LES PILLARDS
agrémentées de naïves chansons, montrent les soldats français courtisant les Allemandes. Dès qu'on est en cantonnement, des rapports d'amitié s'établissent et tels souvent que grand nombre d'officiers se marient en Allemagne.
Sans doute, parmi les cavaliers légers, même dans les hauts grades, beaucoup ne se contentent pas des bienfaits de l'Empereur et cherchent d'eux-mêmes à remplir leur bourse. Il y a bien des contributions qui ne vont pas aux magasins de l'armée, et, depuis le général jusqu'au soldat, il se trouve des pillards qui, durant la campagne, bourrent leur ceinture de pièces d'or. Vouloir que, parmi ces hommes qui chaque jour aventurent leur vie, qui, de fait, sont revenus à la nature primitive, qui ont toujours enl'esprit l'idée de conquête^ à qui l'on ne cesse d'en parler et qui éprouvent le mieux la sensation qu'ils l'accomplissent, il ne s'en trouve pas qui veuillent conquérir pour leur compte, se procurer les moyens de jouir au retour et de mener entre deux campagnes la vie joyeuse, c'est vraiment trop demander. Dès qu'on est en guerre, la notion exacte du tien et du mien disparaît. Tout ce qui se mange, se boit, se brûle quel qu'en soit le propriétaire légal, appartient au premier occupant. De là, par déformation, ce qui représente et.
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permet d'acquirir ce qui csl utile et agréable à la vie. Il en est qui pillent pour piller et sans nul besoin, sans nul profit, tant l'état de guerre supprime vite toute convention sociale, tant il ramène proniplcment l'homme au primitil' de la nature, à ce droit de la force qui, s'il existe pour les souverains, représentants de la collectivité, ne saurait avoir de base que dans le sentiment individuel de chacun des êtres la composant. Donc, le droit de conquête pour les chefs d'armée implique et justifie pourles soldats le droit de pillage. S'ils ne l'exercent pas, c'est qu'ils sont arrêtés soit parla sévérité d'une discipline qui réserve aux grands chefs tous les proïits, soit par une délicatesse de sentiment et une conception de l'honneur fort rare. Or, des cavaliers légers de Napoléon, il en est beaucoup qui sont restés d'une intacte probité. On en citerait peu qui se soient enrichis. L'argont qu'ils trouvaient leur filait aux doigts. Ils ne le prenaient point pour l'accumuler, mais pour le faire sonner gaîment, pour lejeler en fêtes folles, pour le prêter aux camarades moins heureux, pour le répandre en générosités telles que n'en a pas un souverain. Amoureux de ce qui brille et chatoie, ils paraient volontiers leurs corps, ayant celte politesse envers la mort de ne vouloir être tués qu'en grande tenue. En leurs uniformes, ils portaient la fantaisie fastueuse et galanle qi;i
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était en leurs esprits et, faisant chaque jour du merveilleux, y vivant, il leur seyait d'être ainsi vêtus en êtres d'exception et de rêve. Nulle crainte il'être ridicules : quelque aspect qu'ils prissent, ils représentaient la gloire. Aussi, se donnant carrière, ils jouissaient en enfants des couleurs tranchantes et vives des colbacks de peau d'ours dont ils coiffaient la compagnie d'élite, des gigantesques plumets, des vêtements étranges et bariolés dont ils habillaient leurs musiciens et leur timbalier, et si celui-ci était un nègre leur joie était complète.
A son arrivée au Consulat, Napoléon avait trouvé treize régiments de Hussards et vingt-trois régiments de Chasseurs.
Des Hussards de l'ancienne monarchie, cinq régiments seulement subsistaient, le 4®, Saxe- Hussards ayant émigré, sauf le 4® escadron, le 4 mai 1792. Les cinq restant étaient : l'ancien Bercheny, l^""; l'ancien Chamborant, 2*; l'ancien Esterhazy, 3"; puis ayant remonté chacun d'un rang par l'émigration de Saxe, l'ancien Colonel- Général, 4®, et l'ancien Lauzun, S^. La Révolution y avait ajouté le 6" régiment, formé des Hussards défenseurs de la Liberté et de l'Égalité, dénommés
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le plus souvent « Troupes légères tic Boycr > ou » Légion de Boyer », et levés en 1792; le 7" fait de la Légion de la Moselle ou de Kellermann, laquelle avait été composée de l'escadron non émigré de Saxe Hussards et d'un escadron de Royal-Allemand; le 1" bis^ créé en 1792 sous le nom de 1" corps des Hussards de la Liberté : le 8* où étaient entrés les Lclaireurs à cheval de Fabrefonds: le 9", ex 2" corps des Hussards de la Liberté; le ^0^ anciens Hussards noirs ou de la mort, appelés aussi Hussards de Jcniniapes; le 11*^, composé des Cuirassiers légers de la Légion germanique, des Cavaliers Jacobins, des débris de la Cavalerie révolutionnaire et des Hussards de la Liberté; enfin le 12*^, constitué avec les Hussards de la Montagne ou Volontaires des Pyrénées-Orientales. Beaucoup d'autres corps à prétention de hussards, portantcommeeux la pelisse, le dolman, les tresses et les chevrons à la houzarde, avaient été licenciés ou incorporés dans les Chasseurs, la Cavalerie et les Dragons. Tout naturellement, c'était sur les hussards dont la tenue, avec ses agréments et sa diversité, se prétait le mieux aux inventions des racoleurs, que s'était portée de préférence leur imagination. Ces corps ne valaient que ce que valaient leurs chefs, c'était peu de chose, et l'on avait gardé tout ce qui méritait de subsister.