ÉDUCATION DU CAVALIER LÉGER
fait battre. De Brack, Parquin, Combe, Ségur, Marbot, Curély ont laissé des pages qui, dans la littérature française, seront classiques. Ils sont de la race de Lauzun, ce Lauzun aux immortels Mémoires. Us renouent la tradition de Villehardouin et de Joinville, de Fleurange et de Montluc. Il revit en eux toute la France de leur temps, comme en les autres toute la France du leur. Ils ont l'admirable clarté, la hardiesse du récit, la précision de la forme, et leur phrase galope et sabre comme eux-mêmes faisaient au beau temps. A mesure qu'on verra sortir des archives de famille les mémoires sur les campagnes de l'Empire, on constatera que le véritable cavalier léger, dès qu'il lui prend fantaisie d'écrire, y réussit naturellement, bien mieux que ses camarades des autres corps, et n'a pour émules que les artilleurs et les ingénieurs. N'est-ce pas son métier qui le veut? N'est-il pas obligé de reconnaître tout rapidement et d'un coup d'œil, de retenir exactement ce qu'il a vu, d'en rendre un compte clair, précis, même pittoresque? Ne doit-il pas savoir les uniformes et les façons d'être des hommes pour distinguer les troupes ennemies? Ne doit-il pas prendre, du paysage, une connaissance suffisante pour le peindre dans son rapport, montrer les défauts ou les avantages du terrain ? A chaque instant, ne lui faut-il pas des déguise-
incnls, des invoiilions, des habiletés qui développent son intelligence et son initiative? Pour observer utilement, il applique toutes les ruses de l'homme sauvage ; et il faut qu'il y joigne la science de l'homme et de ses divers langages, l'art de se faire bien venir, une telle souplesse que l'amour même lui serve à se renseigner, une éducation assez littéraire pour que ses avis en reçoivent une forme, une couleur, un attrait.
Nulle éducation dans une école ne vaut cet apprentissage et cet apprentissage ne sert que lorsqu'on est né cavalier léger. On peut être fort bon soldat et n'avoir aucune des qualités qui sont nécessaires en ce métier spécial. Aussi, en ces temps où la guerre obligeait chacun à se juger et à être jugé, la sélection se faisait assez vite, et tel qui, séduit par le brillant de l'uniforme s'était fait hussard pour la pelisse et la sabretache et s'était imaginé être tel parce qu'il avait donné de beaux coups de sabre, s'apercevait assez vite que ce n'était pas là le métier qu'il lui fallait et s'en allait, menant l'infanterie, devenir maréchal d'Empire, duc et prince.
Il faut au cavalier léger la vocation, et celte vocation n'est compatible qu'avec l'excès ou l'absence de civilisation. Il y faut, ou les instincts et le développement sensitif de l'homme primitif,