leurs foyers, à la Ville ou à la Cour, d'une vie modeste pour les uns, brillante pour les autres, mais en tous cas assurée.
Nulle sécurité pour leur présent, nulle espérance pour leur avenir. Plus de régiment ni de compagnie à espérer pour les nobles, plus de charges à héiilcr pour les enfants de parlementaires, plus de ferme générale, plus de ces administrations provinciales où, par milliers, s'engouffraient jadis les jeunes gens à talents, ceux qui avaient reçu une sorte d'éducation libérale. Partout ou presque partout, les places de dénomination nouvelle, occupées par des hommes que la Révolution a formés, qui se trouvent au courant des lois nouvelles et ferment la porte