‹ Cavaliers de NapoléonChapitre 5 sur 76 · D'OU ILS VIENNENT · texte numérisé non relu

D'OU ILS VIENNENT

aux intrus. Un discrédit d'ailleurs sur tout emploi civil, regardé comme inférieur, médiocre, bon pour les Jacobins, une haine de la politique et des politiciens interdisant aux fils des victimes de se mêler aux bourreaux. Alors, toute cette génération qui autrement se fût casée peu à peu dans la hiérarchie gouvernementale, dans les emplois de judicature, de finance, d'administration, n'a 4e porte ouverte que sur l'armée.

Cette jeunesse, dès la prime enfance, a été familiarisée aux exercices du corps. L'équitation a fait partie nécessaire de l'éducation. Fils de grands seigneurs, fils de gentilshommes, fils de riches, ils ont vu des chevaux et ils ont pris le goût du cheval. Le cheval, il y a cent ans, jouait dans les mœurs un autre rôle qu'aujourd'hui. Il n'était point de noble terrien qui n'eût quelques chevaux à l'écurie ; c'était presque l'unique moyen de voyager par les chemins défoncés et rares, la voiture roulant mal et peu. D'ailleurs, à la campagne, point de voiture hormis pour les dames et les vieilles gens. On naissait, on vivait le cul sur la selle. Monter à cheval, chasser à courre, c'était à la fois le grand divertissement et la grande occupation. Cela était passé dans le sang et n'en eût-on pas l'exercice, on en avait la passion innée.

S'engager dans la cavalerie, ce fut regagner

8 CAVALIliRS Dli NAPOLÉON

le cheval perdu. Etre simple cavalier, en auoun temps, ne fut déroger, moins encore en ce temps. D'ailleurs, Napoléon devait, par des insli tu lions spéciales, faciliter aux jeunes gens nobles qu'eût écartés la grossièreté de certains contacts, l'entrée dans la vie militaire.

Donc, un élément des plus importants, le plus important peut-être, fourni par les classes de la société, qui, hier encore, étaient les classes privilégiées et qui restent les classes bien élevées. A cet élément viennent se mêler, et si clroilcmciit que nulle puissance ne les pourra plus disjoindre, les éléments sortis du peuple, mais des éléments d'une virilité et d'une intelligence supérieure : car les jeunes gens qui, volontairement, s'enrôlent dans la cavalerie ont vraiment la vocation. Ils ont la plupart la passion du cheval. Ils sont familiers avec lui dès l'enfance, par métier ou par goût. Ils savent s'en servir et le ménager. Vile, ils acquièrent par le cheval la connaissance du métier, car ils sont lestes, adroits, intelligents et forts. Au frottement avec des camarades d'une éducation supérieure, ils comprennent ce qui leur manque et la plupart se mettent au pas. Si leurs manières pèchent par quelque point, ils le rachètent sur le champ cle bataille ; d'ailleurs, ils peuvent ne point être bien élevés, mais ils ne sont pas communs. Qui a l'âme noble peut igno-

Page 1