‹ Cavaliers de NapoléonChapitre 53 sur 76 · LANCIERS ET CHEVAU-LÉGERS LANCIERS · texte numérisé non relu

LANCIERS ET CHEVAU-LÉGERS LANCIERS

tion des Chevau-Iégers de la Garde, fut désigné par l'Empereur pour établir les bases d'une instruction sur l'exercice et les manœuvres de la lance. Dans ce but, il appela certains officiers polonais du régiment des Lanciers de la Vistule; il envoya en Pologne des Français qui examinèrent attentivement les manœuvres des Lanciers du Grand-Duché : en sorte que la théorie expérimentale et pratique fut rapidement établie.

Dès que Dautancourt eut remis son travail au ministre de la Guerre (lo juin 18H), l'Empereur, par décret du 18 juin, créa l'arme des Chevau- Iégers. Cette arme fut composée, dans la ligne, de neuf régiments : six étaient tirés des Dragons — preuve nouvelle que l'Empereur ne leur avait pas pardonné — où ils portaient les numéros 1, 3, 8, 9, 10 et' 29; deux étaient polonais et semblent de nouvelle levée, un enfin était l'ancien 30® régiment de Chasseurs (désigné 30° Lanciers dans la lettre du 11 avril 1811) et formé cette même année de cavaliers weslphaliens et polonais. Pour permettre d'utiliser les existences de drap vert dans les magasins des régiments de Dragon > transformés, l'Empereur ne donna point le même uniforme à toute l'arme. Les six premiers régiments eurent la veste de chasseur à cheval verte, avec collet, revers, parements et retroussis, d'abord aux couleurs disliuclives des régiments

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(le Dragons dont ils sorlaient, puis rcspcclivement ccarlale, aurore, rose, cramoisi, bleu de ciel et garance; le pantalon vcrl à la hongroise, et le casque à chenille sans plumet; les trois derniers régiments curent le kurlka bleu, avec collet, revers, parements, relroussis et passe-poil jaune ou chamois, et le schapska bleu avec pompon rouge.

Par l'armement qu'il donna aux Chevau-lcgers, il semble que rEmj)creur prétendait non seulement tirer d'eux les avantages qu'il pouvait se promettre de lanciers, mais leur demander le même service qu'aux dragons. Peut-être était-ce beaucoup exiger? Peut-être n'était-il pas nécessaire que tous les Chevau-légers fussent armés de la lance et élail-il préicrable. comme le proposaient Wallher et Dautancourt, que le premier rang seul en fût muni, tandis que, au second rang, les hommes auraient été armés de carabines, mais le double but que se proposait Napoléon n'eût point été atteint et l'un eût ainsi été sacrifié à l'autre. Il est vrai que cela entraînait que chaque cavalier portât une sorte d'arsenal : lance à fanion rouge et blanc, fusil à baïonnette, sabre et pistolets, et que, en campagne, bien des pièces s'en trouvèrent égarées.

L'Empereur poussait si loin sa confiance d'ans la

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nouvelle arme qu'il venait de créer que, en même temps qu'il lui donnait ainsi neuf régiments de ligne, il constituait dans la Garde un deuxième régiment de Chevau-légers armés de lances. Ce régiment eut. pour noyau les Hussards de la Garde royale de Hollande et, au début, sauf son colonel, le général baron Edouard Colbert et son major, Dubois, le corps d'officiers était exclusivement hollandais. Pour porter les escadrons à l'efTectif de guerre, on les compléta, dit-on, avec des hommes recrutés aux environs de Paris. Ce corps portait le kurlka écarlate, avec collet, revers, parements et retroussis bleu impérial; sur le kurlka, des épaulettes et des aiguillettes jaunes; il avait le pantalon écarlate à bande bleue passant sur les bottes, et les schapska carrés, rouges, cannelés avec un N couronné rayonnant, cordonnet de fil blanc et plumet blanc. La lance au l^"" régiment portait un fanion cramoisi (couleur nationale de Pologne) et blanc; au t'^ le fanion était rouge cl blanc.

Ce n'était pas assez encore : au début de la campagne de Russie l'Empereur créa un troisième régiment de Chevau-légers de la Garde dont il confia le recrutement et le commandement à cet admirable Konopka qui, depuis 1795, s'était signalé dans les armées françaises par sa valeur hors de pair. C'était le héros de Friediand, de

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Ciudad-Real, de Badajoz, Là, avec ses lanciers de la Vislulc, il chargea trois régiments anglais qui avaient débordé l'aile gauche de l'armée, leur enleva cinq drapeaux et leur prit cinq cents hommes. L'Empereur l'avait nommé officier de la Légion; il le fil, le i27 janvier 1812, major en premier du l'^'" Chevau-légers de la Garde à la place de Delaitre passe colonel du 7® chasseurs, et, à son entrée en Pologne, il le chargea (décret du 3 juillet) de lever en Lilhuanie ce nouveau régiment. Konopka s'y employa avec le plus grand zèle et le procès-verbal de formation put être signé le 12 septembre, mais, au milieu d'octobre, le corps qui comptait à peine cinq cents hommes fut surpris à Slonim par un fort parti russe et presque anéanti. Konopka, blessé, tomba aux mains de l'ennemi avec la caisse du régiment et tous les efTels d'habillement et d'équipement. On ne sut jamais ce qu'il était devenu. Ce qui restait du régiment suivit Tarmée française à son retour de Russie, et fut, par décret du 22 mars 1813, incorporé dans le l®"" Chevau-légers. On est en droit de supposer que, conservant son uniforme étrange, ce fut l'escadron formé des débris du 3* régiment qui forma les Tarlares lithuaniens.

A défaut du 3° Chevau-légers lanciers, il semble qu'en 1813, les Lanciers de Berg furent, au moins

virtuellement, incorporés dans la Garde impériale. Ce régiment, levé par Mural dans son grandduché, avait eu en Espagne de brillants états de services; l'Empereur, en attribuant, le 3 mars 1809, à son neveu le prince de Hollande, Napoléon- Louis, les États délaissés par Murât pour la couronne des Deux-Siciles, s'était réservé la tutelle du jeune prince. On peut expliquer ainsi qu'il ait voulu dans sa Garde une représentation de celte principauté. Les Lanciers de Berg, il est vrai, ne figurent sur aucun étal imprimé ; mais ils faisaient brigade avec le 2° Chevau-légers et leur dépôt marchait avec les dépôts de la Garde. L'histoire des Lanciers de Berg comme celle d'ailleurs de la plupart des troupes auxiliaires et alliées, est singulièrement inconnue et mériterait qu'on s'y attachât.

De même n'a-t-on que des notions confuses sur les trois régiments d'Eclaireurs de la Garde créés par décret du 9 décembre 1813. Le premier de ces régiments fut attaché aux Grenadiers à cheval, le second aux Chasseurs, le troisième au 1" régiment de Chevau-légers. Ces régiments d'Eclaireurs dépendaient du conseil d'administration et du colonel du régiment auquel ils étaient attachés et les deux premiers se composaient de deux éléments : l'un Vieille garde, formé de Gardes

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d'honneur ; l'aiilrc, Jeune garde, de conscrits. L'uniforme variait selon les régiments et selon l'origine. Le troisième régiment avait éœ constitué avec si.x compagnies supprimées du i" régiment de Clievau-légcrs lequel, par suite des circonstances de guerre, de l'incorporation du 3° Clievau-légers et des Volontaires de Cracovio était arrivé à compter quatorze compagnies. Il portait presque le même uniforme que le régiment dont il était issu.

Ces Eclaireurs étaient tous armés de la lance et il est à penser qu'en attachant ainsi chacun de leurs régiments à ceux de Vieille garde, l'Empereur avait eu la pensée d'appliquer à la Garde la théorie qu'il avait adoptée pour la ligne, lorsque, par décret du 2o décembre 1811, il avait momentanément ordonné qu'un régiment de Chevaulégers lanciers fût attaché à chaque division de Cuirassiers. Pourtant, en 1813, il avait renoncé à ce système et avait embrigadé les Chevau-légers uniquement avec la cavalerie légère.

Si, de ce chef, l'Empereur semble avoir abandonné son premier projet, il n'en tenait que davantage à la lance pour la cavalerie légère puisque, dans beaucoup de régiments de Chasseurs, surtout de ceux qui avaient fait la guerre au delà des Pyrénées, il avait admis qu'un escadron reçût et portât la lance. Celte arme d'ailleurs

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avait si bien fait ses preuves en Espagne que le maréchal Suchet avait organisé dans la légion de Gendarmerie de son armée, d'Aragon un ou peutêtre même deux escadrons de Lanciers-gendarmes.

Ce n'est pas encore tout ce qui a paru de lanciers dans les dernières armées de Napoléon : il faut y joindre au moins six régiments de Lanciers polonais et un Régiment d'avant -garde de la même nation, et neuf régiments de Chevau-légers de Bavière, de Wurtemberg, de Wurlzbourg, de Saxe, de liesse et de Westphalie qui, la plupart, paraissent avoir eu la lance.

On ne saurait trop répéter combien est peu étudiée, en France, cette histoire des corps alliés. Il en est, comme les Cosaques Cracus, sur qui l'on cherche en vain une indication et qui pourtant ont dû combattre jusqu'aux derniers jours dans nos rangs.

On est un peu mieux fixé sur l'historique des !"■ et 2^ Chevau-légers de la Garde et il est à penser que d'ici peu la lumière se trouvera entièrement faite : Dautancourt a raconté les campagnes de ses Polonais dans de précieux cahiers dont on n'a vu encore que quelques extraits, mais dont on ne saurait retarder davantage la publication. On connaît leur belle conduite en Russie, à Hanau, à Montmirail, à Montereau, à Bery-au-

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Bac et à Ciaonne. A Bery-au-Bac, le chef d'escadron Skaiv-inski, ((ui mène la charge, enlève un pont défendu par une division de cavaleii> ennemie cl garni de deux pièces de canon. Le pont franchi, les Russes en pleine déroute, Skarzinsky arrache des mains d'un cosaque une lance très longue et très lourde, jette son sabre, et dans une sorte d'ivresse de force et d'agilité, tantôt il assomme les fuyards de coups de travers, tantôt il les perce et les désarçonne. Les autres officiers l'imitent et les hommes, grisés par cet exemple, font un véritable carnage. Après l'Abdication, le régiment, sauf un escadron qui accompagna l'Empereur à l'île d'Elbe, passa au service de la Russie où le général Krazinski fut l'objet de nombreuses faveurs, et les officiers français furent mis à la suite de l'ancien 2" Chevau-légers, devenu Corps royal des Chevau-légers de France.

Ce corp?, si populaire en France sous le nom de Lanciers rouges, a eu lui aussi pour historien son colonel, dont les mémoires, d'après l'analyse trop courte qu'on en a publiée, doivent être d'un prodigieux intérêt. Superbe en Russie et en Allemagne, où cent Lanciers rouges s'emparèrent d'une batterie de vingt bouches à feu défendue par deux régiments de hussards, ce corps s'immortalisa à Waterloo où il culbuta les gardes anglaises etoù il combattit jusqu'àladernière heure.

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Sur les neuf régiments de Chevau-légers de la ligne, il en est six français dont on suit à peu près les itinéraires, mais pour les trois polonais, dont un est licencié en 1813, l'obscurité est complète. On sait qu'endivisionnés avec les Cuirassiers pendant la campagne de 1812, les Chevau-légers n'ont à ce moment guère d'histoire. Ils doivent fournir à ces divisions les escortes, les estafettes, les ordonnances, les grand'gardes, les reconnaissances; ils font tout le service d'éclaireurs, flanqueurs ou tirailleurs, et lorsqu'une ligne d'infanterie ou de cavalerie est enfoncée, ils sont seuls chargés de la poursuite. Parfois pourtant c'est a eux qu'on a recours pour enfoncer la ligne sur qui les lattes de cuirassiers ne peuvent mordre. Ainsi, à Dresde, le 27 août 1813, les Cuirassiers de La Tour Maubourg ne peuvent parvenir à rompre l'aile gauche des Autrichiens, bien que leurs fusils mouillés ne partent pas; La Tour Maubourg a l'idée de placer devant le premier rang de ses cuirassiers ses cinquante lanciers d'escorte qui font trou dans les carrés ennemis et permettent aux cuirassiers de les anéantir. Le l*^*" Chevaulégers, commandé par Dermoncourt, se lit remarquer à Smolensk, à la Moskowa, à Lulzen, à Bautzen, à Reichembach, surtout à Waterloo où, embrigadé avec le 2^, il fournit une charge furieuse sur le V hussards anglais et sur le?

dragons de la Reine. Le soir, la bataille pordue, il écrase encore les dragons de Cumberland. Le 3' a Lebrun, son colonel, lue à sa tête le 26 octobre 1812. Le 4°, pouisuivant les Russes après la bataille de Smolensk, le 27 août, au combat de Rygbi, enfonce un bataillon ennemi et lui prend cent hommes; il s'immortalise h Waterloo sous les ordres de Brô, quand il prend avec le 7° et le 12® Cuirassiers sa part de la tuerie des Écossais gris de la brigade Ponsomby, et sur mille deux cents hommes en tue sept cents, dont le général troué de sept coups de lance, et les deux lieutenants-colonels.

La démonstration peut sembler faite : l'Empereur a tenu la lance pour l'arme la plus propre à la cavalerie : il a partagé en cela la théorie arrêtée en l'esprit du maréchal de Saxe et de Montecuculli, théorie évidente par le raisonnement, prouvée par la pratique.

Sans doute, l'Empereur ne revient pas directement à la Compagnie d'ordonnance, il n'arme point directement son Cuirassier de la lance, mais il met à côté de lui le Chevau-légcr, qui, selon les occasions, prépare ou achève la besogne. Les rôles de cavalier léger et de cavalier lourd 2ont inversés selon les temps, mais le principe subsiste. De même, pour les troupes légères, la lance n'esl-elle pas cette sorte d'épée longue ou

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