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LA FUSION

rer les formes, mais n'a jamais des façons vulgaires. Dans le peuple de France, le peuple paysan et ouvrier, le tact est de naissance ; par suite, rélcvation facile et rapide, car nul comme le Français du peuple, intelligent et débrouillard, pour observer et se conformer aux milieux où il vit. L'uniforme — surtout du cavalier — lui inspire le respect de lui-même; la passion du cbeval et les communs dangers le familiarisent avec les camarades et, comme il est possédé par cet esprit d'égalité naturel aux Français, il aspire à se mettre au niveau de ceux qu'il juge supérieurs, et il s'y met.

Ainsi se forme entre hommes qui, d'origine, peuvent être ennemis, qui, en tout cas, dans la société ancienne ne se fussent jamais ni rencontrés, ni appréciés, une fraternité d'armes qui, plus qu'on ne pense, a contribué à bannir des esprits le souvenir des haines soulevées par la Révolution. Ayant combattu sous le même drapeau et pour la même gloire, les oppresseurs et les opprimés d'hier n'ont plus que la passion de la Patrie cl l'amour du Chef qui l'incarne ; et entre ceux qui, dans de généreux complots, essayèrent de préparer la revanche de la France, ce ne furent point les nobles de jadis qui se montrèrent les moins ardents et les moins passionnés.

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Pour que celte génération ainsi formée et composée de ces élémenls ait pris dans riiisloire la place qu'elle y occupe, il a faMu, non seulement qu'elle fût ainsi qu'elle était, mais encore qu'elle rencontrât des circonstances adéquates qui favorisassent son entrée dans l'armée, lui procurassent, avec l'occasion de fournir des hauts faits sans nombre, la facilité de se mettre rapidement en vue et de gagner ses éperons.

On peut dire qu'elle avait place nette devant elle, au moins pour les grades inférieurs et cela lient à plusieurs raisons instructives et qu'il importe d'examiner.

Bien plus qu'à l'infanterie, surtout qu'aux armes dites savantes, la fureur de l'émigration a enlevé des officiers à la cavalerie : tous ou presque tous sont partis ; mais, avec eux, quantité de sous-officiers et même de cavaliers. Pour les officiers, on peut justement alléguer qu'ils se recrutaient en général dans une classe de noblesse, supérieure si l'on peut dire, plus riche, plus près du trône ; pour les sous-officiers, que le goût et l'habitude du cheval sont pour développer les goûts d'aristocratie et, chez tout cavalier, établir celle conviction de sa supériorité naturelle sur le fantassin.

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Cela tient à ce que le service, naturellement plus sévère, rapprochant davantage les hommes des officiers par la commune passion pour le cheval les égalisant davantage, laisse moins d'heures oisives pour les lectures, les promenades, les réunions au café ou au cabaret, tout ce qui facilite les contacts avec les civils, tout ce qui pousse aux spéculations politiques et, par un naturel chemin, mène droit aux idées de révolution.

Point de clubs que fréquentent les cavaliers. Il y a bien çà et là des émeutes dans les régiments au sujet de la masse noire, mais, en comparaison de l'infanterie, cela n'est pas à compter ; après douze heures de soûlerie, un cavalier est impérieusement rappelé au quartier par la nécessité de soigner son cheval : ce n'est pas une obligation de service ; pour tout vieux soldat, c'est un be.soin de cœur. Donc, point de ces bordées comme en courent les fantassins, bras dessus, bras dessous, avec les gens d'émeute. Point de ces promenades en bande, de cabaret en cabaret, où l'on se grise de mots autant que de vin et où, à force de pérorer, les meilleurs soldats deviennent pires que les pires traîneurs de ruisseau.

Il n'y a point d'idées communes, il n'y a pas d'occasion de rapprochement. Il y a, de la part des uns à l'égard des autres, un mépris naturel, établi, définitif, qui exclut les intimités le verre

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en main. Donc, sauf en des cas 1res rares où les nicnours ne sont point (.lifficilcs à trouver, non seulement les régiments de cavalerie ne tournent pas à l'insurrection, mais ils se tiennent prêts à réprimer l'émeute.

Et il ne s'agit point ici de compagnies privilégiées, formées de gentilshommes et ayant un recrutement spécial : il s'agit de la masse entière des régiments de cavalerie, depuis le plus ancier, jusqu'au plus nouveau.

Qu'on mette en comparaison le régiment le plus distingue de l'infanterie, le régiment privilégié au point qu'il soit le seul de gens de pied français à être adjoint à la Maison du Roi, le régiment pour qui sont toutes les grâces et toutes les faveurs, où le colonel est maréchal de France, où le lieutenant-colonel a rang de lieutenant-général, les capitaines de colonels, les enseignes de capitaines, le régiment dont les tambours ne battent aux champs que pour le Roi, la Reine et Dieu ; le régiment recruté uniquement de Français anciens qui ne veut pas même dans ses rangs de Strasbourgeois ou d'Alsaciens ; le régiment des hautes payes, où le colonel a 5,833 livres 6 sols 8 deniers par mois d'appointement, chaque capitaine de grenadiers 1,000 livres, chaque capitaine de fusiliers 916 livres 13 sols 4 deniers, où les sergents sont nommés par les sergents eux-mêmes, où

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