CHEVAU-LÉGERS POLONAIS DE LA GARDE
Pologne la levée d'un régiment de chevau-légers polonais qui lui servirait pour sa Garde. Il revint à celte idée, le 2 mars 1807, par une décision ordonnant la levée d'un pulk de cavalerie légère de quatre escadrons et, deux jours après, il organisa le détail de l'opération et du recrutement; il demanda que le Gouvernement polonais se procurât des chevaux dans le pays; quant aux hommes, € si l'on pouvait, dit-il, former le régiment de jeunes gens comme les dix-huit qui composent ma garde d'honneur, cela serait bientôt fait ». Le G avril, il avertissait Talleyrand qu'il avait signalé le décret pour la formation des Chevaulégers polonais de la Garde. Il avait fait les fonds nécessaires, nommé le colonel et les chefs d'escadrons parmi les Polonais, les majors et les adjudants-majors parmi les officiers français de la Garde. Il envoyait le major, de Finkenstein à Varsovie, pour que Talleyrand le présentât au Gouvernement polonais et s'efforçât de faire réussir ses demandes. Il prétendait, avant quinze jours, avoir un escadron; déjà, il avait envoyé des officiers à Posen pour acheter l'armement nécessaire, mais il voulait en même temps que le recrutement ne laissât rien à désirer. « En les payant comme ma Garde, écrit-il, vous sentez que mon intention a été de n'avoir que des hommes qui eussent de l'éducation, qui fussent habitués au
service du cheval cl non des paysans à dégrossir, ce qui sérail exlrèmemcnt long. »
Malgré celle volonlé si formellement exprimée, ce ne fut qu'assez longtemps après la signature de la paix, au mois de septembre, que le premier escadron du nouveau régiment put être dirigé sur la France. Le second partit le 18 septembre et le troisième en janvier 1808. On avait suivi strictement les intentions de l'Empereur dans la composition du régiment et ceux qui y étaient entrés avaient bien plus l'allure de gentilshommes servant pour leur compte que de soldats. C'était quelque chose comme l'ancien arrière-ban de France au temps où il était héroïque, les vrais lils de ces Usarz dont un seul escadron de cent quarante hommes, l'escadron du prince Alexandre Sobieski, devantVienne assiégée, presque rendue, traversa de part en part, une armée de cent quatre-vingt-cinq mille hommes et revint, brisant de nouveau les lignes turques, sans avoir perdu plus du quart de son effectif.
Les simples soldats sont ici aussi nobles que les officiers, car, pour recruter le régiment, un appel a été adressé, avec l'autorisation de Poniatowski, à tous les gentilshommes servant dans les troupes de lignes; et, attirés par la pensée « de faire leurs premières armes sous les yeux
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dun monarque dont le nom seul donne l'idée de toutes les vertus et de toutes les qualités guerrières », ils se sont empressés d'y répondre. Les supérieurs disent : « Messieurs », à leurs inférieurs. Nulle discipline, nulle instruction militaire, mais un zèle admirable et une bravoure qui ne peut être surpassée.
Le corps a pour colonel, plutôt nominal qu'effectif, le comte Krasinski. Outre que le fait d'avoir été commandant de la garde d'honneur le désigne, l'Empereur n'a guère eu d'autre choix. Si l'enthousiasme avait été extrême dans les premiers mois de 1807, il s'était bien refroidi depuis Tilsitt. La petite noblesse voulait bien encore marcher de l'avant, mais la haute n'entendait point se compromettre et, tout en souhaitant sans doute l'indépendance de la patrie, elle n'était pas plus disposée à se sacrifier pour elle qu'elle ne l'avait été jadis. Napoléon, c'était bien la France, mais c'était encore et toujours la Révolution. Nul des grands noms de la Pologne n'avait figuré jadis dans les légions de Dombrowski. Si un Sulkowski s'était trouvé de l'état-major de Bonaparte, c'était un bâtard. A présent, sauf Poniatowski et [quelques autres (en 1812, cet héroïque Dominique Radziwill), la plupart se réservaient, voulaient que l'Empereur fît une Pologne, mais ne se tenaient nullement obligés
de se battre avec lui et moins encore pour lui. Or, pour son n'-giinenl de Glicvau-légcrs, Napoléon voulait un nom. Il prit Krasinski parce qu'il était dune race illustre, de la maison de Slepowron et que ses ancêtres avaient vaillamment lutté pour l'indépendance nationale, mais ce n'était pas sur son instruction militaire qu'il pouvait compter.
Les majors français avaient la charge du régiment, et, pour le premier, Napoléon, cette fois, ne semblait pas avoir choisi l'homme qu'il fallait- Certes, Delailre était un beau soldat; sorti de Tiron en 1791, il avait longtemps servi d'aide de camp à Canclaux à l'armée de l'Ouest, puis avait fait l'expédition d'Egypte comme aide de camp de Caffarelli d'abord, puis de Kléber et de Damas. Au retour, en l'an X, il avait été placé capitaine à la première compagnie des Mamclucks. Il s'était distingué en cette qualité à Austerlitz où il avait été nommé chef d'escadron et avait fait avec les Mamelucks les campagnes de Prusse et de Pologne. C'est là que l'Empereur le prend pour le nommer premier major des Ghevau-légers. Or, l'instruction militaire des Mamelucks était jusque-là des plus élémentaires. Ils se tenaient à peu près en groupe lorsqu'ils marchaient, mais dès qu'il y avait bataille, c'était comme aux Pyramides ou à Embabeh qu'ils chargeaient. Carrés russes à dire