‹ Cavaliers de NapoléonChapitre 46 sur 76 · CAVALERIE A L'ARMÉE D'ITALIE · texte numérisé non relu

CAVALERIE A L'ARMÉE D'ITALIE

qui se sont mal conduits et c'est à leurs camarades à les faire connaître ou à les faire chasser. A la première action, le général en chef compte donner à la cavalerie les moyens de se signaler ; elle sera jalouse de trouver l'occasion de faire le pendant de l'action hardie et valeureuse des grenadiers et carabiniers à la fameuse attaque du pont de Lodi. >

Cette lettre est du 27 floréal (16 mai), et moins de quinze jours plus tard, le 10 prairial (29 mai), Bonaparte donnait, en efl"el, à sa cavalerie les moyens de se signaler. Pour ce faire, il la flanquait à droite et à gauche de grenadiers et de carabiniers d'Infanterieet,parderrière, plaçait son artillerie. C'était pour interdire les savantes retraites. Aussi, entraînée par Kilmaine qui eut un cheval blessé sous lui, par Murât surtout qui, en cinq mois (y compris un agréable voyage à Paris), était de chef d'escadron devenu général de brigade, la cavalerie donna franchement. A partir de ce moment, on peut croire qu'elle rendit des services, mais elle ne perdit pas ses habitudes de pillage; plusieurs ordres du jour en témoignent.

De plus, malgré les appels réitérés de Bonaparte, essayant de tirer des régiments de toutes les divisions de l'intérieur, elle ne recevait pas de renforts et son efl'ectif baissait constamment. Cet eflectif n'était plus que de trois mille hommes au

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18 messidor an IV, contre quarante et un mille fantassins. Impuissante en masse, elle eut surtout (le belles actions isolées. Telle h Rovcrcdo, la charge du général Dubois en tète du 1"^ Hussards ; telle, b. Saint-Georges, la charge de Kilmaine avec le 20'- Dragons; tels surtout des combats individuels comme celui du chef d'escadron Duvivier, du 9° Dragons, contre le comte dErlody, commandant un régiment de hussards-hulans : L'Autrichien, voyant le petit nombre de Français, les somme de se rendre. < Viens nous prendre, si tu l'oses! » répond Duvivier et, faisant bondir son cheval, il provoque le colonel autrichien, lui troue le corps de deux coups de sabre, puis, se tournant vers sa troupe, il commande la charge et, avec son escadron, fait prisonnier le régiment ennemi.

On pourrait multiplier les exemples : Lcclerc, chef de brigade du 10" Chasseurs, en fournit à chaque instant et il n'est pas de régiment où les faits d'armes ne soient des plus nombreux.

Mais il n'en est pas moins vrai que, dans les campagnes d'Italie, le rôle de la cavalerie est médiocre par rapport à celui de l'infanterie. Gela tient au terrain d'abord : Napoléon estimait luimême que € la cavalerie doit être, dans une armée en Flandre ou en Allemagne, le quart de l'infanterie; sur les Pyrénées, sur les Alpes, un ving-

tième; en Italie, en Espagne, ua sixième. La proportion en 179G et 1797 n'atteignit jamais un dixième; encore n'était-ce que de la cavalerie légère ou de dragons, car au début de l'an "V, c'est tout au plus si deux petits régiments de Cavalerie proprement dite étaient à l'armée d'Italie.

Les actions de guerre, dans la campagne de l'an "V, des Dragons devenus prépondérants dans l'armée d'Italie — puisqu'on y trouve à la fin de l'an IV, le 20% le 8% le 5«, le ^' et le 15« — les services plus grands encore qu'ils rendirent à l'armée d'Egypte où, sauf deux régiments (7® Hussards et 22° Chasseurs), toute la cavalerie était dragons (3% 14«, 15% 18% et 20« Dragons), expliquent déjà en partie la prédilection que Napoléon porta à cette arme lorsque, devenu Premier Consul, il put organiser la cavalerie à sa mode. Dès ce moment, il savait par expérience à quel point un corps combattant à pied comme à cheval, servant à la fois comme cavalerie et comme infanterie, pouvait être utile à ses desseins. Aussi, lorsque, dès l'époque du Consulat, il inaugura une stratégie nouvelle, il lui fallut — et ce fut le rôle de la grosse cavalerie — des réserves puissantes qui lui permissent d'intervenir rapidement, avec

efficacité, en toute circonstance ; il lui fallut — et ce fut le rôle de la cavalerie légère — des éléments en quelque sorte dispersables à l'infini, avec lesquels il reconnût l'immense théâtre sur lecjuel il opérait aussi faedement qu'il embrassait de l'œil jadis le champ sur lequel il concentrait la bataille ; il lui fallut enfin des éléments à la fois mobiles comme la cavalerie et résistants comme l'infanterie, capables de tenir tète à l'une comme à l'autre, qu'il pût jeter en avant et qui, transportés avec célérité sur le point à occuper, le défendissent même contre des fantassins ennemis. La cavalerie de ligne, les Dragons surtout, lui servirent à cet usage; avec eux il put soutenir constamment sa cavalerie légère, masquer ses propres manœuvres et démasquer celles de son adversaire.

L'arme qu'il impose aux Dragons montre à elle seule le rôle qu'il lui assigne. Dès le 2 fructidor an IV, il ordonne impérieusement au général Kilmaine que tous les Dragons soient armés de fusils avec baïonnettes. Il y revient, il y insiste en toute occasion, il assure l'approvisionnement en munitions, il punit les officiers dont les hommes ont perdu leurs baïonnettes, il ordonne des tirs pour les Dragons et fait pousser aussi loin que possible l'instruction à pied.

C'est que Napoléon ne partage à aucun degré

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l'opinion de Frédéric II sur l'inefficacité du tir de la cavalerie. Il ne pense point que ce qui est vérité en Allemagne doive nécessairement être reçu comme axiome en France et, de ce que les cavaliers du roi de Prusse ont, à courte distance, manqué les mannequins de paille qu'on leur a dési, gnés pour but, il ne conclut pas que ses cavaliersàlui, doivent nécessairement manquer les hommes qui les chargeront. A défaut de l'autorité du roi de Prusse, il a pour lui son expérience personnelle et il a formé son jugement sur certains épisodes assez peu connus de la campagne d'Egypte.

A Salahieh, le 11 août 1798, le 7« Hussards, commandé parle chef d'escadron d'Estrées, elle 22® Chasseurs, aux ordres de Lasalle, chargent la fameuse caravane de la Mecque couverte sur ses flancs par quatre mille mamelucks qui entourent aussitôt les deux régiments, leur font beaucoup de mal et viennent pour charger les neuf cents chevaux des 3®, 14® et 15® régiments de Dragons, avec lesquels Bonaparte est alors éloigné de son infanterie. Le Général en chef dit au général Leclerc • « Qu'allez-vous faire? — Mettez-vous au centre, répondit Leclerc, les officiers et sous-officiers dans le rang. Formés en carré, nous allons faire le métier d'infanterie. » Et, en effet, les Dragons repoussent par un feu de file les mame-

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lucks ot, npri's avoir rallie le 1° de Hussards et le 22* de Chasseurs, marchent très lenlcineiit en bataille à reiinemi, le fusil haut.

A Gaza, pendant la campagne de Syrie, Bona. parte se trouve à grande distance de son infanterie. Il est obligé de mettre l'épée à la main et d'ordonner que toute la cavalerie se forme en bataille et attende, le mousqueton haut, la charge des Turcs, qui est repoussée par son seul feu.

Dans la marche de Jaffa sur Saint-Jean-d'Acre, la cavalerie encore une fois seule, rencontre Ibrahim-bey avec ses mamelucks, et les reçoit aussi heureusement avec son feu de pied ferme.

Or, par cavalerie, ici, il faut entendre dragons, car sur les neuf cents honmies de cavalerie que commandait Murât, la plupart étaient tirés des 3% 14% lo% 18^ etSO'' Dragons, la cavalerie légère n'étant représentée que par le 7" Hussards et le S^*' Chasseurs.

Pour le service qu'on peut demander aux Dragons à pied, Napoléon n'a-t-il pas présent à l'esprit le siège de Milan, où les Dragons du Ij" aidèrent à ouvrir la tranchée, servirent les pièces, suppléèrent les artilleurs et les officiers du génie et reçurent devant le corps de siège assemblé, les éloges qu'ils méritaient? Ne se souvient-il pas des combats de Serravalle, où Leclerc, se trou-

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vantseul avec son régiment et les carabiniers de la 4" en présence d'une colonne ennemie, fit mettre pied à terre à une compagnie qui aida les carabiniers à contenir l'ennemi jusqu'au moment où il put donner le signal de la charge? L'attaque du camp retranché de Primolano n'a-t-clle pas clé faite par les Dragons pied à terre? A. Clausen, n'a-t-on pas vu les Dragons du 5°, après avoir enlevé dans une charge audacieuse trois pièces de canon, mettre pied à terre et se joindre au 85*^ de bataille pour repousser l'ennemi? Et ce ne sont là que les exemples fournis par un seul régiment. Il est vrai que c'est l'ancien régiment Colonel- Général qu'il a à sa tête des hommes tels que Leclerc et Milhaud, mais, ce qu'un régiment bien commandé a fait, pourquoi d'autres ne le feraientils pas?

D'ailleurs, la théorie que Napoléon prétend remettre en vigueur est, en France, une tradition historique qui n'a été abandonnée que par suite des ambitions et des préjugés de quelques officiers, de l'engouement pour les idées étrangères et de l'oubli volontaire des faits d'armes auxquels, durant deux siècles, notre nation a dû son accroissement.

En quittant les errements prussiens pour revenir à celte théorie vraiment française, Napoléon

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montre combien il connaît le tempérament national, car peut-être ne sait-il pas l'histoire des Dragons, mais il la devine. Il lui faut pour ses desseins une arme qui fasse tel service. Que celle arme ait existe ou non, peu lui importe, il la recrée lui-même, il lui donne ses propres réglomenls. Or, ces règlements sont semblables, identiquement, à ceux que, trois siècles auparavant, la nécessité avait fait adopter et que la tradition avait consacrés ; cette arme nouvelle est semblable à l'arme ancienne et nulle mémoire nourrie d'histoire n'eût reproduit plus exactement des termes identiques.

C'est que cette arme des Dragons n'a point été inventée sans doute par le maréchal de Brissac comme certains disent, ou par Gustave Adolphe comme d'autres le soutiennent, mais par l'expérience même de la guerre, par quelques vieux soldats inconnus, des pillards hardis et entreprenants qui, pour faire leurs coups, sur des bidets de paysans, s'en allaient en bande à grande distance des camps, mettaient pied à terre pour emplir leurs bissacs et, étant subitement attaques par l'ennemi, faisaient front, tiraient tant qu'ils avaient de poudre, remontaient ensuite leurs petits chevaux qu'avaient gardés quelques camarades et s'en revenaient au camp la panse et les sacs pleins.

D'une expérience ainsi faite, peut-être violemment réprimée au début par les chefs, une conclusion était à tirer : l'infanterie montée, qui n'est autre que les Dragons, qui est ce que les Dragons devraient toujours être, était créée. Le maréchal de Brissac l'organisa. Il prit les arquebusiers possesseurs de chevaux de prise et en forma des compagnies. On trouve de telles compagnies désormais dans toutes les armées de Henri II et, dans cette belle campagne contre les Allemands où le roi s'empara de Metz, de Verdun et de Montmédy, de l'essentiel de la Lorraine, voici les Arquebusiers à cheval qui jouent leur rôle. Et désormais, dans les guerres civiles et les guerres étrangères, c'est à eux, à l'infanterie montée, aux Carabins, aux Argoulcls, qu'il faut la première place. Le nom de Dragons paraît, dit-on sous Henri IV; mais celui de Carabins et de Mousquetaires reprend la vogue sous Louis XIII et ce n'est qu'aux débuts du règne de Louis XIV, en 1643, qu'on trouve, avec le régiment levé par le marquis de la Ferté-Sennecterre et composé de quarante compagnies, le nom de Dragons officiellement constaté.

Désormais, à quoi bon raconter leur histoire. Elle est écrite en tous les combats que, sous Louis le Grand, la France a livrés pour recouvrer ses frontières et s'acquérir une gloire qui ne

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périra pas. Sur l'exemple des Dragons de la Forlé, le Roi crée un second régiment, Dragons étrangers du Roi, puis Dragons du Roi (1636), dans lequel, à la paix, il incorpore les meilleurs éléments de la Ferlé (1600). Par Tédit du 2;) juillet IG6o, il lui donne rang dans l'infanterie pour mieux marquer comme il compte l'utiliser et quel rôle il lui impose. En 1668, un nouveau régiment est formé, c'est une arme à présent et il lui faut un colonel général, et c'est Lauzun, cet étrange et prodigieux cadet de Gascogne dont La Bruyère a pu dire en toute vérité : « On ne rêve point comme il a vécu. »

Ah ! l'étrange être et bien digne d'ouvrir cette histoire, bien digne d'infuser à tous ceux qu'il r'ommandc et dont, à travers les âges, il se trouve le grand ancêtre, l'esprit d'héroïque aventure, l'esprit de hasard et de fortune, l'esprit de bataille et d'amour, l'esprit risque-tout qui casse les cœurs, les verres et les épées, et contre qui rien ne prévaut, pas môme la mort, car à la façon dont l'accueillent les fils de Lauzun, il semble que ce soit encore une maîtresse — et de toutes la plus aimée.

Désormais, qui peut séparer l'histoire des Dragons de celle des étendards de France. En Hollande, de 1672 à 1678, leur réputation grandit si vite que de deux régiments qu'ils sont au début,

ils sont à quatorze à la paix et ils s'accroissent si démesurément qu'on peut se demander si tout ne va pas être Dragons, puisque, dans l'armée, en 1(388, il s'en trouve quarante-trois régiments. Cela est trop. Le ver est dans le fruit, et c'est là le germe de la décadence. Il est impossible que, dans celte arme intermédiaire, qui n'a dû sa création qu'à l'initiative individuelle, son mainlien qu'à l'ingéniosité pratique d'un homme de guerre furieux d'ambition, il n'yaitpas, sur quarante-trois colonels, au moins une bonne moitié qui, ne comprenant rien à ce service mi-parti, s'imaginent relever leur régiment et eux-mêmes en s'introduisant peu à peu dans la cavalerie. Cela sans doute est autrement noble et, si le but qu'on s'était proposé avec les Dragons ne s'en trouve plus atteint, il n'importe: quelques seigneurs de plus auront joué aux chevaliers.

Et pourtant, en haut lieu, on continue à lutter. L'armement obligatoire est l'armement d'infanterie, puisque c'est le fusil à baïonnette ; l'uniforme a un trait caractéristique de l'infanterie, puisque les Dragons portent, non des bottes, mais des bottines avec des hautes guêtres de cuir. Chaque compagnie a son tambour qui bat à pied et à cheval. Les enseignes ne sont ni des drapeaux, ni des étendards, mais des guidons. Et ce guidon, de damas de soie aux couleurs du régi-

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ment, est une sorte de banderole plus lonjiuc que large, allaiil eu se rctrécissaiit ou |iliilùl cii s'ovalisant, fendue à rexlrémilé et fixée par lo côlé le plus large h une hampe de plus de deux nièlres. On peut dire que durant toute la durée de la Monarchie, tant qu'il y a dans l'armée une tradition et une suite, le principe est maintenu. Cc?t celui que soutiennent les généraux les plus illustres de Louis XIV qui font des Dragons si bon usage: c'est celui qu'affirme le maréchal de Saxe et que Folard met en axiome.

Pour eux tous, le dragon n'est pas un cavalier : il est un fantassin monté ou plulùl il est un fantassin montablc ; il a fait ses classes comme cavalier, de façon qu'il puisse tenir à cheval et charger au besoin, mais le cheval est pour lui d'abord un mode de locomotion, son arme est le fusil et sa formation tacliijue est une formation . d'infanterie.

Cotte théorie déplut aux réformateurs ministres de Louis XVI; dés I78t, le principe était violé : il le fut bien mieux en 1791, où le règlement du 1*^ janvier classa les Dragons dans les troupes à cheval après la Cavalerie proprement dite. A ce moment, les régiments de Dragons dont le nombre avait singulièrement varié selon les époques, sont réduits à dix-huit. Sauf les couleurs distinctives

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variant selon les corps, ils portent uniformément l'habit et le surtout en drap vert foncé, ils ont la veste blanche et la culotte de peau blanche; ils sont coiiïés d'un casque de cuivre jaune avec cimier et rosette de même métal, avec fourrure de chien marin et crinière noire; ils sont chaussés de bottes molles et ieurbuffleteries sont blanches — c'est le costume qu'ils conserveront, avec adjonction d'une visière au casque.

Le décret du 21 février 1793 ne fait que confirmer l'entrée des Dragons dans la cavalerie, bien quil établisse que, dans chaque compagnie, sur cent hommes, il y en aura dix à pied. L'incorporation des Volontaires et des Corps francs donne aux Dragons deux régiments de plus, formés le 19* des Volontaires d'Angers et le 20° des Dragons de Jemmapes. En 1797, la Légion de police suspecte de jacobinisme, est constituée en 21e dragons, mais ne tarde pas à disparaître. Elle est remplacée dans l'arme, le 26 août 1801, par le l*"" régiment de Dragons piémontais, incorporé dans l'armée française.

Ces vingt et un régiments que trouve le Premier Consul à son arrivée au pouvoir sont aussi Illégaux en nombre qu'en qualité : les uns excellents, d'autres médiocres, d'autres détestables, mais Napoléon a vu en Italie comment on fait de

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bons régiments avec de mauvais et il s'en inquiète peu. 11 sait ce qu'on peut exiger des Dragons et de quelle f;i(;oii il f;iut les conduire. Ses idées sont assez arrêtées sur l'ulililé dont ils peuvent être pour que le 1" vendémiaire an Xll, lorsqu'il réorganise sa cavalerie, il augmente 1 arme de près d'un tiers.

A côté de la Cavalerie casquée et cuirassée, il établit les Dragons; mais, pour les renforcer, il est bien contraint de prendre ce dont il peut disposer : c'est-à-dire les régiments de Cavalerie et de Hussards devenus disponibles par son plan de réforme. Il fait donc dragons les régiments de Cavalerie portant les numéros 13 à 18 et les 7° bis, W" et 12" de Hussards. C'est, malgré qu'il en ait, ouvrir la porte aux prétentions anciennes, car qui a été cavalier ne consentira jamais à être fantassin. Pourtant Napoléon a pris ses précautions. Sa volonté est formellement exprimée dans le rapport fait au maréchal Berlhier, ministre de la Guerre, le 7 prairial an XII, par les généraux de division Louis Bonaparte, Cariclaux et Nansouty qui, avec les généraux Bourcier, d'Hautpoul, Klein , Kellermann et Ordener, ont rédigé l'ordonnance du l*"" vendémiaire an XIII sur l'exercice et les manœuvres de la cavalerie. « Les dragons étant rendus à leur première institution, disent-ils, et Sa Majesté désirant qu'ils soient en état, en met-

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tant pied à terre, de se former en bataillon, nous avons pensé qu'il fallait rapprocher le plus possible leur ordre de bataille à cheval de celui qu'ils doivent prendre à pied et, au moyen des dispositions prescrites, un re'giment de Dragons, ou quatre escadrons de plusieurs régiments, pourront former à pied sur le champ un bataillon ayant des guides, officiers, sous-officiers nécessaires pour les quatre divisions d'un bataillon.

On a vu sur quels faits l'Empereur s'appuyait pour croire fermement à l'efficacité du feu de la cavalerie et à la possibilité de faire combattre utilement les dragons à pied. Mais, en dehors de ces deux questions, une autre se trouvait résolue par l'organisation nouvelle donnée aux Dragons et, vraisemblablement, c'était encore l'expérience de l'Expédition d'Egypte qui avait fourni cette solution. Lorqu'il était parti de Toulon, il avait embarqué 300 chevaux pour les 3,04:2 cavaliers qu'il emmenait avec lui; les 2,742 chevaux qui manquaient, sans parler de ceux qu'il fallait pour les états-majors elles services auxiliaires, il les avait trouvés en Egypte, en chevaux de prise ou chevaux de réquisition. Or, la France, en lan XII, était épuisée de chevaux bien plus que d'hommes. Non seulement la consommation avait été énorme pendant la Révolution, non seulement

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le gaspillage des ressources chevalines avait été cITrayanl, mais la produclioii était arrêtée, les réserves étaient détruites, les haras, dont les der, niers chevaux avaient été enlevés, étaient fermés Dès les débuts de la Révolution, l'élève des poulains par les régiments avait été abandonné. On avait recours afin d'avoir un semblant de remonte pour la cavalerie h des marchés généraux et à des réquisilions ; l'on avait institué de grands dépôts pour recevoir les chevaux de cette double provenance et les livrer aux corps; mais tels étaient les abus, même après le Consulat institué, que, pour ne citer qu'un exemple, au début de l'an IX, le dépôt de Bec-Hellouin annonçant le départ de 3,oirî chevaux pour les armées du Nord ot les équipages de Sampigny, il n'en arriva pas lin seul à destination. On pouvait remédier aux vols, mais comment faire tout de suite des chevaux quand il n'y en avait plus en France? Quelque système qu'on essayât par la suite pour les remontes normales en temps de paix, on ne pouvait parvenir à se procurer ce qui n'existait pas. Ainsi, en l'an XII, on remplace le système des marchés généraux par des achats régimentaires sur la masse dite de remplacement : Nouveaux abus et qui touchent l'honneur des officiers, obèrent le Trésor et réduisent presque à rien certains régiments. En 1806, l'Empereur réorganise

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les haras, mais les haras ne peuvent fournir qu'a long terme et la charrette est toujours ennayée. On revient aux marchés généraux; les régiments n'ont plus à intervenir dans les achats; les fournisseurs conduisent directement les chevaux aux garnisons : opposition violente des colonels qui se tiennent blessés dans leur amour-propre, n'ont plus à leur disposition des sommes considérables qui augmentaient leur influence et leur créaient une sorte de masse occulte. Moins de trois ans après, en 1809, on est contraint d'abandonner ce système; on essaie de grands dépôts dont l'Empereur confie la direction à des généraux de cavalerie qui, par suite de leurs fatigues de guerre ne peuvent plus être employés à l'armée, mais qui, par leur gloire, leurs services, leur habitude du commandement, leurs connaissances spéciales offrent des garanties aussi bien à l'Etat qu'aux corps de troupes : mais les colonels protestent et, parce qu'ils restent étrangers à la remonte de leurs régiments, ils trouvent mauvais tous les chevaux qu'on leur envoie. L^Empereur se préoccupe de cet état de choses et réunit, en 1810, une nouvelle commission composée des officiers généraux les plus éminents. Cette commission déclare que « les abus inséparables de l'achat direct par les corps doivent le faire abandonner sans retour >; mais, à peine cette décision est-elle for-

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niult'o, il peine a-t-on affirmé le principe des marchés généraux, que la nécessité de pourvoir les régiments engagés en Espagne et l'impossibilité de trouver des chevaux par marchés généraux, obligent le ministère à charger de nouveau et temporairement les corps de leur remonte.

Or, depuis 1800, des réserves ont été reformées par la nation, on a élevé des chevaux, on en a importé. En 1813, avec les seules ressources de la France et une très petite partie de l'Allemagne, l'on pourra monter près de trente mille hommes. Mais il aura fallu treize ans pour que ce petit trésor fût épargné et ce ne sera que par réquisition, au milieu des malédictions des propriétaires contre la tyrannie, que l'Empereur pourra s'emparer de ces éléments indispensables à la défense. Donc, durant tout le règne, en France, pénurie absolue de chevaux; impossibilité de remonter, en France, la cavalerie; et cette impossibilité démontrée mieux encore que par les faits, par les fluctuations continuelles, les mesures contradictoires, l'absence d'un plan raisonné. Si l'Empereur hésite, louvoie, consulte ainsi, s'il signe en si peu de temps cette suite de décrets qui s'infirment l'un l'autre, c'est que son esprit ne peut acquérir une certitude, c'est que, quelque efl'ort qu'il fasse pour la découvrir, la vérité se cache à ses yeux. C'est qu'ici il est en face de l'impossible.

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