CIIEVAU-LEGERS POLONAIS DE LA GARDE
maréchal des logis et quatre chevau-légers parviennent vivants au sommet, c'est assez pour que des régiments entiers d'Espagnols s'effarent et s'enfuient.
Qu'on comprenne bien : il s'agit d'un escadron qui, au grand complet, tel qu'un escadron des Grenadiers ou des Dragons, aurait eu deux cent quarante-huit sabres. Ces deux cent quarante-huit (et ils n'étaient certes pas en tel nombre, à peine cent cinquante) ont fourni la charge de bout en bout, ont reçu le feu de treize mille hommes, de seize pièces d'artillerie. Des officiers qui ont traverse cette fournaise, pas un n'est resté debout. Le chef d'escadron Kozietulski, tombé sous son cheval mort, foulé aux pieds et couvert de contusions ; Philippe de Ségur percé de trois coups de feu; les deux capitaines blessés, un à mort. Des quatre lieutenants trois tués, un blessé — c'est ce Niegolewski qui a laissé son témoignage sur le combat. — Des hommes, cinquante-sept soni tués.
N'est-ce point ici le pendant de la charge des Usarz d'Alexandre Sobieski et les Chevau-légers ne sont-ils pas plus héroïques encore? Ils n'ont, eux, pour les protéger des coups de l'ennemi, ni le casque d'acier, ni la cotte de mailles que recouvre encore une cuirasse en acier, ni les épaulettes, les genouillères et les brassards d'acier
ni ces deux longues tiges de fer, cmplumécs de plumes d'aigle ou de vaulour qui remonlent derrière la tête, et dans le galop cfTrcnc de la charge prenant quelque chose d'ailes d'anges, font penser aux cxlerniinaleurs célestes; — et, pour armes, rien que le sabre aux Chevau-légers, tandis que les Usarz ont cette lance immense, de quinze à dix huit pieds où flotte la très longue banderolle mi-partie, au côté gauche le sabre recourbé, à la selle la rapière étroite et longue, à la ceinture des pistolets, et le maillet de fer pendant à la longue courroie.
La lance — non plus la lance des Usarz longue de dix-huit pieds, mais la lance de huit pieds six pouces — les Chevau-légers polonais la reconquirent à la bataille de Wagrapi. Chargeant contre un régiment de hulans autrichiens, ils en ont raison avec le sabre et la carabine : dans la mêlée quelques hommes s'emparent des lances de leurs adversaires. Tous les imitent et c'est par la lance qu'ils achèvent la défaite de l'ennemi. Puis, avec ces lances, ils enlèvent, soutenus par les Chasseurs de la Garde, quarante-cinq canons, détruisent quatre régiments de cavalerie et font prisonnier un prince d'Auesperg. « Qu'on leur donne des lances, puisqu'ils savent si bien s'en servir, » dit l'Empereur à Bessières.
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Désormais, la lance, « la reine des armes, » comme a dit Monlecuculli, a repris ses droits dans l'armement de la cavalerie. Napoléon n'a pu revenir sur l'opinion qu'il s'est faite des Dragons. Il apprend chaque jour les avantages obtenus en Espagne par le régiment des Lanciers polonais attachés à la Légion ci-devant Polacro-Italique, actuellement Légion de la Vistule et par les Lanciers de Berg; il vient de constater à Wagram quelle arme est la lance. D'ancienne date, l'idée de la lance le tourmente puisque, dès l'an IX, il a fait armer de lances un escadron du 3® Hussards qu'il passa minutieusement en revue à une parade du Quintidi. Mais ces hussards n'avaient ni tradition, ni instructeurs, ni sentiment de la lance, lis ne tenaient pas une arme, ils porlaie.it une gaule. Le Premier Consul, en ce temps, a donc dû ajourner son projet. Voici que, à présent, les faits lui donnent raison, et terriblement raison. Et désormais la lance lui apparaît, à lui et aux officiers principaux de son armée, comme l'arme blanche dont l'effet moral est le plus puissant et dont les coups sont les plus meurtriers. Elle lui apparaît telle qu'elle est, l'arme la plus vive, la plus légère, la plus spiri-
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luelle, la plus efficace et la jilus terrible maniée par un cavalier intelligent, l'arme la plus lenle, la plus lourde, la plus bêle, la plus inutile aux mains d'un sot. 11 fallut porter à cet apprentissage une attention particulière, car tant vaut le lancier tant vaut la lance : mais Napoléon ne doute pas que le Français ne puisse y devenir aussi babile que le Polonais et qu'elle ne devienne pour celui-là comme pour celui-ci une arme nationale. N'était-ce pas à ce moment même, qu'il revenait par un côté au système des Com|(ngnies d'ordonnance en cuirassant toute sa cavalerie de bataille y compris les Carabiniers? N'a-t-il pas alors le projet d'armer de lances un escadron par régiment de Cuirassiers, ce qui serait le retour intégral aux théories soutenues par le maréchal de Saxe- et peut-être empruntées par lui aussi de ses souvenirs polonais? S'il ne peut se déterminer à embrasser complètement ce système, et à revenir nettement en arrière aux vieilles traditions, du moins ne peut-il, en donnant à l'arme des Lanciers, à peine reconnue jusque-là et nuUejnent française, une existence et une importance, la combiner avec la grosse cavalerie en sorte qu'elle lui emprunte de sa solidité et qu'elle lui prête le piquant de ses armes?
Dautancourt, spécialement chargé de l'instruc-