CAVALIERS UE >A['()I,1Î0N
el (lui équivalait à rancienne charge de Chevalier (l'honneur. Dire qu'Ordenor ne fut pas quehjuefois étrange dans ce nouveau rôle, ce serait inexact. Il eut des parfums violents, il brisa en ses poches des flacons d'essence de rose, mais, lorsque les t pimbêches » furent tentées de rire, un froncement de sourcil du maître montra qu'il n'admettait pas qu'on touchât à son grenadier. Il le fit comte de l'Empire avec 3o,88!2 francs de dotation, ce qui, joint à ses 30,000 francs de premier écuyer, à sa retraite, à ses croix et à son traitement de sénateur, lui donnait un revenu de plus de cent mille francs.
Au divorce, il le nomma gouverneur du Palais de Compicgne, et ce fut là que mourut Ordencr, d'une attaque d'apoplexie, le jour même où l'Empereur venait d'y arriver en villégiature, et cet admirable soldat fut pleuré par son maître comme un vieil ami.
Walther, qui remplace Ordener le 20 mai 1800, est un Alsacien de quarante-cinq ans. Engagé en 1781 au 1" Hussards, il y a fait tous les grades aux armées du Nord et des Alpes jusqu'à celui de chef de brigade. Général de brigade en l'an II, il a été de l'armée d'Italie avec Bonaparte qui l'a remarqué ; puis il est repassé à l'armée d'Allemagne où il a rc<?u deux graves blessures. Gêné-
ral de division en l'an XI, Grand officier de la Légion en l'an XII, commandant la 2® division de Dragons à cheval de la Grande Armée dans la campagne de l'an XIV, il est fait Grand-Aigle el chambellan avant d'être appelé comme suprême récompense au commandement des Grenadiers à cheval. Il les conduit à Eylau et à Friedland, est à leur tête en Autriche, en Russie, en Allemagne, mène avec eux la charge immortelle d'Hanau, mais celte suprême campagne a achevé d'user ses lorces et Walther meurt de fatigue et d'épuisement àsa rentrée en France, le 24 novembrel8l3. Walther, comte de l'Empire, avec 44,821 francs de dotation, eut cet honneur particulier que l'Empereur, après avoir assuré le sort de sa femme par une pension de 8,964 francs, fît passer son litre et ses dotations sur la tête de sa fille, nommée comtesse de l'Empire. Cela, de tout le règne, ne fut guère fait que pour elle et pour Mademoiselle Duroc.
Le successeur de Walther, Claude-Etienne Guyot, nommé le 1^' décembre 1813 colonel des Grenadiers, était un homme de l'âge de l'Empereur : un Jurassien. Entré chasseur à cheval au 10^ régiment en 1790, il avait été fait lieutenant en Italie en l'an V, capitaine en Allemagne en l'an VII. Revenu en France en l'an IX, il était passé
avec son grade aux Chasseurs de la Garde. Ce fut là que désormais il se signala de telle sorte que son nom est inséparable de l'histoire de ce corps : Chef d'escadron en l'an XII, officier de la Légion la même année, major le 16 février 1807, colonel en second le b juin 1809 et sans quitter les Chasseurs, successivement général de brigade, baron de l'Empire avec 40,000 francs de dotation, chambellan de l'Empereur, commandant de la Légion et général de division, il eut la mauvaise chance d'être fait prisonnier à Kiilm, mais fut échange presque aussitôt et reçut alors le commandement des Grenadiers. Il fut à leur tête durant toute la campagne de France et, à Waterloo, il tomba blessé grièvement de deux coups de feu.
Bessières, Ordener, Walther, Guyot, quels hommes! Comme le dur métal dont ils sont fondus a été trempé au feu des batailles, comme on sent en eux tous de vertus profondes, de ces vertus que rien ne fait broncher dans la vie ; sérieux, attentifs et graves, toujours prêts à se faire tuer, ils portent partout cet esprit du sacrifice immédiat qui suffit à faire du soldat, digne du nom de soldat, un homme supérieur aux aulres hommes. Sans doute, l'Empereur sait les récompenser : outre leur traitement dans l'armée, ils ont 9,600 francs de solde, 6.000 francs par an sur
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le trésor, à chaque occasion des gratifications <iui vont en une fois jusqu'à 200,000 francs. Mais ce n'est paa l'argent qui les mène : c'est un sentiment autrement noble, une conception spéciale (lu devoir envers la Patrie, l'Empereur et surtout eux-mêmes; et ce sentiment est à ce point entré en eux, la discipline militaire l'enfonça à ce point dans leurs cerveaux, qu'ils ne pensent même plus aux hasards qu'ils courent et à leur vie qu'ils donnent.
Et ce qui est le plus étonnant et le plus rare c'est que, sur ce modèle qu'on peut dire surhumain, avec des différencesde tempérament selon le terroir dont ils sortent, ceux-ci ayant des mots de gaîlé comme leur midi, ceux-là gardant aux yeux cette sorte de mélancolie grave des gens d'Alsace et de Lorraine, tous sont taillés de même et vibrent à l'unisson.
Après les colonels commandants, qu'on prenne les colonels en second, sauf un, au début, qui n'est que distingué par ses services, mais qui est plus un homme de bureau qu'un homme de guerre, on va voir quelles existences représentent, en leur brièveté sèche et courte, leurs états de services.
A la formation du corps, sans doute pour se décharger des détails d'organisation, Bessicres a appelé auprès de lui un compatriote et un ancien
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camarade qu'il a fait nommer premier chef d'escadron le 13 nivO)se an VIII cl chef de brigade coinmaiulanl en second le 2 septembre 1803 : C'est un nommé Antoine Oulié, né à Cahors en 1759, engagé dans Royal-Champagne en 1780, passé en 1784 au 12" Chasseurs, et, à la Révolution, à la Légion des Pyrénées où il a servi avec Bessières, et où, dès 1794, il était chef d'escadron. Oulié réussit peu dans le commandement des Grenadiers à cheval ; dès le o novembre 1804, il est nommé chef de la 18' légion de Gendarmerie, continue à servir dans cette arme, et ne gravit pas un échelon jusqu'au 2G octobre 1814, où il est retraité maréchal de camp à quarante deux ans de service.
Tout de suite après Oulié, en 1804, c'est Lepic, colonel major, avec Chastel, major en second, et ces deux noms sont maintenant inséparables des Grenadiers. Lepic les incarne plus peut-être que les colonels eux-mêmes. Aussi bien, est-il une des figures les plus sympathiques et les plus caractéristiques de l'armée : c'est le Vieux de la vieille, tout entier, tel que la légende le représente et tel que la réalité le montre, avec sa générosité instinctive, sa tendresse pour les petits et les abandonnés, sa merveilleuse bravoure, son esprit de reparties vibrantes qui, au feu, frappe en médailles des mots héroïques ; c'est le Fran(;ais qu'on
aime et qui vaut d'être aimé : ce Français inimitable aux autres peuples et que tous les peuples envient.
II est du Midi celui-là ; né à Montpellier en 1763, à quinze ans et demi il s'engage au régiment de Lescure, devenu par la suite Dragons de M -i.tmorency et 2^ Chasseurs. Il y fait les bas grades et passe en 1792 comme brigadier à la Garde constitutionnelle du Roi. De là, sans doute sa liaison avec Bessièrcs. Au licenciement, il entre comme adjudant-major dans la division des Volontaires nationaux à cheval dont il devient lieutenant-colonel en octobre. En 1793, il est avec le même grade au 21* Chasseurs, plus tard 15'' de l'arme. Il fait la guerre en Vendée durant trois ans. Il sauve des femmes, des vieillards qu'on va massacrer. Dans une poursuite qu'il mène contre l'armée royale, il trouve, au* pied d'un arbre, une enfant de trois ans, abandonnée près d'une femme morte qui semble une nourrice ou une domestique. Il prend l'enfant, s'occupe d'elle, la garde tout le temps qu'il reste en Vendée, et, à son départ, la confie à une dame qui consent à l'élever. Pendant vingt ans, sur sa solde petite ou grande, il paye la pension et l'entretien de cette petite fille, et, à la Restauration, à force de démarches et de recherches, il retrouve la famille
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de celle enfant, prouve sa filiation, la fait rentrer ilans une immense fortune. C'est du roman et c'est de l'histoire.
Après la Vendée, lllalic. Il y est admirable à la léle du 15* Chasseurs qui l'adore. Dans une charge contre une batterie, il tombe blessé de plusieurs coups de mitraille sous son cheval tué; ses hommes sont ramenés par la cavalerie ennemie ; mais, quand ils se rallient, sous la protection de l'infanterie, ils voient que leur colonel est resté là-bas. D'eux-mêmes ils repartent, font trou par une charge furieuse, trouvent Lepic étendu et baigné dans son sang, et, le hissant sur un cheval, le ramènent au travers de la cavalerie ennemie.
A Marengo, il se signale à la tète du 15^; puis il lient garnison en Ilaiie et fait la campagne de l'an XIV avec la division d'avaiil-garde. Le 27 frimaire il est nommé colonel-major des Grenadiers. C'est avec eux désormais qu'il va vivre et combattre. A Eylau,il lui est ordonné de contenir les masses d'infanterie russe qui débordent vers le cimetière; une batterie ennemie écrase ses hommes ; quelques-uns sous l'ouragan de fer, courbent la tête et se baissent sur l'encolure du cheval. « Haut les têtes I crie Lepic, la mitraille n'est pas de la m...! » Il commande la charge, tombe sur 1 infanterie qu'il écrase, se tourne
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ensuite contre la batterie dont il sabre les artilleurs et prend les pièces, Mais l'élan qu'il a donné l'entraîne trop loin. Au milieu de la tourmente de neige, il perd sa direction et se trouve enveloppé par l'armée russe. Un colonel s'en détache, le somme de se rendre : « Regardezmoi ces figures-là si elles veulent se rendre, » répondit-il de cette voix qui parle au canon, et formant son régiment en pelotons, par colonne serrée, il commande de nouveau la charge. Il renverse une première ligne sans autre perte qu'un officier et cinq grenadiers, — puis une seconde, une troisième, arrive à un régiment français qui, devant celle cavalerie débouchant du centre des Russes, croit que c'est l'ennemi, fait un feu de file et tue plusieurs chevaux et deux grenadiers. Il est enfin près de l'Empereur qui, le saluant du nouveau grade qu'il lui confère, lui dit : « Je vous croyais pris, général, et j'en avais une peine très vive. — Sire, répond Lepic, vous n'apprendrez jamais que ma mort. » Le soir, il recevait de l'Empereur un paquet — 50,000 francs — qu'il distribua à ses grenadiers.
Quelques jours après, ce fut une dotation de 30,000 livres de rente; plus tard, le titre de baron; après Wagram, 10,000 francs de dotation nouvelle, le collier de commandant de la Légion, et après la campagne de Russie le grade de gêné-
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rai de diviî>ion; à ce moment Lepic dut quitter les Grenadiers.
Chastel est resté major en second, presque tout le temps que Lepic a été colonel-major, c'est-àdire du :27 frimaire an XIV au 26 avril 1812. Chastel est un Savoisien qui vient de la Légion des Allobroges; il a fait avec Bonaparte sa première campagne et pris Toulon. Il aété de l'armée des Pyrénées-Orientales et est revenu en Italie avec le lo® Dragons en l'an V. Puis ce fut T'Egyple d'où il rapporta le grade de chef d'escadron; quelques années, major au Si'' dragons; enfin, après Austerlitz, l'Empereur lui-même l'a appelé aux Grenadiers à cheval. Chastel y gagne l'aigle d'or de la Légion, le titre de baron de l'Empire, une dotation de 20,000 francs de rente, le grade de général de brigade et celui de général de division. A ce moment, il quitte pour prendre le commandement d'une division de cavalerie légère.
Lepic eut pour successeur Laferrière-l'Evèque, l'ancien commandant des Guides de l'armée de l'Ouest, l'ancien chef d'escadrons du 2® Hussards, l'ancien colonel du 3®. Dix, douze blessures, on ne sait combien. Major des Grenadiers, il reçut une balle au talon à Leipzig, six coups de sabre
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à l'épaule et au bras gauche à Hanau, une balle à l'épaule droite à Craoïine, et, sous la même ville, le 7 mars 1814, il eut la jambe gauche emportée par un boulet. Plus lard, Laferrière-l'Évèque, commandant l'École de cavalerie de Saumur, montait hardiment à cheval avec son tronc de cuisse, et un chasseur le suivait portant sa jambe de bois à la grenadière.
Et Castex, qui remplace Chastel en 1813, et ne fait avec les Grenadiers que cette campagne, n'est-ce pas lui qui, à léna, commandant provisoire du 7*^ Chasseurs à cheval, enfonce dans une charge furieuse les trois lignes qui couvrent le quartier général ennemi et manque de prendre le roi et son état-major. Il est là sans retraite possible, car l'armée prussienne a refermé les trouées qu'il y a faites. Il se décide et se remet à la charge. En arrière, tout le long de l'armée ennemie, il précipite sa course, il y jette la terreur, il fait croire aux Prussiens qu'ils sont pris à dos et, par cette longue randonnée, ramène son régiment sain et sauf. Castex, à l'origine, est un volontaire des Chasseurs à cheval du Gers, devenus plus tard 24* Chasseurs. Il a gagné ses grades à l'Armée des Pyrénées-Orientales, à l'Armée d'Italie, à l'Armée d'observation des Pyrénées. Du 7* Chasseurs, dont il a été colonel sur le
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champ de balaillc, il est passé au 20° et s'est signalé à Eylau, à Fricdland, à Amstellen et à W'agram. Général de brigade en 1809, il est le héros d'Ostrowno, de Pololzk et de la Bérésina. 11 compte, comme disait Oudinot, autant de succès que de combats. C'est lui qui mène les charges des Grenadiers sous Dresde, à Allembourg et à Hanau, et il les quitte ensuite pour prendre comme général de division, un commandement à l'armée du Nord.
Jamin, qui fut le dernier major des Grenadiers, avait, en 1806, comme aide de camp du roi Joseph, quitté le service de France où il était à ce moment chef d'escadron. 11 avait fait toutes les campagnes depuis 1792, comme officier au 9" de Cavalerie, puis comme aide de camp du général Nansouty et du général Masséna. Il passa, avec Joseph, de Naples en Espagne, fut, au titre napolitain, puis au titre espagnol, major, colonel, général de brigade, marquis de Bermuy, rentra au service de France en 1814, et fit toute la campagne à la tête d'une brigade de cavalerie légère. A Fontainebleau, le 16 mars, il fut nommé par l'Empereur major des Grenadiers et conserva cet emploi pendant la Restauration où le régiment, perdant son nom réclamé par un des corps de la Maison du Iloi, reçut le titre de Corps royal
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des Cuirassiers de France. Aux Cent-Jours, Jamin, major des Grenadiers, fut l'un des héros des dernières charges et pendant que Guyot, son colonel, tombait frappé de deux balles, il était emporté par une volée de la mitraille qui soutenait les carrés anglais.
Ces états de service si breii ne donnent qu'une notion médiocre des hommes, il faudrait suivre ces cavaliers à travers les champs de bataille, écouler leur voix, raconter les grands coups qu'ils ont frappés, direleuràme surtoulelde quelle façon elle était trempée. Pourtant, pour écrire l'histoire de ces Grenadiers à cheval dont la charge de Marengo ouvre l'épopée consulaire, dont la charge Je Waterloo termine l'épopée impériale, ce n'est pas assez que d'avoir, même d'un trait aussi court et aussi mince, indiqué quels ont été les chefs; il faudrait, pour en donner quelque notion, descendre, degré par degré, la hiérarchie, s'arrêter à chacun et dire au moins le point de départ et le point d'arrivée. Il faudrait raconter ces chefs d'escadron : d'abord ce Fulgence Herbault, le cavalier de Mestre-de-campgénéral, l'ancien Garde national soldé, le souslieutenant de laCavalerie de l'École Militaire, parti en 1793 pour la campagne avec le 24* régiment de Cavalerie formé des déserteurs de toute l'ar-
mée, rappelé en l'an H comme capitaine adjudantmajor de la garde du Directoire, de là passé à la (iardo consulaire, devenu chef d'escadron à Marongo, cnlin nommé colonel du 4° Cuirassiers le lîi fructidor an IX. et mort de ses fatigues de guerre à Bayreulh. le 1:2 mai 1808.
Il faudrait citer Guiton, venu le 11 frimaire an IX pour occuper la troisième place de chef d'escadron, un ancien dragon i-éformé après huit ans de service en 1787, reparti en 1791 comme volontaire de la Nièvre, à ce moment élu capitaine et passé au 23" Chasseurs à cheval, chef d'escadron le 6 messidor an II, appelé aux Grenadiers avec ce grade sept ans après, colonel du 1" Cuirassiers le 13 fructidor an XI, en 1808 baron de l'Empire avec dotation de 20,000 francs de rente, et, en 1809, général de brigade.
Des vingt officiers supérieurs qui, de 1805 à 1814, ont commandé les escadrons, il n'en est pas un dont l'histoire ne vaudrait d'être dite. C'est Bourdon, l'un des anciens de la Garde du Directoire où il est entré lieutenant à la formation, tué à Hollabrijnn colonel du 11" Dragons; c'est Clément, blessé au front à Austerlitz d'un coup de mitraille qui l'oblige à prendre prématurément sa retraite; c'est Jolivet, un ancien aide de camp de Hoche, soldat de l'Armée du Rhin et de l'Armée d'Egypte, qui passe à leur formation
aux Dragons de la Garde et est obligé par ses blessures de se retirer en 1809; c'est Duclaux, maréchal des logis aux Guides de Bonaparte à la formation, passé en Egypte avec son général, entré à son retour aux Grenadiers, colonel du 11® Cuirassiers en 1808, baron de l'Empire avec quatre mille francs de dotation, et général de brigade en 1813; Blancard, le colonel des Carabiniers, baron de l'Empire en 1810; Treuille, colonel du 15® Dragons après Eylau, baron de l'Empire sous le nom de Beaulieu en 1808; Chamorin, le général tué en Espagne à la tête du 26® Dragons ; Dujon, un héros dont les exploits à Capoue seraient dignes d'un Homère, colonel du 4° Cuirassiers et baron de l'Empire; Delaporte, guide de Bonaparte dès l'an V, ayant accompagné partout son général et reçu de lui tous ses grades, blessé d'un coup de baïonnette à Eylau, de six coups de sabre et de deux coups de lance à Dolnitz, d'une balle à Craonne, de trois coups de sabre à "Waterloo, chef d'escadron, ofticier de la Légion, baron de l'Empire.
On voudrait dire tout de ces hommes, dire la vie de chaque capitaine, de chaque lieutenant, de chaque grenadier, montrer comme Napoléon savait les récompenser, comme il s'était acquis ce dévouement qui faisait écrire par Chamorin à sa femme : * S'il m'était arrivé quelque chose, tu
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aurais trouvé dans la bonté du chef pour toi et nos enfants, un protecteur qui n'oublie rien, qui a soin de nous et do ceux que nous laissons. Cesl un père pour nous... et nous le chérissons. »
Tous les chefs d'escadron, la plupart des capitaines, deux lieutenants, sontofficiers de la Légion, tous les officiers sont légionnaires : tous ! De même, la plupart des sous-officiers; à la seule promotion du 14 juin 1804 (25 prairial an XII), soixante-treize maréchaux des logis, brigadiers et grenadiers reçoivent létoile de la Légion; à la promotion du 26 août 1805, trente-six, à la promotion du 14 mars 1806, cent vingt-quatre ; à la promotion du 14 avril 1807, trente-huit. Il y a donc en 1807, dans le rang, en dehors des légionnaires de droit en très grand nombre, au moins deux cent soixante et onze légionnaires. Qu'on pense à ce que cela représente de bravoure, d'honneur, de dévouement à la patrie, de bons et loyaux services, ce que c'est que trois cents croix dans un régiment de mille hommes l
La composition des Grenadiers à cheval, élite de la cavalerie, réservoir où l'Empereur puisait, comme on l'a vu, la plupart des officiers supérieurs de ses régiments de Cuirassiers, peut servir
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à déterminer le rôle que, dans les batailles, il attendait de l'arme des Cuirassiers et la part qu'il lui assignait dans ses combinaisons.
Dès le début du Consulat, il avait senti la nécessité de réorganiser la cavalerie de bataille, de l'armer et de la monter « conformément à son énergie ». Il prit l'avis de plusieurs généraux et décida d'abord de lui donner des chûvaux plus grands et plus forts, puis d'armer les hommes de casques et de contrc-épaulettes chaînées, protection que l'on tenait suffisante contre les coups de taille et supérieure aux plastrons en usage jusqu'en 17C3. Ceux ci semblaient un attirail superflu et suranné, sans utilité pour garantir des coups de feu que la cavalerie redoutait le moins.
Cette opinion, à dire vrai, n'était exacte à aucun point de vue. Si le plastron était une arme défensive médiocre, c'est qu'il était une arme incomplète. A la charge, une cavalerie n'a pas constamment l'avantage, elle peut être ramenée, elle l'est même forcément. Il y a des fluctuations, des allers et des venues dans la mêlée, et c'est une sottise de ne tenir pour glorieuse? que les blessures reçues par devant, de ne songer à se garer que de celles-ci. Cela est sot même, car par devant l'on voit et l'on pare. C'est le dos qui est le plus constamment exposé. Sans doute, on ne pouvait espérer que dans les ren-
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contres avec l'infanterie, le plastron de fer ballu, sans solidité, ni consistance, garantit riionimc de toutes les balles, mais, dans les rencontres de cavalerie, il donnait l'avantage d'une fa<;on certaine à qui en était muni et il pouvait même être à l'épreuve du pistolet.
Pas plus que le plastron sitôt abandonné, le casque et les épaulettes chaînées ne furent alors mis en usage ; d'ailleurs, par ces moyens (jucls qu'ils fussent, le but n'était pas atteint. Ce but était bien de proléger l'homme, mais surtout d'inspirer à son imagination une confiance en l'armure dont il était couvert telle qu'il se crût invulnérable. De là seulement pouvait venir pour le cavalier, une assurance, une solidité, une fermeté qui lui donnassent dans toutes les rencontres avec la cavalerie non cuirassée, même dans les chocs contre l'infanterie, une poussée irrésistible.
Combien d'occasions alors où l'infanterie se trouvait sans feu contre la cavalerie : amorces ou cartouches mouillées, lenteurs obligées des douze temps de la charge... Est-ce que, d'un galop, on ne pouvait arriver sur elle et, si elle était sans feu ou, si l'ayant perdu, elle ne pouvait recharger, qu'arriverait-il d'elle ? Or, n'en perdrait-elle pas nécessairement une partie si le torse et la tête des cavaliers étaient à couvert?
CUIHASSIERS 217
Au fond, il s'agissait de rétablir les anciennes compagnies d'Ordonnance, moins effectivement que moralement ; mais, en telle matière, le fait importe bien moins que l'idée, et si, souvent, c'est assez que les soldats soient convaincus qu'ils sont invincibles pour qu'ils le deviennent, c'est assez qu'ils soient certains qu'ils sont invulnérables pour qu'ils ne craignent plus de s'exposer aux pires blessures.
Barder de fer le cheval et l'homme, il n'y avait point à y penser; mais protéger le haut du corps de l'homme suffisait et il suffisait même que l'homme se crût protégé. Or, il existait dans l'ancienne armée, un régiment qui à ce point de vue pouvait servir de type, le régiment des Cuirassiers du Roi qui, depuis sa création en 1638, n'avait point cessé de porter la cuirasse devant et derrière. La tète, à la vérité, n'était garantie que par la calotte de fer qu'on mettait dans le chapeau et qui pouvait au plus parer un coup de sabre, mais la cuirasse n'en donnait pas moins à ce régiment devenu 6®, puis 8® de Cavalerie, un aplomb particulier, tel même qu'on le mettait presque sur la même ligne que les Carabiniers avec lesquels il fit brigade en 1702 et en 1800. On peut dire que ces trois régiments constituaient alors presque a eux seuls la cavalerie de réserve.
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L'arrêté du 1" vendémiaire an X, supprimant le 24° de Cavalerie et l'incorporant dans le 8' et le 1*"", créé aussi cuirassiers à cette occasion, marque un premier pas dans la voie où le Premier Consul avait résolu de marcher. Le second est fait le 30 fructidor, quand Bonaparte donne l'ordre au ministre de la Guerre de réduire les régiments de Cavalerie à vingt, dont deux de Carabiniers. Les escadrons des régiments supprimés devront être versés dans les régiments subsistants de façon que tous aient désormais quatre escadrons. Les cinq premiers régiments de Cavalerie seront cuirassés et le 8^ conservera son armure. La décision ne paraît avoir été appliquée, à ce moment, qu'à quatre régiments sur les cinq désignés, mais, un an plus tard, le 2 nivôse anXI, le nombre des régiments cuirassés est régulièrement porté à huit ; les o", 6' et 7° reçoivent l'armure. Néanmoins, l'arme n'est pas encore créée. Les huit régiments continuent à compter dans la Cavalerie et c'est seulement l'arrêté du l^"" vendémiaire an XII qui établit définitivement la classification des armes conformément à ce principe formulé par Napoléon : t Les besoins de la guerre réclament quatre espèces de cavalerie : les Eclaireurs, la Cavalerie légère, les Dragons, les Cuirassiers. »
Les Cuirassiers prélèvent douze régiments '
l'ancien régiment Colonel-Général (l^"" régiment de Cavalerie en 1791) prend le numéro un de l'arme ; l'ancien Royal (4° de Cavalerie en 1791) est le S'' ; l'ancien Commissaire-Général (3® de Cavalerie en 1791) est le 3°; l'ancien Régiment de la Reine (18^ de Cavalerie en 1791) est le 4" ; l'ancien Royal- Pologne (12° de Cavalerie en 1791) le o"; l'ancien Régiment du Roi (5® de Cavalerie) le 6«; l'ancien Royal-Etranger (6« de Cavalerie) le 7*'; l'ancien Cuirassiers du Roi (8'' de Cavalerie) le S°; l'ancien Régiment d'Artois (23® de Cavalerie) le 9"^; l'ancien Royal-Cravate (10® de Cavalerie) le 10"; l'ancien Royal-Roussillon (9® de Cavalerie) le 11®; l'ancien Régiment du Dauphin (19® de Cavalerie) le 12®. Les rangs attribués en 1791 aux régiments de Cavalerie n'ont pas, comme on voit, été observés dans cette nouvelle organisation, où le Premier Consul a pu être déterminé, par la taille des Chevaux et des hommes, à classer certains régiments de préférence dans la grosse cavalerie. De même a-t-il dû obéir à des considérations d'effectif en supprimant les anciens régiments Mestrc- decamp général, Royal-Picardie, Royal-Champagne, Royal-Navarre et Royal-Guyenne. Les régiments conservés, après prélèvement des douze régiments de Cuirassiers et suppression de quatre régiments, deviennent Dragons.
220 CAVAI.IKnS DF NAPOIJ-iON
Les Cuirassiers reçurent en 18U3 l'uniforme iloiil ils conservent encore aujourd'hui les traits caractéristiques. C'est l'habit veste bleu avec collets, parements et retroussis aux couleurs dislinclives du régiment, les épaulollcs rouiros, le gilet sans manches, la culotte de peau blanche, les bottes fortes, les gants à crispin, la double cuirasse, le casque à cimier de cuivre, à bombe d'acier avec bandeau de peau noire et crinière noire.
La couleur distinctivc est rouge pour les trois premiers régiments, aurore pour les trois suivants, puis jaune et rose. Entre eux les régiments de même couleur se difîérencient par un changement de parement ou de col, sans parler du numéro. La schabraque est en peau de mouton blanche, les housses et le portemanteau en drap bleu, galonné de blanc.
On peut penser que l'étendard, à ce moment du Consulat, est en élofTe de couleur bleue : aux angles, des couronnes de laurier avec le numéro du régiment; en bordure, une broderie de feuilles de chêne; au milieu de l'étendard, dont l'étoffe a soixante centimètres de côté, est brodée une cuirasse d'argent à l'antique avec garnitures rouges: derrière cette cuirasse, une massue en or, surmontée d'un casque antique d'or, à crinière blanche, ceint de laurier vert. Au-dessus du Iro-
CLir.ASSlEUS 'J.l
pliée, sur un ruban blanc : République française , au-dessous le numéro de l'escadron. L'élofTe est altachce à un bâton de sept pieds trois pouces, tourné en forme de lance, peint en bleu et verni. Ce bâton est surmonté d'une pique d'où pend la cravate tricolore à franges d'or avec torsade et glands en or. Le 7 venlùsc an XII, le Premier Consul paye au citoyen Bérain, passementier, pour le prix de quatre étendards qu'il donne au 1" régiment de Cuirassiers, la somme de S,'! GO francs.
Le bleu qui fait le fond de rélcndard consulaire (en admettant que les quatre étendards aient été de cette couleur), serait à signaler : sous l'ancien régime, Commissaire-Général avait un seul de ses étendards bleu, mais les huit étendards de tous les régiments royaux étaient bleus ornés au centre d'un soleil avec la devise : Nec pluribus impar et des fleurs de lis soit posées aux quatre angles, soit jetées sans nombre sur tout le fond de l'étofFe. Le bleu en ce cas n'aurait pas été repris sans quelque dessein.
En 1804, à la distribution des Aigles, les étendards furent tricolores, brodes et franges d'or et portèrent cette inscription : V Empereur Napoléon au "Cuirassiers. Plus petite que dans les anciens étendards, l'étoile était attachée « à la distance
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où se trouve le labarum » à un bâlon surmonlc d"une aigle éployéc en cuivre doré qui constituait csseiiliellement l'étendard.
D'après les souvenirs d'un porte-aigle du i" Cuirassiers, on pourrait croire que, au rcnouvellemcnt-des étoITesdes étendards, ordonné le 10 décembre 1811, la couleur de rétofTe fut changée. Cet officier dit que l'étendard dont il avait la garde « était un pavillon carré de satin blanc entouré de trois côtes d'une frange en or faite de torsades de la grosseur et de la longueur d'un doigt. Sur ce pavillon était brodée en grosses lettres d'or : l'Empereur à so)i 2* 'Régiment de Cuirassiers, de l'autre côté le nom de toutes les batailles au.xquelles le régiment s'était trouvé et, sur tout le satin que les inscriptions laissaient vide, une profusion d'abeilles grosses comme la moitié du pouce. Aux pieds de l'aigle était nouée une cravate en salin blanc (?) tombant en double, de la longueur d'un mètre et ayant, à chaque extrémité, une houppe faite de grosses torsades plus longues que le doigt, le tout en or. Tout cela roulé dans un fourreau de maroquin. » Cette description surprend, car les couleurs tricolores sont formellement indiquées pour la cravate par plusieurs lettres écrites en 1811 par l'Empereur au ministre de la Guerre, mais il convient d'être prudent en telle matière.
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L'arme telle que le Premier Consul l'avait constituée en l'an XII, ne reçut point durant l'Empire (l'augmentation considérable. Les douze régiments furent composes par le décret du 31 août 1806 de quatre escadrons chacun à deux compagnies de cent hommes. Le 10 mars 1807, il fut formé dans chaque régiment un cinquième escadron, ce qui porta chaque corps à mille vingt hommes, état-major compris. Ce cinquième escadron fut dissous en 1800, mais l'Empereur créa trois régiments provisoires, dont un, conservé, devint le 13® Cuirassiers et, à la réunion de la Hollande à l'Empire, le 2° régiment de Cuirassiers hollandais, incorporé dans l'armée, prit le numéro 14.
On a dit que l'Empereur aurait eu, au début de 1812, la pensée d'introduire dans la Garde un régiment de Cuirassiers, que David aurait été chargé d'en dessiner l'uniforme et que, sur ses projets, quatre grenadiers à cheval auraient été habillés pour être présentés à Sa Majesté. L'uniforme, ajoute-t-on, aurait comporté un casque à la romaine en acier poli, une cuirasse timbrée de l'aigle impériale, une sorte de tunique ronde dépassant la cuirasse et figurant la cotte de maille. Cet uniforme était-il réellement destiné à des Cuirassiers de la Garde et non aux Grenadiers?
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cela fait doulc. On a dôjà vu combien l'Empereur allaehail de prix h. l'armure et comme il la tenait pour le plus beau des babils de guerre.
Il est singulier qu'il n'ait pas cuirassé les Grenadiers, alors qu'il exigeait que toute la grosse cavalerie portât l'armure, qu'il ordonnait, le 9 mai 1807, que tous les généraux et officiers d'état-major des divisions de Cuirassiers prissent la cuirasse. Sur cet ordre, Murât, alors commandant la réserve de la cavalerie, soumit à l'Empereur, un projet d'uniforme pour les états-majors (jui avait été suggéré par le général Espagne : babil court à l'antique avec la broderie, carré sur le derrière, couvrant les cuisses par devant; au collet les distinctions de grade; pantalon bleu, boites demi-fortes, gants à la crispin; cuirasse |)!aquée d'argent, damasquinée d'or sur les bords, équipée de maroquin rouge et de drap écarlate brodés d'or ; casque antique avec panacbe blanc, dans le ton de la cuirasse; la bombe en argent, surmontée d'un petit globe traversé d'un foudre qu'empiéterait un aigle impérial demi-éployé; le turban en bas-relief doré représentant des attributs de guerre; la visière de môme métal, les oreillons percés à jour et la mentonnière brodée en or, faite en écailles de poisson.
On voit qu'on sortait de Tilsitt à ce casque, si évidemment inspiré des casques de la Garde russe
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OU prussienne; pour la cuirasse, beaucoup d'officiers supérieurs en faisaient damasquiner les bords, certains même, outre la damasquinure d'or, faisaient figurer en émail, en relief, les décorations dont ils étaient titulaires. Cela était d'un magnifique efîet.
Le projet d'armure pour les officiers généraux ne paraît pas avoir eu de suite, au moins en ce qui concerne le casque. Néanmoins, un fait est à noter : Espagne, comme on sait, fut tué à Essling et l'Empereur ordonna qu'on lui érigeât une statue équestre : or, dans deux maquettes différentes de cette statue, Espagne est représenté le casque en tête.
Cette obligation pour les généraux de grosse cavalerie et pour tous les officiers de porter la cuirasse, entraînait qu'ils fussent fixés d'une fagon absolue dans les divisions de grosse cavalerie. Déjà, le 30 frimaire an XII, le Premier Consul écrivait au ministre de la Guerre : « Je désire, citoyen ministre, que vous considériez les Cuirassiers, les Dragons et les Hussards comme formant trois armes différentes et que vous ne me proposiez jamais des officiers de ces corps poui passer d'une arme dans une autre. » Mais la mesure ne fut pas rigoureusement appliquée et pourtant il était de toute néoessifé qu'elle le fût
lu
strictement. Comme l'écrivait en 1807 le général Espagne, outre que les Cuirassiers avaient une taclitiue particulière, il convenait de conserver dans l'arme des hommes déjà accoutumés au poids du casque et surtout de la cuirasse, et capables de faire campagne avec l'armure.
Tint-on après 1807 un compte plus strict des ordres de l'Empereur et les ofliciers furent-ils cantonnés dans.leur arme pour l'avancement? A prendre les faits, il paraît qu'il n'en fut rien. Ainsi, dans le 10° Cuirassiers, de trois colonels qui le commandent de 1806 à 1814, un, Lhérilier nomme en 180G, est de l'arme (chef d'escadron au 11" en 1803) ; son successeur, Franck, vient des Chasseurs de la Garde, et le remplaçant de Franck, Lahuhcrdière, des Grenadiers à cheval. Au 12" Cuirassiers, Dornès, colonel en 1805, est de l'arme: Curnieu, nommé en 1809, vient de l'état-major du prince de Neufchatel; Daudics, en 1813, est de l'arme. Au 9* Cuirassiers, Paullre de la Motte, en 1806,vientdesChasseursàcheval;Murat-Sislrières, en 1811, ancien chasseur à cheval, puis gendarme d'ordonnance, a passé quatre ans aux Cuirassiers-, Habert est de l'arme. Sur trois officiers supérieurs, deux seulement en moyenne viennent des Cuirassiers. Pourtant l'on peut croire qu'un relevé intégral des états de services donnerait un résultat plus favorable, surtout dans les grades inférieurs.
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Tels quels, les régiments de Cuirassiers unis aux régiments de Carabiniers forment dans les armées de Napoléon l'élément le plus important des grandes réserves de cavalerie qu'il organise et qu'il accroît à chacune de ses guerres. Dans l'armée de dSOo (campagnes d'Ulm et d'Austerlilz), la réserve, aux ordres de Murât, comprend outre une brigade de cavalerie légère et cinq divisions de Dragons, deux divisions de Cuirassiers; celles-ci, aux ordres des généraux Nansouty et d'IIautpoul fournissent à Auslerlilz deux merveilleuses charges sur la cavalerie Austro- Russe du prince de Lichtenstein, et y ont quatrevingt-seize tués et cent quarante et un blessés. Dans l'armée de 1806, la réserve commandée par le grand-duc de Berg, est formée de deux brigades indépendantes de cavalerie légère, cinq divisions de Dragons et trois divisions de Cuirassiers à quatre régiments. La division d'Hautpoul se signale à léna, mais les fatigues de la marche rapide et sans arrêt à la poursuite de l'armée prussienne font tomber son effectif de deux mille trente trois hommes au 24 septembre, à mille trois cent cinquante-huit au 20 novembre. Elle est, malgré cela, admirable à Ilofî et surtout à Eylau où son général est tué en chargeant à sa tête. A lleilsberg c'est le tour de la division Espagne, où le 6" Cuirassiers a pour sa part trois
officiers tués et quatorze blessés sur vingt-deux présents. Enfin, à Fricdland, c'est la division Nansouly qui supporte, au début de la journée, le poids de l'ennemi et par une série de charges hardies que Grouchy commande, se maintient dans le village d'Heinrichsdorf, clef de la position. En 1809, la réserve de cavalerie à la tète de laquelle est le duc d'Istrie n'est que de deux divisions de cavalerie légère et de deux divisions de Cuirassiers, aux ordres de Nansouty et de Saint- Sulpice ; ces deux divisions sont admirables à Eckmiihl ; à Essling la division Espagne dont le chef est tué en tète de ses escadrons et la division Nansouty sauvent l'armée par des charges furieuses. Le duc de Padoue, à la tête de l'ancienne division Espagne, est malheureux à Wagram où Davout le compromet sur un terrain difficile, mais la division Nansouty, à la tète de laquelle charge Bessières, prend franchement sa revanche et coupe en deux l'armée autrichienne.
En 1812, la réserve de cavalerie se compose de quatre corps formant onze divisions et une divisiondétachée. Sur ces douze divisions, quatre sont de Cuirassiers. On sait l'héroïque conduite, à la Moskowa, de la division Nansouty et de la division Wathier à la tète de laquelle fut tué le général Caulaincourt commandant le deuxième corps de réserve.
Des écrivains militaires ont bldmé cet accroissement continuel des grandes réserves de cavalerie, accroissement sensible au moment de la campagne de Russie. Ils ont dit que l'impossibilité de nourrir un si grand nombre de chevaux avait amené rapidement la disparition des grands corps de cavalerie; que des quarante-trois mille chevaux qui avaient passé le Niémen, dix-huit mille à peine restaient deux mois après ; que t ces grands corps n'avaient jamais servi qu'à présenter un spectacle extraordinaire propre à étonner la vue » et que € trois mille chevaux réunis n'auraient pas fait ce qu'on aurait obtenu avec trois cents, parce que le chef avait voulu garder ses trois mille chevaux ensemble pour le moment et le terrain qui lui permettraient de les mettre en action tous à la fois. »
Mais ne peut-on penser que si, en l'espèce, l'Empereur se trouva avoir exagéré son système, que si les chefs qui étaient chargés du détail, à qui incombait la mission d'approvisionner et de conserver cette cavalerie pour l'amener au jour voulu sur le champ de bataille, se montrèrent, comme Saint-Germain, inférieurs à leur tâche, que enfin, si le pays où l'on faisait campagne et sur lequel on avait des notions insuffisantes ou erronées, ne fournit point les ressources qu'on en attendait et qu'avaient promises les publicistes
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<iui en av.iiont écrit, l'iilce en elle-même était la plus séiluisaiilc (|ui pût se présenter à un esprit tel que celui de llwnpercur, épris du gigantesque.
Qu'on essaie de se figurer le rôle qu'il assignait à ces grands corps de cavalerie et surtout aux Cuirassiers. Il avait là des hommes intrépides qui, comme l'écrivait Espagne en 1807, t dans les circonstances les plus difficiles, malgré le nombre et tout ce qui peut ébranler la cavalerie la plus aguerrie, conservaient leurs rangs, par leur ensemble et leur union, bravaient tous les dangera et surmontaient tous les obstacles, » des hommes d'une telle solidité, d'une telle résistance qu'un régiment se fondait au feu jusqu'au dernier cavalier sans que celui-ci eût môme la pensée de tourner bride et de se mettre à l'abri,
A un moment des batailles, sur le point qu'il avait choisi de sa ligne, il accumulait des canons et, de tout ce qu'il ramassait, il formait une batterie formidable qui, crachant sans arrêt des boulets et de la mitraille, ébranlait l'ennemi et faisait un trou dans sa ligne; de même, il voulait pouvoir déchaîner de la mitraille vivante, de l'acier frappant, taillant, pointant, tuant à coup sûr, et tant et tant d'acier que le trou qu'il ferait ne pût se refermer, qu'il s'élargît à l'infini, que par cette blessure démesurée l'armée ennemie saignât tout son sang. El cet acier, il le fallait sous sa main
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toujours, il le fallait à ce point obéissant, impassible, inébranlable que un rang, deux rangs, dix rangs jetés à terre, d'autres et d'autres encore, et encore, et toujours, surgissent et se ruassent; que sans arrêt, sans secousse, toujours, mue par le Destin, semblable à l'une des forces de la nature la marée frappante et hurlante, la marée d'acier montai et se précipitât au gouffre qu'il voulait ouvrir. Nulle volonté autre que la sienne, nulle intelligence autre, mais que là où il avait marqué la place, sur un simple geste de sa main, la tempête s'abattit, sans que, pour une vague brisée à la digue, pour dix vagues dispersées en écume et retombant sur le sable, le flot s'arrêtât; que les vagues se fissent, au contraire, plus impétueuses et plus bruyantes, plus pressées et plus rapides, jusqu'à ce qu'une dernière, venue du large, effondrât la digue, tordît le fer, brisât le bois, broyât la pierre et, triomphante, par le trou qu'elle avait fait, s'épandît largement, couvrant à l'infini les champs dévastés.
Il ne semble pas que, à laMoskova, les réserves aient été inutiles, moins encore le seront-elles l'année suivante.
Dans la campagne de 1813, la réserve atteint six corps et dix-huit divisions. La grosse cavalerie est formée en trois divisions aux ordres des gêné
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raux Bordesoulle, Doumerc et Saiiil-Germain, comprenant outre cinq régiments de Dragons, deux régiments de cuirassiers saxons et les deux régiments de Carabiniers, treize régiments de Cuirassiers : à Reichembach, sous Dresde, à Leipzig et à Hanau, les Cuirassiers sont superbes : bien réduits comme effectif, ils sont admirables encore à Champaubert et à Vauchamps.
Enfin, dans la campagne de 1815, où la réserve est composée de quatre corps, huit divisions, les Cuirassiers entrent pour quatre régiments dans le corps Kellermann et forment en entier le corps Milhaud. On sait ce qu'a fait Kellermann aux Quatrc-Bras, Milhaud à Ligny, ce que tous deux ont fait à Waterloo. Dans cette lutte dernière de la France avec l'Europe ameutée contre la Patrie, ceux-ci ont été, sinon les plus braves — car en ce jour du 18 juin qui a été le plus brave? — au moins les plus fidèles témoins — car, pour affirmer comme ils aimaient leur Empereur, ils ont donné tout leur sang. Vingt ans de guerre furieuse où, peu à peu, malgré l'effort des meilleurs, la France s'était épuisée, ces vingt ans, couronnement des siècles de haine et d'envie des rois d'Europe et de l'Anglais leur soudoyeur, ont eu là leur achèvement, en ces plaines funèbres où seul le blé plus haut marque la tombe des nôtres.
Les Cuirassiers sont morts, mais ils ont fait payer leur mort. Ils sont morts le sabre au poing, frappant de pointe et de taille, ivres de brutalité et d'enthousiasme, ayant aux lèvres leur cri de victoire, qui en ce jour même du suprême désastre faisait pâlir qui les tuait. Ils sont morts, face à l'Anglais, comme leurs ancêtres à Fontenoy, face à l'éternel ennemi qui, après avoir payé des rois pour les tuer, ne s'est démasqué à la fin que lorsqu'il les a cru trop las pour avoir de vigoureuses défenses et pour lui faire trop chèrement payer son triomphe : l'estocade suprême du malador au taureau qu'on a, des temps, aflblé avec lies valets et qui vient de lui-même se jeter à l'épce. Mais cela, à lAuglais, routa plus cher qu'il n'avait compté : les Cuirassiers mirent une surenchère ; et pour les abattre ce ne fut point l'Anglais qui en eut l'honneur, mais notre ancien allié, notre vieil ami, l'Ecossais qui, dupé, payé et conquis, sert à l'Anglais à faire croire qu'il est un soldat. Et les Cuirassiers eurent au moins cette joie, eux les victorieux de toujours, de tomber encore dans l'illusion de la victoire, au milieu des soixante pièces de canon qu'ils avaient prises, sous le rouge claquant dans l'azur des drapeaux anglais qu'emportaient Palan du 9" et Gautier du 10°, avant que Blûcher qu'ils avaient manqué l'avant-veille, Bliicher blessé, pris sous son cheval
•J3I r.wAiiF.ns nr NAroLfioN
mort, près duquel ils avaient passé sans le tuer — car les nôtres n'achèvent point ceux qui se disent blessés — répandît sur les champs assombris de AValerloo le lujrubrc essaim de ses cavaliers noirs rctueurs des morts et assassins des •nourauls.