CAVALERIE LEGERE
Hussards — Chasseurs — Chasseurs de la Garde Mamelucks
De toute }a cavalerie de Napoléon, les corps les plus populaires, sous l'Empire et depuis l'Empire, ont été ceux de cavalerie légère. Si éminents que soient leurs services, si éclatante que soit leur histoire, ce n'est pas là peut-être qu'il faut chercher la cause principale de leur popularité. Sans doute, leurs noms sonnant en fanfare dans les Bulletins, attirent sur eux l'attention, mais moins qu'ils n» la sollicitent eux-mêmes. L'uniforme des Hussards, le plus leste, le plus éclatant, le plus bigarré des uniformes de l'armée, n'y est point pour tout non plus, caria tenue sombre des Chasseurs appelle autant, sinon plus, l'enthousiasme. Qu'est-ce donc alors? Ne serait-ce pas que les officiers de cavalerie légère, tous ou presque tous, jeunes, agréables à voir et de bonne famille, ont
en leurs façons une dcsinvollure charmante, qu'ils sont mauvais sujets en diable et sèment l'argent sans compter? l'amour autant que la gloire ne leur fait-il pas une auréole, et ces victorieux qui, entre deux campagnes, ont empli Paris et la France de leurs fredaines, qu'on a traités alors en enfants gâtés et pour qui l'Empereur même a eu des condescendances infinies, ne sont-ils pas demeurés tels dans la mémoire de la nation, et, des grand'mères aux petits-fils, la passion n'at-elle pas descendu pour ces casseurs de cœurs, toujours prêts à l'amour comme à la mort?
Des chefs, ces façons et ces allures sont passées aux soldats, qui imitent leurs officiers dès qu'ils les prisent et qu'ils les aiment. Les soldats ont adopté la même désinvolture, et, dans d'autres classes, dans des milieux différents, ils ont exercé une influence analogue et laissé les mêmes souvenirs.
Puis, ce peuple que nous sommes hait les traîtres. Peut-Mre parce qu'il est lui-même, diton, mobile et volage, il a le respect de la fidélité. Or, parce que, des officiers de cavalerie légère, un certain nombre appartenaient à des familles riches; parce que la plupart, au risque de ce qui pouvait arriver, fût-ce le lendemain sans pain, ne le voulurent pas sans honneur; que, habitués à passer de l'opulence au bivouac, ils redoutaient
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moins la misère, ou que leur jeunesse leur donnait des illusions et peut-être de l'imprévoyance, à coup sûr, c'est parmi eux qu'il s'est trouvé, de la Grande Armée, le plus de braves cœurs obstinément dévoués à l'Empereur.
Les belles histoires qu'on se disait, portes closes, entre peuple et petits bourgeois, au temps où les Alliés emplissaient Paris de leurs triomphes, où les Gardes du corps pa''tageaient si crânement les récentes gloires de leurs bons amis! On se disait que tel ou tel, dont le nom sonnait la gloire, s'en allait chaque après-midi au Palais-Royal, et que là, en sa longue redingote boutonnée jusqu'au col, la canne pendue au bouton d'en haut sous le ruban rouge, un cure-dents aux lèvres pour faire croire qu'il avait déjeuné, il se promenait sans hâte, attendant le regard et le mot qui insulte. Alors, très tranquille, car il ne provoquait jamais, il demandait raison; et, une heure après, quelque part, d'ordinaire le long du mur d'enceinte, il y avait un Russe, un Prussien ou un Garde du corps qui râlait. On savait des combats un contre trois où les deux témoins prenant successivement la place de leur client, apprenaient à respecter la Nation. Et la Nation, cette Nation succombant sous l'Europe, se doute-t-on de quelle adoration l'entouraient alors ceux qui, de 89 à 91, avaient appris à crier: Vive la Nation!
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On avait de vagues et étranges récits de duels mystérieux d'une sauvagerie primitive, dont l'imagination s'emparait pour en dramatiser encore les détails et qui éveillaient dans le sang gaulois les indistinctes traditions des antiques jeux d'épée. Certes, des officiers à demi-solde, nul ne cédait sa part : Cuirassiers, Chasseurs, Grenadiers, Hussards, tous y allaient de franc cœur, mais c'était aux cavaliers légers que s'accrochait la légende et c'était à eux qu'on rendait grâce de ce commencement de revanche.
Aux conspirations ils furent les premiers, et ce ne fut point pour les diminuer dans l'esprit du peuple, qui vit en eux ses champions, s'attendrit sur leurs malheurs et se berça de leurs rêves.
Enfin, comme, parmi eux, beaucoup avaient reçu une éducation et une culture, tout naturellement, aux jours de repos, ils se prirent à écrire leurs campagnes, et ils le firent d'un style si vif, si léger, si pétillant, si plein de raillerie et d'anecdotes, si amusant, si imprévu, si spirituel et vraiment français qu'il semble que leur plume fût trempée dans du Champagne — et ce qu'ils disent est au fond si sérieux, si bien déduit, si fortement pensé que certains de ces livres servent aujourd'hui de manuel à la cavalerie légère de l'Europe entière et que c'est pour avoir méconnu les principes qu'ils ont posés que leurs petits-fils se sont