DRAGONS A PIED 2J
parce que le temps lui manque aussi bien que la matière.
Ne trouvant pas de chevaux en France, Napoléon dut en chercher chez l'ennemi; pour que ces chevaux fussent immédiatement utilisables il lui fallait des cavaliers à pied, et comme il ne se souciait pas d'encombrer son armée de nonvaleurs, il fallait que ces cavaliers démontés fussent aptes à remplacer des fantassins.
N'est-ce pas là ce qui l'amène, le ÎO prairial an XII, à ordonner que chaque régiment de Dragons des divisions de Compiègne et d'Amiens sera formé de deux escadrons à cheval et de deux compagnies à pied? Ces compagnies de cent cinquante hommes, officiers, sous-officiers, tambour et trompette compris, devront, par quatre, former un bataillon commandé par un chef d'escadron. Deux bataillons composeront un régiment. La division de dragons d'Amiens, de neuf régiments, fournira par suite deux régiments à pied; la division de Compiègne trois régiments. Ces cinq régiments destinés à constituer une division seront immédiatement organisés, embrigadés, exercés aux manœuvres à pied et aux marches.
Est-ce uniquement en vue de la descente en Angleterre, pour restreindre le nombre de chevaux à embarquer, qu'une telle décision est prise?
C'est bien lard et iléjà on flaire la poudre du côté du Danube. D'ailleurs, à la levée du camp de Boulogne et pour la marche sur l'Allemaguc, voici le projet complété, formulé d'une façon définitive et mis à exécution. L'Empereur organise une division de Dragons à pied de sept mille deux cents hommes. Cette division est composée de quatre régiments fournis k raison d'un régiment à pied de mille huit cents hommes par chaque division à cheval : soit, par brigade, un bataillon de neuf cents hommes et, par régiment à cheval, une compagnie de trois cents hommes.
Il attache une telle importance à c ces forces extrêmement disponibles et légères » qu'il donne à cette division dix pièces d'artillerie — tandis que les divisions à cheval n'en ont que trois — et qu'il met à sa tète l'homme qui, en quelque façon, incarne dans la hiérarchie l'arme même des Dragons et qui en est le colonel général, Baraguay d'Hilliers qui n'a jamais servi que dans l'infanterie et dans les états-majors, qui ne s'est illustré que comme fantassin, qui n'a rien d'un cavalier, et qui est colonel général des Dragons à titre de fantassin.
Si jamais l'Empereur a affirmé son dessein et fait connaître sa volonté, c'est assurément ici.
Il attache une importance si particulière à cet essai, qu'il indique avec minutie, le 6 fructidor,