CIIEVAU-LÉGERS POLONAIS DE LA GARDE
vrai, au lieu de carrés français : ils enfonçaient donc ceux-là mieux qu'ils n'avaient fait ceux-ci, ( mais, pour peu, après la victoire, ils eussent repris leurs anciennes méthodes et porté aux pieds de leur nouveau sultan, les dépouilles des vaincus. C'était leur façon : ils ignoraient toute règle tactique, partaient au signal comme une volée de pigeons et revenaient — ceux qui revenaient — avec des tètes. Pour instruire les Polonais qui n'étaient que trop disposés à imiter le désordre des Mamelucks, Delaître pouvait sembler un homme peu approprié, mais peut-être au moment où il créa le régiment, l'Empereur avait-il la pensée que les Chevau-légers devaient avoir un système de guerre analogue à celui des Mamelucks?
Le major en second était tout l'inverse de Delaître. Un personnage étrange, ce Dautancourt, qui, soldat depuis 1792, n'avait jamais fait la guerre que comme officier de la Gendarmerie d'élite. Quartier-maître trésorier en l'an II, puis commis-greffier du tribunal militaire, puis officier de sûreté, juge militaire, lieutenant de Gendarmerie et, après le procès du duc d'Enghien contre lequel il avait requis comme rapporteur, capitaine, chef d'escadron et officier de la Légion, c'était l'homme de main de Savary. Nul ne connaissait alors ses qualités comme instructeur, mais l'on
pouvait être assuré qu'il porterait clans l'observation des règlements la môme sévérité qu'il avait exigée dans l'application du Code militaire.
Malheureusement Dautancourt ne rejoignit pas tout de suiie le régiment, et que pouvait faire Duvivier, l'unique capitaine adjudant-major français, un hussard de l'an II, passé ensuite au 3° Dragons, nommé sous-lieulcnanl en l'an VllI après une blessure et six campagnes — Nord, Sambre-ct-Mcuse, Italie et Egypte, — entré à son retour d'Egypte aux Grenadiers à cheval, strict observateur des consignes, mais incapable de donner l'impulsion à celte troupe étrange?
Ce n'était pas qu'il ne fût séduisant ce régiment d'un genre nouveau et qu'il n'eût un charme pour se faire adorer des Français au milieu desquels il passait.
Quand les Chevau-légers polonais s'établirent à Chantilly, dans ces écuries qui semblent attendre à présent la Maison rouge des Rois disparus, ils ne déparèrent point leur caserne d'un jour et ce fut, dans la ville, un enthousiasme dont le souvenirdure encore etque leursfolles dépenses nefurent pas pour diminuer. C'était joli aussi cette tenue qu'ils portaient : la veste ou kurtka bleu de roi avec le collet, les revers, les parements et les retroussis cramoisi, les aiguillettes et les épaulettes en fil blanc; c'était joli et nouveau ce
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pantalon cramoisi à bandes bleues qui descendait sur les bottes; et surtout, ce qui étonnait nos gens, c'était ce schapska cramoisi, cannelé, carré presque depuis la forme, que timbrait un soleil de cuivre portant au centre unN couronné, et où brimbalaient un chaîneton en cuivre et un cordonnet de fil blanc sous un très haut plumet blanc. L'armement n'avait rien encore qui surprit: c'était un sabre, une carabine et un paire de pi-î..K-ls.
De ces armes et surtout de leurs cbevaux pour les manœuvres, ils ne savaient pas se servir et lorsque, appelés par l'Empereur à Bayonne, ils subirent pour la première fois son inspection, ils s'embrouillèrent si fort dans une conversion, qu'ils ne purent s'en tirer, e Ces jeunes gens ne savent lien, » dit l'Empereur et il leur donna comme instructeur son aide de camp, le général Durosnel qui en moins de deux mois, avec un zèle et une patience infinie, les mit au pair. Lorsque l'Empereur entra en campagne, ils furent en mesure de le suivre, de faire exactement le service de reconnaissances et de grand'gardes et démarcher régulièrement. Aussi bien ce n'était pas là ce qu'on allait leur demander.
Le 30 novembre 1808, h la première heure, l'Empereur arrive devant le défilé de Somo-Sierra
que traverse la grande route de Gaslille allant h Madrid. Nul autre passage que celui-là : de tous côtés, des rochers infranchissables. Un corps ennemi, que les rapports les plus modérés évaluent à treize mille hommes, occupe le défilé, est embusqué derrière toute pierre, tout buisson. La route ne grimpe pas droit mais en lacets : d'en bas jusqu'au sommet, quatre coudes : à chaque coude, quatre pièces de canon : à l'endroit où la pente roidit dans le défilé, un large fossé. Trois régiments d'infanterie du corps BcUune, appuyés de six pièces de canon, commencent l'attaque par la droite et la gauche, poussent les avant-postes espagnols, mais s'arrêtent devant le feu et reculent. L'escadron de service près de l'Empereur est des Chevau-légers. Napoléon s'impatiente : « Enlevez-moi celaau galop ! » dit-il aux Polonais. Le chef d'escadron Kozietulski lève son sabre et, au commandement, l'escadron se porte rapidement au trot vers la montagne en colonne par quatre avec, en tête, près du commandant, Philippe de Ségur, maréchal des logis de la Maison. On prend le galop pour sauter le fossé et, d'un élan désormais, l'escadron court, égrenant des hommes, de sa grappe rouge, à chaque pierre de la route, mais si rapide, si éti-ange, si lumineux, que, après ces quatre coudes de feu franchis et ces quatre batteries prises, quand un lieutenant, un